Tout événement de la vie exige un sens

Au Point-Cœur de Bangkok, nous accompagnons nos amis dans les événements de la vie, les petits et les grands. Et il est, pour nous, frappant que mort et vie se côtoient bien souvent, et exigent de nous un « sens ».

Le Point-Cœur de Bangkok, 2016

L’une de nos grandes amies, Naa, suite à de grosses tensions conjugales, avait quitté la maison avec leur fille de six mois, Mina. Elle nous appelle, et nous la rejoignons bien vite, dans la maison de son frère. Il n’y a qu’elle et le bébé. Nous tentons d’argumenter pour voir que faire devant une situation maintenant bien compliquée. Sur ce, bébé Mina se réveille et après quelques minutes, elle réalise que son papa n’est pas là. Elle a l’habitude que papa et maman soient toujours avec elle. Elle se met alors à hurler d’une manière, qu’il est impossible de la calmer. Rien n’y fait, le biberon, les bras de maman, les jeux, les grimaces, les câlins, elle ne fait que hurler et hoqueter de plus belle. Naa, soudainement alors, attrape son téléphone et appelle son mari en disant : « Elle hurle parce qu’elle veut te voir. Cette enfant veut que ses parents soient ensemble. » Le papa, ému, parle à Mina, qui se calme légèrement en entendant sa voix. Elle s’arrêtera définitivement quand Naa lui dit : « Je te promets de rentrer à la maison et, ce soir, nous serons avec papa. »

Un jour, nous célébrions un anniversaire, celui de lung Sunang et, la veille, c’était les funérailles d’un jeune homme de vingt-­‐deux ans, Kop. Lung Sunang a voulu célébrer avec nous son anniversaire. Cet événement, bien simple, avait beaucoup de valeur à ses yeux et aux nôtres, puisque c’était la toute première fois qu’il le célébrait : à soixante-­huit ans !!!! Il s’en est réjoui une semaine à l’avance, nous amenant chaque jour, soit les fruits, soit le gâteau, soit les bougies, etc. nécessaires à cette fête. Le jour J, nous avons eu une magnifique soirée. Je ne l’avais jamais encore vu dans une telle joie. Il était évident que sa joie tenait à la compagnie. Il s’est même lancé à chanter des chants thaïs ! Essentiellement nostalgiques de la famille, de la patrie et de l’entente… Sur la fin, juste avant de partir, il nous a confié que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup fait la fête mais que cette fête‐là, c’était différent parce que nous étions ensemble. La veille, nous accompagnions phii Jack et paa Noj, qui enterrait leur neveu de vingt-­‐deux ans, qui s’est tué dans un accident de moto. Ce neveu était pour eux un fils, car c’est eux qui l’avaient élevé depuis tout-­petit. Leur douleur et celle de toute la famille étaient très grandes. Paa Noj, particulièrement, dans sa douleur de mère était inconsolable. Il ne restait qu’à être là, bien près d’eux, assez près pour partager leur peine.

 

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Marianne P. En mission à Bangkok

« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

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Marianne P. Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok

« Cris » de nos amis à Bangkok

Temple à Bangkok

Marianne en mission au Point-Cœur de Thaïlande, nous confie quelques histoires et paroles qui habitent son cœur, et nous sont confiées…

