Omar, petit mais déjà grand

Omar vient tous les jours au Point-Cœur de Dakar et Davina découvre sa soif, sa souffrance, et celle de ces enfants du quartier…

Omar à Dakar

Omar !

 

Omar est issu d’une famille de trois enfants. Il a un frère de cinq ans et une sœur qui, après jugement pour aller à l’école, a désormais sept ans. Elle a commencé l’école cette année, après que nous ayons fait de longues démarches pour qu’elle puisse y aller ! Leur maman est peu présente car elle travaille tôt et termine tard. Le père est certainement décédé ; alors, en l’absence de la maman, la garde des enfants est confiée à l’une de leur cousine, qui a vingt ans. À vingt ans, on ne sait pas toujours comment éduquer un enfant, alors le plus simple c’est de taper pour se faire obéir.

Omar et son frère viennent tous les jours comme des grands à la maison (« keur toubab », comme les gens l’appellent en wolof). Ils jouent, ils prient et mangent parfois avec nous ! Ils viennent surtout pour trouver de l’attention… C’est avec son petit air malicieux qu’Omar nous regarde quand il fait une bêtise, attendant toujours notre réaction. Arrive le soir et le moment où tous les enfants doivent rentrer chez eux. Tous courent se cacher, espérant rester avec nous, mais ce n’est pas possible… Lorsque c’est ma permanence, je leur dit : « Fo dierna, demleen », 15 minutes avant l’heure à laquelle je veux qu’ils partent, car je sais qu’ils ne partent jamais du premier coup et qu’il me faut les chercher dans tous les recoins de la maison ! Une fois attrapés, on les met dehors. Avec Omar, c’est toujours la même scène qui se produit. Sans qu’aucune larme ne coule, il pleure de toutes ses forces une fois qu’on l’a attrapé et mis dehors. C’est avec le cœur serré que je ferme la porte car je n’ai pas le choix, il faut être ferme ! Et puis, il faut bien qu’il rentre chez lui… Il reste un certain temps derrière la porte mais, voyant que la porte reste close, il s’en va. Je vois bien que nous sommes comme une boussole pour lui, mais également pour tous les autres enfants. Une fois, il est venu taper à notre porte vers 23h car il s’était fait frapper chez lui. D’autres viennent se faire soigner alors que leur bobo a une belle croûte saine… Ils crient « aïe » avant même que nous les touchions. Que recherchent-­‐ils ? Ils recherchent des personnes qui s’occupent d’eux, qui se soucient d’eux… Je ne peux pas marcher dans la rue sans entendre de toute part « Davina, Davina ». C’est avec un grand sourire qu’ils me saluent, voir me sautent dans les bras ! C’est toujours une joie de les voir, mais également une tristesse… Comment puis‐je me réjouir alors que je sais que ces enfants souffrent au plus profond d’eux ? Je souffre parce qu’ils souffrent. Ce ne sont que des enfants… Je me demande si la vie telle qu’ils la vivent est une normalité pour eux. J’aimerais qu’ils soient heureux éternellement !

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Davina O. Volontaire au Point-Cœur de Dakar

L’arrivée des nouveaux volontaires !

pointcoeur-saint-monique

Point-Cœur de Dakar

La communauté de Dakar a bien bougée ces derniers temps, Emmanuelle se réjouit de ces nouveaux venus qui évitent « l’arthrose du missionnaire » !!

