Elisabeta : de mon humeur de chien le matin à la joie dès potron‐minet

Devenir amie n’est pas une petite affaire, mais une belle aventure qui se transmet. Philippine nous le décrit de Roumanie.

Elisabeta et Nina à Deva

C’est une femme d’une trentaine d’années qui est une grande amie du Point‐Cœur depuis, maintenant, dix ans environ. Comment vous la décrire ? Pour beaucoup, elle pourrait être décrite comme une femme avec un déficit intellectuel et des troubles psychiatriques. Pour moi, c’est avant tout une démarche de bonhomme, un blouson trop large pour elle et un bonnet sous lequel se dessinent des traits tsiganes, des grands yeux verts et un petit sourire en coin qui lui va bien. C’est une de mes pépites de mission. Cependant, mon amour pour elle au départ n’était pas transcendant : pourquoi fallait‐il qu’elle arrive toujours au mauvais moment ? Quand je dis mauvais moment, je parle, bien‐sûr, de tout ce qui se passe autour de moi avant mon réveil effectif de 10‐11h et mes quatre ou cinq litres de thé noir dans le sang… La grille grince, la porte claque, sa voix tonitruante résonne et vient m’assaillir de questions. Combien de fois me suis‐je sentie agressée par sa venue impromptue, me suis‐je demandée comment faisaient les filles pour l’accueillir avec tant de joie et de gentillesse ? Les semaines sont passées, j’ai commencé à m’habituer à sa présence et à ses venues inopinées.
Et puis, il y a eu ce soir‐là, où elle nous a invitées chez elle pour un dîner karaoké. Nous avions préparé quelque chose de très simple à partager avec elle. Peu à peu, à sa demande (plus ordre que demande d’ailleurs) et, à tour de rôle, nos voix si mélodieuses (!) ont résonné entre ses quatre murs. Elle aussi s’est prise au jeu de bon cœur, de si bon cœur que ses chansons sont restées dans nos têtes pendant un bon bout de temps. La soirée s’est clôturée ainsi et, me direz‐vous, cette soirée n’avait rien de foufou. Je suis pourtant repartie de chez elle avec une joie immense : comme si notre amitié enfin débutait. Depuis ce fameux soir, notre complicité grandit de jour en jour et je l’accueille maintenant (même le matin) à coup de petites blaguounettes, de sourires taquins et de regards malicieux. Car c’est désormais une de mes amis d’ici.

 

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Philippine G Volontaire en mission à Deva

Être une grande soeur

Hermine est arrivée au Point-Cœur de Deva depuis bientôt deux mois. Elle découvre la mission, si finalement il s’agissait simplement « d’être une grande sœur » ?

Alexia

Depuis que je suis arrivée à Deva, j’ai rencontré beaucoup d’enfants, tous très différents. Pas facile de savoir ce dont ils ont besoin, tant les situations familiales et les difficultés de chacun sont différentes mais je crois, en fin de compte, que ce qu’ils attendent de moi c’est simplement que je sois pour eux comme une grande sœur. La première fois que je suis allée visiter « Pe Deal », un des quartiers tziganes situé sur les collines qui bordent la ville, j’ai fait la connaissance d’Alexia. A peine arrivée, je vois cette petite fille, toute frêle, courir vers moi pour se jeter dans mes bras. Immédiatement, elle me demande : « Est-ce que tu veux bien être ma grande sœur ? » Je ne m’attendais pas à une telle question ! J’ai répondu « oui ». Elle était toute heureuse et nous avons commencé à jouer ensemble. Quand je suis revenue la semaine suivante, nous l’avons croisée sur le chemin. Elle revenait de la boulangerie avec un autre petit garçon. Alors que nous marchions ensemble, elle s’est tournée vers moi et m’a demandé avec de grands yeux inquiets : « Tu es toujours ma grande sœur ? » Et moi qui me demandais quelques minutes auparavant si elle se souvenait de moi ! « Bien sûr », lui ai-je répondu. Un grand sourire s’est dessiné sur son visage. Ce n’est pourtant pas évident d’être une grande sœur pour ces enfants dont la vie est si différente de la mienne. Heureusement, j’ai deux ans pour apprendre à l’être !

