L’amitié s’ouvre dans un geste silencieux

Blanche est en mission au Point-Cœur de Navotas aux Philippines depuis trois mois. Elle nous partage en poésie ses premières impressions, l’une de ses premières rencontres.

Je suis ici depuis trois mois, je me souviens de l’arrivée à la fin de la journée à l’aéroport.
Le soleil rouge, l’air si différent.
Je me souviens du temps pour traverser Manille toute noire de fumée et grouillante de vie.
Ce n’est pas une belle ville, les fast-foods, les buildingset la crasse s’accumulent sans qu’il soit possible de comprendre comment s’organise cet agglutinement. Mais mon quartier est beau.
Je me souviens du premier jour où je l’ai traversée sac au dos.
Je me souviens du premier jour dans la « Demeure du cœur » (Tahanang puso = Points-Coeur, en tagalog).
La maison est dans une petite ruelle devant une petite échoppe où un couple de petits vieux regarde la télé en menant leur commerce.
Les gens passent dans la ruelle pour acheter des cigarettes au détail ; l’allumette craque et ils vont et viennent tour à tour.
Les enfants achètent des sucreries toute la journée, leurs mains secouent quatre pesos et ils sourient les dents toutes noires.
Les enfants s’accrochent à la grille de la maison, vont et viennent chez nous, piaillent nos prénoms ; ils fêtent l’existence dans une farandole ouverte, farandole de la rue.
Notre ruelle est jointe à une petite cour où pousse un arbre aux fleurs roses et blanches ; les gens font griller du poisson au gaz ; les enfants font pipi dans les trous du béton ; les rats sont gros comme des chats et les chats maigres comme des souris. Les chiens dispersés partout sont des ombres oubliées : ils secouent leurs chaînes et personne ne les regarde.
Ici les gens ont le sens de la débrouille. Rien n’est défini ; tout est débrouillé.
Les gens fonts des petits métiers patients : éplucher de l’ail pour vendre de l’ail pré-épluché dans des sachets plastiques. Le temps n’est pas à la même mesure ; la journée passe dans des petits gestes éparpillées mis ensemble pour vivre.
Chercher du carton dans la décharge, trier les bouteilles plastiques consignées.
Laver le linge, manger, aller là-bas, suspendre le linge, revenir, aller…
Le cœur des Philippins est patient et humble comme leur gestes quotidiens.
Dans l’impossibilité du langage où je suis, c’est les gestes d’un jour éparpillé qui sont le dialogue silencieux de la rencontre.

L’amitié s’ouvre dans un geste, comme avec Justin, petit garçon sauvage qui a ma préférence. Justin qui m’a suivie en silence de la rue à la maison d’une voisine où il attend avec moi, et qui attache ma sandale à mon pied quand je sors de la maison. Il prend la sandale de mes mains et il l’attache à mon pied. Par un seul geste, il gagne mon cœur et ma confiance. Quand je le vois dans la rue, je le salue avec crainte car j’ai peur de blesser sa vérité, je le laisse mener notre amitié, je ne veux rien lui demander.
Il est là soudainement et il m’accompagne un bout de chemin, on ne parle pas et il s’en va quand il s’en va.
L’autre fois, j’étais dehors pour acheter à manger, je voulais rentrer vite avant de tomber sur qui que ce soit, pas le courage d’être l’étrangère aujourd’hui.
Pas grand monde dehors, c’est l’heure la plus chaude. J’entends une dizaine de gosses qui crient mon nom, Justin est avec eux.
Tous des enfants que je vois toujours dans la rue, ils m’accompagnent et je leur ouvre la porte.
C’est la première fois qu’ils entrent dans la maison depuis que je suis là, ce ne sont pas les enfants qui ont l’habitude de venir.
La maison est bouleversée.
Chaque fois que quelqu’un qui n’a pas ou plus l’habitude de franchir la porte, entre dans la maison, j’ai le cœur en fête. J’aime ce bouleversement, j’ai envie d’écrire sur les murs :
AKO BAHAY, IKAW BAHAY – KAMI BAHAY, KAYO BAHAY. TAYO BAHAY !
Ma maison, ta maison – notre maison, votre maison. Notre vie !

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Blanche P. Volontaire en mission aux Philippines

Joie et tristesse dans l’amitié

Marguerite nous présente des amis de Manille. La joie de nos amis émerveille, la tristesse ne peut se partager que dans l’amitié.