Nous avons eu à accueillir trois nouveaux : Davina, Française, Anna, Polonaise, et João, Suisso-­portuguais. Qu’il est chouette de découvrir chacun, sa personnalité, la touche de couleur qu’il va apporter à la mission ! C’est pour nous, les anciennes, un peu comme un départ à chaque fois. Avec Gosia nous partons toutes les deux mi-­novembre, notre mission actuelle consiste donc à transmettre. Transmettre les amitiés tout d’abord, en présentant chacun à tous nos amis. Il est d’ailleurs beau de voir combien tous attendent que nous leur présentions les nouveaux. Je suis touchée de voir combien cela compte pour eux. Il nous faut donc faire cela « vite », pour ne vexer personne en tardant à venir… Transmettre signifie aussi les initier peu à peu à notre mission, à notre quotidien, qui nous paraît si banal et couler de source, mais en fait non ! On ne peut deviner que l’énorme klaxon qu’il faut guetter le matin, indique qu’il faut apporter la poubelle au camion ; il n’est pas normal en Europe d’avoir du passage non-­stop à la maison, et que reste manger toute personne présente, même si elle n’était pas prévue ; ou encore que les femmes en blanc qui parfois distribuent des gâteaux à la fin de la messe de semaine portent en fait le deuil, et célèbre ce jour-­là les huit jours de décès de l’être cher… Enfin, cela demande beaucoup d’attention et de disponibilité : le nouveau a­‐t-­il de l’eau minérale, lui qui ne peut pas encore boire de l’eau du robinet filtrée ? Il ne mange pas beaucoup, est‐ce qu’il arrive à s’habituer à la nourriture ? Il a des problèmes de ventre (classique au début !), il faut le rassurer. Anna qui ne parle ni français, ni wolof, il faut ne pas oublier de lui traduire en anglais les conversations qui fusent à table. Et je suis même devenue professeur de français et de wolof, Anna et João ayant droit chacun à leur cours particulier quasi tous les jours ! Vous l’aurez compris, même à la fin de la mission, on apprend, car tout cela est un exercice nouveau, et ce n’est pas inné ! Mais c’est tellement important. Car notre accueil est finalement le terreau de la mission de nos frères et sœurs de communauté, qui vont prendre le relais auprès de tous nos amis dans le quartier. Donc finalement, prendre soin d’eux, prendre du temps avec eux, c’est prendre soin de nos amis, en assurant la relève ! Et non seulement, nous apprenons à prendre soin d’eux, mais aussi à les regarder. Car le regard et l’attitude des « bu bees » (= nouveaux) sur la vie ici et sur notre mission est une vraie joie. Ils sont comme des petits enfants : ils s’émerveillent de tout, posent beaucoup de questions, s’interrogent sur la vie de nos amis, et cela vient nous bousculer, les anciennes, là où nous avions peut être commencé à nous « encrouter » un petit peu, et c’est bon ! Cela nous évite « l’arthrose du missionnaire » !

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Emmanuelle C. Volontaire au Point-Cœur de Dakar

Alphonse

Guillaume est en mission au Point-Cœur de Dakar, il s’interroge devant la détresse et l’angoisse d’Alphonse, ce petit garçon devenu son ami. 

