Une alliance pour toujours

Charlotte termine sa mission de deux ans au Point-Cœur de Barrios Altos au Pérou. Elle vit la despedida, temps des abreuvoirs et temps de grâce. En deux ans, une alliance est scellée pour toujours !

La communauté du Point-Cœur de Barrios Altos : Agnieszka, Charlotte, Lukas et Mariano

Dans tous les Points-Cœur du monde, la fin de la mission est marquée par un temps particulier : la despedida. Un moment privilégié pour remercier les amis. Jamais je n’aurais imaginé recevoir autant de bonheur en un mois, surtout que j’ai généralement du mal à dire au revoir ! La mission, à l’image de la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus, est caractérisée par l’amour des petites choses, le soin donné à chaque détail pour que l’autre se sente bien chez nous, ait un espace pour être lui-même et retrouver un peu de souffle dans sa vie. L’amour du temps présent, où Dieu se donne à chaque minute. Eh bien, vraiment, Il m’a permis de savourer chaque goutte de notre vie jusqu’à la fin !

Au fil des dernières visites, derniers repas partagés, derniers échanges, j’ai pris conscience à quel point mon cœur s’était ouvert. Si l’on réfléchit en vérité, quel intérêt pourrait-on trouver à un quartier jonché de poubelles, où de nombreux jeunes vendent de la drogue et en consomment ouvertement, où on entend tant de disputes dans les maisons, où les chiens règnent en maître et où les transports n’ont aucun confort ? Comment est-il possible de rester un ou deux ans au milieu du bruit, de la saleté, de la violence, de la pauvreté morale de tant de personnes ?

C’est seulement que, dans ce quartier, il y a Bertha et José Antonio, soldats de la vie, Sonia, âme blessée qui hurle si souvent vers Dieu et me rappelle mes propres cris, il y a Fakoundo, trois ans, petit bonhomme si avide d’apprendre et si heureux de donner tant de joie quand il vient jouer chez nous. Et celle qui consomme de la cocaïne le soir, c’est Marie, qui me bénit chaque fois que je passe devant elle. Nos amis sont des personnes blessées à vif, qui n’ont rien à défendre : aucun bien de grande valeur, aucune histoire bâtissant une famille illustre et reconnue, aucune carrière brillante. La blessure est grande, et pour beaucoup, elle prend des années à cicatriser. Quelques-uns ferment leur cœur. Mais la grande majorité l’ouvre de part en part, est prêt à tout recevoir. Chaque sourire, chaque jeu, chaque prière ensemble, chaque bon repas, chaque petit geste d’affection est accueilli comme un baume bienfaisant sur cette plaie qui fait si mal.

Face à eux, nous sommes apparemment ceux qui avons. Cependant, une fois atterrie à Lima, il m’a fallu moins d’une semaine pour voir mon incapacité d’aimer, mes blessures, mes préjugés, mes doutes… et voir que je fais partie de cette humanité blessée. L’amitié que nous vivons ensemble va jusqu’au bout. Il n’y a plus de hiérarchie entre nous, ou plutôt si : ce sont eux, mes maîtres en amour.

Oui, pour un long moment je ne les verrai plus, ils ne me verront plus, mais le lien que Dieu a créé entre nous ne se détruira jamais. D’abord, je les aime pour toujours, ils sont dans mon cœur pour toujours. Ensuite, ils le savent : je pars, mais la communauté reste, la maison reste, ils pourront toujours frapper à la porte. Pour beaucoup, nous sommes leur seule famille. Enfin, et c’est au cœur de notre vie : chacun est unique, personne n’est remplaçable, mais si on s’attache à chaque visage, c’est parce qu’il nous renvoie à quelqu’un de plus grand, à un amour encore plus grand, à la source qui permet ces amitiés, à Celui qui seul sauve. Et c’est un lien pour toujours.

 

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Charlotte C. Volontaire en mission au Pérou

Où se trouve la beauté de nos amis ?

Mama Julia et Bertille

De retour depuis peu de sa mission au Point-Cœur de Barrios Altos, Bertille se livre sur cette expérience qui reste mystérieuse et bien réelle.

