L’heure où le cœur s’ouvre…

Sylvie, Shannon, Van et Marta. Le Point-Cœur de Sendai

Cinq ans de visite pour qu’un soir le cœur se confie. Au Point-Cœur du Japon, le temps a besoin de temps…

Comme vous le savez, plusieurs fois par mois, nous servons des repas aux sans-­abris de la ville de Sendai. Nous avons commencé à y participer dès notre arrivée au Japon. Cela fait donc cinq ans que nous y sommes fidèles et, petit à petit, une amitié est née avec plusieurs personnes, aussi bien volontaires que bénéficiaires. Je pense en particulier à notre ami Monsieur Atsuki (le nom a été modifié). Il parle espagnol et un peu anglais. Par sa posture et son désir de communiquer, nous avons tout de suite compris que c’est un homme éduqué et ouvert aux étrangers. Avec le temps nous avons appris qu’il est ingénieur spécialisé dans l’étude des écrevisses. Sa spécialité l’a fait voyager longtemps en Amérique du Sud, en particulier en Colombie, mais aussi au Mexique. Récemment, et pour la première fois nous l’avons invité (avec Shannon -volontaire- et un couple ami) au restaurant. Pour faire danser ses papilles gustatives (et les nôtres aussi, au passage) nous sommes allés dans un restaurant mexicain. Cela faisait plusieurs années qu’il n’avait pas mangé mexicain et, naturellement, avec l’aide d’un petit mojito, les souvenirs refont surface. Les histoires se croisent et ne finissent pas. C’est alors qu’il nous raconte que sa femme est Colombienne et qu’avec ses deux enfants, elle habite à New-­York… déchirement de ne pas être avec eux, de ne pas les voir grandir… d’être dans le besoin, ici, à Sendai. Que s’est-­‐il vraiment passé ? Nous n’en saurons pas plus pour l’instant. Cela fait cinq ans que nous nous connaissons, c’est une révélation pour nous. La soirée se finit autour d’une glace et d’un café, à nous raconter où trouver le meilleur thé Japonais, sa culture, sa récolte et comment le servir. Nous nous séparons sur le parvis du restaurant ne sachant pas si, ce soir, il retournera dans sa tente alors que la température est négative et le sol gelé après des chutes de neige… Chacun repart de son côté. Avec Shannon, nous voulons prendre le bus, comme il n’arrive que dans une demi-­heure et qu’il fait froid, nous commençons à marcher. Nous marchons plus d’une heure, sans vraiment nous en rendre compte, à partager nos émotions de la grandeur de notre mission et du mystère-­‐miracle qui vient juste d’avoir lieu… Mystère de l’amitié qui ouvre les cœurs et redonne courage et vie. Cette expérience fut, je pense et l’espère, toute aussi belle et profonde pour lui que pour nous ! Finalement le bus nous rattrape à deux stations de notre arrêt mais nous décidons de finir le trajet à pied, en priant le chapelet. Soirée mémorable et pleine de sens ! Comment notre simple présence redonne dignité, passion et vie.

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Sylvie M. En mission au Point-Cœur de Sendai

Madame Henmi a déménagé

Sylvie, du Point-Cœur de Sendai, visite régulièrement Mme Henmi qui a quitté son logement provisoire (kasetsu) pour un appartement, pour une autre solitude…

