« Avec nos amis, je suis à l’école »

« En deux mois – au Point-Cœur de Naples – j’ai appris beaucoup de choses » : Voilà ce que décline Elisabeth dans cette lettre, nous entraînant dans sa mission et ses rencontres.

Communauté Afragola

Agnese, Mathilde, Elisabeth, Vicky, Cesare, Benoît : la communauté d’Afragola

Deux mois sont passés depuis ma dernière lettre… Et en deux mois, j’ai eu le temps de faire quelques progrès ! Mon italien est désormais bien meilleur qu’au début (bien que pas encore tout à fait parfait… « piano, piano » comme diraient nos amis !) Je peux quand même mener une discussion tout à fait correctement ! Et c’est le principal pour l’instant, il me semble. Je sais dire quelques mots en napolitain et connais les expressions les plus utilisées. J’arrive maintenant à me repérer dans notre quartier et plus généralement dans Afragola, je sais à peu près où habite chacun de nos amis… J’apprends tous les jours un peu plus à rentrer dans la profondeur et la richesse de la langue italienne et de la culture napolitaine. En l’espace de deux mois, j’ai donc déjà appris de nombreuses choses ! Tous les jours, j’ai véritablement l’impression d’être à l’école, diverse et plus passionnante que celle où j’ai passé plus des trois quarts de mon existence avant d’arriver ici. Avec nos amis du quartier, je suis à l’école de la présence fidèle, l’école de l’écoute véritable et de l’attention à l’autre. Je suis aussi à l’école des joies simples. Avec ma communauté, je suis à l’école du respect et du dépassement de soi, à l’école de l’amour fraternel, à la grande école de l’humilité. Avec la prière qui rythme nos journées, je suis à l’école du Christ et de ses enseignements fondamentaux. J’apprends à prier, à lire la bible, à me mettre doucement à l’écoute de notre Dieu, que je découvre infiniment Père et infiniment aimant. Peu à peu, les amis du Point-Cœur d’Afragola, amitiés forgées au fil des années avec les anciens volontaires, deviennent mes propres amitiés. C’est très beau de vivre cela. Je me rends compte au fil des jours que les personnes que nous prenons l’habitude de voir régulièrement, commencent à habiter profondément mon cœur. Pour cette raison, j’aimerais pouvoir vous parler de nos amis un par un… vous raconter chacune de leur vie, chacune de leurs joies et chacune de leurs peines. Malheureusement, faute de place et de temps, je suis obligée de sélectionner quelques visages et quelques histoires, mais sachez bien que ce ne sont que de petites étincelles de vie des personnes avec lesquelles nous vivons ici.

Un lieu dont je voudrais vous parler plus longuement est l’hôpital de Cardito. Tous les mercredis, je me rends donc avec Mathilde et Benoît dans cet hôpital psychiatrique, où vivent une trentaine de patients, tous atteints d’une maladie psychologique, d’un handicap physique ou les deux. Maintenant, je connais bien mieux chacun d’entre eux et une vraie amitié se crée au fur et à mesure. Chaque mercredi, je me laisse surprendre par les uns et les autres, car chaque visite est différente. A chaque fois, nous redécouvrons nos amis, Loredana, Gaetano, Carmela, Daniela… et à chaque fois, nous sommes appelés à les aimer encore plus. Chez Carmela, septembre Je voudrais vous parler plus spécialement de Brigitte. Cette femme d’une cinquantaine d’années est atteinte de psychose. Sa maladie s’est révélée lorsque son mari est parti du jour au lendemain, après trente ans de vie commune. Elle ne s’en est jamais remise. Elle est née en France, à Saint Denis et y a vécu les premières années de sa vie. Elle parle donc parfaitement bien le français, avec un accent impeccable ! Elle est toujours ravie de nous voir et aime échanger quelques mots avec nous en français. Elle est aussi très souvent accompagnée de Luigi, vingt-huit ans. Malgré son âge, Luigi est resté un petit enfant. Lui aussi est atteint de psychose. Il nous salue à chaque fois qu’il nous voit. Il est débordant d’affection et me fait penser à un gros nounours ! Cela me fait toujours énormément chaud au cœur de les saluer simplement, de leur demander comment ils vont, de rentrer dans le mystère de leur vie et de leur maladie. Les moments que nous passons ensemble sont d’une grande simplicité et sont parfois bien brefs, mais nous ramènent à chaque fois à l’essentiel de notre mission : être là pour l’autre, simplement. J’aimerais aussi vous parler de Daniela, cette Roumaine aux yeux bleu azur, qui ne cesse de m’impressionner. J’essaie de discuter un peu avec elle à chaque visite. J’aime l’entendre me raconter ce qu’elle a fait pendant la semaine : cuisine, activités manuelles… La dernière fois, elle était en train de tricoter une écharpe. Elle est toujours accompagnée de Carmela, arrivée depuis peu à l’hôpital, et qui est désormais sa grande amie. Un jour, Daniela et Carmela nous ont dit qu’elles avaient de la chance d’être à l’hôpital car au moins, elles ne dormaient pas dehors. La profondeur de leurs paroles et leur humilité m’ont réellement touchée en plein cœur. Finalement, je découvre que l’hôpital de Cardito, qui était pour moi avant tout un lieu de grande souffrance est aussi un lieu de vraie joie et de vrai amour. C’est aussi très beau de voir les liens d’amitiés remplis d’amour fraternel que nos amis ont entre eux. Ils s’entraident, discutent, jouent ensemble. Ils continuent de vivre et d’être humain malgré tout et contre tout ! Magnifiques exemples de vie.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Elisabeth A. Volontaire au Points-Cœur de Naples