Immigration detention Center, Bangkok

J’aimerais vous amener dans ce lieu qu’est le centre de détention de personnes en situation illégale de Bangkok. Nous allons, une fois par semaine, visiter les personnes détenues là-bas. Je fus, pour ma part, très marquée par plusieurs rencontres d’hommes, qui avaient été en prison en Thaïlande, avant d’attendre leur visa pour repartir dans leur pays. Si, dans les relations mondaines, nous cherchons souvent à nous présenter sous notre meilleur jour, eux, m’avaient surpris en commençant immédiatement par m’expliquer pourquoi ils étaient là, c’est-­à- dire en montrant « le pire », sans emphase, ni fierté, mais avec beaucoup d’honnêteté. Je repense à l’un d’entre eux, qui commentait toujours nos visites d’un « comme il est bon de pouvoir parler ! » Lors de l’une de nos visites, nous voyons un homme, qui semble très malade, allongé, sans forces. Les autres nous expliquent qu’il est Vietnamien, et, qu’il a décidé de mourir et donc d’arrêter de manger. Émues, nous essayons de parler en thaï avec lui ; il semble sortir de son état, nous regarde et nous dit immédiatement : « Je veux rentrer à la maison, pitié, aidez-­moi à rentrer à la maison ». L’une d’entre nous, qui est Vietnamienne, a ainsi pu commencer à le visiter ; cet homme a, partiellement, perdu la tête, mais il a été frappant de voir combien cette amitié toute simple l’a remis debout, au sens propre comme au figuré. Il s’est remis à manger, à marcher, à recommencer à parler aux autres, et à sourire. Nous avons rencontré deux nouveaux amis, depuis quelques mois dans ce centre. Ils étaient, alors, tous les deux malades et partageaient la même pièce de détention, avec quelques autres personnes. L’un, S, est Sri-­lankais, l’autre, W, est Pakistanais. Il est né une très belle amitié entre eux, qui transmettait une atmosphère paisible à tous les autres. Chacun a une histoire assez difficile, mais leur amitié leur permet d’aller plus loin que la situation actuelle. Ils nous partageaient qu’ils pouvaient échanger en profondeur sur le sens de la vie, sur ce qui leur arrive. Lorsque S a été muté dans une autre cellule, cela a été très dur. W. nous confiait : « Je ne peux pas parler avec les autres, au même niveau ». W s’enquérait toujours de savoir comment allait S, si sa santé ne se dégradait pas, s’il supportait les conditions de sa cellule, plus dures…

Vietnam

Lors d’un passage au Vietnam, l’une de nos belles étudiantes de Saigon me présente l’une de ses amies : la dame, bien âgée, se prénomme Thanh, et souffre de démence depuis plusieurs années. Parfois, elle ne reconnaît plus sa famille, et a du mal à exprimer un discours compréhensible. Mais, après quelques minutes à ses côtés, elle me dit : « Je sais qui tu es : tu es Maria. » Puis, juste après, dans un français parfait : « Je me sens très seule ».

Bangkok, jet Sip Raj

Les enfants sont aussi ceux qui peuvent avoir des paroles bouleversantes. Comme cette petite fille, Miki, que je n’avais pas croisée depuis plusieurs jours, dans le quartier à Bangkok, et qui vient m’embrasser en me disant : « Comme tu m’as manqué, cela fait si longtemps ! » Nous avons aussi plusieurs nouvelles amitiés, avec des hommes âgés du quartier, qui pour différentes raisons, sont un peu « exclus » soit de leur famille, soit de leur entourage proche. L’un d’entre eux, lung Sasaphorn, a été baptisé protestant, il y a de nombreuses années. Et je l’entendais expliquer à un autre ami (bouddhiste) que ce baptême était quelque chose « qui lavait le coeur », où l’on « ne peut pas faire semblant ».

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Marianne P. Membre permanent au Point-Cœur de Bangkok

Yay Somchit ou l’art d’aimer comme Il aime

yaysomshit

Yay Somshit et Anne-Laure

Anne-Laure est au Point-Cœur de Bangkok depuis un an, elle nous fait connaître Yay Somshit :