Alphonse, enfant du Point-Cœur de Dakar, Sénégal, 2015

Alphonse

« Diiillaume ! » crie chaque matin ce petit enfant de trois ans à la fenêtre de ma chambre qui donne sur la rue. Alphonse est le dernier d’une famille de trois. Sa mère, pour raison de polygamie, les éduque seule. Chaque matin, elle leur prépare un plat de riz que Charlie (huit ans), Kiki (six ans) et Alphonse se serviront seuls le midi au retour de l’école. Dès mon arrivée en mai dernier, le petit Alphonse est devenu mon ami. Têtu qu’il est, il fait n’importe quel caprice pour rentrer au Point-Cœur, pour être là avec nous. L’année scolaire dernière, il n’allait pas à l’école, alors c’est dès 7h30 du matin qu’il était dans la rue à jouer avec les autres petits sous le regard des voisins. Je dirai qu’il est seul, livré à lui‐même mais avec toute une petite communauté que sont les voisins et enfants des voisins. C’est comme cela ici, les grands-mères sont grands-mères de tous, les mamans sont les mamans de tous. S’il n’a pas réussi à rentrer au Point‐Cœur, c’est à 15h30 qu’il rente heureux en criant : « Diillaume, pière ! » En effet, c’est l’heure ou les enfants viennent à la maison pour prier le chapelet. Alors Alphonse court : soit chercher la cloche qu’il sera heureux de faire sonner dans la rue pour rappeler aux enfants l’heure de la prière, soit pour prendre un tamtam qu’il fera raisonner pendant les chants que nous chantons entre chaque dizaine, soit pour se blottir dans les bras de l’un ou l’autre assis par terre dans la chapelle. Un jour, alors que je récitais un « je vous salue Marie », je l’entendis répéter chacun de mes mots, alors je lui ai laissé la parole et il sait mit à prier lui-même la dizaine. Tout le monde l’écoutait, il priait, il était heureux ! Depuis, bien souvent il claque des doigts au moment de l’annonce du mystère pour prier la dizaine. Mais bien souvent, il ne participe pas jusqu’à la fin du chapelet, car il s’endort dans nos bras, bercé par la répétition des Ave Maria. Les grandes vacances finies, la plupart des enfants ont retrouvé le chemin de l’école. Nous avons accompagné beaucoup de parents pour les aider à inscrire leurs enfants. Et cette année, Alphonse rentre en petite maternelle. Les premiers mois ont été catastrophiques. Chaque matin, tout le quartier entend les pleurs d’Alphonse qui refuse d’aller à l’école. Plusieurs fois, je l’accompagnais jusqu’à sa classe. Il était accroché à moi, tendu de peur que je l’abandonne dans ce monde inconnu. J’étais impressionné par la détresse de cet enfant : qu’est‐ce qu’il se passe ? Pourquoi est‐il si apeuré ? Je crois bien que ce petit bonhomme souffre d’une des nombreuses blessures de notre quartier et peut‐être plus généralement d’Afrique et du monde : l’absence d’un père, la solitude, la peur d’être abandonné… Vous me direz qu’ici, il y a tellement de monde que personne n’est seul ! Et bien, je me rends compte que le « on est ensemble » est à première vue magnifique, mais cache un grand manque de relation vraie, d’amitié sincère, de miséricorde et de confiance mutuelle. D’ailleurs, le « on » le dit bien, ce n’est pas « je suis avec toi » mais « on ». Un « on » impersonnel et vide. Etant un peu plus attentif à Alphonse, je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait pas que ses caprices et ses pleurs. Il était réellement angoissé. Cela se traduisait par des diarrhées aiguës pendant plusieurs semaines, des spasmes nerveux quand il s’endort dans nos bras et même quelques cheveux blancs éparses. C’est assez impressionnant de le voir s’endormir en quelques minutes dès le chapelet commencé. Comme si ce vide était comblé par la récitation du chapelet ou qu’il avait enfin trouvé une épaule où reposer sa tête. Sa pauvre maman participe aussi à la souffrance de son fils, mais doit chaque matin le laisser en pleurs pour aller travailler et gagner le nécessaire pour faire le repas, payer le loyer et l’école. C’est le labeur quotidien de beaucoup de femmes ici…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Guillaume en mission à Dakar

Immersion au cœur d’un village sénégalais

Domitille est en mission à Dakar. Elle est allée avec Thérèse, volontaire guinéenne, visiter Alphonse, ancien volontaire sénégalais. Récit d’un plongeon dans un autre culture !