Marguerite, Franceneil, Bunso, bebe-­o et leur maman

Je souhaite vous partager la première amitié que j’ai eue ici. Kuya Benito habite chez les Missionnaires de la Charité. Grace à son état de santé qui s’est amélioré, il a été renvoyé dans sa famille en janvier. Je ne me souviens plus de son âge, peut-­être la soixantaine. Son anglais courant m’a permis de bien parler avec lui, dès le début de ma mission. Il a toujours l’air joyeux. Ses jambes et pieds gonflés ne l’empêchent pas de rendre service à tout le monde, distribuant les repas aux infirmes et aidant à nettoyer. J’ai passé beaucoup de temps à rigoler avec lui, il voulait toujours que je lui en dise plus sur moi et ma mission. Quelques rares fois, il me confiait qu’il se mourait et qu’il avait peur de perdre la tête. Ces mots étaient difficiles à croire, tellement il était souriant et serviable. A travers cette amitié toute simple, je n’ai cessé de contempler la force de Kuya Benito, qui ne laissait jamais son sourire s’effacer et qui, malgré ses propres souffrances, n’a jamais cessé de placer les autres avant lui.
Ate Louisa était également une résidente des Missionnaires de la Charité. Cela faisait deux jours qu’elle était arrivée quand je l’ai visitée. Atteinte d’un cancer du sein, elle était accablée de douleur et de tristesse. J’ai passé la plupart de mes visites à lui tenir l’épaule alors qu’elle pleurait. Il est si difficile de réconforter une personne qui souffre autant. Tout ce que j’ai pu lui donner était mon écoute. Cela lui suffisait. C’était même ce dont elle avait le plus besoin. La dernière fois que je l’ai vue, elle me remerciait de tout cœur pour notre amitié. Ses paroles m’ont extrêmement touchée. Elle s’est éteinte en février.

« Under the bridge » est un apostolat où j’aime beaucoup aller. Plusieurs familles avec de nombreux enfants vivent en contrebas d’un pont, dans des maisons improvisées, faites de planches et de toiles. Nous y venons régulièrement pour jouer avec les enfants aux Mikados et au Memory. Les parents sont impliqués dans le trafic de drogue, ce qui a causé la fuite de plusieurs familles, pourchassées par la police. Il y a un mois, il ne restait plus que deux familles. Maintenant, il n’y en a plus aucune. Parmi les quelques enfants qui restaient, Angelo et Dandan, deux frères, rayonnaient particulièrement. Leur mère étant en prison, c’est leur grand-­mère qui s’occupe d’eux. Malgré leur enfance bien difficile, ils gardent constamment un IMMENSE sourire. Dandan est du genre excité, il est sans cesse en train de courir en rigolant. Quand je lui dis que j’en ai marre de le faire monter et descendre du muret pour la vingtième fois, il court ailleurs trouver un nouveau jeu. Angelo est moins turbulent et c’est incroyable de le voir jouer au Memory en montrant toutes les réponses à ceux qui jouent avec lui au lieu de garder les paires pour lui. Comment de si petits corps peuvent contenir autant de joie ?

 

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Marguerite dLaF En mission à Manille

Welcome to the Philippines !!

Marguerite et les enfants à Navotas, devant le Point-Cœur

Marguerite est arrivée depuis peu à Manille au Philippines, plus particulièrement à Navotas, ce quartier où est installé le Point-Cœur depuis 25 ans ! Ouvrons les yeux… Nous y sommes :

Cela fait un peu plus d’un mois que je suis arrivée à Manille et j’ai déjà tant de choses à raconter! Ma première heureuse découverte a été la joie et l’accueil du peuple philippin. Mon physique d’ Amerikano m’attire des sourires, salutations et de nombreux : « Hello ma’am, welcome to the Philippines ! » Il est agréable de se sentir la bienvenue dans un pays complètement inconnu. Le Point-­Cœur se situe à Navotas, au nord-­est de Manille. Quelle a été ma surprise de découvrir la beauté de notre quartier, moi qui m’attendais à un endroit bruyant, sale et pollué ! Les banderoles bariolées, les maisons colorées, les enfants, les visages… La pollution et les déchets ne sont plus qu’un détail dans ce lieu grouillant de vie. Cela n’empêche pas les coqs de chanter à n’importe quelle heure de la nuit ou les voisins d’écouter de la musique dès 5h du matin, mais cela a le mérite de m’avoir donné un sommeil à toute épreuve. La vie des habitants de Navotas est principalement extérieure. Les enfants jouent dans la rue ou sur un terrain de basket, les adultes discutent devant leur maison, certains se retrouvent le soir pour boire et chanter… Et plus la musique est forte, plus la fête bat son plein. Toutes les occasions sont bonnes pour sortir le karaoké et chanter à longueur de journée.

Les enfants du quartier font ma joie. Dès mon arrivée de l’aéroport, j’ai été encerclée par cette bande de moucherons, dont tous les noms m’ont été donnés à la fois, tout excités et joyeux de voir une nouvelle tête. Quasiment tous les jours, j’apprends le nom de l’un d’entre eux, avant de l’oublier le lendemain. En même temps, ce ne sont pas des Nicolas ou des Léa, mais des Motmot, Bébé, C.J, Francenel, et j’en passe… Impossible de sortir de la maison sans qu’un ou plusieurs courent vers nous, nous enlacent et essayent de nous suivre le plus loin possible.