Aimer comme Il Aime, aider comme Il aide, donner comme Il donne, servir comme Il sert, sauver comme Il sauve. (Mère Térésa)
Cette similitude, c’est Yay Somchit qui l’incarne dans sa vie, sans le savoir : comme Marie, elle a tout fait comme son fils et pour lui. Ces derniers temps, Yay ne va pas très bien. Elle a mal un peu partout et surtout au dos, elle n’arrive presque pas à marcher, et même se lever pour aller de son lit aux toilettes, juste à côté, lui demande un effort. Elle se sent surtout très seule. C’est dire, après avoir passé trois jours à l’hôpital, elle nous confie, les larmes aux yeux, qu’elle ne voulait pas rentrer car, là-­bas, il y avait des gens autour d’elle… On essaie de la visiter plusieurs fois par semaine. Pour autant, Yay n’a pas perdu son humour ni sa profondeur. Une fois où je venais la voir, Yay, comme toujours, me touchait par ses mots, sa beauté rien qu’à elle. Elle me racontait son histoire, ses problèmes d’yeux (elle a perdu un œil et l’autre devient aveugle), la naissance d’Anan, sa vie consacrée à son fils. Avant de partir, je lui dis — ça m’échappe —, que je l’aime… Elle m’attrape le menton et, de son œil voyant à moitié ouvert, Yay me lance un de ses regards à donner des frissons : « Cin? » (Est-­ce que c’est vrai ?). Hola… Pas question de mentir avec Yay ! C’est du solide, ou rien ! Elle sait de quoi elle parle. Je sens tant d’affection en elle, une tendresse, de ceux qui nous connaissent et nous aiment tel qu’on est : Yay m’aime avec mon caj ron (cœur‐chaud), quand, pour les Thaïs, il faut être caj yen (cœur­‐frais, soit sang‐froid). Depuis la mort d’Anan, Yay répète « Je veux mourir ». Elle a accompli ce qu’elle voulait, jusqu’à laisser partir son fils avant elle. C’est souvent le contraire, mais, pour Yay, c’est aussi la preuve de son amour, elle ne pouvait mourir et laisser son fils seul… Depuis peu, elle dit : « Je vais mourir »… Petite différence pas anodine, qui résonne difficilement pour nous. Elle est prête, elle peut partir en Paix puisqu’Anan n’est plus là, et elle n’a pas peur. C’est nous qui ne sommes pas prêtes!

 

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Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur­ de Bangkok

Pa Lek, la Croix ne vient jamais sans le Christ

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Anne-Laure et Pa Lek à Bangkok

Une longue histoire d’amitié et d’agonie, unie le Point-Cœur de Bangkok et Pa Lek, cette femme qui a maintenant hâte de voir le Seigneur.

Nos journées et nos esprits sont bien remplis par Pa Lek. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était au début de ma mission, quelqu’un nous en parlait comme d’une femme très malade, à qui il ne restait plus bien longtemps. Malgré les gonflements, son visage m’avait déjà marquée par sa douceur et sa quiétude. Depuis, nous l’avions perdue de vue. Il y a un mois, nous avons retrouvé le soy où elle habite. En rentrant et en la voyant sur son lit, c’est à peine si je l’ai reconnue, tellement son corps était meurtri par la maladie. Le médecin de l’hôpital gratuit du quartier a dit qu’elle n’avait rien, ce qui veut dire ici qu’il n’y a plus rien à faire, que ses jours sont comptés. Son diabète a rendu ses yeux aveugles, et ses reins ne fonctionnent plus, le moindre aliment ou goutte d’eau la fait terriblement souffrir. Pour moi, c’était un flot continu de larmes que je ne pouvais pas arrêter… Allongée sur son lit, bras étendus, jambes pliées, une couche pour seul vêtement, la comparaison est tellement frappante… Il ne manquait plus qu’elle me dise : « J’ai soif ! » Depuis, chaque visite est une évangélisation, non pour elle, mais pour moi. Car je ne lui ai jamais parlé de Dieu. C’est elle qui n’arrête pas de m’en parler. Elle L’a rencontré, car elle a découvert un des plus beaux trésors : la Croix ne vient jamais sans le Christ, sans l’AMOUR. Elle l’a compris de l’intérieur, et c’est elle qui me l’enseigne. Elle Le voit partout. « J’ai mal, mais Il habite avec moi, on se bat ensemble. » Malgré ses yeux aveuglés, je sens qu’elle cherche les miens, pour lire dans mon âme, et je me sens indigne d’un tel regard… Quand je la regarde me regarder, tendre les bras si souvent pour me serrer et m’embrasser, je pense au témoignage de Maria, ancienne volontaire à Naples : « Qui suis-je, moi, pour que Toi Qui souffres sur la Croix, Tu me regardes ? » Pa nous appelle ses filles, ses anges. Je lui disais qu’on ne faisait rien en comparaison à sa belle-fille qui s’occupe d’elle. « Mais vous prenez mieux soin de moi, parce que vous m’Aimez. » Alors que je lui confiais mes peurs quant à ma mission, et lui demandais si elle-même avait peur, elle me dit : « J’ai hâte d’aller vers le Seigneur. Tu ne dois pas avoir peur ! » Pa Lek, c’est Jésus Qui vient Lui-même me prendre dans Ses bras et me dire : « Courage, J’ai vaincu ! » Les dernières visites avec Pa sont marquées par la Joie, les rires. Pa est dans la Paix, la vraie Paix, celle que je mendie pour moi, celle de savoir au plus profond de moi que Dieu ne me laissera jamais seule…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

La sagesse des anciens, Yay Phat et Yay Somlyaj

Marianne, du Point-Cœur de Thaïlande, décrit ses rencontres, preuve qu’ « il y a toujours sur notre chemin des personnes qui nous rappellent à l’essentiel, qui nous font retourner à l’Unique nécessaire ».