Si je devais résumer ma vie avec vous aujourd’hui, je dirais que ce sont d’abord des chansons de reggaetón. Car si Dieu laisse son serviteur se reposer, le reggaetón et la salsa ne laissent pas ce luxe dans mon quartier. J’ai fait mienne la prose de haute volée qui me permettait étonnamment de communiquer plus facilement avec mon entourage qu’avec des citations bibliques. Il y en a même une qui a traduit, en des termes simples, le fondement de toute ma mission : « Tú me partiste el corazón, ¡Ay mi corazón! Pero mi amor no hay problema, ahora puedo regalar un pedacito a cada nena… » Maluma n’avait probablement pas une soudaine fibre dominicaine quand il a écrit sa chanson, mais en disant que s’être fait briser le cœur lui avait permis d’offrir un petit bout à chaque fille, il traduisait façon Barrios Altos ce que disait le Père Dehau : « Le cœur de l’apôtre, comme celui de son divin Maître, appartient à tous : tous ont le droit d’entrer dedans. » C’est ce que cette année m’a appris : le fondement de toute vie évangélique est de tout livrer à Dieu et d’offrir son cœur à l’autre pour qu’il y trouve ce qu’il cherche. Et cela ne peut se faire sans se débarrasser des innombrables couches de peurs et d’idéaux dont on le recouvre pour se protéger. J’avais besoin de tout jeter par les fenêtres puis de me jeter moi-­même par la fenêtre pour comprendre cela, et je rends grâce à tous ceux qui l’ont permis. En manque de tout, prenant de plein fouet toute la souffrance qui me faisait si peur, je n’ai jamais expérimenté un tel bonheur, ni une telle liberté.
J’ai commencé cette lettre un mois après mon retour, en me disant qu’elle serait l’apothéose de mon témoignage, que j’y mettrais tout ce qu’il y a de plus beau dans ma mission, dans mes amis. La réalité, dans une attitude proprement dictatoriale, a refusé de se conformer à mon projet si bien ficelé, et trois mois plus tard j’étais toujours bloquée devant ma page. Cette année a transformé ma vie dans ses plus petites dimensions. Pourtant, quand j’essaie de parler du Pérou, je me heurte à un obstacle des plus frustrants : il me semble impossible de transmettre ce qui compte le plus pour moi et dépasse sans nul doute tout le reste. Je peux parler de Dieu (un peu), de mon quartier créole et de son charme désordonné (beaucoup). Mais je n’ose m’étendre sur ce qui a fait la magie de ma mission : mes amis et mes frères. Comment expliquer à quel point ils sont merveilleux quand au détour d’un « mais comment sont-­ils ? » je n’ai pas l’ombre d’un argument pour décrire leur beauté… En cherchant la beauté dans chaque personne qui demandait mon amitié, j’ai découvert qu’elle ne se situait pas là où je la trouvais avant (dans ses qualités) mais dans son âme. Ce petit bout de divin que porte chaque homme et qui est, au-­delà de tout trait de caractère, la marque unique de sa personnalité. C’est quand on a accès à cette toute petite chose que la personne devient passionnante. L’amour est complètement sous-­coté, en fait, c’est un terrain d’exploration tout à fait fascinant ! Il est difficile de décrire une expérience aussi grande quand on l’a vécue à travers des choses si simples. Poursuivre mon entourage avec ma musique de barbare en leur promettant que ça les rendra joyeux ne m’est pas trop difficile. Leur faire comprendre combien sont émouvantes les lettres d’adieux de Fátima, faites de chansons de reggaetón recopiées devient étrangement compliqué. C’est probablement parce que les mystères auxquels nous touchons nous dépassent complètement.

 

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Bertille D. En mission au Pérou

Mía, une figure du Point-Cœur de Barrios Altos

Au cœur de ce quartier anciennement colonial de Lima, Barrios Altos, le Point-Cœur installé depuis 24 ans, est un refuge pour les enfants et aussi pour ceux devenus grands… Laetitia nous présente Mía, une habituée de ce lieu d’amour !

Mia sortant le gâteau du four

Cette petite fille, belle et fine ne vient jamais seule au Point-­Cœur. Elle vient avec sa petite bande. Du haut de ses dix ans, elle sait toujours s’entourer pour se faire remarquer, manier son petit monde et, d’une certaine manière, amène son public pour faire le pitre ! Je sais qu’elle a fait tourner en bourrique plus d’un volontaire et qu’elle n’est pas des plus simples à gérer, surtout quand elle entraîne avec elle ses quatre-­cinq amies. Elle est capable de vous faire croire que sa petite sœur est mourante à l’hôpital, alors qu’elle n’a pas de petite sœur, capable de vous supplier de dormir au Point-­Cœur car elle est à la porte de chez elle et qu’il est 11h30 du soir, alors que la porte de chez elle est bien ouverte. Magnifique actrice ! Ma première rencontre avec elle n’a pas failli à la règle : j’ai été testée… sauf que le résultat n’a pas forcément été celui qu’elle attendait. Avec sa petite voix de sainte nitouche, elle me posa cette question, alors que je lui avais donné un verre d’eau : « Si, à tout hasard, hermanita, je m’étouffe au moment où je bois, et par malchance, je crache toute mon eau sur toi, tu réagirais comment ? » Je lui réponds gentiment que je suis certaine qu’avec tout le respect dont elle fait certainement preuve, elle éviterait à tout prix qu’une seule goutte d’eau tombe sur moi. Effectivement, elle fait alors semblant de s’étouffer et recrache son eau, de sorte que seulement quelques gouttes tombent sur le bout de mes pieds. Et elle continuait sa provocation quand, tout à coup, je lui versai un quart de verre d’eau sur la tête… en lui retournant la question ! Elle, et toutes ses amies avec, étaient sous le choc, mais le test avait été gagné. Elle ne m’a plus jamais regardée de la même façon et, tout en continuant à me provoquer, une affection spéciale était née entre nous. Mía a ses raisons pour être si provocante et chercher à tout prix l’attention des adultes. Elle vit dans des conditions terribles, pour dire vrai. Ses parents ne sont pas là. Elle vit chez son grand-­père qui passe le plus clair de ses journées ivre. Ils n’ont pas d’eau courante, je pense, leur maison (une pièce) est minuscule. Je ne connais pas tous les détails de sa  vie, mais elle a certainement déjà vécu beaucoup de choses que personne n’aimerait vivre au cours de toute une vie. Elle semble avoir grandi toute seule, et plus vite que n’importe quel enfant. Son cœur semble s’être durci, protégeant sans doute, comme dans un coffre-­fort sa petite humanité. Un jour, elle est venue me demander de lui soigner un doigt de pied. Là encore, j’imagine que c’était un peu un test pour voir si j’étais prête à lui consacrer du temps, voir comment j’allais m’en sortir. Il faut dire qu’il était bien tard le soir. Surprise que j’accepte, elle a elle-­même accepté de se laisser soigner. Je l’ai laissée entrer seule pour qu’elle soit libre de son public. Et pendant quelques minutes, j’ai pu sentir une vraie sincérité et peut-­‐être même un peu de tendresse. Une autre fois, nous l’avons invitée à passer une après-­midi à la maison avec cinq ou six autres filles préadolescentes pour des activités manuelles. Pas tellement motivée par les petites perles, je l’ai aidée à finir son collage de perles et l’ai invitée dans la cuisine à commencer avec moi l’atelier suivant pour faire un gâteau pour le goûter ! Elle était ravie d’être toute seule avec moi dans la cuisine, et toute fière d’apporter une vraie collaboration à l’après-­midi. J’étais profondément touchée par ces petits moments, où la gratuité de l’amour a fait naître chez elle un moment de vérité. Tout à coup, elle oublie de se regarder, elle oublie de maintenir son image de clown ou de révoltée, et elle reçoit la vie avec une joie sincère. Cela ne dure pas longtemps, et pourtant cela vaut de l’or. C’est dans ces moments que je reconnais la vraie « Mía », celle voulue par Dieu, celle dont le cœur blessé n’attend qu’une chose, c’est d’être aimée et regardée. Je vous confie cette petite fille, que je porte beaucoup dans mon cœur.

