Au bout de la ruelle, l’amitié

Une longue amitié, faite de lutte et de retrouvaille, Lung Sunang est un grand monsieur qui a la fin de sa vie, reçoit les filles du Point-Cœur de Thaïlande comme une grande bouffée d’air.

Lung Sunang

J’aimerais aussi vous parler d’un ami, Lung Sunang. Cet homme de soixante-­dix ans est un rayon de soleil dans ma mission et pourtant, notre amitié ne fût pas toujours évidente. Quand je suis arrivée à Bangkok, Lung s’était remis à boire beaucoup. Nos visites étaient de plus en plus compliquées, nous étions dans une impasse car son immense solitude justifiait notre présence, sa famille s’occupant peu de lui, mais son état d’ébriété rendait nos échanges et notre amitié difficiles. Pendant un petit mois, nous ne sommes pas allées le visiter et un jour, alors que nous essayions depuis plusieurs semaines de le voir, il était là, rayonnant. Je me souviendrai de ce visage et de son sourire lorsqu’il nous a vu arriver du bout de soi (ruelle en thaï). C’était magnifique et j’ai à nouveau compris le pourquoi de ma présence ici. Une véritable renaissance s’était opérée en lui, cette joie de se retrouver m’a bouleversée car elle était le signe d’une amitié profonde. Depuis, c’est toujours une joie d’aller le visiter. La vieillesse a pris le pas sur sa vie, il souffre de dépendre des autres, de ne plus pouvoir faire les choses tout seul, il voit et entend très mal, il se ferme donc, un peu malgré lui, au monde qui l’entoure et pourtant, lors de nos visites, les barrières tombent et il s’ouvre à nous avec une joie profonde malgré la simplicité de nos échanges. Un jour, il nous a invité à déjeuner, il avait tout préparé et était excité depuis plusieurs jours à l’idée de ce déjeuner tous ensemble. Lors de la conversation, il nous dit avec son sourire contagieux et la simplicité et la profondeur qu’ont nos amis thaïs : « À l’idée de vous voir, je chante dans mon cœur ! » Avec lui, nous rions beaucoup et à chaque fin visite, je suis remplie d’énergie et de joie ! Notre amitié est une grande richesse dans ma mission et Lung m’apporte sans doute bien plus que ce que je lui donne.

 

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Astrid R. Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

Plus loin que les mots

Au Point-Cœur de Bangkok, l’apprentissage du thaï est un sacré défi pour les volontaires, mais il faut aller « plus loin que les mots » nous dit Pauline, en mission en Thaïlande depuis déjà six mois : 

Songkran avec Phii Oo

Six mois se sont passés depuis mon arrivée en Thaïlande. A présent, je commence à bien connaître les environs, j’arrive presqu’à me repérer dans le labyrinthe du slum et à connaître le prix des aliments et les gens du quartier… La langue vient doucement, comme vous pourrez le constater par vous-mêmes, à la lecture de cette lettre.

Chaque jour, avec notre communauté, nous rendons visite aux amis du Point-Cœur. Un jour, mère Sumalie, un autre jour, l’oncle Saxapong, un autre, grand frère Chaya, etc. C’est grâce à la fidélité des rencontres que de vraies relations se tissent entre nous. Les amis apprennent à comprendre « notre thaï à nous » et nous apprenons à comprendre « leur thaï à eux ». Il ne s’agit pas de savoir parler thaï, purement et simplement, mais d’essayer d’aller plus loin que les mots.

J’aimerais vous présenter une petite mamie que j’aime particulièrement aller visiter, c’est Yaay Biin ! Une minuscule grand-mère de plus de quatre-vingt-dix ans, qui ne marche plus et qui reste sur le seuil de sa maison une partie de la journée à regarder passer les gens. Elle se déplace sur les fesses ou sur les genoux. Quand elle voit qu’on passe devant sa maison, dans la seconde elle rentre chez elle comme un bernard-l’hermite qui se rétracte dans sa coquille. C’est sa façon de nous inviter à entrer. Elle machouille constamment une espèce de chique rouge qu’elle crache dans un pot. Quand yaay Biin parle, c’est très difficile de comprendre ce qu’elle dit car elle a plein de cette pâte dans la bouche. Mais grâce aux visites répétées et à ce désir de pouvoir mieux nous connaître, nous parvenons à avoir de vrais échanges, j’apprends à reconnaître sa façon de parler. La dernière fois, elle riait aux éclats en me racontant la vie, des histoires des uns et des autres. Elle aime quand on lui masse ses genoux douloureux.

