Les lunettes de la Miséricorde

Tilda, volontaire hongroise, est en mission au El Salvador depuis neuf mois. Chaque semaine les filles de la communauté se rendent auprès de femmes qui se prostituent. Tilda raconte l’amitié avec l’une d’entre elle, Rosita. 

Tilda et une enfant du quartier du Point-Cœur

Je voudrais vous parler de Rosita, notre très chère amie qui est bien importante pour moi. C’est une femme très joyeuse avec un cœur immense. Elle m’a beaucoup enrichie. J’ai toujours hâte de la revoir. Sa bonne humeur est bien contagieuse, et je l’attrape toujours très rapidement. Comme moi, elle aussi adore être auprès de l’eau. Mais, malheureusement, elle est souvent très seule. Les membres du Point-Cœur sont ses seuls amis. La plupart de son temps, elle préfère le passer plutôt dans son « travail », ainsi, au moins, elle ne se sent pas seule. Elle parle de « son travail », d’une façon très naturelle, ça nous surprend, chaque fois. Son lieu de travail : c’est une petite chambre simple avec un lit. Rosita « travaille » en tant que prostituée, cela fait maintenant vingt-cinq ans. Elle nous raconte toujours sa journée avec tant de simplicité et nous dit, de façon naturelle, combien de visites elle a reçues. C’est une immense grâce d’être son amie. Et le plus grand cadeau est peut-être que notre amitié est bien plus importante, pour elle, que l’argent. Car, auparavant, si un client arrivait en notre présence, elle partait. Alors qu’aujourd’hui, si nous sommes avec elle, elle ne reçoit pas le client, malgré ses problèmes financiers. Je me rappelle qu’avant arriver ici, j’avais tellement mal de voir les clubs de nuits, j’ai même souvent détournée la tête. Maintenant, de la façon la plus naturelle au monde, je m’assoie à côté de Rosita, dans la petite chambre, en ignorant sa tenue incomplète et je bavarde avec elle sans soucis, en ignorant l’environnement, en ignorant les regards des hommes.

Nous préjugeons si facilement des gens que nous ne connaissons pas. Mais si, un jour, nous prenons « les lunettes de la miséricorde » de Dieu, à la place du jugement, nous pourrions nous tourner vers l’autre avec amour et tendresse. Rosita a été élevée par des parents adoptifs (elle était la seule fille adoptive). Avec ses parents adoptifs, elle avait une très bonne relation, comme s’ils étaient ses vrais parents, mais elle les a perdus très tôt. N’ayant pas une bonne relation avec ses frères adoptifs, elle est restée seule. Bien-sûr, ce n’est pas une raison pour qu’elle se prostitue, mais en connaissant son histoire, ça aide à comprendre mieux notre amie.

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Tilda S. En mission au El Salvador

Une joie et un honneur de passer dans ce service !

Pierre et le Point-Cœur du Salvador vont visiter les enfants du service oncologique de l’hôpital Bloom. Auprès de Carlos, Stephanie, Douglas… s’émerveiller de chaque éclat de rire.

Pierre au Point-Cœur du San Salvador

Comme vous le savez déjà, visiter le service d’oncologie est un de nos apostolats. Lors de nos visites, notre objectif est de changer l’atmosphère qui y règne. C’est un cadre aseptisé, parfois triste et effrayant. Nous tentons de le transformer en cour de récréation, pour que tous oublient la vie quotidienne de l’hôpital. Nous utilisons le rire et le jeu pour que les enfants s’évadent, mais aussi, pour créer la communion entre les personnes présentes. Comme dans chaque hôpital, à chaque fois, au début, on est perdu ; il faut donc prendre possession du lieu et apprivoiser les bruits, les odeurs et les vues.

Ici, la solitude est palpable. Les chambres sont des espaces séparés. Peu de choses rompent la routine. La télévision marche tout le temps. La douleur chronique est un traumatisme. En effet, chaque personne qui entre dans une chambre peut être porteuse de beaucoup de souffrances et venir pour un examen. Il y a, aussi, à prendre en compte la charge émotionnelle des parents inquiets. Semaines après semaines, notre préparation et notre équipement évoluent. Ainsi, on trouve, maintenant, dans ma besace : ballons de baudruche, jeu d’échecs, tour qui dégringole, feutres, crayons, papier, savon à bulles. On devient aussi, expert en jeux en tout genre : les devinettes, tennis-­ballon, bataille de coussin, le chaud-­froid, jeux vidéo, jeux de société, les avions de papiers, embêter les médecins.Notre premier rituel est d’aller à la chapelle. Ensuite, nous faisons un tour du service. C’est l’occasion de se montrer et de jeter un coup d’œil sur la situation du jour. Puis, vient le moment de la rencontre avec les enfants.