Alexia, ravie de cuisiner au Point-Cœur

Quatre petits visages m’ont beaucoup appris sur ce rôle si important et si exigeant à la fois. Ce sont ceux de Diana, Andra, Ela et Alexia. Ces quatre sœurs aux immenses yeux bleus vivent à Bejan, un autre quartier tzigane proche de notre maison. Elles habitent tout au bout d’un petit chemin de terre, dans une étroite baraque faite de bric et de broc et, malgré la pauvreté du lieu et les difficultés de leur vie quotidienne, chacune d’entre elles rayonne d’une joie unique. La première fois que je les ai rencontrées, alors que nous jouions ensemble dans l’unique chambre de cette pauvre maison, leur maman ouvre brusquement la porte et se fâche violemment. Les rires et les jeux cessent immédiatement aux cris de cette dernière et chacune s’éclipse rapidement pour ranger le linge, balayer le sol, apporter du bois pour le feu… Chaque fois que nous venons passer un moment avec elles, nous assistons à la même scène. Leur maman arrive tout d’un coup, le visage fermé et plein de colère, et les rappelle à l’ordre à grand renfort de cris et de claques. Malgré tout cela, cette maman est, elle aussi, très touchante. Je crois que quand elle crie, ce sont toutes ses souffrances et sa solitude qui jaillissent comme si elle ne pouvait plus les contenir. Dans ses yeux, les mêmes grands yeux bleus que ceux de ses filles, se lit une immense tristesse. Au fond, je suis sûre qu’elle les aime, mais elle ne sait tout simplement pas comment le leur dire ou le leur monter. Peut-être que personne ne lui a jamais appris comment faire…

Un après-midi, alors que nous étions venues pour l’anniversaire d’Ela et que nous jouions dans la maison avec les filles, elle est entrée, comme à son habitude, furieuse. Puis… surprise ! Elle est venue s’asseoir à côté de nous pour discuter. Telle une petite fille timide, elle nous a posé quelques questions avant de nous proposer un sac de pommes : « Elles sont très bonnes vous verrez ! Prenez-les, j’en ai trop, elles vont se perdre ! » Profitant de l’occasion, nous lui demandons si elle accepterait que ses filles viennent chez nous pour cuisiner quelque chose avec ces pommes. Elle accepte et, le samedi suivant, nous passons l’après-midi à cuisiner avec Diana, Andra, Ela et Alexia. Je me rends vite compte que ce qui les intéresse, ce n’est pas tant ce que nous allons cuisiner mais plutôt le fait de passer un moment spécial avec nous. Elles parlent toutes en même temps, nous racontent leur journée, Ela prépare de petits gâteaux avec Nina, Alexia voudrait jouer avec tous les jeux en même temps… Notre cuisine résonne de rires et je suis heureuse pour ces petites filles qui semblent souvent bien trop sérieuses pour leur âge. Quelle joie de partager ce moment tout simple avec elles. C’est peut- être ça, être une grande sœur !

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Hermine P. Volontaire en mission en Roumanie

La pauvreté n’est pas toujours apparente

Depuis trois semaines, Jeanne dans sa nouvelle mission en Roumanie. Elle se heurte à la pauvreté criante des familles tziganes et puis au hasard d’une nouvelle visite, elle découvre une autre pauvreté… 

