Visites au Saint Louis Hospital à Bangkok

Categories: Thaïlande

La communauté du Point-Cœur de Bangkok se rend régulièrement à l’hôpital Saint-Louis pour visiter les malades les plus isolés. Anne-Laure raconte l’une ou l’autre visite :  

Nhi, Natalia et Yay Tongloo à l’hôpital Saint-Louis

Yay Tongloo est une de ces nombreuses grand-mères, qui occupent les soins palliatifs depuis plusieurs années. On s’attendrait à un quotidien triste et déprimant… Mais les circonstances sont bien impuissantes face à son humeur candide ! Yay est un vrai boute-en-train, dans une chambre de quatre et, fait figure d’oiseau rare. Mais, passer pour une grand-mère gâteuse, aux yeux des autres patientes et des infirmières souvent aigries, c’est le cadet de ses soucis ! Elle chante à tue-tête des chansons qu’elle invente sur le moment, aussi décomplexée qu’une fille de cinq ans. Chaque visite est un plein de fous rires, et si elle nous dit toujours « Kitthyn ! » (Vous me manquiez !), c’est d’abord elle qui nous remet notre dose de bonne humeur !

Dans la catégorie Miss Thaïlande (senior), il y a aussi la fantastique Khun Moo (traduire Madame la docteur ; elle était dentiste ; on ne connaît pas son nom) qui, dans le même genre que Yay Tongloo, a le don de vous redonner le moral. Un jour on arrive avec Jansi (volontaire indienne) et elle s’exclame, en sautant presque de son lit, avant même qu’on soit entrées dans sa chambre : « I love you VERY much !!! » Elle n’a pas arrêté, durant toute la visite, de le répéter en boucle, chaque fois plus insistant et plus sonore ! Comme un scoop, qu’elle semblait dire et apprendre en même temps ! On ne pouvait plus en placer une ; on était, de toute façon trop amusées et bluffées pour dire un mot ; on ne pouvait que répondre oui à sa question « Nou rak Yay maaj ? » (Et vous, vous m’aimez ?) Et, elle, de redire que c’est la chose la plus formidable qui soit.

Père Guillemin est un vieux prêtre des M.E.P. (Missions Etrangères de Paris), hospitalisé depuis maintenant, plus de deux ans. Depuis quelques mois, il est à l’étage des soins intensifs. Après un arrêt cardiaque, où on a ponctionné du liquide de ses poumons, il a du subir une trachéotomie. Maintenant, c’est un circuit impressionnant de tuyaux qu’il a comme système respiratoire, et qui l’a privé de voix. Il faut donc lire sur ses lèvres, mais nous sommes débutantes… Quelle souffrance, pour lui, de vouloir s’exprimer sans être compris. Mais, le chapelet devient notre conversation. Lorsqu’on récite les « Ave », ses lèvres se mettent alors soudain à danser, ses yeux s’écarquillent, l’unisson des esprits revient, on se comprend, il paraît revivre. Et en ces instants, le Ciel paraît vraiment proche.

Anne-Laure M.

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Author: admin