Marianne P.

Marianne P.

Yay Phat est une dame âgée de notre quartier, qui se sent souvent bien seule. Lors de nos  visites, il est courant qu’elle soit quelque peu perdue dans ses souvenirs du passé et qu’elle se  plaigne des personnes de son entourage, persuadée qu’elle parle de l’époque présente. Mais, il se  produit régulièrement un petit miracle lorsque nous l’interrogeons sur sa vocation de danseuse.  Elle s’illumine alors d’un grand sourire, et nous montre quelques mouvements de danse (thaïe)  avec ses mains, déformées par les rhumatismes et l’âge, mais d’une grâce bien réelle. Elle oublie  littéralement, en un clin d’œil, toutes ses histoires et ses rancœurs et ne semble habiter que par la  beauté de son art.  Récemment, en arrivant chez elle, nous la trouvons tout sourire, respirant la paix. Nous  demandons si nous la dérangeons, et si nous pouvons entrer la visiter. Et elle nous explique qu’elle  était en train de prier (elle est bouddhiste). Toute la visite, elle nous explique combien il est  important de prier, que son père lui a appris à le faire, qu’il faut toujours prier avant quelque  évènement important, ou avant de dormir pour être protégée. Elle précise : « Je me sens souvent  énervée et frustrée, et je ne sais pas pourquoi ; alors je prie et mon cœur se trouve détendu et en  paix. »

Yay Somlyaj est une grande amie. L’une de celles dont nous ne savons pas, quand nous les  visitons, qui entoure l’autre de sa tendresse. D’une famille pauvre, elle n’a pas reçu d’éducation à  l’école, puisque née fille, d’une autre époque, il n’y avait pas de raison de l’envoyer à l’école. Elle  fait pourtant preuve de beaucoup de sagesse et de bon sens, qui font un bien fou à nos pauvres  esprits occidentaux. Sa vie a été marquée par beaucoup de souffrances, dont celle, jamais guérie,  de la perte de son fils, mort brutalement, à la trentaine. Elle a expliqué, que pour les bouddhistes,  si nous nous aidons dans cette vie, c’est parce que nous étions amis dans une vie précédente, et elle disait surtout, avec ses mots : « Il n’y a pas de hasard, si nous nous rencontrons et sommes  amies. »  Elle me touche beaucoup par son désir, et sa manière toute simple de savoir si je suis bien  heureuse, si je suis ce que dit mon cœur… Elle a une très belle façon de dire qu’il faut avancer  dans la vie et souvent écouter son cœur, écouter ce qu’il nous dit, si nous vivons conformément à  notre cœur. Elle me touche aussi par l’absence de peur qui habite sa vie. Un jour que je lui  demandais si elle ne craignait une opération qu’elle devait subir, elle répondit : « Pourquoi  craindre ce que l’on ne peut pas éviter et qu’il faut faire ? »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marianne P. Membre permament en mission à Bangkok

Fioretti des premières rencontres à Bangkok

La beauté de nos amis Phii Jaq et Paa Noï, Yay Somlyaj et Phii Nem, fioretti des premières rencontres d’Anne-Laure au Point-Cœur de Bangkok.

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Thuy, Anne-Laure et Marianne

Phii Jaq et Paa Noï vendent des petits gâteaux dans la rue. La fidélité n’étant pas une valeur très présente ici, leur couple est d’autant plus beau et attachant. Ils n’ont pas d’enfants mais s’occupent de leur neveu malgré peu de moyens, ils cherchent comment lui payer ses études. Ils sont derrière leurs fourneaux du matin au soir sous la chaleur mais ne se plaignent pas et sont très complices, ne manquent pas de rire. Phii Jaq est un homme très accessible, il me touche beaucoup par son attention, quand beaucoup s’arrêtent souvent au fait que je ne puisse pas parler. Une fois où l’on s’arrêtait comme souvent devant leur stand, il m’a fait parler en cherchant le peu de vocabulaire que j’avais, juste pour me faire comprendre : « Tu es mon amie ». Je ne sais pas si c’est le contenu ou la manière qui m’a le plus touchée ! Depuis Phii Jaq a perdu subitement son frère et a dû retourner en province, inquiet de laisser seule Paa Noï. Ça n’avait pas l’air d’être la grande forme quand on l’a croisée… Il est rentré plus tôt que prévu et leur routine a reprise. Ils sont tellement beaux !