Ola, Jeanne et Martha de la communauté du Point-Cœur de Deva, 2016

Ola, Jeanne et Martha de la communauté du Point-Cœur de Deva

La pauvreté n’est pas toujours apparente. Ainsi, lorsque j’étais chez Denisa, je me disais que c’était bien sympa que je sois ici, mais que visiblement ma présence n’était pas nécessaire, dans le sens où cette famille avait une belle maison et que c’était une famille unie… Je me trompais, je ne faisais que regarder, constater, sans chercher à creuser, comprendre pourquoi Martha m’avait amenée là. En écoutant la maman de Denisa, j’appris qu’elle rentrait tout juste, après six ans passés loin de sa famille, en Italie. À présent, c’est son mari qui est loin. Cette maman est fatiguée, elle ne veut plus partir. Comment cette famille fait‐elle pour ne pas désespérer ? En parlant avec Denisa, on se rend rapidement compte de la foi de cette jeune fille de vingt ans. Chaque chose qu’elle entreprend, elle la précède d’une prière. Elle ne désespère pas. Elle a eu un accident, sa jambe s’est fragilisée, elle est contrainte de rester chez elle. Elle a mis entre parenthèse ses études et son travail. Elle ne peut faire tout ce qu’elle voudrait… Or, jamais elle ne se plaint, elle accepte la vie, les épreuves. Elle ne peut aller à l’université… Tant pis, elle étudie les langues chez elle, par Skype avec ses amis. Elle a appris l’anglais et l’italien en lisant la Bible dans ces langues. Denisa est une source d’espérance, de gratuité, d’amour. Elle est un diamant à l’état pur. En quelques heures, elle est devenue une véritable amie.

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Jeanne E. Volontaire en Roumanie

Marcu, au plus près de Toi

Une matinée d’accueil au Point-Cœur de Deva, où Marcu découvre Jésus-Hostie…

DevaRoumanie2016

Communauté du Point-Cœur de de Deva

Marcu, un ami tsigane qui vit dans notre rue, est venu, je crois, presque tous les jours du mois de juillet. Les filles étant parties aux JMJ, nous sommes restées à la maison avec Timea (la volontaire française de passage pour quelques mois). Ce jour-­là, Marcu est là depuis 10h du matin, il nous aide à faire le ménage, à ranger, puis nous déjeunons. Il reste avec nous, mettant beaucoup d’animation du haut de ses cinq ans ! Il est 13h30, le ménage est à peu près fini, je lui dis alors que, moi, je vais prier à la chapelle. Naturellement, il me répond directement : « Moi aussi, je viens ! ». Je suis surprise et enchantée de sa réponse. Nous entrons, je chante en ouvrant le tabernacle puis m’agenouille à ses côtés. Alors, il m’interroge sur ce que c’est là-­bas, en montrant le tabernacle ouvert, avec Jésus dans la Sainte Hostie. Je lui explique donc que, pour nous, c’est « Jésus dans le pain », parce qu’il est mort pour nous sur la croix. Il s’arrête alors un moment, les yeux grands ouverts et étonné, la bouche entrouverte, tellement il n’en croit pas ses oreilles ! Et il dit : « Il est mort pour nous !? ». Vu son étonnement, je lui demande s’il connaît l’histoire de Jésus, car je me rends bien compte que non. Je prends alors le livre d’enfant sur la vie de Jésus, écrit en hongrois mais avec de belles images, qui me permettent de lui commenter chacune. Il est si attentif, si émerveillé… Mon cœur se serre car je me rends bien compte que cet instant si magique ne vient pas de moi, mais bien de Celui en face de qui nous sommes agenouillés. Mais ce n’est pas fini, les bontés du Seigneur sont grandes ! Marcu continue et dit : « Comment Jésus va au Ciel ?… C’est de la magie ? », je lui réponds alors, amusée : « Oui, c’est la magie de Dieu, et si nous nous aimons les uns les autres, alors nous aussi nous pourrons aller au ciel » ! Quelques instants plus tard, arrive sa grand-­mère. Marcu s’empresse de lui dire que nous étions en train de prier dans la chapelle. Elle dit alors, avec une grande simplicité, qu’elle veut aussi venir avec nous. Mon étonnement est grand, je ne pense pas que son intention était vraiment de prier, mais plutôt de la curiosité, n’étant, je pense, jamais entrée dans notre maison. Je suis alors, au début, un peu mal à l’aise de l’accueillir dans la chapelle, avec Jésus présent dans le tabernacle ouvert. Puis, je lâche finalement prise et me dit que Jésus ne m’en voudra pas d’accueillir cette femme, si proche de Son Cœur ! Nous parlons alors de notre mission ici, de nos temps de prière, de nos visites… Cette femme de caractère m’écoute de manière attentive et ouverte. Elle sait ensuite garder le silence lorsque je referme le tabernacle en chantant. Nous la raccompagnons jusqu’à la porte, elle nous remercie bien pour tout. Timea et moi restons sans voix de ce moment si grand, si fort, que le Bon Dieu venait de nous offrir !