Carlos était un de ceux‐là. Je l’ai visité jusqu’à la fin. Il était âgé de quinze ans. Je l’ai vu durant trois mois. C’était, pour lui, difficile la vie à l’hôpital ! À son âge, on veut découvrir le monde, on ne veut pas rester enfermé. J’ai, aussi, beaucoup parlé avec sa mère, un exemple de force et de dignité. Lors de ma dernière visite, je lui ai offert une figurine de chat : il adorait les chats. Ce jour-­là, sa fin approchait et il dormait. J’ai laissé le jouet près de lui. Je ne sais s’il l’a vu. J’ai seulement parlé avec sa mère. Elle m’a expliqué le diagnostic, on a parlé de Carlos, de la vie, de la mort. On s’est serré dans les bras. Je leur ai dit « adieu ». Carlos est mort quelques jours plus tard.
Permettez-­moi, aussi, de vous parlez de Stéphanie. C’était une enfant de douze ans. Vers l’âge de dix ans, les médecins lui ont diagnostiqué une tumeur au cerveau. Il y a eu une rémission, mais, deux ans plus tard, une rechute. La première fois que je l’ai vue, elle était déjà mal, mais elle bougeait encore et nous comprenait. Je me rappellerais toujours d’une caresse qu’elle a adressée à Vincent, mon camarade de visite. La semaine suivante, après de graves convulsions, elle ne bougeait plus. Vinrent ensuite trois semaines d’agonie, trois semaines pour connaître sa mère pleine d’amour et d’attention pour sa fille mourante.
J’aimerais aussi vous parlez de Douglas. Il a douze ans. Je l’ai visité lors de mes premiers mois, environ six ou sept fois. Et il était rentré chez lui. Malheureusement, depuis maintenant deux mois, il est revenu « au Bloom ». Il mène une lutte terrible contre la maladie. Il a toujours été un enfant réservé. Et, maintenant qu’il a perdu la vue, c’est encore plus dur pour lui de s’ouvrir aux autres. Quand je le visite, je lui prends la main, je lui parle mais, très vite, il me rejette. Pourtant, chaque semaine, je vais le voir un peu. Il ne faut rien forcer, il lui faut du temps. Parfois, il nous faut oublier les jeux et être simplement là.

Visiter l’hôpital Bloom, c’est passer du chaud au froid, des rires au silence. Malgré tout, c’est une joie et un honneur de passer par ce service. Souvent, quand nous partons, on peut entendre les enfants rire et les gens parler et vivre à nouveau. Les premiers départs sont les plus durs. Ils frappent au cœur. Que représentons-­nous pour ces enfants ? Devant la rechute d’un « gamin », comment gérer sa peine ? Où trouver les mots face à un adolescent devenu aveugle ? Que dire à une mère qui a perdu son fils ? Pour continuer, il nous faut nous émerveiller de chaque éclat de rire. Il faut garder à l’esprit la chance que nous avons d’assister à ces moments d’amour entre parents et enfants ; la chance de voir les gestes tendres des médecins ; la chance de créer des amitiés.

 

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Pierre L. Volontaire au Point-Coeur du San Salvador

Donner à manger à celui qui a faim

Pierre est en mission au Point-Cœur du Salvador. A la rencontre des personnes de la rue, il découvre que ni le pain ni les vêtements ne suffiront à combler les plus pauvres, mais sa seule réponse est de donner, de se donner… 

Pierre en mission au Salvador

Chaque dernier jeudi de chaque mois, un groupe de paroissiens s’en va dans le centre‐ville donner à manger, à boire et des vêtements aux gens de la rue. Nous avons rejoint ce groupe. Nous nous retrouvons après la messe, devant l’église, vers huit heures, où nous chargeons le pick-up des provisions récoltées durant la semaine. J’ai pris l’habitude de me placer à l’arrière, prêt à bondir tel un Salvadorien, et à lancer des « Dale niño ! » au chauffeur. Ce qui, avec mon accent, amuse beaucoup le groupe.

