Zoom sur le quartier d’Arafat à Grand Yoff, Dakar

Categories: Sénégal

Vianney vient d’arriver au Point-Cœur de Dakar, il découvre avec ses yeux tout neufs son nouveau quartier, Arafat :

Nous sommes installés, depuis vingt-cinq ans, dans la commune de Grand Yoff, plus précisément dans le quartier d’Arafat. Autant vous dire que l’on est connu dans le coin. Nous sommes les seuls toubabs à des kilomètres à la ronde donc, nous ne passons pas inaperçus.

Petit point historique : le territoire sénégalais était constitué de différents royaumes, représentants chaque ethnie, répartis sur l’ensemble du pays. Il a été délimité seulement lors de la colonisation. Lors de la naissance de grandes villes comme Dakar, beaucoup de villageois ont quitté leurs terres. Arafat est un quartier populaire très mélangé, avec toutes les ethnies, et donc, par définition, toutes les religions. Mais les Sénégalais sont plutôt détendus sur ce sujet : catholiques et musulmans vivent en belle harmonie. Ils sont en partie rattachés par l’animisme qu’ils ont reçu avec leurs traditions ethniques. Comme disait Léopold Sédar Senghor : « Nous sommes 90% de musulmans, 10% de chrétiens et 100% d’animistes. » Ces proportions sont bien représentées dans le quartier. Notre paroisse Saint-Paul de Grand Yoff est bien pleine pour les messes dominicales et les grandes fêtes. Les célébrations sont animées à l’africaine, soit avec une grosse chorale rythmée au son des tams-tams, des claquements de mains et, le tout, agrémenté de fioritures vocales. J’ai, d’habitude, du mal à me concentrer avec ce genre d’ambiance mais, ici, c’est leur manière de prier, leur manière de célébrer. C’est tellement naturel, ça fait partie du décor et l’on ressent une vraie unité, une vraie ferveur qui m’aide, finalement, à plonger dans la prière. D’ailleurs, ils sont très respectueux de la liturgie et ils sont tous littéralement endimanchés lorsqu’ils vont à la messe.

Dans le quartier il y a de la vie du matin jusqu’au soir ! Les rues sont animées par les vendeurs ambulants, par les moutons qui cabriolent, par des mamas en boubou qui se trémoussent pour fêter un mariage, par une équipe de foot qui célèbre sa victoire, par le trot des chevaux qui tirent avec peine leurs charrettes débordantes. Elles servent aussi de terrain de jeux aux enfants… Mon Dieu, j’oubliais les enfants ! Une multitude d’enfants qui vous poursuit et vous font la fête quand vous passez, ils ne demandent qu’à jouer. Imaginez Paris avec tous ses enfants qui descendent dans les rues après l’école et qui y restent jusqu’à l’heure du dîner. Ça égaierait les cœurs. C’est fou comme les enfants communiquent une pure joie de vivre. Je peux vous dire, qu’ici, ON VIT ! Et, d’ailleurs, je le craignais ! Représentez-vous Vianney déambuler dans ces rues. Ce grand dadais, plutôt discret, et qui, en tant que bon français, aime le silence, la tranquillité et n’aime pas se faire remarquer. Je me demandais, avant de venir, comment j’allais faire lorsque les enfants crieront mon nom depuis leurs balcons, ou encore, est-ce que j’arriverais à répondre aux salutations interminables qui se font en criant d’un bout à l’autre de la rue… Et bien, figurez-vous que je maîtrise à peu près cet art, je ne rougis même pas ! Les Sénégalais sont foncièrement gentils, donc ça met à l’aise. En effet, le contact est très facile, on peut discuter avec tout le monde quelque soit son âge, sa religion et sa classe sociale. C’est très réjouissant ! C’est la nature de l’homme, la rencontre avec son prochain.

Mais il existe, tout de même, une vraie souffrance que l’on découvre quand nous visitons nos amis ! Ils souffrent d’un manque d’amour, que ce soit les femmes de la part de leurs maris, ou les enfants de la part de leurs parents. Ils souffrent de l’angoisse du lendemain. Certains se demandent comment ils vont payer leur loyer ou même parfois se nourrir. Certains vivent au jour le jour et ne savent pas ce que le lendemain leur réserve. Certains désespèrent dans leur recherche de travail (même ceux qui ont poussé leurs études). Ils s’enferment chez eux et consomment des feuilletons à l’eau de rose, d’autres, pour fuir ces réalités, se réfugient dans l’alcool. Les gens se sentent seuls. Et oui, même dans le pays de l’hospitalité où tout le monde se sert les coudes, où l’on partage tout, où la famille est toujours présente pour soutenir un vieil oncle malade ou pour payer l’école d’un enfant, ce mal de la société est présent. Car, ici, on ne se confie pas aux autres, il faut toujours garder la tête haute et avancer. Notre mission n’est pas de leur trouver un travail ou de leur donner de l’argent, ce serait illusoire et traître de notre part, car ce n’est pas le fond du problème. Notre mission est d’être à leur écoute, de les accompagner et de les soutenir, de leur être fidèles, comme de vrais amis !

Et il s’agit, d’abord, d’une amitié avec l’œuvre Points-Cœur. Elle dépasse notre personne et elle nous est confiée lorsque l’on débarque au Sénégal. Ils savent que nous sommes de passage. Ils nous font sacrément confiance, mine de rien !

Vianney de L.

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Author: admin