Yay Somlyaj est dans un fauteuil et ne peut pas trop marcher, ayant des problèmes de genoux. Elle vit dans une humble habitation avec son compagnon. Son visage respire la bonté mais surtout la paix, malgré ses conditions de vie dont elle pourrait se plaindre, tout en elle est sourire, même ses rides. Elle nous expliquait le travail d’une association dans le quartier, qui vient améliorer ou construire des habitations en privilégiant les personnes âgées ou handicapées. Yay est à la fois âgée et handicapée mais est bien loin de se centrer sur ses problèmes : « Si l’on me propose une aide, j’accepte, mais je ne vais pas demander. Il y a tellement de gens qui sont plus dans le besoin. » J’ai été bluffée par son abnégation, mais surtout cette paix, le peu d’inquiétude qu’elle manifeste pour sa propre vie.

Phii Nem est une femme de trente-six ans qui vit seule depuis la mort de sa mère adoptive, Yay Samlyang, que les filles du Point-Cœur venaient aider à se doucher et s’habiller chaque jour. Elle reste donc seule, travaille dix heures par jour du lundi au samedi pour gagner peu, vit dans de pauvres conditions et n’a plus aucune famille. Nous sommes allées la voir un dimanche, seul jour où elle est chez elle. J’ai été marquée par sa beauté, ses yeux purs et souriants et sa joie toute simple de notre venue, qu’elle nous a avouée passer son temps à attendre. C’est elle qui m’a donné mon nom thaï (et oui, chaque volontaire a un nom thaï donné par un ami du quartier !) Je m’appelle donc Oy, ce qui signifie canne à sucre ! Les enfants me connaissent donc comme Phii Oy. Une belle aide concrète pour l’inculturation !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Laure M. Volontaire au Point-Cœur de Thaïlande

Yay ne « pleure plus toute seule »

La grand-mère du Point-Cœur de Bangkok est décédée. Celle qui pleurait au départ des volontaires,  ne pleurera plus. Et le mystère de cette amitié se transmet à sa fille.