Tous les dimanches matin, nous prenons un « tricycle » (une moto à laquelle est accroché un side-­car) jusqu’à une cathédrale où une salle a été consacrée par l’évêque à l’accueil des enfants des rues. Ils y viennent pour jouer avec nous et recevoir un repas préparé par plusieurs mamans. A mes yeux, leur comportement diffère de celui des enfants « normaux ». Le fait d’être une nouvelle tête permet de le constater d’une manière particulière. Le regard dubitatif d’une enfant qui nourrit sa petite sœur me laisse perplexe. Timidité, méfiance…? Que vit-­‐elle pour me regarder ainsi ? Je pourrais me poser la même question à propos du comportement de chaque enfant. Pour celui qui se blottit contre moi, celui qui chipe de la nourriture dans l’assiette des autres, celui qui aide seul à tout ranger et nettoyer… Mais, le plus marquant reste la beauté de l’attention entre quelques frères et sœurs. Deux aînés passent leur repas à s’assurer que leur petite sœur ne manque de rien et protègent leur plateau-­repas. Un beau message fraternel dans cette ville où tant de familles sont détruites.

Au cours de mes premières visites, j’ai été très marquée par la figure de nombreuses mères et grand-­mères. Elles travaillent dur et sont incroyablement courageuses. Les conditions de vie de certaines sont très précaires ; leur famille est entassée dans des maisons de huit mètres carrés, un réchaud et une casserole font office de cuisine et le sol sert de table, lieu de vie et lit. Sans toujours obtenir une aide du père, ce sont les mamans qui doivent prendre soin des enfants, de leur éducation et de leur scolarisation quand c’est possible, payer le loyer et la nourriture. Le témoignage d’ate Tess est particulièrement touchant. Elle a travaillé très dur pour monter son échoppe et a dû prendre seule en charge l’éducation et la scolarisation de ses deux enfants. Elle raconte que c’est un miracle qu’elle ait réussi à le faire, ainsi qu’à ne pas divorcer de son mari. Sa foi et son courage m’ont impressionnée. Je me rends compte, après ce premier mois de mission, de la force de la joie. Dans tous les lieux où je passe, lieux de pauvreté et de souffrances, les sourires et les rires effacent toute peine. La joie donne consolation, la foi donne espoir.

 

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Marguerite deLF En mission à Manille

Au fishport de Manille, visite chez Mary-May

Alors que Ségolène vient de rentrer de sa mission à Manille, elle nous présente cette grande famille du fishport, lieu de visite régulière, et famille unie à toute épreuve.

Mary-May et Ségolène

Amassement de poubelles sur un fond marin. Des bateaux amarrés sur une mer de déchets, débordant bien trop souvent du petit mur construit pour séparer la mer de la terre. Des rats par milliers se léchant les babines en finissant les quelques grains de riz tombés d’une assiette partagée à quatre, cinq ou six, ou plus, des cafards indiscrets, parfois quelques pleurs d’enfants mais toujours des sourires. Quelques bouts de bois empilés sur lesquels s’arrangent tant bien que mal cartons, bâches et taules. Nous arrivons chez Ate Natividad et Kuya Renato et leurs enfants, Renato, Junior, Mary-­May, Eulolalio… Ici, quoi qu’il leur arrive, nous sommes toujours accueillis par un sourire.
Amis fidèles du Point-­Cœur depuis de longues années, il m’était bien difficile de cacher ma joie en me rendant chez eux. Je n’en ai jamais parlé plus tôt dans mes lettres, papier indigne ou mots trop légers, j’ai toujours tout effacé. Une fois n’est pas coutume, je réessaye. Tandis que Kuya Renato met la pâtée à toute personne osant s’aventurer à une partie d’échecs contre lui, et que, quelques vaillants missionnaires s’acharnent à prendre leur revanche chaque semaine, Ate Natividad et Mary-­May, leur fille de dix-­huit ans, nous racontent leur quotidien actuel. Parfois calme, souvent très mouvementé. En ce moment, beaucoup trop mouvementé. Sur leurs visages souriants et riants, se trouvent souvent des yeux fatigués ou tristes. Famille unie à toute épreuve, leur courage m’a très souvent énormément touchée, témoignage de force à transmettre à beaucoup d’autres amis. Alors que Kuya Renato se bat tant bien que mal contre sa tuberculose galopante, lui rendant ses déplacements très compliqués, Mary-­May attend son deuxième enfant et Ate Natividad, avec sa santé fluctuante, se retrouve bien souvent très faible et douloureuse. Enfants emprisonnés les uns après les autres, sans raison évidente, ou du moins sans papier d’arrestation, libérés, pour certains, quelques mois plus tard, pour d’autres non. Trop peu de moyens pour leur rendre visite, entrée malheureusement trop souvent refusée. Encore une fois, les petits se font écraser. Pourtant, ils ont été de tellement grands maîtres pour moi. Les mots sont bien difficiles à trouver et je voudrais vous parler de deux visites qui m’ont vraiment particulièrement touchée.
La première était au mois de février. J’avais emmené papa et maman. Papa tentait sa chance aux échecs. Et on discutait, maman, Ate Natividad et moi. Elle nous racontait, assise sur son seau, sa famille, ses joies et ses problèmes, ses heures passées à chercher quelque chose à Kuya Renato, joueur d’échecs revendre dans les poubelles, le dos courbé, le corps douloureux, les bras plein de cambouis, les yeux transparents de fatigue. Elle était comme envahie de fatigue et de pauvreté. Mais, soudain, un sourire éclaira son visage, le rendant plus radieux que jamais et elle dit avec une voix très calme : « J’ai de la chance d’avoir une famille unie et, de toute façon, on n’emportera pas nos richesses au paradis. » Bim dans le mille ! Elle était tellement belle et rayonnante d’espérance. Il y avait en elle, beaucoup plus qu’Ate Natividad que j’avais devant les yeux. J’ai pu découvrir cette force qui les habitait un autre jour. Après avoir traversé avec peine l’inondation noire, pleine de déchets, reste de la tempête de la veille, nous trouvons Kuya Renato seul chez lui. Il nous accueille, comme à l’accoutumée, avec son grand sourire et son jeu d’échec. Il nous dit aussi que les autres vont revenir. En effet, quelques minutes plus tard, arrive le reste de la famille, l’eau jusqu’à la taille, tirant d’énoooormes sacs poubelle, remplis de tous les déchets qu’ils avaient pu trouver, déposés par les vagues en masse. Mary-­May, enceinte de huit mois, son fils, Florentz, sur un bout de polystyrène pour ne pas couler, Ate Natividad les bras lourds de fatigue tirant un sac poubelle encore plus lourd et Ruby, leur petite-­fille de douze ans. Un sourire inévitable en nous voyant de loin. Les voilà qui nous racontent leurs longues heures à marcher dans l’eau, et celles qui leur restent à trier tous ces sacs, faire sécher les cartons pour gagner quelques pesos qui permettront d’aller visiter leurs fils et frères en prison. La fatigue est évidente mais Ruby part chercher de l’eau pour qu’ils se douchent, Mary-­May commence à laver son linge et Ate Natividad nous tient compagnie, souriante. J’étais incroyablement touchée par leur courage et leur sens de l’amitié. Il n’avait probablement qu’une envie, c’était d’aller se coucher, mais nous étions là, alors ils sont restés, le plus simplement du monde.
Depuis que je suis rentrée, un deuxième enfant, Renato Junior, est sorti de prison, Mary-­May a eu son deuxième bébé qui s’appelle Renlex et la famille a déménagé en province, laissant Kuya Renato et Renato junior au fishport.