VillageAlphonse

Village d’Alphonse

Quand on arrive dans un village, on salue tout le monde par respect. Belle tradition qui permet aussi d’échanger quelques mots même si la discussion ne s’éternise pas compte tenu de la barrière de la langue. Ce village est un village sérère. La plupart d’entre eux parle sérère essentiellement. Je commence tout doucement à me débrouiller dans une conversation simple en wolof mais quant au sérère autant vous dire que c’est du chinois pour moi ! Après les présentations faites, je découvre avec des yeux d’enfants les habitations très simples et l’environnement quotidien de ces familles. Je vous avoue avoir été surprise en constatant le très peu de confort dans lequel ils vivent. Moi qui pensais vivre déjà très simplement dans la maison de notre Point-Cœur, je peux vous dire que par rapport au village, je me sens largement favorisée. Cette remarque que je me suis faite sur la découverte des lieux, je l’ai partagée à Thérèse car j’avais besoin d’échanger sur ce que l’on vivait. Thérèse, issue d’un village guinéen, connaît davantage la vie de village et m’a fait remarquer qu’il y avait des villages plus pauvres encore. Quand je suis arrivée au Point-Cœur à Grand Yoff, les habitations de nos amis me paraissaient très sommaires et petites pour le nombre d’habitants. Mais en arrivant au village d’Alphonse, j’ai trouvé tous nos amis du quartier de Grand Yoff chanceux d’avoir l’eau accessible, l’électricité, des douches descentes. C’est fou comme ce genre d’expérience, nous remet en question sur le sens de notre mission, sur notre chance de ne manquer de rien. Cette réflexion est bien le point de vue uniquement subjectif d’une Européenne comme moi qui découvre que dans le monde il y a des modes de vie différents. Je ne crois pas que la famille d’Alphonse soit malheureuse de vivre comme cela et d’ailleurs je pense avoir perçu une modeste fierté dans leur regard de compter parmi les habitants du village. Ils ont toujours vécu dans ce village et ignorent la vie superficielle européenne alors finalement, je pense que quelque part ce sont eux les chanceux. Leur ténacité dans le travail quotidien me bouscule aussi. En fait pendant ces 24 heures, je n’ai cessé d’être bousculée et ça fait du bien. Pour être toujours fidèle à ma description sur l’ethnie sérère, le papa d’Alphonse cultive essentiellement le mil et quelques légumes, cacahuètes. Il élève aussi des animaux et ces derniers vivent presque collés à leur chambre. Du matin au soir Bernard, le papa d’Alphonse, travaille sous une chaleur écrasante pour faire vivre sa famille. Ils se nourrissent et vivent de cette culture alors il est important que celle-ci soit bien entretenue. Parfois ils vendent aussi du mil au marché. Antoine, l’oncle d’Alphonse ravi de nous recevoir, nous a fait visiter les lieux et présenté tous les travailleurs œuvrant tous pour la vie du village. La famille d’Alphonse était touchée de notre visite et nous a reçues comme des reines : tous les habitants nous apportaient des plats pour nous remercier de notre présence ! On a eu donc six ou sept plats de riz à goûter !! Nous avons passé la matinée à l’ombre d’un baobab sur une natte, à discuter avec les femmes du village et en dégustant l’ataya, le thé sénégalais ! Je me croyais dans un conte africain tellement l’ambiance était pittoresque. Les femmes discutant autour de certaines pilant le mil et d’autres tressant les cheveux de leurs enfants. L’après-midi nous avons joué avec les enfants et profité de la présence de Samuel et d’Effigénie. Ils revenaient avec le sourire de trois kilomètres à pied en plein soleil, de l’école. Puis nous sommes parties en fin d’après-midi, fortes des dernières bénédictions en wolof du papa d’Alphonse. Nous avons repris le chemin de l’école de Samuel et Effigénie pour regagner les transports. Sur ce chemin cette fois, pas de charrette alors nous avons marché et je trouvais ce chemin bien long et fatiguant ! Je demandais à Samuel si c’était difficile pour lui de prendre cette route trois fois par jour et lui de me répondre avec naturel qu’il était scout et habitué à marcher. Cette immersion au cœur du village était un bijou préservé et j’en garde un souvenir inoubliable.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Domitille A. Volontaire en mission au Point-Cœur du Sénégal

Le petit Matar, cadeau du ciel

Domitille nous présente son petit voisin d’en face qu’elle voit tous les jours au Point-Cœur de Dakar. Matar comble de joie, réveille et éduque un cœur de mère tant il attire la tendresse des autres.