Quand nous apercevons des SDF, nous nous arrêtons : « Buenas noches, pancito, cafecito ». À certains endroits, on trouve un homme seul que l’on réveille, à d’autres, un groupe de dix, à d’autres, un couple, à d’autres encore, une cinquantaine de personnes, dont femmes et enfants. Au-delà du don, c’est l’occasion de partager un peu, d’écouter des gens que personne n’écoute, de parler anglais avec ceux qui le désirent.

Un jour où nous n’avions plus de vêtement à donner, un homme m’a demandé ma chemise. J’ai profondément hésité mais je ne pouvais me permettre de rentrer torse nu. J’ai donc refusé. Mais, hanté par cette demande, le mois suivant, j’ai donné de mes t-shirts. J’ai constaté que, malgré mon don plus personnel, il manquait encore et toujours de quoi vêtir. Malgré le sentiment de faire une bonne action, d’être remercié comme si j’étais le Pape lui‐même, je ressens à chaque fois beaucoup de tristesse en rentrant de cette tournée. C’est étrange d’aller à la rencontre des gens de la rue. Souvent, j’ai envie de rester avec eux.

Quand je pense à l’après Point‐Cœur, je n’ai pas beaucoup de certitudes. Ce que je sais, c’est que je veux continuer à aller à la rencontre des gens de la rue et donner un peu de pain. Même si l’insuffisance du don par rapport au besoin peut m’amener à la désespérance, lorsque je donne je me sens utile. Et je sais en mon cœur que c’est bon de le faire. Alors j’oublie que cela ne changera pas le monde, et je garde le fol espoir qu’un jour tous les petits dons réunis le feront.

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Pierre L. volontaire au Salvador

Mère Courage et sa fille Mégane

Pierre est en mission au Point-Cœur du El Salvador, de ses rencontres quotidiennes, il nous présente les visages de ces deux femmes, Mère Courage et sa fille Mégane.

Mère Courage et Lindsay, volontaire au El Salvador

Mère Courage et Lindsay, volontaire au El Salvador

Voilà l’histoire de Mère Courage et de sa fille, Mégane. Mère Courage a soixante-dix-sept ans et sa fille, quarante-quatre. C’est lors d’une visite dans leur maison que j’ai fait leur rencontre. J’ai parlé de « maison », mais il faut comprendre une champita (baraque). Mon premier sentiment fut de la tristesse pour ces femmes. Malgré son âge avancé, Mère Courage travaille toujours. Elle ramasse des déchets plastiques et les aplatit pour les revendre. C’est un travail, cela va sans dire, fastidieux et peu rémunérateur. Trois tas de plastique d’un mètre quatre-vingt de haut sur cinquante de large, sont rachetés moins de vingt dollars. Mégane, elle, ne peut travailler. Cela fait maintenant quelques années qu’elle fut victime de convulsions qui l’ont laissée dans un piteux état. Elle parle peu et difficilement. De plus, après ce choc, son esprit s’est comme fermé et elle a cessé d’utiliser ses jambes. Ainsi, j’ai appris que Mégane n’était pas sortie de chez elle pendant quatre ans. Ce qui, évidemment, n’a fait que renforcer son mutisme. Une seconde visite fut l’occasion d’amener Mégane à une consultation médicale. Comme vous pouvez l’imaginer, ce fut un moment riche en émotion pour elle, et pour moi, toute proportion gardée. Nous l’avons sortie, portée, et poussée en fauteuil jusqu’à la clinique. Lors de cette sortie, comme virginale, les larmes ont coulé sur son visage. Maintenant que ce cap est passé, nous les emmenons le plus régulièrement possible passer un après-midi dehors, pour reprendre goût au soleil. Elle parle et sourit un tout petit peu plus, et tient péniblement sur ses jambes, juste le temps de quitter sa chaise roulante pour rejoindre son lit. Les progrès sont infimes mais certes visibles. J’ai le fol espoir qu’entre nos prières et nos visites, Mégane reprendra goût à la vie.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Pierre L. Volontaire au Point-Cœur du El Salvador

Arriver au Salvador et avoir tout à apprendre…

De découverte en découverte, Inès entre dans la vie du Point-Cœur du Salvador en Amérique CentraleApprentissage surprenant !

