Visite d’une maison de retraite à Buenos Aires

Categories: Argentine

Sœur Maylis, en mission à Buenos Aires, se rend tous les lundis après-midi dans une résidence de personnes âgées. Elle raconte cet apostolat qui est à la fois le plus dur et le plus poignant de la semaine : 

Sr Blandine en visite à la maison de retraite

Aujourd’hui par exemple nous avons commencé par visiter Rosa, qui comme à son habitude nous explique dans quelle situation désespérée elle se trouve, démunie et malade, avec une famille éloignée qu’elle connait peu et qui, apparemment ne veut pas trop s’occuper de leur grande tante. Elle doit aller dans une maison de retraite mais cela l’angoisse profondément car, sans argent, elle sera dans un lieu où on ne la traitera pas bien, plus ou moins abandonnée dans un coin, sans attention. Malheureusement ces lieux existent, inimaginables tant qu’on n’y a pas mis les pieds, alors nous comprenons son angoisse. Elle demande instamment à Dieu de partir au ciel pour ne pas avoir à vivre cela. Difficile de voir une lueur d’espérance dans tout ça ! Et pourtant si vous la connaissiez ! Elle est tellement touchante, avec son ultra-maquillage, sa vulnérabilité simple, son humour dans ses bons jours, son affection pour nous.

Nous sortons de sa chambre et nous présentons son angoisse à Dieu : « Mon Dieu qu’attends-tu de Rosa ? Comment la réconforter ? Qu’attends-tu de nous ? »

Puis je me dirige vers l’infirmerie. J’apprends que Beti n’ira plus à la salle à manger, elle ne peut plus marcher, elle est assise sur son lit. Je m’approche, elle ne bouge pas, comme paralysée, elle me regarde en face et me dit : « Je t’en prie ne m’abandonne pas ».Je la rassure en lui promettant que je viendrais chaque lundi la voir. Elle m’attendait lundi dernier je n’avais pas pu la voir car l’infirmière n’avait pas voulu que je passe à ce moment-là.« Je ne peux plus marcher, je suis coincée assise sur mon lit, seule je désespère de ne pas pouvoir bouger, et on m’a enlevé mon dentier ».Son désespoir est si profond que je lui prends la main, elle tressaille et me remercie. Je voudrais tant la réconforter et elle le sent dans sa main. « Je prie que Dieu me laisse partir au ciel je n’en peux plus. Ne m’abandonne pas je t’en prie ».Après quelques minutes le médecin arrive et je lui cède la place.

Je pars le cœur déchiré comme à chaque fois.

Qu’est-ce que c’est dur la vieillesse ! Qu’est-ce que c’est dur d’être immobilisé et seul ! Un jour, ce sera mon tour, nous sommes tous dans le même bateau et ce jour-là, combien je valoriserais une simple visite de quelques minutes, un simple regard, une simple main donnée.

Non vraiment je ne peux pas abandonner ce lieu-là même s’il me déchire le cœur.

Il est le lieu de la croix, de l’agonie, de l’angoisse et en même temps le lieu où Marie se tient tout près, réconfortant Jésus par sa simple présence, dans son abandon le plus total : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Ce n’est pas très gai ce que je vous raconte mais comme dit un de nos jeunes volontaires : « Pour rien au monde, je voudrais enlever ce déchirement de mon cœur car il me fait voir plus clair ».

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Author: admin