Lever les yeux… pour voir le cœur !

Tout est nouveau quand on arrive en Thaïlande, pays si différent de la Belgique d’où vient Lucie. Alors le regard s’éduque à la nouveauté et les rencontres sont précieuses pour découvrir la beauté de cette réalité.

Lucie, Allen et des enfants devant le Point-Cœur de Bangkok

C’est une expérience assez déstabilisante d’arriver dans un quartier aussi dépaysant que le nôtre et de plonger directement au cœur de la réalité de ses habitants. Je me souviens d’une phrase que j’avais lue d’une ancienne volontaire en Thaïlande. Elle écrivait : « A première vue, les choses ne sont pas belles, mais elles ont une beauté cachée. Cette vie m’a appris à voir Dieu dans les petites choses ». Cette phrase me touche beaucoup, car elle m’invite à adopter une attitude de « chercheur de Dieu » dans ce quartier. Même si beaucoup de choses me font encore peur dans ce nouvel environnement (odeur, animaux, bruit, langue incompréhensible, etc…), j’essaie de chercher constamment des petites lumières dans ce labyrinthe de soi (ruelle en thaï). Pour vous donner une anecdote concrète, durant les premiers jours, lorsqu’on se déplaçait dans le quartier, je marchais toujours en regardant uniquement mes pieds (de peur de croiser un animal ou n’importe quel autre obstacle). Progressivement, je me force à lever les yeux en marchant et à chercher de belles choses dans ces minuscules soi : le regard d’un enfant qui passe, la dextérité des vendeurs de nourriture qui déambulent en moto, les (très nombreuses) photos du roi qui montrent la fierté des Thaïlandais pour leur pays, etc… Cette invitation à élever mon regard est un vrai enseignement pour toute ma mission. À première vue, la réalité n’est pas belle, c’est vrai, mais j’essaie d’aller au‐delà de cette première impression et de chercher activement le trésor plus grand qui se cache dans le Cœur de ses habitants.

Lung Sattapom et Lucie

J’aimerais vous partager ma rencontre avec un ami que j’apprécie beaucoup, Lung Sattapom. En trois semaines, j’ai déjà eu l’occasion de le visiter plusieurs fois puisqu’il réclame nos visites de manière assez insistante (en nous appelant plusieurs fois, chaque jour, au téléphone !) Suite à un accident, il a perdu la motricité de la moitié de son corps, du côté gauche. Chaque jour, un membre de sa famille l’amène avec sa chaise roulante dans le Sanam du quartier (un genre de terrain de basket). Il passe la journée là, à regarder les gens qui passent et à s’exercer en essayant de marcher. Il a une persévérance incroyable pour essayer de garder la forme ! Et il ne cesse de nous dire, qu’avant l’accident, il était beau et sportif ! Ce qui me touche beaucoup chez lui est son attitude fière et polie avec nous. Certes, il a une pauvreté physique évidente mais, en dehors de cela, je le vois vraiment comme un grand monsieur ! Il a un beau langage (je le sais par les traductions de mes sœurs de communauté, c’est le premier thaï du quartier que j’entends utiliser la forme polie que j’ai apprise à l’école), il fait preuve d’une grande patience pour essayer de comprendre ce que j’essaie de lui dire en thaï, il a des conversations intéressantes et pleines de sagesse, et puis, je trouve qu’il a un regard magnifique.

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Lucie M. Volontaire en mission à Bangkok

Biou, un petit ange de notre quartier

Une amitié longue à construire… Astrid nous raconte celle avec Biou, fidèle du Point-Cœur de Bangkok.