 

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Anne-Charlotte B. Volontaire au Point-Cœur de Deva

Mariana, petit à petit s’adoucit…

Anne-Charlotte, du Point-Coeur de Deva en Roumanie, nous présente cette maman, Mariana, qui, petit à petit se laisse rejoindre, grâce à ses enfants qu’elle offre à notre amitié.

DevaRoumanie2016

Le Point-Cœur de Deva en Roumanie

Mère de quatre enfants, elle vit avec les deux derniers, Larissa et Sander. Au début de ma mission, j’ai rencontré Mariana dans son ancien logement à Pe Deal (sur la colline). Elle vivait dans des baraques en briques, sans eau et peu d’électricité. Elle était au téléphone et nous a à peine porté attention, allongée sur un lit dans leur salle-à-­vivre. Nous restons quand même et échangeons quelques pauvres mots avec Larisa, qui fait la vaisselle. Un peu plus tard, lors d’une autre visite dans ce même quartier, Mariana apparaît sur le chemin, chargée de sacs et si heureuse de nous voir : j’en ai du mal à la reconnaître, car le sourire qui éclaire son visage m’était encore inconnu. Elle nous sollicite pour l’aider à déménager, nous l’accompagnons alors dans un bloc un peu plus loin, où elle emménage dans une garçonnière (unique pièce pour tous et tout… cuisine, chambre‐à-coucher, et WC et salle-­de-bain sont communs pour tout l’étage). Depuis qu’elle habite dans ce nouveau logement, elle n’est pas du tout la même, comme si le fait d’avoir un nouveau logement, plus décent, lui permet de nous accueillir plus paisiblement dans son intimité. En janvier, nous sommes allées la voir pour lui souhaiter son anniversaire, nous n’étions pas très à l’aise au début, car elle avait des invités et il n’y a pas beaucoup de place. Mais une fois ses invités partis, elle a su nous mettre à l’aise et nous accueillir comme elle a pu. Mariana parle peu, comme à son habitude, et son visage traduit un fort caractère et beaucoup de souffrances. Comme toujours, nous parlons un peu avec elle, puis, de son plein gré, elle laisse la place à son fils, Sander, pour jouer avec nous. Alors, elle nous regarde jouer avec lui, il est plein de vie et plein d’idées, rieur et simple, et le visage de Mariana s’adoucit, devient plus radieux, je crois même voir un semblant de sourire et des larmes dans ses yeux ce jour-là. Elle aime son fils, et sa façon de le regarder jouer avec nous le traduit ! Nous sommes là pour elle, elle le sait, mais elle, simplement, elle nous offre son fils…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Charlotte B. Volontaire au Point-Coeur de Deva, Roumanie

Grigorescu : d’anciennes porcheries, des regards et des sourires

Anne-Charlotte est en mission au Point-Cœur de Deva en Roumanie. La communauté se rend une fois par semaine à Gregorescu, ce quartier pas comme les autres… 