 

 

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Ségolène M. En mission à Manille

La joie plus forte que la souffrance du handicap

Ségolène et Michèle qui joue de la Bandouria – Manille

Sortie à la piscine avec les enfants du centre orthopédique que le Point-Cœur de Manille visite régulièrement. Joie, amitié, jeux et chants au cœur du handicap…

Le minibus plein de fauteuils roulants qui file à travers les kilomètres d’autoroute philippine, pour nous emmener dans ce centre aquatique, va me permettre de passer une journée sous le soleil de cette belle réflexion qu’il m’est donné de méditer. Animées par ces dix-­huit jeunes et moins jeunes que nous rencontrons juste les deux heures qui nous séparent de notre destination, passent en un éclair. Au son de la musique et des chants, des blagues, des taquineries et des rires, cette famille riche en énergie ne laisse pas une minute de répit aux heureux missionnaires points-­cœuriens, qui ont encore un peu de mal à émerger après ce réveil bien matinal. Qu’ils sont beaux, rayonnants, chacun avec sa malformation qui le rend encore plus unique ! Kim, la plus jeune, ses os en freezbee et ses yeux pétillants de joie, Edson, son frère, dont le sourire ne tarit jamais, Jenalyne, ses jambes de vingt centimètres toutes recroquevillées, mais prête, maquillée toute en rose, sa couleur préférée pour aller à la piscine. Jick avec son pied mal fichu et son sourire édenté vient en aide à tous les autres. Michèle, avec son dos bossu et son visage si heureux, rieur, Crystal, Angel, Nardo… Pendant que le minibus s’éloigne des grands boulevards de Manille, j’aime à contempler Jenalyne, les yeux rêveurs et les cheveux au vent qui regarde défiler le paysage, tout en veillant sur Michèle qui dort à ses côtés. J’entends à côté de moi Christelle, qui s’impatiente, Kuya Oliver, le plus âgé, et Darwin qui font l’animation avec leurs blagues (j’ai eu le droit à un quiz culture, je peux vous dire que je ne dirai plus jamais que je viens de Cebu (ville des Philippines). A peine arrivés, nous voilà en tenue de bain pour plonger dans cette piscine dont nous ne sortirons que la nuit tombée. Michèle, qui ressemble à un requin avec sa grosse bosse sur le dos et dont les yeux pétillent de mille et une étoiles, a besoin d’une main pour faire des tours de piscine. Je la rattrape en bas du toboggan, riant, avant qu’elle n’y reparte pour un tour. Kim veut apprendre à nager puis à flotter. Nardo et Edson veulent explorer le parc et tous ses toboggans et piscines. Angel, Christelle, Crystal, Jenalyne préfèrent le son du karaoké dont je reste à une distance raisonnable pour éviter que ne vienne mon tour (et qu’elles ne finissent le gâteau à force de m’obliger à manger !) Et c’est alors, qu’au détour d’une petite pause-­déjeuner, les instruments s’accordent sous la main de maître de Jenalyne. Voix, triangle, guitare et bandurria, chacun (ou presque) y met du sien, avec ses talents. Malgré moustiques et frelons, je pourrais rester des heures à les écouter, à les regarder. Leur musique est magnifique, pleine de vie. Celui qui n’a pas de bras chante, celui qui n’a que trois doigts joue du triangle et celui qui n’a pas de jambe joue de la guitare. Chacun y met du sien, avec ses capacités et ses limites, à l’image de notre grand orchestre de la vie. Qu’ils sont beaux ! Pleins de joie, pleins d’énergie ! Dans chacun de leur rire résonne cette vie qu’ils vivent à deux mille pour cent. Ils sont vraiment comme une famille où chacun prend soin de l’autre, le plus grand du plus petit, celui qui a des jambes de celui qui n’a que ses bras. Je confie à vos prières ses cœurs d’enfants qui vivent, au jour le jour, de leur souffrance et de leur joie et qui ont su accepter ce handicap pour devenir de vrais enfants de Dieu.

