Gonzalo, Nelson et Elian

D’anniversaire en rencontre, les visites du Point-Cœur d’Uruguay étonnent par leur simplicité et leur Providence.

Gonzalo le jour de son anniversaire, au Point-Cœur de Montevideo

Gonzalo fut un des premiers enfants que nous avons connu et il a tout de suite conquis mon cœur. Il avait alors quatre ans et jouait au petit dur, cherchant l’attention des adultes. Cela a pris quelques mois pour qu’il me laisse l’approcher et l’embrasser, mais alors quand finalement, il se laissa faire, qu’il était heureux et moi aussi ! Sa grand-­‐mère est la référence sûre de sa vie, mais elle travaille et puis elle doit laisser aux parents le soin de s’en occuper. Gonzalo adore son papa et ne pense qu’à être avec lui. Et son papa essaye bien de prendre soin de son fils mais la drogue l’emporte très souvent… La pire bêtise que j’ai vu faire à Gonzalo fut un superbe lancer de pierre qui arriva tout droit dans la fenêtre de voiture de notre fidèle amie Liliana… Tous les garçons de notre quartier jouent au lance-­pierre pour chasser les oiseaux, dans le meilleur des cas. Mais ce jour-­là, nous avons juste vu la fenêtre voler en éclats, puis, plus rien et personne dans la rue. Quelques mois plus tard, au détour d’une conversation, Gonzalo rappela l’évènement et accusa son petit ami Lucas qui se défendit bien-­‐sûr ! Il n’avait pas oublié et profita de ce moment pour nous avouer son méfait. Le jour de son anniversaire, nous sommes allés le visiter, un petit cadeau à la main. Gonzalo était heureux mais courut bien vite à l’intérieur pour être de nouveau avec son papa, présent à ce moment là. La grand-­‐mère nous raconta que personne ne lui avait fêté son anniversaire et que sa maman était par-­‐ tie la veille avec un nouveau compagnon, laissant ses deux enfants. Comment un enfant peut-­il être abandonné ainsi ? Et ses parents, combien de souffrances et d’absences écrites sur leurs visages et dans leurs cœurs… Il était déjà tard, alors, nous avons invité Gonzalo à déjeuner le lendemain. Il aura ainsi, dans un coin de son cœur, le souvenir d’une petite fête en son honneur et d’un gâteau d’anniversaire tant attendu. Il est arrivé à l’heure, impeccable, accompagné de sa petite sœur, Milagros, et de leur grand-­mère. Elle nous laissa les deux. Ce fut une fête pendant tout le repas. Tout le moment qu’il passa avec nous, Gonzalo garda son attitude d’enfant, tendre, espiègle, joueur et joyeux. Sa petite sœur, d’abord bien timide, a aussi bien profité du moment. Bref, cela restera, je l’espère, comme un souvenir lumière dans le cœur triste de Gonzalo.

Et puis, dernièrement, nous avons fait la connaissance d’Elian. En réalité, cela faisait longtemps que nous la cherchions… Chaque semaine nous visitons le Cottolengo où vivent deux-­‐cent garçons de zéro à quatre-­vingt-­dix-­neuf ans, qui ont un handicap ou une déficience mentale ou psychiatrique. Et presque chaque semaine, nous voyons Nelson. Nelson a onze ans. Il est atteint d’épilepsie, d’un handicap mental et physique. Ce qu’il aime par dessus tout, c’est que nous l’emmenions se promener et que nous le laissions marcher à son aise. Il est fou de joie lorsqu’il nous voit et s’agite au moment du départ… Avant, Nelson attrapait ma main et me faisait caresser la tête d’un autre enfant mais, dernièrement, il a commencé à diriger ma main vers lui, Nelson a appris à mendier l’amour dont il a besoin pour grandir… Nous savions, depuis déjà plusieurs mois, que sa maman vivait à la Costanera, mais où ? Et voilà qu’il y a peu, je demande à une amie de ce quartier si elle connaît la maman d’un enfant qui vit au Cottolengo. « C’est ma sœur », me répond-­‐elle. « Je l’appelle ! » Elian arrive et nous nous présentons. Elle nous parle avec beaucoup d’amour de son petit dernier qu’elle espère pouvoir récupérer un jour lorsque sa situation sera meilleure. Depuis, nous sommes retournés la voir et nous reviendrons lorsque Nelson sera en visite dans sa maison. Quelle joie de pouvoir connaître sa famille, son histoire, sa maman…