Enfin, je vous partage une dernière anecdote, toute petite. Ce quartier est particulièrement typique par ses « quintas ». Ce sont des genres de mini-­quartiers dans le quartier. On entre par un portail qui semble donner sur une cour et l’on entre dans une petite ruelle, qui ouvre sur un petit monde fermé dans un pâté de maisons. Les ruelles minuscules sont des lieux idéaux pour les voleurs qui cherchent à échapper à la police, mais c’est aussi le lieu idéal pour les enfants qui veulent jouer à l’abri des voitures. Du coup, depuis de nombreuses années, le Point-­Cœur va jouer avec les enfants une matinée par semaine, une fois dans une quinta, une fois dans une autre. Une fois, donc, j’étais assise par terre sur la petite place d’une quinta, où trône un petit sanctuaire marial (comme à chaque coin de ruelle), toujours fleuri. En peu de temps, les enfants débarquent et l’on commence à jouer. J’étais prise par mon jeu de dominos, quand passe un groupe de quatre-­‐cinq jeunes, d’une vingtaine d’années. Ils ne semblent pas de bonne fréquentation, un peu provocants, se croyant visiblement un peu les rois du monde. Mais je vois l’un d’eux réagir en nous voyant. Son visage est comme réveillé et il hésite à s’arrêter. Finalement, il lance : « Puntos-­Corazón », tout en continuant sa route. Et je me demande combien dans cette quinta auront grandi en jouant avec des volontaires Points-­Cœur. Et je me demande ce que chacun garde dans son cœur de cette expérience. Je me dis qu’il est bien justifié de dire que Points-­Cœur est un signe. Nous ne pouvons être la solution aux problèmes de l’enfance dans le monde. Mais nous pouvons être un signe. Simplement par le fait de jouer aux dominos, nous espérons être un signe pour ces enfants que quelqu’un les aime. Et de manière plus cachée, notre présence est pour les plus grands, un rappel de quelque chose de vrai, vécu il y a dix ou quinze ans, quelque chose dont leur cœur a toujours autant soif, c’est à dire d’une amitié où la violence n’a pas sa place, où la drogue n’a pas sa place, mais où la joie vient simplement d’un cœur ouvert pour aimer.

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Laetita P. En mission au Pérou

Ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait

Dans ce quartier de Lima, Barrios Altos, Alfredo est un exemple, un pauvre dans le cœur de Dieu !