Naa et ses filles

Durant quelques jours, nous avons accueilli à la maison Naa, une jeune maman de vingt-trois ans dont j’aurai sûrement l’occasion de vous reparler dans une autre lettre. Son mari étant parti en Inde un certain temps, elle nous a demandé de l’aider avec sa fille d’un an et demi. Naa a un tempérament de feu qui mettait parfois la maison sens dessus dessous mais, finalement, nous avons vraiment passé un bon moment avec elle et sa fille. A l’occasion de sa venue, son autre fille, qui est élevée chez sa sœur, Fy, est aussi venue dormir à la maison. Toute les trois, mère et filles, ont pu passer un temps privilégié ensemble, ce qui n’est pas forcément évident compte-tenu de la situation compliquée de cette famille. Naa vient au Point-Cœur depuis qu’elle a un an et est habituée à la façon de parler des volontaires avec leur vocabulaire simple, leurs tons qu’il faudrait exagérer quatre fois plus, et leurs phrases décousues. Elle s’improvise souvent comme notre traductrice. Pour moi, Naa est en quelque sorte l’une des « mémoires vivantes » du Point-Cœur de ces vingt dernières années. Elle se souvient de toutes les volontaires et nous raconte parfois les sorties et événements passés, d‘il y a dix ans ou plus…

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Pauline G. Volontaire en Thaïlande

Dernières recommandations

 Après deux ans de mission à Bangkok, Anne-Laure est rentrée en France. Elle recommande une dernière fois ses amis thaï à la prière de ses parrains :

Anne-Laure à Bangkok

Cette lettre est un peu différente des autres, et les nouvelles des Amis ne sont plus aussi fraîches et directes, mais ça ne fait rien, sur place ou non, c’est bien d’eux qu’il s’agit ! Skype, le portable et les lettres ne remplacent pas le vis-vis et cette Joie de la rencontre que j’ai goûtée pendant ces deux années, mais restent des supports précieux. Peu après mon retour, j’ai eu la Joie d’avoir certains amis au téléphone, comme Phi Jaq et Pa Noï pour leur anniversaire. Quelle Joie d’entendre le son de leur voix, comme si les kilomètres avaient à nouveau disparu ! Et ils avaient l’air si touchés eux aussi. Depuis, ils ont perdu un neveu dont ils s’occupaient, qui s’est tué à moto… Ils sont très ébranlés. Marianne me disait la semaine dernière qu’un autre vendeur de kanomcroks (les petits gâteaux qu’ils font) s’est installé dans la rue, ce qui ferait croire à un acharnement du sort contre eux. Pa Noï semble, avec ces évènements récents, perdre la force et la volonté de se battre. Le cri de leur cœur s’exprimerait bien par un énorme « à quoi bon » de plus en plus fort. Alors priez pour qu’ils aient toujours en eux cette force et cette volonté qu’il leur faut pour affronter leur vie, je sais qu’ils en ont en réserve.

Priez pour Naa, qui en ce moment a des difficultés avec son mari, le moral n’est pas au beau fixe. Une question de possible grossesse que lui ne voudrait pas et lui reprocherait… Mais rien n’est très clair, si ce n’est qu’elle a besoin de trouver un amour et une confiance durable dans son couple. Mina, leur fille commune, soufflera sa première bougie le 21 novembre.

Des nouvelles tristes de Lung Sunant, pour qui je fais aussi encore appel à vos prières ! Il a une copine, de trente ans moins âgée que lui, sortant de prison et addict aux drogues. Depuis que Lung est avec elle, il a goûté de nouveau à l’alcool, dont il aura mis une vie à se défaire. Et ces derniers temps, il vient souvent au Point-Cœur, ivre, et les filles ne savent pas très bien quoi faire.