Sylvie, Mme Henmi et Kasia

Sylvie, Mme Henmi et Kasia

Voici quelques nouvelles de Mme Henmi, que je visitais tous les mois en maison provisoire après le tsunami. Maintenant elle a déménagé dans un petit appartement, mais se retrouve toute seule. La précarité s’est transformée en solitude. Il est 9h du matin. Nous venons de terminer une heure d’adoration. On m’appelle pour m’annoncer que le lieu où nous devions nous rendre aujourd’hui a été annulé. J’appelle de suite Mme Henmi, une vieille dame de quatre-­vingt-­sept ans, rencontrée il y a quatre ans dans une des maisons provisoires construites après le tsunami en 2011. Elle a maintenant déménagé dans un vrai appartement, il y a un an environ. Nous lui rendons régulièrement visite. Mais, comme elle oublie jusqu’à mon prénom, quand je l’appelle c’est toujours la première rencontre… Lorsque nous arrivons au parking, elle est déjà là, courbée en deux, à nous attendre appuyée sur sa canne. Dès le premier regard, tous les souvenirs lui reviennent ! Et nous parlons pendant des heures du bon temps en Kasetsu (maison provisoire en japonais), passant les pages de son album-­‐photo en se demandant ce que deviennent les uns les autres. Comme pour beaucoup, le détachement avec les autres membres a été difficile. Elle vit seule dans un nouvel appartement avec tout le nécessaire, pourtant… « Là-­bas on prenait soin les uns des autres, on ne se sentait pas seul. Ici, c’est tellement impersonnel.» La solitude : fléau de notre ère. Sa seule compagnie : la TV. Mais Mme Henmi a encore de la chance, une personne vient lui faire la cuisine trois fois par semaine, et son fils n’habite pas loin. Le temps passe vite, il est déjà 16h. Mme Henmi, qui oublie tout dans les 30 secondes, arrête la discussion pour regarder à travers la fenêtre : « Les corbeaux vont bientôt s’envoler pour rentrer chez eux, je les vois tous les jours à la même heure ». Et dans les cinq minutes, nous voyons quatre corbeaux qui prennent leur envol. « Comme la T.V. n’est pas toujours intéressante, je regarde les voitures passer pendant des heures tous les jours. » Il y a un an, lors de notre dernière rencontre en Kasetsu, Mme Henmi me disait oh combien elle m’aime, et me considère comme membre de sa famille. J’ai rencontré ma grand-­mère au Japon ! Mme Henmi est une femme pleine d’Amour, de respect, qui ne dit que du bien des autres. Après toutes les souffrances qu’elle a vécues, elle me dit comment accepter l’inacceptable, comment aimer ce qui nous est donné de vivre. Sur le chemin du retour, je me rends compte que ces heures passées avec elle ne sont pas « perdues », mais justement me rendent plus humaine, aimante et proche de Dieu.

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Sylvie M. Membre permanent de Points-Coeur, en mission au Point-Coeur du Japon

L’isolement des hikukkomori et le mystère de Noël

Auprès de ces jeunes qui s’isolent de la société, les hikukkomori, Bernard du Point-Cœur de Sendai, fait l’expérience de la force de la présence, de La Présence, du Mystère de Noël.

Bernard et un de ses amis

Bernard et un de ses amis

Au Japon où je fête cette année mon deuxième Noël, je continue à m’émerveiller des richesses de cette culture et de la qualité des amitiés que nous formons petit à petit. Nos amis nous disent souvent que les Japonais ne sont pas un peuple religieux. J’essaie tant bien que mal de comprendre ce qu’ils veulent dire et les raisons qui les poussent à le dire.