Biou

Le visage que je souhaite vous présenter est celui de Biou. Cet adolescent de quinze ans est notre voisin. Petit, il participait à toutes les sorties organisées par les filles du Point­Cœur puis, il est devenu grand et les sorties devinrent plus difficiles. Son handicap, une forme d’autisme, l’enferme dans son monde et l’isole des autres enfants. Petit, beaucoup se moquaient de lui mais, désormais, il est devenu grand et bien plus fort que les autres par sa corpulence, alors les enfants l’embêtent moins mais ne sont pas moins durs avec lui. Il apparaît souvent sur le pas de notre porte lorsque nous déjeunons, et nous demande s’il peut se joindre à nous. Lorsque nous ouvrons la maison aux enfants, ça lui arrive de venir aussi. Souvent, il est très difficile à gérer avec les autres enfants, il ne sait pas exprimer ce qu’il ressent ni comment jouer avec eux, alors il les embête et peut être très violent, ou bien il décide de s’allonger de tout son long au milieu de la pièce et de ne plus bouger. Parfois même, lorsqu’il nous voit rentrer chez nous en fin de journée, il essaie de rentrer bien que nous lui expliquions, comme aux autres enfants, que ce soir nous n’ouvrons pas. Mais nos explications sont veines et il a tellement de force qu’il nous met dehors et alors, de longues minutes de négociations commencent pour pouvoir entrer chez nous ! Dès le début de ma mission, ce garçon m’a beaucoup touchée. J’essayais alors très vite de créer une amitié avec lui, une complicité qui me tenait à cœur. Je voulais lui montrer mon amour, entrer dans son monde et devenir ami avec lui mais c’était à lui de choisir et non à moi. Cette amitié ne m’appartenait pas. Ce fût long. Parfois, il était adorable à la maison, parfois on devait lui demander de sortir car la situation devenait incontrôlable avec les autres enfants. Un jour que la maison était pleine des cris de joie des enfants, je coloriais avec l’un d’eux des coloriages que j’avais rapporté de France. Biou vint et s’imposa. Il voulait dessiner avec moi mais seulement avec moi, pas avec les autres enfants. Alors, il commença à s’appliquer et, pour la première fois en presqu’un an, je le vis concentré sur quelque chose plus de dix minutes. Il coloria pendant une heure avec beaucoup de calme et d’application. Nous nous sommes regardées avec Pauline et nos regards se disaient : « Yes ! On a réussi ! » On n’avait rien réussi du tout, c’était lui qui avait réussi. Le temps de quelques heures, il a su trouver le calme et l’apaisement dans son coeur d’enfant si meurtri par les moqueries, l’incompréhension de son entourage et peut-­être aussi le manque d’amour. Le lendemain, on se croise dans la rue et il m’interpelle : « Phii Saaj ! N’oublie pas, samedi prochain on doit finir le coloriage qu’on a commencé ensemble ! » J’étais si touchée par l’attention qu’il me portait et par son application à vouloir finir ce qu’il avait commencé. J’avais réussi une chose, à être ami avec lui. La fois d’après, je jouais avec un autre enfant lorsqu’il se mit à colorier. Comme tous ces enfants, lui aussi a besoin d’attention et d’amour. Colorier tout seul, quel intérêt ? Aucun. Alors, il a commencé à embêter les autres, j’ai tenté de lui expliquer qu’on ne pouvait pas être qu’avec lui tout le temps mais il ne comprenait pas. Sa volonté de finir ce coloriage était si belle, son appel si grand que je l’ai finalement rejoint. Il a terminé tout seul mais j’étais à côté et je l’encourageais. Quelle fierté on pouvait lire sur son visage quand j’ai accroché son coloriage au mur près des dessins des autres enfants à la fin de l’après-­midi. Il avait réussi quelque chose et c’était beau.

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Astrid R. En mission en Thailande

La prière, une expérience vraiment nouvelle

Au cœur de la Thaïlande, pays bouddhiste, la prière monte… celle du Point-Cœur de Bangkok où vit Astrid.