Alfredo et Sabine

Dans notre quartier de Lima, nos rues sont en travaux. C’est une bonne idée, mais pas très pratique pour les fauteuils roulants ! Alfredo, ami du Point-­Cœur depuis des années, ne peut pas sortir de chez lui, sauf avec l’aide de gros bras qui les portent, son fauteuil et lui. Nous voulions l’inviter un dimanche à déjeuner, mais n’ayant ni les gros bras, ni le sol adéquat pour un voyage aussi délicat, nous lui avons proposé de lui apporter le repas, remplaçant pour un moment la personne qui le lui prépare tous les jours. Inès a cuisiné une soupe au poulet et aux légumes, ce qui n’est pas tout à fait un plat de dimanche, mais parfait pour le régime de notre ami ! Alfredo vit dans une toute petite chambre, avec un lit contre lequel s’appuient une commode et un téléviseur, il y a trois chaises sur le côté, une petite table dans le coin, puis au fond, derrière un rideau, un cabinet exigu avec la douche. Accrochés au mur, une photo de sa mère et un poster de la Vierge de Guadalupe. Dans le tiroir de la commode, les photos de plusieurs volontaires de Points-­Cœur. Ce jour-­là, j’arrive en croyant que c’est nous qui lui apportons de la joie, de la consolation. Et de fait, il est très heureux de la soupe et de notre présence ! Mais en fait, c’est lui qui nous donne une leçon de vie. Alfredo sort un papier : des membres de la municipalité lui ont rendu visite dans le cadre de la « Classification socio-­économique » des habitants de Barrios Altos. Y figurent ses coordonnées, son régime de santé, ses revenus, les aides auxquels il a droit, puis, en bas, la mention : « Catégorie socio-­économique : pauvre ». A Barrios Altos, ils sont assez directs ! Alfredo n’est pas du tout peiné, mais constate simplement : « Ils disent que je suis pauvre. Mais ils ne savent pas comment je vis ! Regardez, on m’a offert ces chaises, et ce matelas est tout neuf, et ma télé, elle encombre un peu, mais bon, elle est bien utile ! J’ai un endroit pour mon hygiène, et les derniers examens de l’hôpital me disent que je n’ai rien ! » Aussi, il a des amis, du plus jeune au plus vieux, qui en passant devant sa porte ouverte toute la journée, le saluent, restent un moment à parler avec lui. Et ses amis de coeur, les volontaires qu’il a adoptés comme ses enfants : « Tous les jours, je prie d’abord pour Alma, puis pour Marta, puis pour Magdalena, puis pour Peter… » La liste n’en finit pas. Nous avons un ami qui pense à nous chaque jour. La vie ne l’épargne pas, mais il nous dit : « Certains pensent que Dieu les punit, mais ce n’est pas vrai, Dieu ne punit pas, c’est nous qui souvent nous punissons nous-­‐mêmes, parce que notre cœur se durcit ». Pour lui, ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait. Alfredo a tout à fait conscience que sa vie n’est pas parfaite, que lui-­même ne l’est pas. Mais il est terrifié à Alfredo pendant une visite l’idée de blesser quelqu’un, et quand lui viennent des idées noires, il demande de l’aide à Dieu à qui il parle tout le temps. Il lui donne son sourire, ses larmes, ses cris. Il sait qu’il n’est pas seul, qu’il a reçu des amis, et que sa mère et la Vierge Marie veillent sur lui. En juin nous avions laissé son adresse au prêtre de notre paroisse, et pour lui c’est un bonheur de recevoir ses visites, et les sacrements. Pour moi, il est comme un ermite dans ce quartier. A sa manière, depuis sa chambre si pauvre, il confie dans la prière chacun de nous et toute sa vie, sans cesse.

 

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Charlotte C. En mission à Lima

Je t’aime – Moi non plus !

Bertille commence ses aurevoirs, période de quelques semaines avant le départ de son Point-Cœur de Lima, moments de rencontres importants, et Fatima lui rappelle le précieux de l’amitié donnée.

Fatima et Bertille

Fátima, Douze ans, adolescente, râleuse, championne de la mauvaise foi et des piques perfides. Tout à fait mon style ! Néanmoins, mon instinct de survie ayant décidément bien peu de poids dans mes décisions, je m’y suis énormément attachée dès le début. Elle m’a très vite fait confiance et réclamé chaque jour ses dix minutes de câlin syndicales. Nous avions une relation privilégiée et, rapidement, j’ai eu droit au titre très honorifique de « grande sœur ». Rapidement, ses blessures l’ont rattrapée et j’ai vu à quel point il est difficile d’aimer quelqu’un qui est terrorisé par l’amour. Elle ne peut pas croire qu’on puisse l’aimer vraiment, donc elle pousse l’autre dans ses retranchements pour arriver jusqu’au rejet et prouver qu’elle a raison. Par conséquent, la vie avec elle ressemble à une telenovela mexicaine, toujours entre disputes et réconciliations. Parfois, elle est capable de rester toute un après-­midi, juste derrière moi, pendant que je joue avec les enfants, pour dire à qui veut l’entendre que je suis moche et qu’elle me hait. Je suis tenace et j’ai décidé que j’étais là pour Dieu et que ça ne serait certainement pas son cinéma qui me ferait changer d’attitude (à têtue, têtue et demie en fait, c’est un basique bras de fer). Donc je reste stable et indifférente aux piques, au silence quand je m’adresse à elle, etc. Mais j’ai parfois l’impression d’être masochiste. Une petite victoire m’a montré que j’avais raison : chaque fois qu’elle se comporte mal, elle m’écrit une lettre pour me de-­‐ mander pardon et me dire qu’elle m’aime. Une fois elle m’a dit : « Je t’aime aussi parce que, même quand je me comporte vraiment très mal avec toi, tu restes gentille avec moi. » J’ai maintenant 2,3 kg de lettres mais je continue parce que les bons moments sont aussi très précieux. L’année avançant, j’ai fait l’expérience de la deuxième grande faille de Fátima : elle est persuadée que chaque personne qu’elle aime va l’abandonner. Sa mère, embourbée dans la drogue, l’a un jour abandonnée avec son petit frère dans un parc. Ils avaient trois et cinq ans et elle s’en souvient. Maintenant ils vivent chez leur tante, Sonia, face au Punto. La famille en est très proche et elle s’est particulièrement attachée à certains volontaires, qui, finissant leur mission, sont partis. Elle vit ces départs comme des abandons personnels et quand elle a pris conscience qu’un jour aussi je devrais partir, j’ai eu droit à quasiment trois semaines de guerre ininterrompue. Il ne m’est pas non plus facile de trouver une réponse convaincante car, même en lui montrant qu’il y a toujours des nouveaux volontaires qui l’aiment comme moi, comment expliquer que l’amitié ne m’appartient pas parce que je suis venue donner Dieu et pas seulement mon affection à un enfant qui répond : « Oui, mais c’est à toi que je me suis attachée » ? Cela m’a fait comprendre combien est importante et délicate une despedida (Période des aurevoirs).