Mee Sin va bien apparemment ! Ce qui est une très bonne nouvelle car niveau santé pour elle aussi, il y avait jusque-là toujours quelque chose pour la priver de répit. Espérons qu’elle va rester en forme ! Elle aussi en a besoin pour assumer l’effort physique qu’impose son travail.

Chacun d’eux me manque, il n’y a pas un seul jour sans que je pense à eux, aux enfants, à mes chères sœurs de communauté. Je sais qu’il me faut vivre hic et nunc… et en même temps, ils restent une part importante de moi.

…Et la France alors ? Et bien, le Bon Dieu continue de veiller sur moi comme un papa. Mon retour, même si je vous l’avoue, ce n’est pas une période évidente, a été et est bien guidé par la Providence. Je le vois, une fois les évènements derrière : master, logement, et même job d’été, tout a été pour renforcer cette certitude que je ne suis pas toute seule dans mes recherches, si longues soient-elles. Tout m’a été donné. Une expérience répétitive, comme pour confirmer celle de ces deux années passées à Bangkok.

 

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Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur de Thaïlande

Tout événement de la vie exige un sens

Au Point-Cœur de Bangkok, nous accompagnons nos amis dans les événements de la vie, les petits et les grands. Et il est, pour nous, frappant que mort et vie se côtoient bien souvent, et exigent de nous un « sens ».

Le Point-Cœur de Bangkok, 2016

L’une de nos grandes amies, Naa, suite à de grosses tensions conjugales, avait quitté la maison avec leur fille de six mois, Mina. Elle nous appelle, et nous la rejoignons bien vite, dans la maison de son frère. Il n’y a qu’elle et le bébé. Nous tentons d’argumenter pour voir que faire devant une situation maintenant bien compliquée. Sur ce, bébé Mina se réveille et après quelques minutes, elle réalise que son papa n’est pas là. Elle a l’habitude que papa et maman soient toujours avec elle. Elle se met alors à hurler d’une manière, qu’il est impossible de la calmer. Rien n’y fait, le biberon, les bras de maman, les jeux, les grimaces, les câlins, elle ne fait que hurler et hoqueter de plus belle. Naa, soudainement alors, attrape son téléphone et appelle son mari en disant : « Elle hurle parce qu’elle veut te voir. Cette enfant veut que ses parents soient ensemble. » Le papa, ému, parle à Mina, qui se calme légèrement en entendant sa voix. Elle s’arrêtera définitivement quand Naa lui dit : « Je te promets de rentrer à la maison et, ce soir, nous serons avec papa. »

Un jour, nous célébrions un anniversaire, celui de lung Sunang et, la veille, c’était les funérailles d’un jeune homme de vingt-­‐deux ans, Kop. Lung Sunang a voulu célébrer avec nous son anniversaire. Cet événement, bien simple, avait beaucoup de valeur à ses yeux et aux nôtres, puisque c’était la toute première fois qu’il le célébrait : à soixante-­huit ans !!!! Il s’en est réjoui une semaine à l’avance, nous amenant chaque jour, soit les fruits, soit le gâteau, soit les bougies, etc. nécessaires à cette fête. Le jour J, nous avons eu une magnifique soirée. Je ne l’avais jamais encore vu dans une telle joie. Il était évident que sa joie tenait à la compagnie. Il s’est même lancé à chanter des chants thaïs ! Essentiellement nostalgiques de la famille, de la patrie et de l’entente… Sur la fin, juste avant de partir, il nous a confié que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup fait la fête mais que cette fête‐là, c’était différent parce que nous étions ensemble. La veille, nous accompagnions phii Jack et paa Noj, qui enterrait leur neveu de vingt-­‐deux ans, qui s’est tué dans un accident de moto. Ce neveu était pour eux un fils, car c’est eux qui l’avaient élevé depuis tout-­petit. Leur douleur et celle de toute la famille étaient très grandes. Paa Noj, particulièrement, dans sa douleur de mère était inconsolable. Il ne restait qu’à être là, bien près d’eux, assez près pour partager leur peine.