J’aimerais vous parler, dans cette lettre, d’un autre élément qui fait partie intégrante de ma vie quotidienne : la prière. Vaste sujet me diriez-­vous et peut-­être un peu audacieux mais je voudrais vous en parler car, sans cette dernière, ma mission serait bien différente. La prière est omniprésente dans notre journée. Le matin, départ pour la messe à 7h. Sur le chemin, qui est parfois bien long (et oui, le bus ne déroge pas à la règle de la fameuse circulation de Bangkok !), je prie les laudes, la prière du matin. Nous prions le chapelet en communauté après la sieste et nous prions les vêpres le soir, avant le dîner. Dans la journée, chacune d’entre nous trouve un moment de libre pour prier l’adoration pendant une heure, car nous avons la chance d’avoir, dans la petite chapelle de notre petite maison (comme dans les autres Points-­Cœur), la Présence Réelle. Et enfin, avant d’aller dormir, nous prions les complies après avoir remercié le Seigneur pour cette journée et demander pardon. La Thaïlande est un pays de religion et de culture bouddhiste, moins d’ 1% de la population est catholique. Notre présence dans le quartier pourrait donc paraître futile ou bien même stérile. Cependant, notre mission n’est pas de convertir les bouddhistes mais de prier pour eux. Notre prière et la présence de Jésus dans le tabernacle sont très importantes dans un quartier comme le nôtre. Aucune de nos journées ne se ressemblent mais toutes sont bien remplies ! Les heures passées dans les transports, l’apprentissage de la langue, l’exigence de beaucoup de nos amis quant à notre présence et notre aide, l’écoute de leurs confessions parfois difficiles à entendre ou à accepter, tout cela demande beaucoup d’énergie physique et mentale ! Les moments de prières sont alors des moments de calme, d’apaisement dans le tumulte de ma journée. Je me pose et je dépose tout ce que j’ai entendu et reçu au pied de Jésus. Je lui confie mes joies, mes inquiétudes, mes doutes. Dans certaines situations, nous ne savons plus quelle est la meilleure façon d’agir alors, ensemble ou chacune personnellement, on les confie au Seigneur afin qu’Il nous apporte une réponse ou un petit signe pour nous aider à prendre une décision. Ces moments de prières sont aussi l’occasion de prendre du recul et de ne pas agir dans la précipitation. Ce n’est pas évident à partager avec des mots mais la prière, qui est pour moi une expérience vraiment nouvelle, m’apporte une grande paix intérieure, un certain repos mais aussi du courage et de la force dans les moments de grande fatigue ou de découragement. Cependant, la prière n’est pas uniquement présente lorsque je suis dans la chapelle, au calme, elle m’accompagne aussi tout au long de la journée. Voici quelques expériences marquantes que je voudrais vous partager. Au tout début de ma mission, il y a plusieurs mois déjà, lorsque nous partions visiter nos amis dans le quartier, je ne comprenais strictement rien à la conversation. Parfois les filles me traduisaient mais pas toujours. Je me souviens d’une fois, en particulier, nous visitions une amie âgée et très pauvre, jaaj Lek, avec Hoa. Je ne comprenais pas ce qu’elle disait mais, à travers les expressions de son visage et le ton de sa voix, j’ai compris sa détresse. Alors, je me suis mise à réciter des Je vous salue Marie pour cette jaaj. Cette petite prière me permettait de participer, à mon niveau, à la conversation et elle me permettait aussi de rester présente et de ne pas m’évader dans mes pensées, ce qui est parfois tentant lorsqu’on ne comprend rien. C’était beau car je me sentais toute proche d’elle. J’ai appris ensuite qu’elle était très triste car une de ses filles était en train de mourir d’un cancer. Elle est morte quelques semaines après. Ma prière n’a pas guéri le chagrin de jaaj, ni le cancer de sa fille mais c’était ma façon de lui apporter quelque chose.

 

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Astrid R. En mission à Bangkok

Au bout de la ruelle, l’amitié

Une longue amitié, faite de lutte et de retrouvaille, Lung Sunang est un grand monsieur qui a la fin de sa vie, reçoit les filles du Point-Cœur de Thaïlande comme une grande bouffée d’air.

Lung Sunang

J’aimerais aussi vous parler d’un ami, Lung Sunang. Cet homme de soixante-­dix ans est un rayon de soleil dans ma mission et pourtant, notre amitié ne fût pas toujours évidente. Quand je suis arrivée à Bangkok, Lung s’était remis à boire beaucoup. Nos visites étaient de plus en plus compliquées, nous étions dans une impasse car son immense solitude justifiait notre présence, sa famille s’occupant peu de lui, mais son état d’ébriété rendait nos échanges et notre amitié difficiles. Pendant un petit mois, nous ne sommes pas allées le visiter et un jour, alors que nous essayions depuis plusieurs semaines de le voir, il était là, rayonnant. Je me souviendrai de ce visage et de son sourire lorsqu’il nous a vu arriver du bout de soi (ruelle en thaï). C’était magnifique et j’ai à nouveau compris le pourquoi de ma présence ici. Une véritable renaissance s’était opérée en lui, cette joie de se retrouver m’a bouleversée car elle était le signe d’une amitié profonde. Depuis, c’est toujours une joie d’aller le visiter. La vieillesse a pris le pas sur sa vie, il souffre de dépendre des autres, de ne plus pouvoir faire les choses tout seul, il voit et entend très mal, il se ferme donc, un peu malgré lui, au monde qui l’entoure et pourtant, lors de nos visites, les barrières tombent et il s’ouvre à nous avec une joie profonde malgré la simplicité de nos échanges. Un jour, il nous a invité à déjeuner, il avait tout préparé et était excité depuis plusieurs jours à l’idée de ce déjeuner tous ensemble. Lors de la conversation, il nous dit avec son sourire contagieux et la simplicité et la profondeur qu’ont nos amis thaïs : « À l’idée de vous voir, je chante dans mon cœur ! » Avec lui, nous rions beaucoup et à chaque fin visite, je suis remplie d’énergie et de joie ! Notre amitié est une grande richesse dans ma mission et Lung m’apporte sans doute bien plus que ce que je lui donne.