 

 

 

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Bertille D. Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

Une journée particulière pour Mathias

Groupe d’amis de Lima en sortie à Guayabo

Au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, Charlotte nous confie Mathias, nouvel ami de Jésus.

Une grande joie dont je voulais vous parler. Vous connaissez Mathias, le fils de Sonia qui habite en face de chez nous, le frère de Gérard (celui qu’il m’a tant coûté d’aimer quand il faisait ses crises). Il a dix ans. Sa famille est une de celles qui souffrent le plus, dans notre quartier. Cela, vous le savez, mais je ne vous ai pas encore parlé de son chemin de foi. Très souvent, quand nous partons à la messe, Mathias court vers nous et nous demande s’il peut nous accompagner. Il reste tout le temps de la messe et, chaque fois, au moment de la communion, il essaie de négocier pour aller, lui aussi, recevoir l’hostie consacrée, Jésus. Voyant son désir de communier, nous en avons un peu parlé avec sa mère il y a quelques mois. Hors de question, il ne s’inscrira jamais à la préparation à la paroisse, plus la peine d’en reparler ! C’est, entre autres, grâce à Hugo, un ami péruvien parti en mission avec Points-­Cœur au Brésil, que Sonia a fini par ouvrir son cœur au désir de son fils. Hugo vient nous visiter de temps en temps, et Mathias l’aime beaucoup, tant il l’appelle son parrain. Ce terme montre son affection, mais Hugo y a pensé sérieusement et a fini par lui proposer de l’être en vrai, si un jour il voulait se faire baptiser. A la grande joie de Mathias ! L’amitié qui les unit est précieuse pour Mathias, lui, dont le père est mort, et qui a tant besoin d’une figure masculine aimante à ses côtés, d’un modèle d’homme qui l’accueille tel qu’il est et l’aide à grandir. J’ai pu donc accompagner Sonia à la paroisse pour inscrire son fils, à la première communion en décembre, et au baptême en octobre. Dimanche de Pentecôte, Mathias s’est levé tôt pour se préparer et partir avec nous à la messe de 9h. Jamais il n’a été aussi attentif, spécialement au moment de la consécration. A la fin de la messe, il me demande de le laisser aller tout seul au cours de « caté ». A 11h30, au Point-­Cœur, on frappe à la porte. Gaëtan, un volontaire du Point-­Cœur de la Ensenada, qui a terminé sa mission et a voulu donner encore un temps pour aider chez nous, ouvre : « Mathias ! Tu vas m’aider à cuisiner ! » Mathias est trop heureux de couper les carottes, les haricots, avec un grand frère. Il nous a montré son premier cours sur la Création, où après avoir rempli les phrases à trous de la Bible, il a pris la résolution de respecter les autres et de faire attention à la propreté de son environnement. Il est resté déjeuner avec nous, a mangé avec appétit, pétillant de joie, tranquille, heureux de ce moment privilégié juste pour lui. Pour ma part, c’est magnifique de voir un enfant que j’aime, grandir non seulement physiquement, en intelligence, mais aussi dans la foi, dans l’amour.

 

 

 

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Charlotte C. En mission à Lima au Pérou

Des pépites d’or dans Barrios Altos

Avec le temps, Charlotte voit ce qu’elle ne voyait pas dans ce quartier du Point-Cœur de Lima, les pépites de la vie des amis se découvrent à ses yeux.

Aaron du Point-Cœur de Lima

Plus je connais nos amis, plus je découvre qu’ils sont loin de cette image violente qu’à peu près tout Lima a de Barrios Altos. C’est vrai que la vie est dure pour tous, et que la violence ne manque ni dans les familles, ni entre les réseaux de drogue. Mais, peu à peu, je découvre des pépites.