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Ségolène M. Volontaire au Point-Cœur de Manille

Nanay Vicky avec sa casquette rose et son beau sourire

Rencontre dans les rues de Manille

Du Point-Cœur de Manille, voici des nouvelles de Ségolène qui nous présente Nanay Vicky vivant dans la rue, pleine de courage et d’espérance.

Pendant cette période de Noël, j’ai pu visiter Nanay Vicky. Elle est une très vieille dame, aveugle, vivant dans la rue. Cependant, elle s’est construit une sorte de « logement » en carton et tout ce qu’elle a pu trouver d’autre. Vu de l’extérieur, on se demande où est-­‐ce qu’elle a la place de dormir, voire même de s’asseoir, tant le lieu est étroit. Chaque fois que nous lui rendons visite, elle est en train de cuisiner, juste devant chez elle. Elle vit seule depuis qu’elle a perdu, à peu près au même moment, presque tous les membres de sa famille et sa maison. Elle travaille dur à ramasser tout ce qui peut se vendre dans les poubelles, comme des pièces de ventilateurs, des canettes…, pour gagner un peu d’argent qui lui permet de vivre chaque jour. Mais sa générosité dépasse sa fragilité de très loin : dès qu’elle a quelque chose, elle va aller le partager avec ses voisins de rue, une famille avec de nombreux enfants tous petits, vivant également dans la rue. Une accumulation de faits qui en auraient découragés plus d’un ! Plusieurs fois, je me suis dit qu’à sa place, sous cet ouragan de misère, je me serais juste assise là, à attendre que la fin arrive. Et bien, elle, elle continue de vivre, chaque jour, avec son visage creusée par la dénutrition et ridée par l’âge et la fatigue, avec ses chiens qu’elle continue à nourrir dès qu’elle peut (fidèles amis puisqu’ils l’accompagnent jusqu’à la communion, à la messe !!), sa solitude…. Elle garde son sourire, elle garde sa générosité, son accueil. Elle n’est pas comme nombre de nos amis, qui nous accueillent avec une grande joie visible de l’extérieur, des rires et des blagues. Sa joie se manifeste différemment, elle a une sérénité profonde, une joie de l’intérieur mais qui a parfois du mal à percer les souffrances de sa vie quotidienne. Quand nous lui rendons visite pour Noël, elle me dit qu’elle va à la messe de Simbang Gabi, tous les jours, à 3h du matin, toute seule. Ce qui, entre nous, paraît déjà de l’ordre du miracle quand on la voit marcher sur deux mètres avec nous et quand on sait le nombre d’accidents qu’elle a eu à cause de sa vue. Elle dit qu’elle finit chaque messe en pleurant, épuisée par le poids de sa solitude et de sa fragilité, mais qu’elle sait qu’elle va tenir, qu’elle va avoir la force de rentrer chez elle et de continuer à vivre parce que Jésus est là, dans son cœur, qu’Il l’aime et qu’Il lui donne sa force et la protège. Quelle foi !! C’était incroyable de voir à quel point elle n’a tellement plus rien, que plus rien ne peut la séparer de Dieu, plus rien ne peut lui cacher le visage de Jésus qui souffre puisqu’elle souffre avec lui. C’était vraiment touchant de voir sa force dans sa fragilité et ses victoires de vie dans ses souffrances. Elle ne se plaint pas, elle ne nous raconte pas sa vie pour qu’on se lamente, mais elle a besoin de déverser ce qui lui pèse sur le cœur. Elle ne demande pas notre pitié, elle nous raconte sa vie, comme elle est. Elle est pleine d’espérance au quotidien.