 

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Astrid R. Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

Plus loin que les mots

Au Point-Cœur de Bangkok, l’apprentissage du thaï est un sacré défi pour les volontaires, mais il faut aller « plus loin que les mots » nous dit Pauline, en mission en Thaïlande depuis déjà six mois : 

Songkran avec Phii Oo

Six mois se sont passés depuis mon arrivée en Thaïlande. A présent, je commence à bien connaître les environs, j’arrive presqu’à me repérer dans le labyrinthe du slum et à connaître le prix des aliments et les gens du quartier… La langue vient doucement, comme vous pourrez le constater par vous-mêmes, à la lecture de cette lettre.

Chaque jour, avec notre communauté, nous rendons visite aux amis du Point-Cœur. Un jour, mère Sumalie, un autre jour, l’oncle Saxapong, un autre, grand frère Chaya, etc. C’est grâce à la fidélité des rencontres que de vraies relations se tissent entre nous. Les amis apprennent à comprendre « notre thaï à nous » et nous apprenons à comprendre « leur thaï à eux ». Il ne s’agit pas de savoir parler thaï, purement et simplement, mais d’essayer d’aller plus loin que les mots.

J’aimerais vous présenter une petite mamie que j’aime particulièrement aller visiter, c’est Yaay Biin ! Une minuscule grand-mère de plus de quatre-vingt-dix ans, qui ne marche plus et qui reste sur le seuil de sa maison une partie de la journée à regarder passer les gens. Elle se déplace sur les fesses ou sur les genoux. Quand elle voit qu’on passe devant sa maison, dans la seconde elle rentre chez elle comme un bernard-l’hermite qui se rétracte dans sa coquille. C’est sa façon de nous inviter à entrer. Elle machouille constamment une espèce de chique rouge qu’elle crache dans un pot. Quand yaay Biin parle, c’est très difficile de comprendre ce qu’elle dit car elle a plein de cette pâte dans la bouche. Mais grâce aux visites répétées et à ce désir de pouvoir mieux nous connaître, nous parvenons à avoir de vrais échanges, j’apprends à reconnaître sa façon de parler. La dernière fois, elle riait aux éclats en me racontant la vie, des histoires des uns et des autres. Elle aime quand on lui masse ses genoux douloureux.

Naa et ses filles

Durant quelques jours, nous avons accueilli à la maison Naa, une jeune maman de vingt-trois ans dont j’aurai sûrement l’occasion de vous reparler dans une autre lettre. Son mari étant parti en Inde un certain temps, elle nous a demandé de l’aider avec sa fille d’un an et demi. Naa a un tempérament de feu qui mettait parfois la maison sens dessus dessous mais, finalement, nous avons vraiment passé un bon moment avec elle et sa fille. A l’occasion de sa venue, son autre fille, qui est élevée chez sa sœur, Fy, est aussi venue dormir à la maison. Toute les trois, mère et filles, ont pu passer un temps privilégié ensemble, ce qui n’est pas forcément évident compte-tenu de la situation compliquée de cette famille. Naa vient au Point-Cœur depuis qu’elle a un an et est habituée à la façon de parler des volontaires avec leur vocabulaire simple, leurs tons qu’il faudrait exagérer quatre fois plus, et leurs phrases décousues. Elle s’improvise souvent comme notre traductrice. Pour moi, Naa est en quelque sorte l’une des « mémoires vivantes » du Point-Cœur de ces vingt dernières années. Elle se souvient de toutes les volontaires et nous raconte parfois les sorties et événements passés, d‘il y a dix ans ou plus…

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Pauline G. Volontaire en Thaïlande

Dernières recommandations

 Après deux ans de mission à Bangkok, Anne-Laure est rentrée en France. Elle recommande une dernière fois ses amis thaï à la prière de ses parrains :