Mère et enfant au Sénégal

Mère et enfant au Sénégal

Je m’étonne encore de ne pas avoir parlé de mon petit protégé sénégalais : mon petit Matar que j’ai en ce moment même sur les genoux ! Je vais essayer de le décrire le mieux possible en essayant d’être lisible car ce petit appuie en même temps sur le clavier pour participer à son portrait ! Il s’appelle Matar Ediga, il a dix-­neuf mois et c’est un peu le bébé « Points-­Cœur ». Sa maman est chrétienne et son papa musulman et il a une sœur discrète et timide « Nu-­‐nu » et un frère à qui j’apprends à lire, « Jimmy ». Ce petit bonhomme me comble de joie avec son grand sourire malicieux et m’aide à me donner encore plus chaque jour aux « amis ». Il m’apprend à être patiente et façonne mon cœur de future maman. C’est fou comme l’instinct maternel est présent en soi, naturellement et qu’il nous force à grandir, à nous dépasser et à nous décentrer de soi. Sa maman est jeune et s’appelle Mireille, dite « Mimi pour les intimes ! ». Et l’amitié avec elle ne cesse de croître. Je la sens heureuse de me voir si protectrice et aimante envers son fils et je crois que le fait de l’aimer beaucoup augmente l’amour que Mimi a pour lui. Ils habitent en face de chez nous et chaque matin, quand je sors dans la rue, dès qu’elle me voit, elle va vite chercher Matar pour me le montrer par le balcon. Et chaque matin, il me dit : « Dodi, Dodi ». Oui après « Binta Touré », je m’appelle désormais « Dodi » car « Domi » était trop difficile à dire pour lui. Quelle joie de connaître ce petit bonhomme et de le voir grandir. J’aime le prendre avec moi pour aller au marché, dans le dos, à la sénégalaise, ou encore lui donner à manger ou jouer avec lui. Il est malicieux, blagueur et plein de tendresse. Il adore que je lui chante le chant en wolof  yessu man dama reronne  et tape dans ses mains en dansant. Il a toujours posé sa tête sur nos épaules quand on le prend dans les bras, il se « love » contre nous. Je suis heureuse de ce « cadeau du ciel » et me souviendrais à vie comme aime m’appeler Mireille, la yay Matar, la « maman de Matar ».Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Domitille A. Volontaire en mission au Sénégal

Marie-Louise, « maître en patience »

Senegal

Point-Cœur de Dakar

 

 

Du Point-Coeur de  Dakar, Domitille nous présente Marie-Louise, un de ses « maître en patience », pour goûter le temps donné.