YaySamniang Maria Thuy

Yay Samniang et Maria Thuy

Je voudrais vous partager l’histoire d’une grande amie, qui a été très proche et qui est décédée le 31 Juillet dernier. Je vous avais déjà parlé lors d’une de mes précédentes lettres : yay Samniang. Elle était véritablement devenue notre grand-mère, et, comme nous la visitions tous les jours, elle était aussi au centre de nos conversations, soucis et prières. Sa dernière année fut douloureuse et elle vivait dans beaucoup d’angoisses. Elle disait souvent qu’elle pensait à la mort. Elle devenait de plus en plus fragile physiquement et son besoin de présence se faisait de plus en plus criant. Elle criait nos noms jours et nuits, au grand dam de ses voisins. Elle voulait s’assurer que nous pouvions l’entendre, que quelqu’un entendait son cri. Lors d’une visite, je m’affairais à m’occuper d’elle, la nourrissant, la baignant, etc. Puis je m’asseyais quelques minutes et lui demandais si elle se sentait mieux. Elle me répondit : « Maintenant ça va, car tu es là, tu ne bouges plus, tu restes avec moi, et nous sommes amies. » Son chemin m’a souvent bouleversée. En juin, nous étions parties une semaine en retraite et l’avions alors confiée aux bons soins d’un volontaire d’un autre Point-Cœur, de passage en Thaïlande. Yay Samniang s’est beaucoup attaché à lui, et lui avait donné un beau nom thaï, Somchai. Lorsqu’il est reparti, elle a pleuré son départ. Sa fille lui a reproché de s’attacher ainsi et de nous aimer tant puisque visiblement cela la conduisait à « pleurer toute seule ». Yay m’avait rapporté ces mots. Mais n’est-ce pas ainsi, que lorsqu’on aime beaucoup, parfois cela fait aussi beaucoup pleurer ? Les toutes dernières semaines, elle parlait toujours de son amour pour nous et de notre amour pour elle. Elle répétait cela, c’était devenue la seule chose essentielle. Les angoisses qui l’envahissaient ne lui laissaient pas beaucoup de repos. Seule la prière du chapelet semblait lui donner un peu de paix. Elle craignait les fantômes et les esprits, aussi nous avions mis une photo de la Madone au dessus d’elle. Lors d’une de mes dernières visites, elle me dit : « Hier, la Sainte Vierge était là ». Je lui demande ce qu’Elle lui a dit. Elle répondit : « Rien, Elle n’a rien dit, nous sommes restées toutes les deux ici, tranquilles. » Il me semble qu’elle nous a laissé un très beau cadeau : l’amitié avec sa fille, phii Neum. Phii Neum a trente-huit ans, et elle a vécu avec yay Samniang depuis qu’elle est toute petite, yay l’ayant adoptée. Pendant longtemps, nous n’avons jamais croisé phii Neum, celle-ci travaillant depuis ses quatorze ans dans une usine de textile, quittant la maison à 7h et ne rentrant jamais avant 21h. Le dimanche étant sa seule journée de repos, nous n’allions pas voir yay ce jour-là, pour la laisser aux bons soins de sa fille. Un jour toutefois, nous nous sommes rencontrées chez yay. De nature timide, elle fut très étonnée que nous essayions de discuter avec elle, et restait discrète. Ce fut doucement, par de petites visites dominicales, que nous avons commencé à mieux la connaître. Jusqu’au jour, où elle a réalisé que nous venions aussi pour elle, et non pas uniquement parce qu’elle était la fille de notre chère yay Samniang. C’est elle qui a alors demandé à ce que nous venions la voir le dimanche, expliquant : « Il n’y a personne avec qui je parle vraiment, personne qui vienne pour discuter avec moi comme vous le faites ». Je fus surprise de constater le changement de son visage et sa façon de se tenir quand nous arrivions pour la voir : elle s’illuminait. Et elle, que nous croyions si timide, ne tarissait plus de paroles, trop heureuse d’avoir de nouvelles amies, de pouvoir nous enseigner un peu de thaï…

Lorsque yay Samniang est décédée, elle est venue nous chercher vers 11h du soir, toute bouleversée, car elle venait de découvrir le décès de yay. Elle nous a demandé de rester dormir chez elle, puis de l’accompagner pour les courtes prières et la crémation qui a suivi le lendemain. Après cela, elle était un peu inquiète que nous ne venions plus et est allée acheter tout spécialement des fruits « qu’aiment manger les étrangers », c’est-à-dire des kiwis ! Nous avons bien compris le message, et essayons d’être fidèles à nos visites dominicales.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marianne P. Membre permanente de Points-Cœur

Les enfants des rues de Bangkok

Le Point-Cœur de Bangkok va souvent retrouver les enfants d’un terrain de jeux du quartier… Marianne, membre permanente, partage une rencontre avec eux. 