Stéphanie, la maman d’Alexa et de Facundo, a accouché d’un sixième, Fabiano. Stéphanie ne paraît pas la plus tendre des mères, mais lors d’une visite, je fus ébahie de voir avec quelle douceur et quelle tendresse elle prenait soin de son tout petit. La famille n’a pas l’eau courante, ils vivent à huit (en comptant la grand-­‐mère, señora Souleyma) dans trois petites pièces, le père n’est pas présent, et Fabiano, dont l’arrivée chamboule sûrement tout, est accueilli, chéri, aimé. Moi et mes jugements rapides…
Berta m’impressionne de plus en plus. Sa vue baisse, elle est obligée d’approcher un texte à deux centimètres de ses yeux pour le lire, elle marche, selon ses propres mots, comme une tortue. Les grands-­parents de José Antonio continuent de la menacer de récupérer l’enfant, et surtout l’argent de Claudia (sa mère), mais elle ne baisse pas les bras. Toute courbée qu’elle est, c’est une battante, avec pour arme, entre autre, un humour à se rouler par terre. L’autre jour, je rentre de visites et j’ai la surprise de la voir assise sur une chaise, dans le patio, assoupie au milieu des enfants qui profitent à grands cris des dernières minutes de la permanence. Je la réveille doucement : « Hola Berta, que fais-­‐tu ici ? — Je suis venue jouer ! » Eclatant de rire, elle m’explique que José Antonio voulait absolument venir au Punto, qu’elle était « crevée » et qu’elle ne voulait pas, mais que, devant l’insistance de son neveu, elle avait cédé. Reprenant son sérieux, avec un beau sourire, elle me dit : « Hermana, mes reins me font mal, mes jambes aussi, c’est un grand sacrifice pour moi de l’avoir accompagné. Mais il est heureux, et ça c’est le principal. »
José Antonio, avant, ne parlait qu’à sa maman et à Berta, suite à un traumatisme d’enfance. Il a commencé à parler avec François, un ancien volontaire toujours cher au quartier, le jour où il a joué avec lui.  Maintenant, il nous parle à tous. Pas de grands discours, juste des petits mots, des rires. Il demande tout le temps à Berta de venir chez nous. Parfois, elle lui laisse prendre le téléphone pour nous demander directement si nous sommes occupés. Mais ce n’est pas seulement de nous dont il a besoin. Un mardi, il est venu parce qu’il voulait prier. Il est entré dans la chapelle où Andrzej était en train d’adorer. Je me suis dit qu’il allait sortir au bout de quelques minutes. Non, il est resté comme cela, priant en silence, pendant une heure. Un enfant de huit ans ! C’est en fin de compte ce lieu-­là que nos amis recherchent, tout près de Dieu. Parfois on propose, parfois ils demandent. Tant de visites qui se terminent par une prière, puis un silence profond, une grande paix où il n’y a plus rien à dire, me montrent que c’est Lui dont les plus souffrants ont le plus besoin, c’est la seule vraie consolation, c’est Lui qui transforme les vies.

 

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Charlotte C. Volontaire au Pérou

« Je ne suis pas venue faire une cure zen »

Bertille pendant sa formation à Vieux-Moulin

Avec ses mots, Bertille, fraichement arrivée au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, se laisse bousculer et découvre la compassion au cœur de ses rencontres.

Le moustique de la Providence :
Un beau matin d’hiver, la poussière s’étant levée sur Lima et les oiseaux chantant, je m’en allais gaiement sur mes nouvelles terres quand soudain, je fis LA rencontre : Roxana. On tambourine à la porte et quand Andzrej (volontaire polonais) ouvre, un ouragan vêtu de rose pétard entre, tourbillonne dans la cuisine, s’assoit, réclame un thé, se lève, salue tout le monde et se rassoit en réclamant de quoi faire un dessin. Gaëtan me présente Roxana, « qui fait quasiment partie de la communauté car elle vient tous les jours à chaque repas ». L’intéressée me repère, se relève, me salue, se rassoit, se relève, me fait un câlin… Le repas se passera dans la même ambiance, en l’écoutant redire dix fois les mêmes choses sur sa maman qui est à l’hôpital. Elle a environ trente ans et souffre d’un léger handicap. Elle prend tout l’espace sonore pour parler ou manger d’une façon particulièrement… créative, et pourtant toute la communauté la gère avec disponibilité et patience, joyeuse de l’avoir pour le déjeuner. Le soir, quand je suis fatiguée et que j’ai besoin de tranquillité, elle revient. Elle m’apparaît rapidement comme un petit moustique de la Providence, celui qui vient me tournicoter autour et m’embêter en me demandant pourquoi je perds patience. « N’étais-­tu pas venue aimer les plus moches et ceux que personne n’aime ? Tu es sûre que c’est suffisant d’aller papoter avec les petites mamies qui te disent que tu es belle ? » Et bim. Je n’aime pas toujours son humour mais je suis quand même contente qu’elle me rappelle que je ne suis pas venue faire une cure zen, « se trouver à travers l’autre dans un pays lointain ».