J’aimerais vous partager quelques pistes à l’aide de mes lectures et des échanges avec les uns ou les autres. Le Japonais respecte la religion, la sienne et celle des autres. Il n’estime pas facilement quiconque en dit du mal. Mais dans l’ensemble, il pense que la religion ne peut atteindre que l’approximation. Faute de pouvoir compter sur la vérité absolue, il s’est rabattu sur le concept d’utilité : il se préoccupe moins de la théorie elle-­même que de son influence sur la conduite de sa vie. De là, l’importance primordiale qu’il attache à la morale. Mais cet aspect peut être desséchant et les jeunes japonais d’aujourd’hui recherchent quelque chose d’autre, sans savoir quoi, ni comment l’exprimer. Certains se retirent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire années, sans en sortir. La société japonaise les appellent les hikukkomori. C’est un phénomène qui a pris de l’ampleur, néanmoins, tous les jeunes ne vont pas jusque-­là. Mais leurs questions restent au fond d’eux. Je ne vous ai pas encore parlé de Masaru, un Japonais de trente‐quatre ans avec qui j’ai déjà parlé pendant plusieurs heures de cela. Nous avons parlé de l’amitié, du sens de la vie, du travail, de la famille… Et lui de me dire à la fin de nos conversations : « Nous ne parlons jamais de ces choses là… » Et le silence qui a suivi m’habite encore. Comment peut-­on vivre ainsi ? A l’inverse, avec Norihissa (vingt-­deux ans), nos rencontres étaient plutôt silencieuses. Nous l’avons rejoint pendant près de deux ans dans sa solitude silencieuse dont il ne sortait que rarement. Une façon de se mettre en retrait de cette société qui ne lui donnait pas le sens de la vie. Notre amitié a été pour lui l’occasion de TOUCHER du doigt une possibilité de sens plus grand que celui que lui proposait la société. Et dans le silence, il s’est mis à sortir de sa solitude, à venir nous visiter à son tour. Et enfin, à l’issue d’une messe à laquelle il nous avait accompagné, il a exprimé son désir d’être baptisé. Et depuis, c’est comme s’il sortait d’un chaos intérieur et qu’il commençait à goûter la vie. Miracle qui nous étonne encore aujourd’hui. Le voir rire et sourire, nous proposer sans cesse son aide nous remplit de joie car nous le voyons debout et libre. Il sera baptisé dans trois mois et participera aussi aux Journées mondiales de la jeunesse qui auront lieu en Pologne bientôt. Une façon pour lui de continuer à toucher la réalité qu’il vient de découvrir et sur laquelle il met peu à peu des mots. Les Japonais ont un grand sens du devoir et de la fidélité. Mais cette fidélité s’est exprimée pendant des siècles essentiellement envers une personne concrète et incarnée, l’empereur, le seigneur féodal par exemple ou à une époque plus récente le supérieur hiérarchique. Et cela pouvait aller jusqu’au don de sa propre vie. Quant au Mystère de Dieu, s’il est respecté, il semble caché derrière un voile qui semble impénétrable, un voile dont Confucius lui-­même conseillait de rester à distance. Les systèmes métaphysiques et philosophiques eux-­mêmes n’ont de valeur qu’en tant qu’ils sont à même d’exercer une réelle influence sur leur vie journalière. Les rencontres que nous faisons provoquent souvent une certaine curiosité, une attirance vers notre vie. C’est comme si à travers nous, le Mystère de Dieu que nous essayons tant bien que mal de vivre, devenait quelque chose de concret, possibilité d’expérience et de vérification. N’est-­ce pas finalement le mystère de Noël ? Dieu qui se fait proche au point de pouvoir être vu, touché, qui accompagne notre destin… Mystère bien grand et que j’aimerai tellement pouvoir partager davantage.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Bernard L. Membre permanent de Points-Cœur

Au Japon, le 11 mars 2011 n’est pas fini

« Ano Hi – ce jour-là » a tranché le temps en deux, l’avant et l’après Tsunami. Marie nous présente Chi, une amie du Point-Cœur de Sendai qui est rescapée de ce jour-là.

Marie-Chi

Marie, sa maman, Chi et son amie

Pardonnez-moi d’aborder un thème si triste, mais il m’a profondément marquée et je voudrais vous témoigner de ce que j’ai vu et entendu. En effet, le 11 mars 2011 fait partie des jours que je ne pourrai jamais oublier. […]Un tremblement de terre gigantesque, un tsunami dévastateur… Mais, à ce moment-là, j’étais loin de la réalité. Depuis que je suis au Japon pour ma mission à Sendai, j’ai eu maintes fois l’occasion de me rendre sur les lieux touchés par ce désastre. J’ai tout d’abord été choquée par mon ignorance ; je n’avais jamais pensé combien était grande l’ampleur des dégâts. Ce sont des centaines et des centaines de kilomètres de côtes qui ont été touchées, des villes entièrement rasées, et surtout trop de vies anéanties, y compris pour les survivants. J’ai bien conscience que vous ayez déjà vu, entendu ou lu tout ça, mais il me semble important de le rappeler.
Beaucoup de mes amis qui ont été touchés de près par le tsunami m’ont dit de ne pas oublier. Et surtout de vous raconter, à vous, à mes proches, aux Français…