Anne-Laure à Bangkok

Cette lettre est un peu différente des autres, et les nouvelles des Amis ne sont plus aussi fraîches et directes, mais ça ne fait rien, sur place ou non, c’est bien d’eux qu’il s’agit ! Skype, le portable et les lettres ne remplacent pas le vis-vis et cette Joie de la rencontre que j’ai goûtée pendant ces deux années, mais restent des supports précieux. Peu après mon retour, j’ai eu la Joie d’avoir certains amis au téléphone, comme Phi Jaq et Pa Noï pour leur anniversaire. Quelle Joie d’entendre le son de leur voix, comme si les kilomètres avaient à nouveau disparu ! Et ils avaient l’air si touchés eux aussi. Depuis, ils ont perdu un neveu dont ils s’occupaient, qui s’est tué à moto… Ils sont très ébranlés. Marianne me disait la semaine dernière qu’un autre vendeur de kanomcroks (les petits gâteaux qu’ils font) s’est installé dans la rue, ce qui ferait croire à un acharnement du sort contre eux. Pa Noï semble, avec ces évènements récents, perdre la force et la volonté de se battre. Le cri de leur cœur s’exprimerait bien par un énorme « à quoi bon » de plus en plus fort. Alors priez pour qu’ils aient toujours en eux cette force et cette volonté qu’il leur faut pour affronter leur vie, je sais qu’ils en ont en réserve.

Priez pour Naa, qui en ce moment a des difficultés avec son mari, le moral n’est pas au beau fixe. Une question de possible grossesse que lui ne voudrait pas et lui reprocherait… Mais rien n’est très clair, si ce n’est qu’elle a besoin de trouver un amour et une confiance durable dans son couple. Mina, leur fille commune, soufflera sa première bougie le 21 novembre.

Des nouvelles tristes de Lung Sunant, pour qui je fais aussi encore appel à vos prières ! Il a une copine, de trente ans moins âgée que lui, sortant de prison et addict aux drogues. Depuis que Lung est avec elle, il a goûté de nouveau à l’alcool, dont il aura mis une vie à se défaire. Et ces derniers temps, il vient souvent au Point-Cœur, ivre, et les filles ne savent pas très bien quoi faire.

Mee Sin va bien apparemment ! Ce qui est une très bonne nouvelle car niveau santé pour elle aussi, il y avait jusque-là toujours quelque chose pour la priver de répit. Espérons qu’elle va rester en forme ! Elle aussi en a besoin pour assumer l’effort physique qu’impose son travail.

Chacun d’eux me manque, il n’y a pas un seul jour sans que je pense à eux, aux enfants, à mes chères sœurs de communauté. Je sais qu’il me faut vivre hic et nunc… et en même temps, ils restent une part importante de moi.

…Et la France alors ? Et bien, le Bon Dieu continue de veiller sur moi comme un papa. Mon retour, même si je vous l’avoue, ce n’est pas une période évidente, a été et est bien guidé par la Providence. Je le vois, une fois les évènements derrière : master, logement, et même job d’été, tout a été pour renforcer cette certitude que je ne suis pas toute seule dans mes recherches, si longues soient-elles. Tout m’a été donné. Une expérience répétitive, comme pour confirmer celle de ces deux années passées à Bangkok.

 

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Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur de Thaïlande

Tout événement de la vie exige un sens

Au Point-Cœur de Bangkok, nous accompagnons nos amis dans les événements de la vie, les petits et les grands. Et il est, pour nous, frappant que mort et vie se côtoient bien souvent, et exigent de nous un « sens ».

Le Point-Cœur de Bangkok, 2016

L’une de nos grandes amies, Naa, suite à de grosses tensions conjugales, avait quitté la maison avec leur fille de six mois, Mina. Elle nous appelle, et nous la rejoignons bien vite, dans la maison de son frère. Il n’y a qu’elle et le bébé. Nous tentons d’argumenter pour voir que faire devant une situation maintenant bien compliquée. Sur ce, bébé Mina se réveille et après quelques minutes, elle réalise que son papa n’est pas là. Elle a l’habitude que papa et maman soient toujours avec elle. Elle se met alors à hurler d’une manière, qu’il est impossible de la calmer. Rien n’y fait, le biberon, les bras de maman, les jeux, les grimaces, les câlins, elle ne fait que hurler et hoqueter de plus belle. Naa, soudainement alors, attrape son téléphone et appelle son mari en disant : « Elle hurle parce qu’elle veut te voir. Cette enfant veut que ses parents soient ensemble. » Le papa, ému, parle à Mina, qui se calme légèrement en entendant sa voix. Elle s’arrêtera définitivement quand Naa lui dit : « Je te promets de rentrer à la maison et, ce soir, nous serons avec papa. »