Des enfants du quartier de Grigorescu, Deva, 2014

Des enfants du quartier de Grigorescu

J’ai eu la joie de découvrir deux nouveaux quartiers dans lesquels nous n’allons pas directement en début de mission car les conditions de vie sont assez difficiles avec toute la violence qui peut en découler. Pauvreté bien plus grande que les autres quartiers où je suis déjà allée… Ce sont des anciennes porcheries « aménagées » en maison. Avant d’y arriver, il faut traverser la gare, les rails puis un espace plus ou moins désert rempli d’ordures dont l’odeur n’est pas des plus agréables. Ce chemin est un peu glauque car désert, alors un peu stressée par ce que j’allais trouver au bout du chemin, j’ai pris mon chapelet en main pour demander à la Vierge Marie de me donner la force. Nous croisons alors quelques personnes tsiganes, puis nous arrivons enfin au bout de cette route inondée de déchets en tout genre. Enfin, nous y sommes : les enfants accourent vers mes sœurs de communauté et s’empressent de demander qui je suis. Je devine alors qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de personnes qui viennent les voir. Les enfants, d’âges différents sont très mignons. Ce jour‐là, nous jouons tous ensemble sans trop de violence ni de disputes. Ils se débrouillent pour jouer avec ce qu’ils ont autour, notamment dans les ordures. Leurs visages et leurs mains sont bien sales mais je suis surtout marquée par les yeux et les sourires de certains. Certains ont des yeux tristes, d’autres me fixent puis nous finissons par échanger un sourire et ma simple présence semble les réjouir. Ils sont heureux d’avoir des bras pour les porter, pour leur donner un peu de tendresse. C’est un quartier vraiment pauvre et la pauvreté se ressent par la violence entre eux. On sent qu’un rien peut changer toute l’ambiance de notre temps avec eux. Mais ce sont des enfants qui ont besoin énormément d’affection et d’amitié.

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Anne-Charlotte B. Volontaire en Roumanie

Découvrir Deva et Elisabeta

Anne-Charlotte fait ses premiers pas au Point-Cœur de Deva en Roumanie, premières découvertes, premières rencontres :

Elisabeta

Elisabeta et son fils

Mon arrivée a été assez rude, je ne vous le cache pas… Ce changement est très dépouillant… Adieu ma petite vie, et bonjour le total inconnu : nouvelles personnes, nouvelle langue, nouvelle culture, nouvelle façon de vivre avec un certain abandon de mon petit confort français ! Je vais essayer de vous présenter mon nouveau cadre de vie, vous pourrez alors plus vous représenter ce que je vis au quotidien. Notre vie est toute simple, vous l’aurez compris.
Dans ma communauté, j’ai la joie de vivre avec quatre autres volontaires : Martha, laïque consacrée à Points-­Cœur dont la mission est un peu différente de la nôtre étant donné qu’elle a consacré sa vie pour cela et qu’elle vit à Deva depuis huit ans maintenant. Il y a trois autres volontaires comme moi qui sont là depuis un an : Christine, Américaine de vingt‐quatre ans, Blandine, Française de vingt-deux ans et Emmy, Suissesse de vingt ans. Nous nous découvrons chaque jour un peu plus et elles tâchent de bien m’expliquer comment fonctionne la maison. Une Polonaise va bientôt nous rejoindre avant que les trois autres sœurs de communauté ne repartent mi-décembre.
Le matin, nous nous levons pour prier les laudes à 7h et ensuite direction la messe, en hongrois ! En effet, la communauté catholique de la ville est principalement hongroise. Je n’y comprends pas grand-chose mais j’arrive quand même à suivre, c’est beau de voir l’universalité de l’Église. Après la messe, nous rentrons et la matinée est plutôt consacrée aux petits travaux de la maison : cuisine, ménage, comptes, accueil des enfants du quartier qui viennent jouer avec nous… telle une vie de famille. Nous nous relayons pour prendre des forces, une heure devant le Saint Sacrement. Je prends aussi du temps pour apprendre le roumain car même si cela vient du latin, ce n’est pas inné. J’arrive à dire quelques mots de la vie quotidienne mais les conversations sont encore assez limitées… Après le déjeuner, vers 14h30, 15h, nous partons visiter les familles, enfants et grand-mères de la ville. Les quartiers sont plus ou moins pauvres mais généralement je suis assez marquée par la pauvreté et les conditions dans lesquelles ils vivent.