Au Japon, le 11 mars 2011 n’est pas fini. Il y a une quinzaine de jours, ma mère est venue à Sendai pour une semaine afin de voir ma mission, la communauté et mes amis. Nous avons passé deux jours avec ma fameuse « maman japonaise », Chie. Je lui ai demandé si elle pouvait nous emmener sur un lieu touché par le tsunami. Ce moment-­là restera gravé en moi, et je pense pouvoir dire que ma mère est du même avis ! Nous avons eu d’incroyables discussions avec Chie, sur des sujets existentiels et durs. Elle nous a amenées à Onagawa, une ville près d’Ishinomaki (lieu où elle vit) qui a été complètement détruite. Nous sommes allés sur une colline pour avoir une vue d’ensemble, et bien que nous étions à vingt mètres d’altitude, le message suivant avait été gravé par des enfants sur un mémorial : « Si jamais le tsunami revient, ne vous arrêtez pas ici et montez plus haut encore ». Chie me disait que pour les Japonais, le 11 mars 2011 tranche le temps en deux, par un « avant » et un « après ». Lorsque quelqu’un dit « Ano Hi.. » — ce qui signifie « ce jour-­là » — tout le monde sait bien sûr de quel jour il s’agit. Cette date est comme marquée au fer rouge dans les mémoires de tous les Japonais du nord. Chie, qui heureusement ce jour-­là était à son lieu de travail situé loin de la mer, nous a affirmé qu’elle n’était jamais retournée à son ancien quartier et n’a pas cherché à savoir ce qu’il restait de sa maison. En effet, tous ses voisins sont décédés. Elle qui auparavant adorait la mer ne peut plus la voir sans penser aux personnes perdues. Après le tsunami, l’eau ne s’est pas retirée d’un seul coup et pour les Japonais qui sont très sensibles aux croyances, Chie me disait que cette eau stagnante et en feu semblait grouiller de démons. Les corbeaux également, qui rodaient par centaines au-­dessus des eaux, semblaient être les Shinigami (« dieux de la mort ») venus récupérer les âmes. Moi qui connais ces histoires d’esprits et de dieux grâce aux mangas, je suis toujours très étonnée de voir à quel point cette culture est ancrée dans le cœur du Japon. Même un scientifique vous dira de ne pas couper vos ongles au coucher du soleil, car cela pourrait attirer les esprits mauvais. Mais même si le 11 mars 2011 fut funeste en majeure partie, beaucoup de mes amis m’ont également dit qu’il avait fait mûrir et progresser le Japon. Les gens s’ouvrent les uns aux autres, la femme n’est plus critiquée lorsqu’elle est célibataire parce que l’on pense qu’elle est divorcée ; on sait que la vie est dure pour tous, et on s’entraide du mieux que l’on peut. Les mentalités changent donc, les cœurs se rassemblent, et c’est très beau de voir un Japonais qui n’a jamais confié ses sentiments à personne nous raconter ses petites péripéties quotidiennes et ses émotions du jour. Avec Chie, une de ses amies et ma mère, nous avons parlé de nos croyances, de Dieu, des rêves et des espoirs, de nos familles, des personnes qui nous sont chères, nous nous sommes montrées des photos, faites des promesses… Lors de ce séjour, ma mère a été très touchée par toutes ces rencontres. Elle qui pensait les Japonais sérieux, m’a avoué être très étonnée par ce peuple de rieurs. Je suis vraiment heureuse d’avoir pu montrer ce pays et cette civilisation que j’aime tant.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marie R. Volontaire en mission au Japon

Nature et spiritualité au Japon

 Marie est au Point-Cœur de Sendai depuis quelques mois, elle y découvre la beauté de la nature et le cœur des japonais.

Marie au Japon

Marie au Japon

 