Marie-Louise est un  »grand maître en patience ». C’est une petite fille à laquelle je suis très attachée et que j’ai grand plaisir à retrouver le samedi à l’Abri. Elle souffre d’un handicap neurologique et n’a pas l’usage de la parole. Mais ne vous inquiétez pas, elle regorge d’ingéniosités diverses pour se faire comprendre. Elle communique très bien grâce à des gestes et son grand cœur nous parle beaucoup. Un après-midi, nous étions avec Alejandra et nous avions prévu de faire une activité manuelle avec les enfants : fabriquer des bracelets en élastique. Je ne sais pas si vous visualisez, vous savez ces petits élastiques de couleur dont les enfants raffolent en ce moment. Il suffit de les placer sur ses doigts et avec un peu d’agilité et de dextérité, on confectionne un beau bracelet multicolore. Avec Alejandra, nous nous mettons à côté de Marie-Louise et nous nous lançons dans cette activité. Nous nous apercevons assez vite que Marie-Louise éprouve des difficultés en terme d’agilité et de compréhension de la fabrication et que placer un élastique sur ses doigts représente une grande épreuve pour elle. Au lieu d’abandonner l’idée et de se décourager, cette  »Dame patience » a réuni toute l’énergie et la force qu’elle possède pour y arriver, sans jamais se laisser abattre. Les autres enfants ont fini rapidement leur bracelet avec aisance, pendant que Marie-Louise mettait toutes les chances de son côté pour arriver  »au sommet » qui l’attendait. Chaque élastique bien placé était une grande victoire pour elle et à chaque fois, elle ne manquait pas de nous embrasser affectueusement Alejandra et moi comme pour nous dire « regarde, je suis capable de le faire ». A chaque étape franchie, elle était euphorique et même en sueur, tant cette tâche était rude pour elle. Avec Alejandra, nous guidions pas à pas cette remarquable fillette et rions presque nerveusement tant l’abnégation de Marie-Louise nous dépassait. J’ai pris une énorme claque en regardant la volonté de Marie-Louise. Je me suis mise à sa place en me disant que devant autant de difficultés, j’aurais arrêté depuis longtemps de m’acharner à faire un simple bracelet. Au delà de la réussite du bracelet, Marie-Louise a réussi à dépasser de grands obstacles et su prouver à elle-même et aux autres que  »quand on veut on peut ». Au bout d’une heure, Marie-Louise a franchi le  »sommet de la montagne » triomphante, tel un athlète à bout de souffle et a placé sur son poignet  »le fruit » de son dur labeur. Une petite victoire qui semble anodine mais représente en réalité le début d’une victoire sur son handicap. Nous sommes sorties de cette après-midi, heureuses et grandies de cette leçon bouleversante. Merci mille fois à ces deux maîtres de patience qui m’aident à prendre conscience de la réalité et de l’importance de  »prendre le temps ». Le temps est un cadeau de la vie pouvant semer des graines précieuses.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Domitille A. Volontaire en mission au Sénégal

Silviane, jusqu’au bout de la vie

Père Thibault vient de passer plusieurs années au Point-Cœur de Dakar. Ce court récit décrit l’offrande de Silviane, sa rencontre avec le Seigneur.

P. Thibaud et Silviane

P. Thibaud et Silviane

 

Un peu avant 19h30, je lance le cri, l’appel à la prière : « Kaileen messssssse !* ». Chez les petits, la réaction est instantanée : ils accourent. Jimmy me dit : « Moi, servir – Ok, va t’habiller ! ». Naif est déjà là avec son grand sourire lumière vêtu de l’aube blanche. Viennent aussi, parfois, nos voisines, ainsi que Silviane avec sa tribu. De son pas lent, elle vient rencontrer son Seigneur. Son jeune cœur de jeune fille de trente ans s’épuise à aspirer l’air nécessaire à ses poumons pour respirer. Sa marche est à la mesure de son cœur : douloureuse et tendue vers l’espérance. Rien ne semble pouvoir séparer notre Silviane de celui que son cœur aime et qui la fait tant souffrir. Avec elle, ses neveux, Nadège,
 Alain, Aurélie, Christelle et Christ. Chaque jour, elle vient écouter la messe. Chaque jour, sa présence dans la chapelle donne à notre petite assemblée une densité, un poids au Saint Sacrifice. Chaque jour, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus quitter sa chambre. Obligée à changer la position qui lui donnera un peu d’air, chaque trait de sa chair tendu vers le précieux élément, fondement de toute vie. Lors d’une visite où elle était si mal, lui apportant la sainte communion, il me vint l’envie de lui confier ma vie, de lui offrir ce que je suis pour qu’elle le présente au Seigneur et qu’elle intercède. Sur ce matelas de misère, dans un vieux boubou fripé par une nuit sans sommeil, tourmentée par l’asphyxie, elle était l’autel et le prêtre et tout aussi, l’agneau du sacrifice. Je n’en fis rien, enfermé dans mon orgueil. Son âme finalement quitta son pauvre corps malade ce 19 juin 2014 vers 15h00, certainement emportée par les anges pour être présentée à son Epoux, le Seigneur Jésus.

 

* Venez à la messe !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

P. Thibault de P. Membre de la Fraternité Molokaï, en mission à Dakar