Premier match Souffrance vs. Bertille, 1-­0 pour la souffrance :
J’ai fait ma première visite au Hogar de la Paz (Foyer de la paix) avec les Sœurs de Mère Teresa, où nous allons tous les vendredis. Ce que j’ai vu là est à la fois terrible et magnifique. Ce qui est terrible est la souffrance qu’il y a partout et qui obnubile au début. Ce qui est magnifique est le formidable espoir de tous les gens valides qui s’occupent des garçons avec un naturel et un amour que je n’avais jamais vus. Ce lieu ressemble à une cour des miracles avec des saintes en sari blanc immaculé qui s’agitent partout avec un grand sourire amoureux de la vie et des autres. Elles semblent survoler les difficultés, la souffrance, la laideur et la difformité, pour ne donner qu’un amour joyeux. Soit elles n’ont pas été construites dans le même matériau que les humains, soit le ciel a un sacré service « Mère Teresa ». Ce que j’avais connu en France du handicap était plus ou moins une particularité d’un des enfants de la famille, qui ouvre le cœur de tous ceux qui l’entourent. Ici, j’en ai vu un versant beaucoup plus agressif et solitaire. Notre mission est de donner à manger aux garçons (facile). J’essaie avec un premier et c’est un échec complet : il semble dormir, je n’arrive pas à le redresser bien et à lui ouvrir la bouche car j’ai peur de lui faire mal. La permanente me dirige vers un autre, « plus facile » : Angel. Il a quatre longues dents en bas et pendant tout le temps où j’essaierai de lui donner à manger, j’entendrai ses dents crisser sur la cuillère en inox pendant qu’il essaie d’avaler ce que je lui donne. Ce bruit me vrille encore les oreilles. Il doit avoir environ trente ans ; trente ans, coincé dans un corps qui ne comprend pas comment on fait pour avaler… En passant devant un garçon à l’air sombre et perdu, Charlotte me prévient que je ne dois pas le saluer, lui parler, ni même le regarder dans les yeux, sinon il fait une crise. Il souffre d’une forme d’autisme particulièrement dure. Il erre toute la journée sans but, sans pouvoir entrer en communication avec personne. Il m’est insupportable de le voir ainsi, sans pouvoir rien faire. Ceux qui sont en chaise roulante peuvent au moins voir ou entendre qu’il y a des gens qui prennent soin d’eux, communiquer un tant soit peu… Je suis restée interdite devant eux, je ne sais pas comment absorber ces souffrances qui sortent de tous les côtés. Je ne sais pas comment être efficace, sans perdre de vue l’objectif : il s’agit d’offrir une amitié respectueuse. J’ai au moins appris que la première étape est de prêter attention à tous les petits détails : les Sœurs expliquent que chaque chose doit être faite en pensant à l’importance de la personne que l’on sert, jusque dans la façon de tout briquer, changer d’assiette pour chaque plat ou bien mettre la serviette d’anniversaire le jour dit. Dur dur l’apostolat, mais éclairant : je ne suis pas là pour rien et il y a du travail.

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Bertille D. Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

La vie de compassion, c’est dur !

Madre Yajaide et toute la communauté, le matin de mon anniversaire devant la grille du cloître des Carmélites de Barrios Altos

Après quelques mois de mission au Pérou, François nous décrit cette vie de compassion au quotidien, avec ces difficultés mais aussi ses consolations… Une chaîne de compassion !

Comment pourrai-je vous écrire sans vous parler de la vie de compassion dans notre barrio, le cœur de notre mission. Et seulement après ces trois mois de présence, je peux vous le dire en toute honnêteté, la vie de compassion, c’est dur. Parfois je me dis qu’il aurait été tellement plus simple d’aller construire un orphelinat. C’est si gratifiant, si motivant de voir s’édifier notre projet, de pouvoir contempler les fruits de notre travail jour après jour. Dans notre mission avec Points-­Cœur, il s’agit de mettre l’autre au centre de sa vie, de se donner entièrement pour chacun, quelque soit la dureté de sa vie, des évènements qu’il nous partage et dans la totale incertitude où cela va nous mener. On peut parfois observer l’évolution du comportement de certains enfants, qui font trois pas en avant mais malheureusement dix en arrière la semaine suivante. Se réjouir de la confiance et de la joie de vivre de certaines mères malgré leur situation de vie difficile et le jour suivant s’attrister de voir leur désespoir devant la maladie de leur enfant. Nous sommes là, et notre cœur bat au rythme de celui de chacun : adulte comme enfant, mères, pères ou grands-­parents. Puis, à certains moments, tout s’arrête. Lorsque nous prenons conscience que l’instant que nous sommes en train de vivre est fabuleux. Je ne parle pas du genre de moment où nous réussissons à couper parfaitement un concombre, mais plutôt lorsque par exemple devant nous, nous pouvons voir avec émerveillement la joie de tous ces enfants, laissant les tracas de leur vie parfois si durs à porter pour faire une partie de foot et s’amuser tous ensemble. Ou bien lorsque nous pouvons admirer l’enthousiasme de Jésus, après avoir posé l’ultime pièce d’un puzzle qui durait depuis le début de la semaine. Un jeune de trente ans qui vit avec le syndrome de Down et sa courageuse maman la señora Yolanda. Ou encore lorsque nous pouvons écouter Tatou sur son lit d’hôpital, nous racontant avec entrain la douceur de ses petits déjeuners à l’hôpital national des enfants, le jour suivant son opération de purification du sang et d’extraction d’un caillot qui s’était logé tranquillement dans son unique rein fonctionnant mal depuis déjà tant d’années. La vie de compassion que nous avons choisie, aussi belle soit-­elle, n’est pas de tout repos, et c’est peu dire ! Il faut reconnaître qu’il nous arrive parfois d’être très fatigués, autant physiquement que moralement. Mais heureusement, la Providence a placé un certain nombre de bons Samaritains qui s’occupent si bien de nous, nous apaisent, nous chouchoutent et nous permettent parfois de recharger les batteries de notre cœur et de notre corps. Je pense à la Madre Yajaida, une Carmélite cloîtrée qui malgré la grille qui nous sépare m’organisa une cérémonie d’anniversaire incroyable. Je pense aussi à la famille Tang, qui nous accueille de tout leur cœur et comme des rois dans leur palace pendant notre jour de repos hebdomadaire. Et enfin à mon oncle Charles, qui organise pour moi des sorties de toutes les couleurs et me régale de ses pancakes chaque matin que nous pouvons passer ensemble. Tant d’attentions qui nous font tellement de bien ! J’ai baptisé ce phénomène, la chaîne de la compassion.