Cette nature, qui m’attire tant depuis l’enfance, a une place très importante au Japon. On répète souvent que les Japonais sont très proches de celle-ci. Mais on ne se représente pas assez à quel point ! Penseriez-vous à mettre une rangée de petites fleurs sur la fine épaisseur d’un mur préfabriqué qui entoure un site de construction ? Lorsque vous offrez des fleurs, pensez-vous à l’orientation de telle feuille qui signifie tel sens, qui exprime tel sentiment ?
J’ai rejoint, ce mois-­ci, l’apostolat de Stéphanie. Nous travaillons tous les jeudi matin avec d’autres volontaires japonaises dans un hôpital, dont les patients sont pour la plupart mourants. Nous faisons de l’Ikebana, l’art des fleurs, à l’intention de ces personnes et de leur famille. Cette nature va de pair avec la spiritualité dans ce pays. Les temples shintoïstes et bouddhistes sont partout présents, que ce soit en ville, à chaque coin de rue ou en campagne, avec leurs vieilles pierres tombales et leurs encens entêtants. On a beau dire que les Japonais ne sont pas croyants, j’ai beau savoir que leurs prières sont la plupart du temps superstitions… Mais que dire lorsque je vois à toute heure de la journée une présence continue auprès des dieux japonais ? J’ai été notamment très émue le jour de l’An. C’est un évènement très important pour les familles japonaises, qui apporte toute sa symbolique de renouveau. Nous nous sommes rendus, Aurore, Père Paul et moi aux temples de KitaSendai (Sendai-Nord). Ce jour-là, il neigeait beaucoup. Mais cela n’a pas pour autant empêché les Japonais de venir par centaines au temple pour confier leur prière au dieu concerné. Nous avons vu une file d’au moins deux heures d’attente. Des amis, des familles, des gens seuls, des couples, qui attendaient sagement dans le froid pour sonner les cloches shintoïstes. Ils piochaient ensuite les Omikuji (loterie sacrée, divinations écrites sur des bandes de papier), et même si pour certains, ça n’avait l’air que d’un jeu, on pouvait voir sur leur visage à quel point c’était important, à quel point ça touchait leur vie.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marie R. Volontaire en mission au Japon

Des cours de cuisine qui redonnent le goût de vivre

Cours de Cuisine 6

Cours de cuisine à Ishinomaki

 

A Ishinomaki, ville située à une heure de Sendai où est le Point-Cœur, Sylvie a commencé à donner des cours de cuisine qui sont attendus avec impatience !

Cette ville a été particulièrement touchée par le tsunami du 11 mars 2011 et nombreux sont les gens qui se sont exilés depuis longtemps. Pour ceux qui restent, la vie est dure avec tous les jours ce même paysage vide devant les yeux et, pour beaucoup, des membres chers disparus. J’ai donc commencé à donner des cours de cuisine à ces femmes. Nous avons tout organisé avec Chiru, mon amie présentée par Aiyako. Elle a rassemblé plus d’une vingtaine de personnes… Pour la plupart des jeunes femmes. Ce fut un très bon moyen d’entrer en contact avec elles. Depuis, notre groupe a grandi. J’en suis à mon troisième cours avec une cinquantaine d’élèves qui viennent fidèlement. Oh ! Ne vous inquiétez pas ! Nous avons à chaque fois deux cours de vingt-­cinq personnes. Je ne sais pas si l’on peut vraiment appeler cela un cours, en tous les cas, ce n’est pas un cours très académique… Nous cuisinons ensemble puis mangeons et je leur parle un peu français avec quelques airs d’accordéon. Le but est de passer un bon moment ensemble et d’apprendre à nous connaître. Nous avons le temps d’échanger des nouvelles et je revois régulièrement plusieurs d’entre elles avec leurs enfants. La semaine prochaine, Kim (maman avec un enfant), Abbab (maman avec un enfant) ainsi que Chiru et sûrement quelques autres personnes viendront déjeuner à la maison. Abbab est une jeune maman (elle a environ mon âge) qui vit seule avec son enfant de quatre ans et demi. Son mari et son enfant plus âgé ont été emportés avec leur maison par le tsunami. Abbab avait fui peu de temps avant eux avec son enfant nouveau-­né au moment des faits. La vie de cette jeune femme a tout à coup complètement basculé. Elle a vécu un temps dans une  maison provisoire ne parlant à personne durant un an. Maintenant, elle se bat pour son plus jeune fils plein de vie mais qui, comme on peut l’imaginer, souffre d’un traumatisme énorme… Abbab m’a confié la dernière fois que de temps en temps, elle prend la voiture avec son fils et roule sur des kilomètres juste pour partir loin de tout… cela ne la gêne pas de faire quatre heures de route juste pour être loin et oublier. Kim a écrit quelques lignes au sujet de notre rencontre et des cours de cuisine. Voici une petite traduction. (Vous pouvez trouver la version originale (en japonais) sur notre blog (http//kokoronominato.blogspot.jp) : « J’ai rencontré Sylvie la première fois par hasard lors d’un festival français à Ishinomaki. Je n’avais encore jamais parlé à une étrangère (une personne non japonaise) et j’avais, je l’avoue, un peu peur. Mais voyant Sylvie souriante, parlant japonais, je me suis rassurée moi qui ne sais pas un mot d’anglais. J’ai alors assisté à tous les cours de cuisine. Nous avons fait des quiches, de la salade, de la vinaigrette, des gâteaux, etc. Nous les avons mangés ensemble et avons passé un bon moment avec Aurore aussi. Comme j’aurais voulu que le temps s’arrête à ce moment là… C’est ainsi que j’ai rencontré Points-Cœur et su ce qu’ils sont et font. C’est magnifique de savoir que des gens sont là pour s’occuper des personnes et vivre la compassion auprès de nous. J’aimerais avoir leur sourire, leur cœur… mais après le tsunami beaucoup de choses ont changé. Nous avons perdu beaucoup de personnes chères, beaucoup de biens… Mais voyant le sourire des gens de Points-Cœur, cela nous donne à nouveau envie de sourire à la vie… J’espère qu’ils vont rester parmi nous encore longtemps. J’attends le prochain cours de cuisine avec impatience. A bientôt. »