J’aurais tant de visages à vous présenter, des visages de bonté et d’amitié, de personnes que je côtoie chaque semaine, car nous alternons nos visites entre ces différentes personnes. Mais dans cette première lettre, je vous parlerais d’Elisabeta qui m’a accueillie ici d’une manière très belle, bien qu’à sa façon ! Il paraît qu’avant mon arrivée, elle demandait toujours quand est-‐ce que j’allais arriver. Elisabeta a vingt‐huit ans et a une maladie mentale qui ne lui permet pas d’être autonome dans ses papiers et la gestion de son argent. Il y a quelques mois, Elisabeta vivait dans les bois où elle s’était aménagée un petit coin pour vivre, elle n’avait pas d’argent pour acheter de la nourriture et se débrouillait comme elle pouvait pour se laver… Mes sœurs de communauté l’ont beaucoup aidée pour trouver un logement décent. A force de prières et de confrontation avec l’administration roumaine (qui n’a pas l’air des plus simples, surtout quand le roumain n’est pas votre langue maternelle), Elisabeta a finalement réussi à obtenir une chambre dans un « bloc » où les conditions ne sont pas idéales (salle de bain et toilettes communes) mais au moins, elle a un toit. Je rends grâce pour cela et la confie à vos prières car nous continuons à chercher un lieu plus confortable pour elle. Elisabeta a deux enfants Gabriel, cinq ans et Daniel, deux ans dont elle n’a pas la garde mais peut aller les voir chaque jour. C’est une femme très attachante qui porte une grande souffrance et ne sais pas toujours comment la gérer de part sa maladie et ses conditions de vie. Une belle amitié, exigeante est appelée à naître entre nous. Pour l’instant, la barrière de la langue est un obstacle mais avec le temps cela viendra.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Charlotte B. Volontaire au Point-Cœur de Roumanie

Une longue amitié avec Elisabeta en Roumanie

Depuis très longtemps les filles du Point-Cœur de Deva connaissent Elisabeta. Malheureusement, sa situation reste difficile, Blandine nous la confie :

Elisabeta-Vicentiu

Elisabeta et Vicentiu

J’aimerais vous parler d’une amie qui nous est très chère. Elisabeta est une jeune femme de vingt-­‐huit ans qui a deux garçons de cinq et deux ans. Elle a un léger handicap mental et est donc mise sous la tutelle d’une femme qui a également à sa charge les deux enfants. Depuis de nombreuses années, les filles ont pris en charge Elisabeta pour l’aider dans ses démarches administratives, de santé etc. Cette jeune femme s’est séparée de son copain et voilà main-­‐ tenant quelques mois qu’elle n’a nulle part où dormir. Depuis décembre, nous luttons pour essayer de lui trouver une chambre. Nous avons fait des démarches, de-­‐ mander qu’elle puisse loger temporairement dans un refuge qui accueille les sans-­‐abris pour la nuit et leur offre dîner, petit-­‐déjeuner, douche et lessive. Elisabeta a donc pu y être logée pour quelques semaines. Nous avons malheureusement appris que la durée maximale, selon la loi européenne, est de soixante jours. Au jour d’aujourd’hui, Elisabeta n’a donc aucun endroit pour y dormir et est donc obligée d’aller dans la forêt. Il y a quelques semaines, nous sommes allés à la mairie pour demander au maire de prendre en compte le cas d’Elisabeta et lui trouver un logement le plus vite possible. La semaine dernière, des assistantes sociales nous ont fait visiter une chambre dans un bloc. Pas d’électricité, pas d’eau, des fenêtres cassées. Et des toilettes en commun, dans le couloir… Une de mes sœurs de communauté a été très blessée de savoir qu’Elisabeta, qui est très chère à ses yeux, va devoir loger dans cette pièce, sans rien. Pour nous c’est une femme pleine de joie, elle a le cœur très grand et beaucoup de reconnaissance envers nous. Nous espérons donc encore qu’elle puisse un jour avoir un chez-­soi un peu plus humain. Je la confie à vos prières, afin que ces démarches aboutissent enfin pour elle !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Blandine L. Volontaire au Point-Cœur de Roumanie