 

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Marianne P. En mission à Bangkok

« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

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Marianne P. Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok

« Cris » de nos amis à Bangkok

Temple à Bangkok

Marianne en mission au Point-Cœur de Thaïlande, nous confie quelques histoires et paroles qui habitent son cœur, et nous sont confiées…

Immigration detention Center, Bangkok

J’aimerais vous amener dans ce lieu qu’est le centre de détention de personnes en situation illégale de Bangkok. Nous allons, une fois par semaine, visiter les personnes détenues là-bas. Je fus, pour ma part, très marquée par plusieurs rencontres d’hommes, qui avaient été en prison en Thaïlande, avant d’attendre leur visa pour repartir dans leur pays. Si, dans les relations mondaines, nous cherchons souvent à nous présenter sous notre meilleur jour, eux, m’avaient surpris en commençant immédiatement par m’expliquer pourquoi ils étaient là, c’est-­à- dire en montrant « le pire », sans emphase, ni fierté, mais avec beaucoup d’honnêteté. Je repense à l’un d’entre eux, qui commentait toujours nos visites d’un « comme il est bon de pouvoir parler ! » Lors de l’une de nos visites, nous voyons un homme, qui semble très malade, allongé, sans forces. Les autres nous expliquent qu’il est Vietnamien, et, qu’il a décidé de mourir et donc d’arrêter de manger. Émues, nous essayons de parler en thaï avec lui ; il semble sortir de son état, nous regarde et nous dit immédiatement : « Je veux rentrer à la maison, pitié, aidez-­moi à rentrer à la maison ». L’une d’entre nous, qui est Vietnamienne, a ainsi pu commencer à le visiter ; cet homme a, partiellement, perdu la tête, mais il a été frappant de voir combien cette amitié toute simple l’a remis debout, au sens propre comme au figuré. Il s’est remis à manger, à marcher, à recommencer à parler aux autres, et à sourire. Nous avons rencontré deux nouveaux amis, depuis quelques mois dans ce centre. Ils étaient, alors, tous les deux malades et partageaient la même pièce de détention, avec quelques autres personnes. L’un, S, est Sri-­lankais, l’autre, W, est Pakistanais. Il est né une très belle amitié entre eux, qui transmettait une atmosphère paisible à tous les autres. Chacun a une histoire assez difficile, mais leur amitié leur permet d’aller plus loin que la situation actuelle. Ils nous partageaient qu’ils pouvaient échanger en profondeur sur le sens de la vie, sur ce qui leur arrive. Lorsque S a été muté dans une autre cellule, cela a été très dur. W. nous confiait : « Je ne peux pas parler avec les autres, au même niveau ». W s’enquérait toujours de savoir comment allait S, si sa santé ne se dégradait pas, s’il supportait les conditions de sa cellule, plus dures…

Vietnam

Lors d’un passage au Vietnam, l’une de nos belles étudiantes de Saigon me présente l’une de ses amies : la dame, bien âgée, se prénomme Thanh, et souffre de démence depuis plusieurs années. Parfois, elle ne reconnaît plus sa famille, et a du mal à exprimer un discours compréhensible. Mais, après quelques minutes à ses côtés, elle me dit : « Je sais qui tu es : tu es Maria. » Puis, juste après, dans un français parfait : « Je me sens très seule ».

Bangkok, jet Sip Raj

Les enfants sont aussi ceux qui peuvent avoir des paroles bouleversantes. Comme cette petite fille, Miki, que je n’avais pas croisée depuis plusieurs jours, dans le quartier à Bangkok, et qui vient m’embrasser en me disant : « Comme tu m’as manqué, cela fait si longtemps ! » Nous avons aussi plusieurs nouvelles amitiés, avec des hommes âgés du quartier, qui pour différentes raisons, sont un peu « exclus » soit de leur famille, soit de leur entourage proche. L’un d’entre eux, lung Sasaphorn, a été baptisé protestant, il y a de nombreuses années. Et je l’entendais expliquer à un autre ami (bouddhiste) que ce baptême était quelque chose « qui lavait le coeur », où l’on « ne peut pas faire semblant ».