 

 

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Deux amies au Ciel : Claudia et Mirella

« Pouvoir se reposer sur la cœur d’un autre », est l’expérience forte qu’a fait Charlotte, au Point-Cœur de Barrios Altos alors que deux amies chères partent rejoindre le Père…

Mirella

Nous avons vécu deux départs particulièrement éprouvants. Claudia, une jeune maman de vingt-­six ans, est partie en une semaine au Ciel, suite à une brûlure au troisième degré qui s’est compliquée à l’hôpital. Nous avons cherché à la visiter mais, malgré la demande de Claudia de nous voir, l’unité de soin ne laissait entrer qu’une personne à la fois et son compagnon était présent en permanence. Grande amie du Point-Cœur depuis longtemps, abandonnée par ses parents, elle vivait avec son fils, José Antonio, et sa tante, Berta. Berta a beaucoup de tendresse pour José Antonio, elle s’en est toujours occupée du mieux qu’elle pouvait, malgré ses nombreux soucis de santé. Mais aujourd’hui, elle se sent bien seule. Presque chaque jour, elle nous appelle ou vient chez nous. Un lundi, nous sommes en réunion pour préparer la semaine et le camp des filles. Je suis particulièrement fatiguée alors, quand j’entends frapper à la porte, je me lève de mauvaise humeur avec l’envie de dire : « Je ne suis pas là ». La porte s’ouvre, je vois Berta et je soupire… Ne peut-­elle pas nous laisser un peu ? Nous avons tant de choses à organiser ! Mais Berta me dit : « Hola hermanita, je viens juste demander si je peux prendre une tisane chez vous ? » José Antonio est à côté d’elle. J’ouvre grand la porte. Rapidement, nous décidons de terminer la réunion l’après-­midi et nous venons entourer Berta. François joue avec José Antonio. Berta nous parle de Claudia, nous confie sa peine, son angoisse face à l’avenir, sa solitude. Au bout d’une heure, avec un petit sourire en coin, elle nous dit : « Bon, il faut que j’y aille, je passais rapidement, j’allais au marché en fait ! » Elle fait mine de se lever mais, finalement, continue de nous parler. Je comprends à quel point pour elle notre amitié est importante. Elle vient pour bien plus qu’une tisane. Elle a tant besoin de voir que nous sommes avec elle dans ce moment si difficile.

Après Claudia, c’est Mireilla qui a rejoint le Ciel à vingt-­neuf ans. Souffrant d’obésité depuis des années, elle ne pouvait plus se déplacer. Les volontaires venaient donc chez elle pour passer un bon moment avec les jeux qu’elle aimait. Un jour, elle a dû aller à l’hôpital, suite à une infection. Celle-­ci s’est généralisée à cause du mauvais suivi des médecins. Je n’ai visité que trois fois Mireilla, mais elle m’a beaucoup touchée par sa vie toute simple et son courage, sa capacité à faire des blagues, même à l’hôpital. Pendant ma dernière visite, avec Karla et Andrzej, nous l’avons vue souffrir terriblement. Selon les médecins, il n’y avait plus rien à faire. J’étais simplement là, lui tenant la main, caressant son front, mais, intérieurement, je bouillonnais. Comment ne pas se révolter contre ces médecins, contre les conditions de suivi de cet hôpital, contre cette mort si rapide ? Nous ne comprenons pas. Nous sommes impuissants. Face à ce mystère, plus que jamais, comme Marie au pied de la Croix, il nous faut rester au plus près de nos amis qui souffrent. C’est encore et toujours la présence qu’il nous est demandé de vivre. Présence auprès de la famille, présence autour du corps de Mireilla, pour prier le chapelet à leur demande, présence auprès de sa grand-­mère, si fragile, que ce départ a profondément affectée. Une présence toujours plus intense, profonde, attentive. C’est dans ce silence, cette douleur partagée, ces gestes et regards, ces paroles si simples, que le cœur peut se reposer sur le cœur d’un autre. Je vous les confie toutes les deux, Claudia et Mireilla, ainsi que leurs familles.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Charlotte C. Volontaire au Point-Coeur de Barrios Altos, Lima