La « Casa de copii » de Deva

Les volontaires du Point-Cœur de Deva en Roumanie se rendent régulièrement dans un foyer pour enfants de la rue et enfants abandonnés, la « Casa de copii ». Blandine raconte : 

Le Père Csaba et la communauté du Point-Cœur de Deva, 2015

Le Père Csaba et la communauté du Point-Cœur de Deva, 2015

J’aimerais vous parler des enfants qui habitent dans la « Casa de copii » de Deva (maison des enfants). Le père Csaba, franciscain d’origine hongroise, a créé en 1992 la Fondation Saint-François de Deva pour la « sauvegarde et la socialisation des enfants de la rue et des enfants abandonnés ». Elle accueille aujourd’hui presque deux cents enfants qui ont des difficultés familiales. Il existe maintenant une quarantaine d’instituts liés à cette fondation dans toute la Roumanie. À Deva, les enfants sont répartis dans des familles (environ dix enfants par famille) et mis sous la protection d’un pédagogue. Certains ont à peine deux ans lorsque leurs parents les mettent à la charge du père Csaba dans cette fondation. Ici, ils sont pris en charge et sont inscrits à l’école. Ils ont accès à des activités extrascolaires (en fonction de leurs talents) ; ils ont à manger ; ils apprennent à faire le ménage ; ils ont aussi des horaires de lever, de repas et de coucher. Mais malgré toute cette organisation pour essayer de leur permettre d’avoir une vie structurée, ces enfants et ces adolescents sont pour la plupart en grand manque d’affection. Ils ont une quantité de choses mises à leur disposition dans cette fondation mais beaucoup d’entre eux se sentent comme en prison. Cela est donc devenu d’une importance capitale pour nous d’aller visiter quelques familles de cette fondation, tous les dimanches après-midi.

Depuis le début du mois de janvier, nous avons pris l’habitude, avec ma communauté, d’inviter quelques enfants (généralement en fonction de leur âge) dans notre maison afin de créer une relation plus vraie avec eux, de partager quelque chose qu’ils ne vivent pas dans leur quotidien et de leur montrer concrètement notre vie, qui est elle aussi rythmée par des horaires, des obligations ménagères, des moments de prière, etc. Ces expériences avec ces enfants ont été et sont pour moi très formatrices. Tout d’abord, c’est un vrai apprentissage de la patience. J’ai certes fait du baby-sitting depuis l’âge de quatorze ans, mais cela n’est pas la même chose de recevoir des enfants chez soi toute une journée ! Cela est également pour moi une véritable école humaine : apprendre à entrer en relation avec des enfants/adolescents qui souffrent d’un terrible manque d’affection ; apprendre à être à la fois proche et distant d’eux ; à s’intéresser à leurs désirs et leurs activités ; à leur donner de la liberté et des limites ; à leur permettre d’être pris au sérieux et de parler de sujets parfois légers mais aussi plus difficiles ; à adapter nos projets en fonction de ce qui est bon pour eux. Et nous voilà donc entourées de cinq petites filles pour aller faire de la luge et ensuite manger des crêpes à la maison ; de cinq garçons entre cinq et onze ans pour aller jouer dans un parc avant de manger (une nouvelle fois !) des crêpes à la maison ; de quatre jeunes adolescentes pour une séance maquillage suivie d’une « séance crêpes » ; de quatre garçons entre quinze et dix-huit ans pour une balade en montage récompensée, au retour, par des frites maisons (pour changer un peu) avec du ketchup ou encore d’un après-midi piscine avec des jeunes filles ! Depuis ces moments partagés avec eux, j’ai remarqué un réel changement dans nos rapports. C’est un vrai plaisir de les revoir le dimanche, et de créer une relation de confiance avec eux, d’essayer de leur donner à vivre des moments un peu différents avec nous. Et c’est une joie pour moi de voir à quel point des enfants peuvent m’apprendre à vivre et à me connaître vraiment. C’est également un véritable étonnement de voir qu’ils m’offrent tellement plus que ce que je peux moi leur apporter.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Blandine Volontaire en mission en Roumanie