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Mathidle C. En mission à Monteviedo

L’exigence de l’amitié : Zulema

Zulema et sa lettre pour sa fille

Diane est depuis un mois et demi au Point-Cœur de Montevideo en Uruguay. Zulema est sa première rencontre, sa première traversée du quartier et le début d’une belle amitié.

J’aimerais vous présenter plus particulièrement une amie, Zulema. Le jour de mon arrivée, je n’étais même pas encore entrée dans la maison qu’elle me prend par la main, et m’emmène dans sa rue, la Costanera. C’est la rue la plus pauvre du quartier, où la plupart des maisons sont faites de tôles et de planches, et où les ordures jonchent le sol. Zulema marche d’un pas ferme malgré sa hanche qui la fait fortement boiter. Elle n’a plus qu’un œil mais celui-­‐ci suffit à lui donner un regard pétillant et farceur : « J’espère que tu vas aimer notre quartier », me lance-­‐ t-­‐elle avec son grand sourire. Elle me montre sa maison (qui n’atteint pas les dix mètres carrés !) et me présente à tous les gens qui sont assis, là, devant leurs maisons. Zulema me fait penser à une petite fille, elle absorbe toute l’affection qu’on peut lui donner et en demande toujours plus. Un jour que nous étions allés la visiter avec Alexis, celui-­‐ci entreprit de passer un coup de balai pour enlever quelques-­unes des innombrables toiles d’araignées qui parcouraient les tôles de son plafond. Ce même jour, elle nous donna à chacun deux petits jouets qui trônaient comme « bibelots » dans sa maison. A la fin de la visite, je repartis sans mon nouveau jouet, n’ayant pas le cœur de lui retirer le peu qu’elle possédait. Mais ce fut une bien grande erreur de ma part… Le lendemain, Zulema arriva en pleurant à la maison, blessée par le fait que nous ayons trouvé sa maison sale (puisqu’Alexis avait voulu faire le ménage) et que nous ayons dénigré les cadeaux qu’elle nous avait faits ! Bien-­‐sûr, de notre côté nous n’avions pas vu les choses de cette façon et, en aucun cas, nous avions voulu la blesser, mais à ce moment-­‐là je me rendis compte de notre maladresse… Un autre jour elle arriva à la maison, toute triste : « J’ai plus envie de vivre… de toute manière pour qui je vivrais ? » Elle ajouta qu’elle voudrait se couper les veines. Désemparée, je ne sus que lui répondre, seulement que, oui, ça doit être bien dur d’être délaissée par sa famille, mais que nous, nous l’aimons, qu’elle est notre amie et que nous avons besoin d’elle et surtout qu’elle a du prix aux yeux de Dieu. Nous décidons de l’aider à écrire une lettre à sa fille sur un petit bout de papier, qu’elle n’enverra sans doute jamais, mais qui lui redonne ainsi l’espérance d’avoir des nouvelles en retour. Comme Zulema ne sait pas écrire, je lui dicte et lui montre le modèle de chaque lettre qu’elle copie soigneusement. Après plus d’un heure de discussion et de réconfort, après avoir bu un thé et versé des larmes devant Jésus à la chapelle, Zulema repart avec son grand sourire. Ainsi est Zulema, une grande amie au cœur d’enfant, mais dont l’amitié ne laisse passer aucun oubli, aucun faux pas et nous rappelle sans cesse à notre rôle de missionnaire.