Enfants du terrain de jeux, Bangkok, 2015

Enfants du terrain de jeux, Bangkok, 2015

En fait de terrain, c’était à l’origine un petit terrain de foot, bétonné, qui est maintenant régulièrement envahi par les ordures, les chiens errants, quelques vendeuses de nourriture et surtout les fameux enfants. Je dois avouer qu’il me fallait souvent chercher un peu de courage pour les visiter : les coups et les insultes sont le plus souvent leur manière de communiquer, et la loi du plus fort est particulièrement désolante là-bas. Mais il se trouve que certaines d’entre nous se prennent d’amour pour ces petits sauvageons et entraînent les autres. Et parce que l’amour les attire, en nous voyant arriver, ils hurlent généralement : « Phii Farang !! » (« Les grandes sœurs étrangères !! ») et se précipitent. Ils veulent jouer. Mais plus encore que le jeu, ils veulent notre attention totale, nos deux bras pour les porter, nos yeux pour les regarder avec tendresse, nos mains pour éloigner les mains des autres qui en profitent pour leur donner quelques coups, notre voix pour leur parler. Bref, ils nous décapent de nos faux-semblants, de nos masques qui nous empêchent de respirer. Ils exigent notre être. Récemment, Justyna et moi cherchions à retrouver dans ce quartier une petite grand-mère. Ne trouvant pas notre chemin, et ayant quelques petits accrochés à nos bras, je leur demande s’ils savent où elle habite. « Nun ! » (« Là-bas ! ») me répondent-ils, et ils partent nous montrer le chemin. Arrivées devant la dite maison, nous réalisons qu’il s’agit de Yay Niang. Ce n’était pas la personne à laquelle je pensais ! Seulement, c’était celle qui attendait une visite. Nous entrons et à notre habitude, nous nous agenouillons tout près de Yay. Et à notre suite, bien qu’un peu effrayées, entrent trois petites filles, Waan, Phai et Cartun. Elles n’osent pas approcher trop près alors elles s’assoient un peu plus loin et regardent ; elles regardent Yay et nous regardent. Elles regardent ce que nous faisons. Elles ne bougent plus et semblent très attentives. Elles contemplent. Plus tard, je leur dis : « Je ne sais pas si Yay est heureuse » (tant elle souffre) et les petites de répondre : « Oh si, elle a de la joie quand vous la visitez ».

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Marianne Philibert Membre permanente de Points-Cœur en Thaïlande

C’est elle qui est venue nous visiter !

Yay Niang, grande amie du Point-Cœur de Bangkok ou un mystère de Visitation…

Yay Niang en visite au Point-Cœur

Yay Niang en visite au Point-Cœur

 

Parmi les nombreux visages qui habitent nos cœurs, il y en a toujours qui nous font fondre de tendresse quand nous les rencontrons ou les évoquons. C’est bien le cas pour Yay Niang. Très certainement parce que sa tendresse pour chacune de « ses filles Points-­Cœur » est grande. La vie l’a beaucoup éprouvée, et elle me disait un jour : « Tout était dur, il fallait toujours travailler et être plus fatiguée ». Maintenant bien âgée, elle ne travaille plus mais les souffrances n’ont pas cessé pour autant. Depuis que je la connais, elle a toujours eu des difficultés à se déplacer mais pouvait encore le faire au moins dans sa maison, jusqu’en juin dernier où elle a eu un AVC. Après quelques jours à l’hôpital, elle est rentrée chez elle, ne pouvant plus marcher, ni se nourrir seule, et ayant de grandes difficultés d’élocution. Elle que nous avions toujours vu avec le sourire et pleine d’humour, passe par des moments difficiles de grande tristesse. Nous avons essayé d’être le plus présentes possible, la nourrissant, la baignant (sinon elle n’était jamais lavée), et surtout passant de longs moments avec elle, penchées au plus près de son visage pour essayer de saisir les mots qu’elle nous disait. Tout récemment, il y a eu deux beaux évènements pour elle. Le premier fut la visite de John, médecin, volontaire australien, qui vient de s’établir dans notre quartier avec sa petite famille. Aussitôt informées de son arrivée, nous lui avons demandé de visiter Yay Niang. Il ne put pas faire beaucoup en terme de traitement médical mais il put lui expliquer ! Et elle, lui poser des questions. En effet, jusqu’à ce jour, tout le monde, y compris sa fille, était persuadé qu’elle ne marchait pas parce qu’elle ne faisait pas d’efforts (!). A la fin de cette longue visite, je lui ai proposé de donner un nom thaï au docteur (elle aime beaucoup faire cela pour nos visiteurs). Pleine d’humour, elle a dit : « Docteur Ange ! ». Lors de cette visite, « Docteur Ange » avait suggéré qu’elle sorte un peu de chez elle en chaise roulante. Restait à réaliser cela… Puis, un jour, Yay Niang me dit : « J’ai rêvé que je sortais de la maison et marchais dans la rue ». Le dimanche d’après, des amis polonais venaient nous visiter. Tomasz et Mateo acceptent avec joie de nous aider à porter et installer Yay dans une chaise roulante et l’amener jusqu’à chez nous ! Quelle émotion de la voir sortir de chez elle, regarder le ciel, toucher un chien qui passe, de la voir entrer dans notre maison : aujourd’hui, c’est elle qui vient nous visiter !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marianne P. Membre permanente de Points-Cœur