Visite de la décharge de Mbeubeus à Dakar

Categories: Sénégal

Les volontaires du Point-Cœur de Dakar se rendent chaque semaine à la décharge de Mbeubeus, à la rencontre de ceux qui sont devenus leurs amis :

Mbeubeus

Mbeubeus c’est un monde dans un monde. Une décharge à ciel ouvert, sans réelles délimitations ni plan précis, où les déchets de l’agglomération de Dakar sont drainés chaque jour. Une montagne se déplaçant au gré des camions-poubelles et des travailleurs, au milieu d’un territoire fertile d’une grande beauté. Un sacré contraste !

Lorsque je suis arrivé pour la première fois là-bas, les autres membres de ma communauté m’ont fait rencontrer Ban Khass, président du syndicat des travailleurs de l’informel, des personnes qui travaillent sur la décharge sans salaire fixe ni protection sociale, représentant officiellement 3500 personnes, mais en réalité beaucoup plus. Celui-ci nous dit : « Vous rentrez à l’intérieur ? Faites attention, il y a de la poussière aujourd’hui ! » Je ne m’attendais pas à voir, quelques minutes plus tard, après m’être accroché à l’arrière d’un camion-poubelle conduit par un garçon de douze ans, un autre camion avancer, telle une voiture sur le Paris-Dakar, déplaçant un nuage de sable au milieu des dunes. Non Charles, ce ne sont pas des dunes mais des tas de déchets, ce n’est pas du sable, mais bien de la poussière très très sale !

C’est ainsi, dans cet endroit, comme hors du monde, que nous venons visiter les amis que Points-Cœur s’est fait au fil des années. Rasta, un peu après l’entrée à gauche, nous joue un petit morceau sur sa guitare où trois cordes manquent à l’appel. Antoinette installe sa tente de fortune tous les matins, là où commencent à travailler les ouvriers, pour leur vendre d’une main de maître, petit-déjeuner et rafraîchissements. Abdu, que nous avons rencontré par hasard, est un ancien ami de Points-Cœur, qui ne nous a pas oubliés, et qui nous ressort les photos qu’il a, avec les volontaires d’il y a quinze ans. Ablaye, simple trieur de déchets, sur qui on peut voir la souffrance et les dégâts causés par l’alcool et autres substances, si facilement accessibles dans ce lieu hors de toute juridiction, nous emmène avec fierté voir son petit palais, une simple tente pleine de poussière, où il entrepose ses trouvailles du jour.

Allez à Mbeubeus, c’est aussi aller à la rencontre des enfants qui y travaillent. Talibés, fils de chiffonniers ou autres, ils cherchent tous, sans relâche, les objets qui pourront leur rapporter de l’argent. Une bouteille par-ci, un cadavre de téléphone par-là, des boîtes de conserves là-bas ! Leur nombre est impressionnant, mais le plus marquant, pour moi a été leurs sourires. Leurs sourires omniprésents qui me font oublier tout cet environnement si sale, si stressant pour un étudiant en médecine comme moi. Leur joie de vivre, dans la simplicité la plus extrême, habillés avec des looks dignes de grands couturiers, si ce n’était pas des habits trouvés dans les poubelles. Ils sont dignes et heureux, joyeux, malgré ce qu’ils vivent et ce qu’ils ont déjà vécus. Encore une belle claque pour moi. Ce n’est pas moi qui donne, ce sont ces enfants qui, à chaque instant de mes visites, me donnent une nouvelle leçon de vie. Je suis même devenu heureux d’aller déposer les poubelles chaque matin, me disant qu’avec un peu de chance, un enfant trouvera dans ce que je « donne », de quoi le réjouir au milieu de cette terre si hostile.

Charles T.

Joao (ancien volontaire) et Fatou-Bâ, à Mbeubeus, 2017

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Author: admin