Ines-El Salvador

Inès et Analia

 

Pour vous dire les choses telles qu’elles sont, quand je suis partie en mission, c’était pour donner de mon temps aux autres, à ceux qui ont moins, accepter de me mettre à leur niveau. Mais en fait, je me suis prise une claque dans la figure en arrivant ici, car j’ai réalisé combien c’est moi qui ai tout à apprendre. C’est eux qui doivent se mettre à mon niveau pour me laisser voir combien il est beau et simple d’aimer, combien la confiance en Dieu apaise, et combien l’espoir est générateur de forces nouvelles. Que j’ai pleuré lorsque j’ai réalisé combien j’étais faible à coté de toutes ces saintes personnes que le Bon Dieu me donne la chance de rencontrer. J’ai réalisé que je ne savais pas aimer comme Dieu nous l’enseigne, gratuitement, sans aucune goutte d’égoïsme, sans rien attendre en retour. Parmi les Sœurs de Points‐Cœur qui habitent à quarante minutes en bus du Point‐Cœur, il y a sœur Liliana, Argentine. Elle est un soutien pour moi : c’est une personne qui m’éclaire par son écoute, ses propositions et ses intentions. Elle m’aide à me remettre complètement à Dieu, à lui faire confiance et à avancer librement.

Au sujet de rencontres formidables, je ne peux pas ne pas vous parler des enfants du Bloom. Ils sont au 8ème étage d’un hôpital  de San Salvador, atteints chacun d’une maladie grave. Ils sont par chambre de cinq ou six et au pied de chaque lit, se tient leur maman, présente à chaque heure, à chaque minute, de jour comme de nuit. Comme la Vierge au pied de la croix durant la passion de son fils, ces mamans restent là, prés de leur enfant qui souffre, dans l’incapacité d’agir immédiatement, mais dans l’espérance et la confiance en Dieu. J’ai fait la connaissance de différents enfants et mamans au Bloom. D’Edgar, Gabriel et Gabriella, qui grâce à vos prières sont sortis de l’hôpital ! Mais aussi de Roxana, de Mercedes, de Jostin, de Daniel.
Roxana souffre et ça se voit. Elle est toute tremblotante dans son lit, avec la chair de poule et des perfusions lui rentrent et sortent de partout. Mais malgré ça, elle a un visage d’ange, qui semble apaisé et confiant, et elle me sourit sans arrêt, moi qui suis là  depuis presqu’un mois et toujours pas foutue de comprendre ce qu’elle dit. Daniel, lui, est un petit gars mis dans une chambre à part, ce qui nous renseigne d’emblée sur la gravité de sa maladie. Il souffre tellement qu’il est dans l’incapacité de nous répondre verbalement. Alors la dernière fois, quand nous l’avons visité avec Pipe et Sibylle, il a esquissé un sourire, comme pour nous dire merci, quand nous lui avons chanté une chanson, puis quand nous avons prié au pied de son lit avec sa maman en pleurs. C’est tellement dur d’être comme ça, spectateur d’une souffrance terrible portée par un enfant, et dans l’incapacité de faire quoi que ce soit pour l’apaiser. Dans l’incapacité de les décharger, ni lui ni sa maman, de leur douleur. Et pourtant il en est ainsi, on doit faire confiance à Dieu et si le lui permet, c’est surement pour une fin plus belle et plus grande qui nous dépasse.
Abandon et humilité, voilà ce vers quoi j’essaye de tendre depuis mon arrivée ici.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Inès de N. Volontaire en mission au Salvador

Niña Beatriz, ou la fidélité au quotidien.

 Sibylle nous entraine au marché proche du Point-Cœur de Salvador, pour une rencontre avec Niña Beatriz qui y travaille depuis trente ans.

Niña Beatriz

Niña Beatriz

 