 

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Ségolène M. Volontaire au Point-Cœur de Manille

… À l’arrivée, quelle surprise !

Maria, Allen, Joseph et Ségolène (photo prise par Alexandre)

L’accueil qu’a vécu Ségolène à son arrivée au Point-Cœur de Manille, plongeon dans une nouvelle vie !

Ate Maria, Allen, Kuya Joseph et Kuya Alex m’accueillent comme une nouvelle petite sœur dans une famille. Ils ont tout préparé pour que je me sente directement chez moi dans ce pays, pourtant si différent. Tout est prêt, depuis ma brosse à dent sur mon oreiller, jusqu’à l’autel de la chapelle construit par Kuya Joseph le jour même. Les enfants aussi ont recouvert le mur de dessins : « Welcome Ate Ségolène ». Les voisins sont tous au courant de mon arrivée. Même les cafards et les souris semblent « être de mèche », puisqu’ils se sont cachés pendant une semaine, le temps que je me prépare psychologiquement à les recevoir dans ma chambre. Enfin, plutôt que je me fasse à l’idée que j’allais en croiser.
Un accueil tellement simple, comme je n’en connaissais pas d’autres. Sur le trajet de l’aéroport à la maison, Allen m’annonce que je vais devenir « very famous », en l’espace de dix secondes, le lendemain. Effectivement, quand je me réveille, les enfants sont déjà en train de crier mon prénom à l’extérieur de la maison. Petit moment de panique : « Ohlala misère, je ne vais pas savoir quoi leur dire, ni quoi faire avec eux. Ils ne me connaissent pas, au bout de deux secondes ils vont aller jouer ailleurs !! » Heureusement, la curiosité a eu raison de ma timidité, je suis allée affronter cette armée de piles électriques, chargées à bloc, pleine de vie et de bonne humeur. Autant vous dire que ce n’était pas décevant ! Ils sont tellement heureux d’accueillir un nouveau volontaire qui va jouer avec eux tous les jours ! Ils m’accueillent avec une simplicité enfantine, une grande joie, des danses, des chants, des jeux… Évidemment, je ne comprends pas un mot de ce qu’ils racontent, bien qu’ils répètent chaque phrase mille fois, toujours plus rapidement que la fois précédente, avec toujours plus d’insistance dans leur regard, comme s’ils attendaient que mon cerveau passe en mode « ON » pour les comprendre. Jour près jour, je découvre la vie de la communauté, celle du « Looban » (notre quartier) et l’association des deux qui mènent souvent à une adoration sur un « fond » musical (environ 200 000 décibels) de karaoké ou à un dîner de vingt minutes sans parler puisqu’on ne s’entend pas, mais aussi des hello dans tous les sens, des enfants qui sautent dans nos bras quand on n’a pas encore fait un mètre en dehors de la maison. Je découvre les enfants des différents endroits que l’on visite : fishport, under the bridge, on the bridge, Looban, Market 3…, toujours plus dynamiques les uns que les autres !

 

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Ségolène M. Volontaire en mission à Manille

Marion : un cœur qui saigne !

Alexandre vient d’arriver aux Philippines, après dix ans de mission en Picardie. Il rencontre Marion, son premier ami :

Alex et Marion

Marion est mon premier ami ici. Comme un signe évident et lumineux que je suis attendu. Comme un signe tangible que la mission de Points-Cœur est nécessaire. Caritas urget nos !  

Marion a treize ans. Le teint mat, les cheveux en pagaille et rougit par une pseudo-teinture qu’il s’est faite avec son meilleur ami Jerry comme pour signifier son look intérieur du moment : un cœur qui saigne… A cheval entre l’enfance et l’adolescence, la vie de Marion a basculé il y a quelques jours, juste avant que je ne débarque aux Philippines.

Pour gagner quelques pesos afin de nourrir les six bouches qui vivent dans une minuscule pièce commune familiale, sorte de cabanon de tôle insalubre, le père de Marion se fait dealer. En compagnie de sa femme, ils vendent et consument aux yeux de tous la terrible drogue locale, le pire dérivé chimique existant de la cocaïne. Terrible fléau dans notre pauvre quartier de Dagat-Dagatan. Improbable moyen de survie pour qui y succombe.

Le quotidien de Marion est donc marqué au fer rouge par ce sceau scandaleux et si courant à la fois. Ce p’tit gamin, dernier de la fratrie, est connu et reconnu comme le fils de kuya Bong, infréquentable pauvre père. Cependant, Marion aime son papa et le regarde avec gratitude car les quelques pesos qu’il parvient à glaner avec ses trafics lui permettent d’aller à l’école. Son rêve : devenir un jour policier pour aider les pauvres gens et être au service du peuple philippin. Douce promesse pour ce cœur innocent, celui d’un enfant…

Or, voilà qu’un soir, une terrible descente de police, violente, met à sac sa frêle existence. Faisant brutalement irruption dans leur cabanon, les hommes armés conduisent manu militari tous les enfants de la fratrie dehors, dans la rue. Seule la maman et kuya Bong restent confinés à l’intérieur. Ils sont mis en joue. Des cris. Des pleurs. La nuit étoilée se déchire. La peau du dealer est mise à prix. Sa courageuse femme s’accroche à lui menaçant de mourir avec lui si des coups de feu sont échangés. Ordres. Contre-ordres. Désordre et scandale. Pleurs en pagaille. Le quartier est en émoi. J’imagine les yeux de Marion gorgés de larmes, impuissants et bouleversés. Finalement sauvé in extremis par sa femme, kuya Bong est emmené en prison où il purge actuellement une lourde peine.