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Marianne P. Membre permanent au Point-Cœur de Bangkok

Yay Somchit ou l’art d’aimer comme Il aime

yaysomshit

Yay Somshit et Anne-Laure

Anne-Laure est au Point-Cœur de Bangkok depuis un an, elle nous fait connaître Yay Somshit :

Aimer comme Il Aime, aider comme Il aide, donner comme Il donne, servir comme Il sert, sauver comme Il sauve. (Mère Térésa)
Cette similitude, c’est Yay Somchit qui l’incarne dans sa vie, sans le savoir : comme Marie, elle a tout fait comme son fils et pour lui. Ces derniers temps, Yay ne va pas très bien. Elle a mal un peu partout et surtout au dos, elle n’arrive presque pas à marcher, et même se lever pour aller de son lit aux toilettes, juste à côté, lui demande un effort. Elle se sent surtout très seule. C’est dire, après avoir passé trois jours à l’hôpital, elle nous confie, les larmes aux yeux, qu’elle ne voulait pas rentrer car, là-­bas, il y avait des gens autour d’elle… On essaie de la visiter plusieurs fois par semaine. Pour autant, Yay n’a pas perdu son humour ni sa profondeur. Une fois où je venais la voir, Yay, comme toujours, me touchait par ses mots, sa beauté rien qu’à elle. Elle me racontait son histoire, ses problèmes d’yeux (elle a perdu un œil et l’autre devient aveugle), la naissance d’Anan, sa vie consacrée à son fils. Avant de partir, je lui dis — ça m’échappe —, que je l’aime… Elle m’attrape le menton et, de son œil voyant à moitié ouvert, Yay me lance un de ses regards à donner des frissons : « Cin? » (Est-­ce que c’est vrai ?). Hola… Pas question de mentir avec Yay ! C’est du solide, ou rien ! Elle sait de quoi elle parle. Je sens tant d’affection en elle, une tendresse, de ceux qui nous connaissent et nous aiment tel qu’on est : Yay m’aime avec mon caj ron (cœur‐chaud), quand, pour les Thaïs, il faut être caj yen (cœur­‐frais, soit sang‐froid). Depuis la mort d’Anan, Yay répète « Je veux mourir ». Elle a accompli ce qu’elle voulait, jusqu’à laisser partir son fils avant elle. C’est souvent le contraire, mais, pour Yay, c’est aussi la preuve de son amour, elle ne pouvait mourir et laisser son fils seul… Depuis peu, elle dit : « Je vais mourir »… Petite différence pas anodine, qui résonne difficilement pour nous. Elle est prête, elle peut partir en Paix puisqu’Anan n’est plus là, et elle n’a pas peur. C’est nous qui ne sommes pas prêtes!

 

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Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur­ de Bangkok

Pa Lek, la Croix ne vient jamais sans le Christ

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Anne-Laure et Pa Lek à Bangkok

Une longue histoire d’amitié et d’agonie, unie le Point-Cœur de Bangkok et Pa Lek, cette femme qui a maintenant hâte de voir le Seigneur.