Anniversaire de Gladys à la maison : Dominika, Mathilde (fond g.), Bernardo, Diane et Gladys

 

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Diane dLR Volontaire en mission à Montevideo

Marta, Daniel, et nous, trois mondes se rencontrent, et pourtant….

Kelsey, Viviana avec sa fille Antonela, et Daniel

Au Point-Cœur de Montévidéo en Uruguay, Mathilde raconte ces rencontres qui deviennent exceptionnelles, d’où naissent des amitiés.

Marta, nous l’avons rencontrée lors de ce dîner de bienfaisance au profit de notre Point-­Cœur, où elle s’est liée d’amitié avec Carole (volontaire). Elle nous attendait alors pour nous recevoir chez elle notre jour de repos. Daniel est l’ami de Viviana et ils se sont installés ensemble récemment près de chez nous. Les premières rencontres sont toujours un peu exceptionnelles, quelque chose se passe, surgit dans nos cœurs, des étincelles, une soif immense qui nous appelle à d’autres rencontres.
Voilà comment naissent les amitiés. Il en fut ainsi avec Viviana. Nous connaissions déjà ses enfants car ils étaient arrivés, seuls, au Point-­Cœur à diverses occasions, puis Karen, la sœur de Viviana, qui prit soin des enfants alors que Viviana était en prison. C’est Kelsey et Dominika, qui, guidées par Karen, sont allées visiter Viviana récemment sortie de la prison. Une visite incroyable où, dès le début, Viviana, pauvre en tout, a ouvert son cœur aux filles, simplement, partageant ses nouveaux pas de maman, titubant dans le monde : découvrir son autorité et son amour maternel, cuisiner pour eux, se procurer ce dont ils ont besoin… et tout cela sous un toit de tôle étroit, qui laisse passer l’eau de la pluie… Tous ces premiers mois, chaque nuit de pluie, combien je pensais à eux… Si la pluie battait trop fort, elle devait prendre ses petits et aller demander humblement refuge à sa sœur… Aujourd’hui, la maison s’est un peu arrangée. Suite à cette visite, les filles invitent Daniel et Viviana à déjeuner chez nous dès le lendemain. Le jour suivant, il est 13h et nos invités n’apparaissent pas… Venir déjeuner dans notre maison est un peu étrange et intimidant… alors Kelsey et Dominika partent les chercher et ils reviennent tous ensemble. Viviana et Daniel sont si nerveux qu’ils rient à tout instant, d’un rire que je ne voudrais plus entendre tant il est douloureux, tant il parle des souffrances vécues. Mais, petit à petit, ils se tranquillisent et la conversation va bon train, puis, tantôt ces rires, surtout ceux de Viviana, mais aussi toute une discussion qui s’alterne entre le récit de notre vie et la leur, entre leurs angoisses partagées et de grandes questions sur la foi et sur notre mode de vie. Souvent Daniel réexplique à Viviana ce qu’il a compris. Il y a un profond respect dans ses yeux, pour elle et pour nous. Et puis, c’est comme si nos réponses venaient éveiller la possibilité d’une vie différente.
Et voilà ce qu’il s’est passé avec Marta. Ce jour-là, elle allait recevoir Carole et Dominika pour la première fois. Et Marta décida de venir les chercher. Ce ne sont pas tous les amis des beaux quartiers qui s’aventurent jusqu’à notre maison… Alors, nous étions tous là, à l’heure du goûter (encas de 4h, de rigueur ici !) pour la recevoir. Nous avions disposé pour elle tous les thés que nous avions : de France, d’Uruguay et de Pologne ! Mais elle nous surprit par sa simplicité, et, à l’image des pauvres de notre quartier, elle nous partagea un bout de sa vie, les expériences douloureuses par lesquelles elle était passée. Et l’on toqua à la porte : Daniel et Viviana ! Alors que Kelsey conversait avec Viviana à la porte, Daniel entra pour nous saluer. Son visage paraissait bien lointain. Je regardais la scène : Daniel, Marta, et nous… comment cela allait-­il se passer ? Daniel s’assit et nous lui proposons de choisir un thé : « Vert ! » Il ne comprend de quoi il s’agit ! « Au citron », nous demande-­t-­il. Mais, finalement, il se laisse convaincre par Dominika et son thé polonais. Et sans que nous ayons besoin d’intervenir, Marta et Daniel commencent la conversation. Marta demande à Daniel s’il a des enfants, il répond que c’est un peu compliqué. Elle lui dit que, pour elle-­même, il en est ainsi aussi, et elle l’écoute. C’est un échange banal qui est, malgré tout, un peu extraordinaire par la simplicité et le respect qui en émane. A ce moment, il n’y a pas de différences entre Daniel et Marta, dans notre salle à manger, ils se rejoignent et échangent sur leurs vies respectives, si différentes et pourtant, comme le montre cet instant, si proches. Puis Daniel, qui semble préoccupé, nous remercie et se lève pour rejoindre Viviana. Viviana était venue demander de l’aide chez nous car, pour l’instant, c’est encore sa sœur qui gère l’argent et elle se retrouve donc un peu sans rien. Kelsey l’a écoutée, lui a donné quelques conseils. Finalement, Viviana est repartie de notre maison sans aide matérielle mais avec son sourire immense. Elle a remercié Kelsey de l’avoir écoutée, de lui avoir donné de nouvelles forces et lui disant qu’elle savait bien que Dieu ne l’abandonnerait pas, qu’il ne l’avait jamais abandonnée… Cela m’a rappelé le jour où nous avons invité à déjeuner Vivian et Wilson pour leur anniversaire. Vivian est bien dépressive depuis qu’elle a vu son fils se noyer, il y a bien des années… Wilson prend soin d’elle et, ensemble, ils prennent soin d’un neveu devenu orphelin de père et dont la mère ne peut s’occuper. Les deux, malgré leur pauvreté, ont une grande dignité, ils sont toujours si bien vêtus et leur maison si bien tenue et, tout cela, dans un style bien à eux qui leur va si bien. Le lendemain de ce repas d’anniversaire, Vivian est venue à la maison et, sur le pas de la porte, elle nous a remerciés en nous disant qu’on lui avait offert le meilleur cadeau d’anniversaire : « El amor… »