Un jour, nous célébrions un anniversaire, celui de lung Sunang et, la veille, c’était les funérailles d’un jeune homme de vingt-­‐deux ans, Kop. Lung Sunang a voulu célébrer avec nous son anniversaire. Cet événement, bien simple, avait beaucoup de valeur à ses yeux et aux nôtres, puisque c’était la toute première fois qu’il le célébrait : à soixante-­huit ans !!!! Il s’en est réjoui une semaine à l’avance, nous amenant chaque jour, soit les fruits, soit le gâteau, soit les bougies, etc. nécessaires à cette fête. Le jour J, nous avons eu une magnifique soirée. Je ne l’avais jamais encore vu dans une telle joie. Il était évident que sa joie tenait à la compagnie. Il s’est même lancé à chanter des chants thaïs ! Essentiellement nostalgiques de la famille, de la patrie et de l’entente… Sur la fin, juste avant de partir, il nous a confié que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup fait la fête mais que cette fête‐là, c’était différent parce que nous étions ensemble. La veille, nous accompagnions phii Jack et paa Noj, qui enterrait leur neveu de vingt-­‐deux ans, qui s’est tué dans un accident de moto. Ce neveu était pour eux un fils, car c’est eux qui l’avaient élevé depuis tout-­petit. Leur douleur et celle de toute la famille étaient très grandes. Paa Noj, particulièrement, dans sa douleur de mère était inconsolable. Il ne restait qu’à être là, bien près d’eux, assez près pour partager leur peine.

 

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Marianne P. En mission à Bangkok

« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

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Marianne P. Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok

« Cris » de nos amis à Bangkok

Temple à Bangkok

Marianne en mission au Point-Cœur de Thaïlande, nous confie quelques histoires et paroles qui habitent son cœur, et nous sont confiées…

Immigration detention Center, Bangkok

J’aimerais vous amener dans ce lieu qu’est le centre de détention de personnes en situation illégale de Bangkok. Nous allons, une fois par semaine, visiter les personnes détenues là-bas. Je fus, pour ma part, très marquée par plusieurs rencontres d’hommes, qui avaient été en prison en Thaïlande, avant d’attendre leur visa pour repartir dans leur pays. Si, dans les relations mondaines, nous cherchons souvent à nous présenter sous notre meilleur jour, eux, m’avaient surpris en commençant immédiatement par m’expliquer pourquoi ils étaient là, c’est-­à- dire en montrant « le pire », sans emphase, ni fierté, mais avec beaucoup d’honnêteté. Je repense à l’un d’entre eux, qui commentait toujours nos visites d’un « comme il est bon de pouvoir parler ! » Lors de l’une de nos visites, nous voyons un homme, qui semble très malade, allongé, sans forces. Les autres nous expliquent qu’il est Vietnamien, et, qu’il a décidé de mourir et donc d’arrêter de manger. Émues, nous essayons de parler en thaï avec lui ; il semble sortir de son état, nous regarde et nous dit immédiatement : « Je veux rentrer à la maison, pitié, aidez-­moi à rentrer à la maison ». L’une d’entre nous, qui est Vietnamienne, a ainsi pu commencer à le visiter ; cet homme a, partiellement, perdu la tête, mais il a été frappant de voir combien cette amitié toute simple l’a remis debout, au sens propre comme au figuré. Il s’est remis à manger, à marcher, à recommencer à parler aux autres, et à sourire. Nous avons rencontré deux nouveaux amis, depuis quelques mois dans ce centre. Ils étaient, alors, tous les deux malades et partageaient la même pièce de détention, avec quelques autres personnes. L’un, S, est Sri-­lankais, l’autre, W, est Pakistanais. Il est né une très belle amitié entre eux, qui transmettait une atmosphère paisible à tous les autres. Chacun a une histoire assez difficile, mais leur amitié leur permet d’aller plus loin que la situation actuelle. Ils nous partageaient qu’ils pouvaient échanger en profondeur sur le sens de la vie, sur ce qui leur arrive. Lorsque S a été muté dans une autre cellule, cela a été très dur. W. nous confiait : « Je ne peux pas parler avec les autres, au même niveau ». W s’enquérait toujours de savoir comment allait S, si sa santé ne se dégradait pas, s’il supportait les conditions de sa cellule, plus dures…