 

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Sylvie M. Membre permanente de Points-Cœur

Visite de parents au Japon

Après une année de mission au Japon, Stéphanie a reçu la visite de ses parents. A leur retour, ils témoignent de ces « vacances » pas comme les autres :

Stéphanie

Stéphanie

Ce n’est pas sans une grande émotion qu’après vingt heures de voyage, nous retrouvons enfin Stéphanie à l’aéroport de Tokyo. Et les quatorze mois de séparation s’effacent bien rapidement… Dire que le Japon est une destination que nous aurions choisie pour un voyage d’agrément serait inexact ! La distance, la langue, la culture différente, les tremblements de terre si fréquents ne nous engageaient pas à mettre ce pays dans la liste des contrées à visiter prioritairement. Nos «a priori» ont été bouleversés par ce que nous avons vécu pendant ces quinze jours : des gens attachants, gentils et attentionnés, cherchant à répondre à nos moindres besoins. Au cours de notre périple, nous avons eu la surprise de découvrir de nombreuses références à notre pays : culture, musique, écrivains, art culinaire, luxe, etc. Les références à la France sont saisissantes et pratiquement quotidiennes. Pour la première partie du séjour, nous avons été accueillis par la communauté du Point-Cœur de Sendai : Sylvie, Aurore, Bernard, Marie et leurs nombreux amis. Les sœurs avaient mis à notre disposition une petite maison traditionnelle japonaise. Un matin, nous avons été présentés à la communauté catholique au cours de la messe (tout en japonais !). Quels ne furent pas notre étonnement et notre amusement de voir toute l’assemblée (une cinquantaine de personnes dont une vingtaine de religieuses) riant à l’homélie du prêtre… nous qui pensions que les Japonais n’exprimaient pas leurs émotions !

Le programme organisé par Stéphanie et la communauté du Point-Cœur nous a permis de suivre les apostolats : repas aux sans-abris, visites auprès de personnes âgées, présence auprès des victimes du tremblement de terre et du tsunami. À ces différentes occasions, nous avons pu mesurer combien la maîtrise de la langue est essentielle pour pouvoir échanger, raconter des évènements, blaguer, et au détour d’une discussion, partager sur l’essentiel du sens de la vie. Les volontaires Points-Cœur ne sont pas d’abord présents au titre d’un savoir-faire technique mais avant tout pour leur qualité d’écoute et de bienveillance. Et c’est bien ce que nous avons retrouvé au cours des rencontres.

De retour en France, il nous reste beaucoup de moments forts en mémoire. Parmi eux, nous nous rappelons particulièrement ce repas pris avec les habitants des kasetsu (personnes relogées provisoirement suite au tsunami). Avec simplicité, délicatesse et une grande pudeur, ils nous ont permis d’entrevoir le traumatisme encore bien présent de la vague qui a tout emporté : leur famille, leurs voisins, leur univers, leur travail… Et aussi la culpabilité de faire partie des vivants… Ils nous ont rapporté combien la présence des volontaires étrangers venant donner quelques mois pour eux les avait d’abord étonnés, et les aide aujourd’hui à donner du sens à leur quotidien. C’est une grande leçon d’humanité que nous avons reçue.