Pour Marion, s’en est finit de son rêve. Il s’est fracassé instantanément face à ce déchaînement de violence. Fini l’école. Il l’abandonne. Il n’y a d’ailleurs pour lui plus aucun sens à cela. Il n’y a d’ailleurs plus de pesos. Maintenant, il erre toute la journée dans la rue. Il passe ses heures durant à aller de-ci, de-là. Parfois, quelques poubelles à transporter, parfois un coup de main à donner aux voisins. Dans ses yeux, une immense tristesse. Quelque chose s’est brisé.

Marion est un joueur à part entière de notre petite équipe de foot. Chaque dimanche, après les avoir emmenés à la messe, nous réunissons nos quelques enfants pour un entraînement sérieux ou un match au sommet. Un bon prétexte pour les aider à grandir. Ce dimanche, Luigi et M. Bean avaient programmé une rencontre pour me présenter, moi Kalec leur nouveau coach et ami. Tous étaient présents. Seul Marion manquait à l’appel. Il était parti rendre visite à son papa en prison. De retour tard le soir et ayant entendu par les autres le récit de notre après-ˇ‐midi durant laquelle nous avons regardé une belle vidéo de football (un mini documentaire sur les plus grands footballeurs évoluant en Europe : Messi, Ronaldo, Ibrahimovic, Pogba, Sanchez, Neymar et Suarez) et partagé un succulent gâteau au chocolat offert par une amie riche de Manille, Marion est venu frapper à la porte du Point-Cœur pour me saluer. Timide. Discret. Rencontre au sommet !

Avec les pauvres rudiments de tagalog que je possède et les simples mots d’anglais dont il se sou- vient de l’école, nous faisons connaissance. Immédiatement, je perçois chez cet enfant quelque chose de différent.

Un je-ne-sais-quoi qui rayonne en silence ! Dans ses yeux emprunts d’une profonde tristesse, une petite lueur brille mystérieusement, une perle d’espérance. Comme si son cœur hurlait le besoin d’une présence, d’une amitié. Il me parle de son père avec une immense émotion. Je lui de- mande alors le prénom de son papa. Il me le murmure tendrement à l’oreille comme son trésor de vie. J’ai bien du mal à comprendre. Ces prénoms tagalog sont si différents. Alors, je prends un stylo et lui demande de m’écrire le prénom sur la main, ainsi je pourrai prier pour lui. Il me fixe alors dans les yeux avec un regard que jamais je ne pourrais oublier. Sans qu’il puisse le retenir, un flot de larmes incontrôlable envahit ses joues. Sans honte aucune comme si déjà il m’avait adopté comme ami, il les laisse couler abondamment et, saisissant le stylo que je lui tends, écrit doucement en rouge, couleur sang, au creux de ma main les quatre lettres qui figurent son père : B-O-N-G. Puis, délicatement, il la prend dans la sienne et la serre si fort que je peux sentir les battements de son cœur. Je lui propose d’aller confier son papa à la Vierge Marie, Notre Mère de consolation. Nous mon- tons dans notre toute petite chapelle. Il s’agenouille. Nous restons en silence. Un silence complice. Habité. Elle saura si bien consoler ce cœur qui saigne !

Depuis, Marion vient chaque jour au Points-Cœur. Hier, il m’a aidé à cuisiner un plat typique philippin. Ce soir, une partie de carte, la messe. Je lui montre des clichés de mes anges-gardiens en France. Nous regardons en- semble un album photos du Points-Cœur de Dakar. Et demain, dimanche un match de football au sommet contre une équipe d’enfants des rues travaillant sur la décharge.

Je confie Marion à votre prière pour que ce cœur qui saigne soit un cœur qui règne !

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Alexandre Descours Membre permanent de Points-Cœur en mission aux Philippines

Michael, le désir d’être un bon père

Dans le quartier du Point- Cœur de Manille, Séverine rencontre Michael, un voisin et une homme désireux d’être un vrai père.

