Visite au « Children Hostel » à Chengalpet

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Le « children hostel », où les volontaires du Point-Cœur de Chengalpet vont une fois par semaine est un lieu qui demande beaucoup d’attention, de présence aux enfants. Maguelonne nous introduit à ces visites où le temps se suspend !

Maguelonne avec des enfants du « Children Hostel »

Ce children hostel est un lieu qui accueille une quinzaine d’enfants de huit à dix-­sept ans, atteints d’un handicap moteur et/ou mental. Ils demandent beaucoup d’attention, de présence et de disponibilité. Bien trop souvent, je me suis retrouvée incapable de leur donner ce qu’ils veulent tellement leurs besoins sont grands ou ma capacité et envie de donner sont limités. À peine nous signalons notre présence à la grille, que trois enfants arrivent en courant à notre rencontre : « Akka, akka ». Et voilà, Negassa qui me force à m’assoir en me tirant par le poignet, pour qu’elle puisse poser sa tête sur mon épaule. Puis Vagesh, qui me tire par l’autre bras pour rejoindre la balançoire, avec bien plus de force que mon poignet n’est capable de supporter, la seule solution est d’exécuter le mouvement. Et pour finir, Anita qui me saute dans les bras, que j’essaie tant bien que mal de réceptionner avec ce qu’il me reste de libre. Nagami demande de l’attention d’une manière très Les derniers kilomètres sur la plage spéciale et très concrète : elle crie « hey » en levant le bras droit. Elle est très étonnante, la seule chose que j’ai à faire c’est de lui répondre de la même manière. Facile hein ? Ce qui n’est pas facile, c’est de garder le même enthousiasme à chaque réponse et elle me le fait bien savoir. Me croyant maline, quand je la vois s’éloigner, j’arrête de crier « hey », me pensant libre pour un moment de ce devoir que je me suis faite de lui répondre. Erreur, elle est plus maline que moi, et a bien testé ma réceptivité, elle revient en courant, m’accroche le poignet en me le tordant, me lance un regard noir et m’interpelle, me rappelle de ne pas oublier de répondre, de ne pas l’oublier. Je lui fais la plus belle réponse que je peux : un « hey » harmonieux, un geste lent et un regard tendre. C’est là le moment le plus beau : son visage se plie derrière des rides de sourire, ces yeux me remercient de l’avoir écouté. Il lui suffit seulement cela pour la rendre heureuse. Je ne vous cache pas que ça me coûte de crier pendant une heure, d’un bout à l’autre du jardin, « hey », et de rester attentive à elle à chaque moment, mais c’est ce que je peux faire pour elle. Là-­bas, j’accepte avec le temps de me sentir inutile (à mon sens), en tout cas sur le moment, et à faire des choses simples : pousser la balançoire, rester assise sur le banc avec deux enfants, faire des jeux de mains, crier « hey », me balader tirée par le poignet, faire vibrer ma voix en tapant sur mon thorax… Quand je vois comment ils nous accueillent toutes les semaines et comment chacun nous demande à sa manière, rien qu’un peu d’attention et d’amour, je me dis que je peux accepter de me sentir inutile, et que c’est peut-­être de cette manière que je leur suis utile.

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Author: Claire Lefranc