Merci à tous ceux qui s’engagent et qui témoignent très concrètement de leur attachement à la personne humaine.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

M. et Mme R. parents de Stéphanie, volontaire en mission au Japon

« Notre mission n’est pas d’abord de donner mais de recevoir »

Bernard, en mission au Point-Cœur de Sendai au Japon, découvre la communauté catholique japonaise :

Sylvie et Bernard avec l'évêque de Sendai, Japon

Sylvie et Bernard avec l’évêque de Sendai, Japon

Au Japon, pays de 127 millions d’habitants, connu surtout pour son développement industriel, ses performances techniques, ses mangas et ses sushis, ses samouraïs et ses particularismes culturels, sait-on qu’il y a une communauté catholique ? Aujourd’hui, l’Église qui est au Japon compte non seulement 500 000 catholiques japonais mais depuis 2004 autant, sinon plus, de catholiques « venus d’ailleurs » principalement d’Amérique Latine et des Philippines.

La culture japonaise a été formée sous les influences du bouddhisme, du confucianisme et du shintoïsme. Ce sont des religions polythéistes qui ne possèdent pas la notion de Dieu Tout‐Puissant ni l’idée de la transcendance de l’Être absolu. Elles ont favorisé le développement de l’esprit de groupe et de l’harmonie, et le sens du pragmatisme. Elles n’ont pas agi pour favoriser l’affirmation de soi et la notion de droit.

Fondée en 1549 par le jésuite Saint François Xavier, la communauté chrétienne japonaise a traversé courageusement 250 ans de persécutions sévères entre 1614 et 1865. La foi a été transmise en secret dans les familles de génération en génération sans prêtre, sans église et sans soutien extérieur. A partir de l’arrivée de Saint Francois‐Xavier au XVIème siècle, de nombreux missionnaires, principalement des jésuites portugais, avaient bénéficié des transports de marchandises pour venir établir des missions chrétiennes sur cette île. La vie matérielle et la culture y étaient alors si dures, que la bonté des missionnaires chrétiens y eut l’effet d’une rivière au milieu du désert.

Après une décennie de présence chrétienne, les registres officiels font déjà état de deux cents à quatre cents mille chrétiens au Japon. Mais bientôt le vent devait tourner. Les relations entre le Portugal et le Japon se détériorent, et le christianisme fait figure, aux yeux des autorités japonaises, d’instrument de domination manipulé par le gouvernement portugais. Un édit est promulgué qui interdit la présence chrétienne.

Les violentes persécutions qui suivirent éradiquèrent du pays toute présence missionnaire (dont les fameux « Paul Miki et ses compagnons », crucifiés à Nagazaki), et toute trace chrétienne dans le peuple japonais. Du moins était‐ce ce que l’on croyait alors. Au début de l’ère Meiji (fin XIXème siècle), le Japon ouvrit à nouveau ses frontières et, pour la première fois depuis longtemps, des missionnaires purent venir s’établir au Japon (de façon encore tout à fait cachée).

Quelle ne fut pas la surprise d’un de ces missionnaires lorsqu’un soir il trouva rassemblé devant sa maison un groupe de Japonais. D’abord il eut peur que ce soit la police venue l’arrêter, mais bientôt l’un d’eux sort du groupe, s’approche de lui et lui dit : « Votre coeur est notre coeur. » Des chrétiens s’étaient transmis la foi pendant plus de deux siècles, et ils venaient saluer le premier retour d’un prêtre sur leur terre.

Dimanche dernier, j’avais avec moi près de 600 descendants de cette communauté rassemblés autour de notre évêque, un homme simple et bon, un vrai père, attentif et accessible. Le thème crucial pour cette communauté vieillissante est la transmission de la foi auprès des enfants. En effet, il est difficile de lutter contre la dilution de la foi lorsqu’une communauté ne forme qu’1% de la population totale d’un pays.

Notre mission au Japon, à mon sens, n’est pas d’abord de « donner » mais de recevoir. Recevoir tout ce que cette culture a de grand, de beau et d’unique. Le recevoir avec joie et émerveillement car ici, comme ailleurs, « l’Eglise ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction » (Pape François). Nous portons de fait une différence, culturelle bien sûr, mais également une proposition qui peut bouleverser les coeurs.

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Bernard Lemarié Membre Permanent de Points-Cœur au Japon