Nos journées et nos esprits sont bien remplis par Pa Lek. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était au début de ma mission, quelqu’un nous en parlait comme d’une femme très malade, à qui il ne restait plus bien longtemps. Malgré les gonflements, son visage m’avait déjà marquée par sa douceur et sa quiétude. Depuis, nous l’avions perdue de vue. Il y a un mois, nous avons retrouvé le soy où elle habite. En rentrant et en la voyant sur son lit, c’est à peine si je l’ai reconnue, tellement son corps était meurtri par la maladie. Le médecin de l’hôpital gratuit du quartier a dit qu’elle n’avait rien, ce qui veut dire ici qu’il n’y a plus rien à faire, que ses jours sont comptés. Son diabète a rendu ses yeux aveugles, et ses reins ne fonctionnent plus, le moindre aliment ou goutte d’eau la fait terriblement souffrir. Pour moi, c’était un flot continu de larmes que je ne pouvais pas arrêter… Allongée sur son lit, bras étendus, jambes pliées, une couche pour seul vêtement, la comparaison est tellement frappante… Il ne manquait plus qu’elle me dise : « J’ai soif ! » Depuis, chaque visite est une évangélisation, non pour elle, mais pour moi. Car je ne lui ai jamais parlé de Dieu. C’est elle qui n’arrête pas de m’en parler. Elle L’a rencontré, car elle a découvert un des plus beaux trésors : la Croix ne vient jamais sans le Christ, sans l’AMOUR. Elle l’a compris de l’intérieur, et c’est elle qui me l’enseigne. Elle Le voit partout. « J’ai mal, mais Il habite avec moi, on se bat ensemble. » Malgré ses yeux aveuglés, je sens qu’elle cherche les miens, pour lire dans mon âme, et je me sens indigne d’un tel regard… Quand je la regarde me regarder, tendre les bras si souvent pour me serrer et m’embrasser, je pense au témoignage de Maria, ancienne volontaire à Naples : « Qui suis-je, moi, pour que Toi Qui souffres sur la Croix, Tu me regardes ? » Pa nous appelle ses filles, ses anges. Je lui disais qu’on ne faisait rien en comparaison à sa belle-fille qui s’occupe d’elle. « Mais vous prenez mieux soin de moi, parce que vous m’Aimez. » Alors que je lui confiais mes peurs quant à ma mission, et lui demandais si elle-même avait peur, elle me dit : « J’ai hâte d’aller vers le Seigneur. Tu ne dois pas avoir peur ! » Pa Lek, c’est Jésus Qui vient Lui-même me prendre dans Ses bras et me dire : « Courage, J’ai vaincu ! » Les dernières visites avec Pa sont marquées par la Joie, les rires. Pa est dans la Paix, la vraie Paix, celle que je mendie pour moi, celle de savoir au plus profond de moi que Dieu ne me laissera jamais seule…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

La sagesse des anciens, Yay Phat et Yay Somlyaj

Marianne, du Point-Cœur de Thaïlande, décrit ses rencontres, preuve qu’ « il y a toujours sur notre chemin des personnes qui nous rappellent à l’essentiel, qui nous font retourner à l’Unique nécessaire ».

Marianne P.

Marianne P.

Yay Phat est une dame âgée de notre quartier, qui se sent souvent bien seule. Lors de nos  visites, il est courant qu’elle soit quelque peu perdue dans ses souvenirs du passé et qu’elle se  plaigne des personnes de son entourage, persuadée qu’elle parle de l’époque présente. Mais, il se  produit régulièrement un petit miracle lorsque nous l’interrogeons sur sa vocation de danseuse.  Elle s’illumine alors d’un grand sourire, et nous montre quelques mouvements de danse (thaïe)  avec ses mains, déformées par les rhumatismes et l’âge, mais d’une grâce bien réelle. Elle oublie  littéralement, en un clin d’œil, toutes ses histoires et ses rancœurs et ne semble habiter que par la  beauté de son art.  Récemment, en arrivant chez elle, nous la trouvons tout sourire, respirant la paix. Nous  demandons si nous la dérangeons, et si nous pouvons entrer la visiter. Et elle nous explique qu’elle  était en train de prier (elle est bouddhiste). Toute la visite, elle nous explique combien il est  important de prier, que son père lui a appris à le faire, qu’il faut toujours prier avant quelque  évènement important, ou avant de dormir pour être protégée. Elle précise : « Je me sens souvent  énervée et frustrée, et je ne sais pas pourquoi ; alors je prie et mon cœur se trouve détendu et en  paix. »