Vietnam

Lors d’un passage au Vietnam, l’une de nos belles étudiantes de Saigon me présente l’une de ses amies : la dame, bien âgée, se prénomme Thanh, et souffre de démence depuis plusieurs années. Parfois, elle ne reconnaît plus sa famille, et a du mal à exprimer un discours compréhensible. Mais, après quelques minutes à ses côtés, elle me dit : « Je sais qui tu es : tu es Maria. » Puis, juste après, dans un français parfait : « Je me sens très seule ».

Bangkok, jet Sip Raj

Les enfants sont aussi ceux qui peuvent avoir des paroles bouleversantes. Comme cette petite fille, Miki, que je n’avais pas croisée depuis plusieurs jours, dans le quartier à Bangkok, et qui vient m’embrasser en me disant : « Comme tu m’as manqué, cela fait si longtemps ! » Nous avons aussi plusieurs nouvelles amitiés, avec des hommes âgés du quartier, qui pour différentes raisons, sont un peu « exclus » soit de leur famille, soit de leur entourage proche. L’un d’entre eux, lung Sasaphorn, a été baptisé protestant, il y a de nombreuses années. Et je l’entendais expliquer à un autre ami (bouddhiste) que ce baptême était quelque chose « qui lavait le coeur », où l’on « ne peut pas faire semblant ».

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Marianne P. Membre permanent au Point-Cœur de Bangkok

Yay Somchit ou l’art d’aimer comme Il aime

yaysomshit

Yay Somshit et Anne-Laure

Anne-Laure est au Point-Cœur de Bangkok depuis un an, elle nous fait connaître Yay Somshit :

Aimer comme Il Aime, aider comme Il aide, donner comme Il donne, servir comme Il sert, sauver comme Il sauve. (Mère Térésa)
Cette similitude, c’est Yay Somchit qui l’incarne dans sa vie, sans le savoir : comme Marie, elle a tout fait comme son fils et pour lui. Ces derniers temps, Yay ne va pas très bien. Elle a mal un peu partout et surtout au dos, elle n’arrive presque pas à marcher, et même se lever pour aller de son lit aux toilettes, juste à côté, lui demande un effort. Elle se sent surtout très seule. C’est dire, après avoir passé trois jours à l’hôpital, elle nous confie, les larmes aux yeux, qu’elle ne voulait pas rentrer car, là-­bas, il y avait des gens autour d’elle… On essaie de la visiter plusieurs fois par semaine. Pour autant, Yay n’a pas perdu son humour ni sa profondeur. Une fois où je venais la voir, Yay, comme toujours, me touchait par ses mots, sa beauté rien qu’à elle. Elle me racontait son histoire, ses problèmes d’yeux (elle a perdu un œil et l’autre devient aveugle), la naissance d’Anan, sa vie consacrée à son fils. Avant de partir, je lui dis — ça m’échappe —, que je l’aime… Elle m’attrape le menton et, de son œil voyant à moitié ouvert, Yay me lance un de ses regards à donner des frissons : « Cin? » (Est-­ce que c’est vrai ?). Hola… Pas question de mentir avec Yay ! C’est du solide, ou rien ! Elle sait de quoi elle parle. Je sens tant d’affection en elle, une tendresse, de ceux qui nous connaissent et nous aiment tel qu’on est : Yay m’aime avec mon caj ron (cœur‐chaud), quand, pour les Thaïs, il faut être caj yen (cœur­‐frais, soit sang‐froid). Depuis la mort d’Anan, Yay répète « Je veux mourir ». Elle a accompli ce qu’elle voulait, jusqu’à laisser partir son fils avant elle. C’est souvent le contraire, mais, pour Yay, c’est aussi la preuve de son amour, elle ne pouvait mourir et laisser son fils seul… Depuis peu, elle dit : « Je vais mourir »… Petite différence pas anodine, qui résonne difficilement pour nous. Elle est prête, elle peut partir en Paix puisqu’Anan n’est plus là, et elle n’a pas peur. C’est nous qui ne sommes pas prêtes!

 

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Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur­ de Bangkok