Micheal et son fils

Micheal et son fils

 

Un soir, Michael notre voisin, est assis devant chez nous. Il écoute de la musique et boit avec ses amis. Je lui demande comment il va et étrangement, il commence à parler et à dire que non, il ne va pas bien : « La vie est dure. J’ai mal au cœur. C’est très dur pour moi d’être à la fois papa et maman pour mon fils. Je veux vivre un amour vrai. Etre chez moi avec mon fils, travailler, avoir ma vie, une vie simple mais vraie ». La maman de son fils est partie il y a plusieurs années travailler à l’étranger. Sa deuxième femme avec qui il semble s’être marié l’année dernière, est partie aussi après avoir avorté sans le consulter. Ce soir-­là, c’est un trop plein qui déborde. Alors, j’essaie de l’encourager : « Tu es vraiment un bon gars Michael, tu es quelqu’un de bien ». Et là, ses yeux se remplissent de larmes. Ses lèvres tremblent, il bredouille : « Mais tu es la seule, la seule à dire cela. Tout le monde me dit que je suis un voyou, que je suis méchant ». Et ce grand gars, là, en pleurs devant moi. « Nous ici, ma communauté, moi, je sais que tu es quelqu’un de bien. C’est juste que c’est vrai que la vie est dure ». Son cœur se dévoile. Il croit à l’amour. A vingt-­sept ans, papa depuis neuf ans, lâché deux fois par des femmes, son cœur aspire encore et encore. Il sait que cet amour existe, qu’il est fait pour ça, parce que cela est enraciné dans son cœur. Il le sait alors que, comme pour Dagul que nous avions emmené en camp à Talim Island, tout autour crie le contraire : « Non, je ne suis pas un mauvais garçon. Mon père me reproche de ne pas donner d’argent à ma famille, mais quand j’ai de l’argent, je ne veux pas le donner aux yeux de tout le monde. Je le donne en secret, silencieusement à ma maman. Elle, elle me connaît. Elle ne veut pas que je parte à l’étranger ». L’espérance s’affaiblit chez certains, mais chez d’autres comme Michael, elle me surprend toujours plus. C’est comme si la souffrance glissait sur eux. Oui, ils souffrent et Dieu sait à quel point. Mais ce n’est pas le tout. Il sait que c’est possible. Son cœur ne lui dit pas autre chose.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Séverine D. Membre permanente de Points-Cœur

Beauté insolente et joie quotidienne

Agathe est au Point-Cœur de Manille depuis quelques mois. Elle nous confie qu’au cours de ses journées et des amitiés tissées, pauvreté, joie et beauté se découvrent ensemble.

Jeu dans la rue pendant les grosses pluies à Manille

Jeu dans la rue pendant les grosses pluies à Manille

 

Au cours du mois d’août j’ai commencé à apprivoiser le quartier et ses environs, j’ai surtout découvert des personnes. C’est une sensation particulière que de se sentir l’héritière d’une vieille amitié, d’y être introduite par d’autres et d’être accueillie directement comme amie quand bien même je rencontrais les gens pour la première fois. Comme si les gens n’attendaient pas de me connaître avant de me donner leur confiance, comme si pour eux, il était évident que je les aimerai, que je chercherai leur bien comme on le fait avec un ami. Eh bien, je peux vous dire que cela ne m’est pas difficile d’aimer dans ce cas-là, il me suffit de répondre à l’élan que les autres créent en moi.

[…] Quant à nos journées, elles continuent d’être souvent bien chargées surtout qu’elles ne se cantonnent pas à notre quartier. Nous sommes souvent dans les transports parcourant Manille tantôt pour aller aider Aïcha dans ses casse-têtes administratifs (un passeport expiré donc pas de visa et pas de possibilité de refaire son passeport aux Philippines…), tantôt pour rencontrer des personnes qui pourraient aider certains de nos amis, ou encore pour aller parler de la mission à des étudiants qui voudraient venir aider. J’aime bien passer de la pauvreté des bidonvilles aux grands buildings des multinationales : cela me rappelle que le besoin de présence et de disponibilité n’a pas de limite, comme si les frontières entre ces deux mondes n’existaient pas. Hier, une mère de famille italienne nous redisait d’ailleurs le besoin de présence et de sens au sein de la communauté d’expatriés : « Les plus pauvres, insistait-elle, ne sont pas ceux qui n’ont rien à manger ».

[…] Voilà, je pourrais encore vous raconter les inondations après les typhons ou l’équipe de basket montée avec les loubards du coin mais c’est à chaque fois la même chose qui me frappe : la surprenante cohabitation de la dureté des situations et de l’espérance qui s’y glisse. Face à ce spectacle, j’apprends à vivre l’instant présent, la journée telle qu’elle nous est offerte dans tous ses imprévus en essayant de glaner toutes les petites joies rencontrées. Ce que j’aime particulièrement, c’est que chaque jour ou presque se termine par un coucher de soleil à couper le souffle et dont la beauté m’apparait comme un pied de nez à la laideur des bidonvilles, comme une beauté insolente qui viendrait braver l’empire de la pauvreté en sublimant la disgrâce de la tôle et des ordures. Ces couchers de soleil sont pour moi la métaphore des petites beautés quotidiennes que l’on admire ici et qui font du lieu que tout le monde fuit, un jardin où fleurissent secrètement les petites joies.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Agathe F. Volontaire en mission aux Philippines