Yay Somlyaj est une grande amie. L’une de celles dont nous ne savons pas, quand nous les  visitons, qui entoure l’autre de sa tendresse. D’une famille pauvre, elle n’a pas reçu d’éducation à  l’école, puisque née fille, d’une autre époque, il n’y avait pas de raison de l’envoyer à l’école. Elle  fait pourtant preuve de beaucoup de sagesse et de bon sens, qui font un bien fou à nos pauvres  esprits occidentaux. Sa vie a été marquée par beaucoup de souffrances, dont celle, jamais guérie,  de la perte de son fils, mort brutalement, à la trentaine. Elle a expliqué, que pour les bouddhistes,  si nous nous aidons dans cette vie, c’est parce que nous étions amis dans une vie précédente, et elle disait surtout, avec ses mots : « Il n’y a pas de hasard, si nous nous rencontrons et sommes  amies. »  Elle me touche beaucoup par son désir, et sa manière toute simple de savoir si je suis bien  heureuse, si je suis ce que dit mon cœur… Elle a une très belle façon de dire qu’il faut avancer  dans la vie et souvent écouter son cœur, écouter ce qu’il nous dit, si nous vivons conformément à  notre cœur. Elle me touche aussi par l’absence de peur qui habite sa vie. Un jour que je lui  demandais si elle ne craignait une opération qu’elle devait subir, elle répondit : « Pourquoi  craindre ce que l’on ne peut pas éviter et qu’il faut faire ? »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marianne P. Membre permament en mission à Bangkok

Fioretti des premières rencontres à Bangkok

La beauté de nos amis Phii Jaq et Paa Noï, Yay Somlyaj et Phii Nem, fioretti des premières rencontres d’Anne-Laure au Point-Cœur de Bangkok.

Thuy-AnneLaure-Marianne

Thuy, Anne-Laure et Marianne

Phii Jaq et Paa Noï vendent des petits gâteaux dans la rue. La fidélité n’étant pas une valeur très présente ici, leur couple est d’autant plus beau et attachant. Ils n’ont pas d’enfants mais s’occupent de leur neveu malgré peu de moyens, ils cherchent comment lui payer ses études. Ils sont derrière leurs fourneaux du matin au soir sous la chaleur mais ne se plaignent pas et sont très complices, ne manquent pas de rire. Phii Jaq est un homme très accessible, il me touche beaucoup par son attention, quand beaucoup s’arrêtent souvent au fait que je ne puisse pas parler. Une fois où l’on s’arrêtait comme souvent devant leur stand, il m’a fait parler en cherchant le peu de vocabulaire que j’avais, juste pour me faire comprendre : « Tu es mon amie ». Je ne sais pas si c’est le contenu ou la manière qui m’a le plus touchée ! Depuis Phii Jaq a perdu subitement son frère et a dû retourner en province, inquiet de laisser seule Paa Noï. Ça n’avait pas l’air d’être la grande forme quand on l’a croisée… Il est rentré plus tôt que prévu et leur routine a reprise. Ils sont tellement beaux !

Yay Somlyaj est dans un fauteuil et ne peut pas trop marcher, ayant des problèmes de genoux. Elle vit dans une humble habitation avec son compagnon. Son visage respire la bonté mais surtout la paix, malgré ses conditions de vie dont elle pourrait se plaindre, tout en elle est sourire, même ses rides. Elle nous expliquait le travail d’une association dans le quartier, qui vient améliorer ou construire des habitations en privilégiant les personnes âgées ou handicapées. Yay est à la fois âgée et handicapée mais est bien loin de se centrer sur ses problèmes : « Si l’on me propose une aide, j’accepte, mais je ne vais pas demander. Il y a tellement de gens qui sont plus dans le besoin. » J’ai été bluffée par son abnégation, mais surtout cette paix, le peu d’inquiétude qu’elle manifeste pour sa propre vie.

Phii Nem est une femme de trente-six ans qui vit seule depuis la mort de sa mère adoptive, Yay Samlyang, que les filles du Point-Cœur venaient aider à se doucher et s’habiller chaque jour. Elle reste donc seule, travaille dix heures par jour du lundi au samedi pour gagner peu, vit dans de pauvres conditions et n’a plus aucune famille. Nous sommes allées la voir un dimanche, seul jour où elle est chez elle. J’ai été marquée par sa beauté, ses yeux purs et souriants et sa joie toute simple de notre venue, qu’elle nous a avouée passer son temps à attendre. C’est elle qui m’a donné mon nom thaï (et oui, chaque volontaire a un nom thaï donné par un ami du quartier !) Je m’appelle donc Oy, ce qui signifie canne à sucre ! Les enfants me connaissent donc comme Phii Oy. Une belle aide concrète pour l’inculturation !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur de Thaïlande