Je souhaiterais vous présenter un endroit que j’aime particulièrement, situé à cinq minutes à pied de chez nous : la Tiendona. C’est le plus gros marché de fruits et légumes du Salvador (un peu comme Rungis du temps où il alliait encore vente de gros et vente au détail) : un festival de bruits, de couleurs et d’odeurs (pas toujours des plus agréables !). Dès 3 h du matin commence le défilé des camions en provenance du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua, déchargés à dos d’homme. Puis, arrivent les vendeurs au détail, les vendeurs ambulants, les pasteurs évangéliques avec leur sono et leur micro et c’est alors un joyeux remue-­ménage où tout le monde crie, négocie, se salue, se bouscule… Tout cela dans une joie et bonne humeur typiquement salvadoriennes. Nous avons, lors de nos courses hebdomadaires, l’occasion de rencontrer de manière plus personnelle quelques acteurs de ce grand théâtre, que je souhaiterais vous présenter. Niña Beatriz est une petite bonne femme qui travaille depuis trente ans à la Tiendona en vendant son frijol (haricots rouges) et quelques produits de saison de son jardin. Depuis trente ans, elle se lève tous les jours à 3 h du matin, prend un bus avec sa petite cargaison et repart chez elle vers 17 h. Depuis trente ans, elle a à peine cinq jours de congés par an (l’unique jour de fermeture de la Tiendona est le vendredi saint !) et gagne à peine ce qu’il lui faut pour vivre. Elle pourrait être aigrie, se plaindre d’avoir un travail pénible ne lui laissant ni vacances ni loisir. Mais non : son visage dégage la sérénité et la joie de quelqu’un qui vit profondément l’instant présent, sans avoir l’échappatoire de se dire qu’il y aura le week-end ou les vacances pour souffler et se changer les idées. Elle a appris à aimer son travail, son quotidien, à s’épanouir dans la difficulté, l’adversité et l’anonymat. C’est une unité de vie radicale qu’elle possède : il n’y a pas d’un côté le travail pénible et de l’autre les loisirs, les grandes sensations qui lui font oublier un moment la monotonie de son quotidien. Il y a un tout qui forme son existence et qui la rend heureuse. Sa sérénité et sa joie, ne viennent pas de la célébrité ou de la réussite. Elles se trouvent dans la fidélité quotidienne aux petites tâches, des plus pénibles aux plus gratifiantes. La joie, elle vient du cœur !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sibylle P. Volontaire en mission au Salvador

Les entrailles de la mission

Karlita El Salvador

Karlita, amie du Point-Cœur du Salvador

 

Sibylle est au Point-Cœur du El Salvador depuis plus de six mois. Au cours de ses visites, les personnes qu’elle rencontre la plonge dans ce mystère de compassion et d’espérance qu’elle nous décrit comme les entrailles de la mission : garder l’espérance contre toute espérance !

 

Dans la “mission”, on rencontre des saints du quotidien, mais on voit aussi pas mal de misère et de souffrance, notamment chez certains êtres devenus des amis au fil du temps. Ici, je ne vous présenterai pas une personne en particulier, mais plusieurs, sans autre lien entre elles que celui de la “compassion” et de l’amitié que j’ai pour elles.
Ce sont d’abord Arely et Saïda, deux sœurs de dix-sept et vingt ans, toutes deux enceintes de leur troisième enfant. Elles vivent avec leurs trois petits frères  et leur grand-mère, cette dernière étant seule à maintenir financièrement la famille par la vente occasionnelle de chocolat. Ils vivent tous dans la même pièce meublée seulement de deux grands lits, trois chaises, une armoire… et de nombreuses bouteilles en plastique et vêtements sales jonchant le sol… Je vous parlerai également de Gloria et Jessica, deux amies prostituées qui travaillent non loin de “la colonia” ; et enfin de Kristina, un ami travesti propriétaire d’un bar du même quartier (et bien d’autres encore). Nous rendons visite à ces trois derniers presque toutes les semaines, dans le cadre de nos “apostolats” extérieurs au quartier.
Au-delà de la tristesse de voir des amis vivre dans de telles conditions, mon impuissance face à ces situations me donne parfois un sentiment horrible de culpabilité de ne pouvoir mieux les aider. Cependant, à ces personnes qui, souvent si jeunes, ont perdu tout rêve et toute espérance, à vivre entassées les unes sur les autres sans intimité ni instruction, à être regardées comme des objets de plaisir, ou que la perte d’un être cher a perturbées jusqu’à renier leur identité sexuelle, il est crucial de rendre une dignité. Cette amitié gratuite, sans objectif défini à l’avance avec exigence de résultat, mais simplement signe du prix infini de leur vie, est peut-être la seule manière de les aider réellement. C’est un chemin de patience et d’abandon, car concrètement, je ne crois pas que Saïda et Arely se mettent du jour au lendemain à laver et ranger leur maison tous les jours, à inscrire leurs filles à l’école ; que Gloria sorte de la prostitution ; ou que Kristina retrouve son identité sexuelle. Pourtant, j’ai le devoir immense, et qui me dépasse, de garder pour eux cette
espérance qu’ils ont eux-mêmes perdue. Un jour peut-être, quand ils seront prêts, ils chercheront à changer un peu, et il faudra être là pour les soutenir, mettre tout en œuvre pour les aider concrètement. Mais en attendant, toute la tension est dans l’affection que je leur voue, et cette espérance contre toute espérance !

 

Le Point-Cœur du Salvador

Le Point-Cœur du Salvador

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Sibylle P. Volontaire française en mission au El Salvador