 

 

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Mathilde C. En missoin en Uruguay

Nos amis qui accueillent nos amis…

Depuis déjà un an que le Point-Cœur s’est installé à Montevideo en Uruguay, les volontaires se sont liés d’amitiés avec de nombreux amis qui les ont aidés pour la fondation du Point-Cœur. Jorge est un de ceux là qui s’était chargé des travaux de la maison. 

dans la piscine de Jorge…

Jorge, chargé l’an passé des travaux de notre maison, a offert une journée sa maison aux amis de notre quartier. Avec notre fidèle amie, Liliana, et d’autres, ils ont organisés le transport, le barbecue, des lots et des cadeaux pour les enfants et Jorge nous a même prêté ses maillots de bain pour pouvoir nous baigner dans sa piscine !

Le départ du quartier fut épique car il nous fallut rassembler nos amis au petit matin d’une nuit de fête, et cela, sous une pluie battante. Pour cette raison, les maillots de bain avaient été abandonnés ! Mais le soleil est doucement arrivé et ne nous a plus quittés !

Je fus marquée par la fraternité entre tous. Il semblait ne plus y avoir de différences entre nos amis du quartier et ceux qui avaient tout organisé. Et puis, chacun avait son espace et cela, non en fonction de son importance, sinon de ses talents. C’est ainsi que Sulema nous a offert un défilé de mode, que plus tard nous avons découvert que notre amie, Olga, qui ne sait ni lire ni écrire, chante et joue de la guitare avec une voix si pure que le « public » en fut touché. Et puis Antonela a fait ses premières brasses dans la piscine. Pablo, volontaire polonais a fait son premier barbecue : tout un art ici ! Bref, ce fut une belle journée de vacances partagée.

Olga à la guitare

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Mathilde C. Membre permanente de Points-Cœur