Carmela, Vincenzo, Pasqual et Patrizia

Elisabeth découvre la famille de Carmela lors de sa première visite dans la quartier d’Afragola.

"Carmela" photo Jean-Marie Porté©puntocuore.it

« Carmela » photo Jean-Marie Porté©puntocuore.it

Carmela est une petite fille de neuf ans qui habite juste à côté de l’église de notre paroisse avec ses parents, ses deux petits frères, Pasqual et Vincenzo et sa petite sœur, Patrizia. C’est chez elle que j’ai fait, avec Mathilde, ma toute première visite, le lendemain même de mon arrivée. Nous devions alors passer chez Carmela afin de l’emmener chez nous pour le déjeuner. Nous sommes restées une bonne demi-heure, accueillies par le sourire de Giovanna, sa maman, très heureuse de nous voir. Mathilde discute avec Giovanna pendant que je joue avec les petits… Je suis étonnée de voir à quel point leur énergie déborde ! Vincenzo, le plus petit, est une véritable pile sur patte… Ça réveille ! Mathilde m’explique ensuite que leur situation familiale est compliquée, le papa est peu présent et boit, la maman est pleine d’amour mais débordée… Et ils n’ont pas beaucoup d’argent. L’accueil est pourtant si simple, et la joie est là, à travers le sourire de Carmela et l’énergie de ses frères. Carmela est très attachée aux volontaires et aux consacrés de Points-­Cœur. C’est en fait elle qui nous a menés jusqu’à sa famille, car c’est elle que les volontaires ont rencontrée en premier au début de cette année, car cette enfant est toujours dans l’église Notre-­Dame‐du-­Rosaire, l’église de notre paroisse. C’est une très jolie petite fille rayonnante, d’une sensibilité incroyable et en plus de cela, a le répondant des Napolitaines. Nous la retrouvons presque tous les jours pour les vêpres, la messe, ou pour prier le chapelet… Elle assiste quasiment à toutes les messes en semaine. Pour moi, elle est un véritable petit ange, une étincelle de Dieu. Sa présence et son sourire font désormais partis du décor de la paroisse. Dès qu’elle nous voit arriver, elle éclate de rire… Pour les trois ans de sa petite sœur, Patrizia, nous nous sommes rendues chez elle, Agnès, Mathilde et moi, avec un gâteau et des bougies. Lorsque nous mangions le gâteau, Giovanna, sa maman, a reçu un appel sur son téléphone. Quelques minutes plus tard, elle fondit en larmes… Sa situation financière était alors délicate. Plus que jamais, à ce moment-­là, nous étions présentes. Mathilde tentait de la consoler, Agnès jouait avec Carmela, Vincenzo et Pasqual, tandis que j’avais la petite Patrizia sur les genoux, qui jouait tranquillement avec mon chapelet. Dieu était vraiment là, parmi nous, consolant par notre intermédiaire, cette mère de famille blessée et découragée, ainsi que ses quatre enfants. Ce jour-là, j’ai compris que notre place est précisément au pied de la croix, des douleurs, des personnes qui nous sont confiées.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Elisabeth A. Volontaire au Point-Cœur de Naples

Maria est partie en paix…

Mathilde, au Point-Cœur de Naples, a connu Maria luttant contre la maladie. Avec sa famille, elle a pleuré son décès, ensemble ils espèrent.

CommunauteAfragola201509

La communauté du Point-Cœur d’Afragola : Elisabeth, Mathilde, Viky et Agneska

Une rencontre a particulièrement marqué mes dernières semaines, celle avec Maria. Maria est mariée à Giuseppe. Ensemble, ils ont eu trois enfants de trois à onze ans. Je l’ai connue il y a environ deux mois. Atteinte d’un cancer, elle était dans sa chambre, sur son lit toute la journée. Cela faisait des mois que ce qui était un cancer du sein s’est généralisé. La première fois que je l’ai vue, elle semblait perdre la foi, l’espérance, elle qui auparavant priait plusieurs chapelets par jour, faisait passer parfois les groupes de prières avant sa famille. Elle ne comprenait pas. Son état s’est fortement dégradé ces derniers temps. Elle ne pouvait plus bouger, se lever, avait des difficultés pour parler, manger, boire… On voyait toute la souffrance sur son visage, dans ses yeux, dans sa voix, et pourtant, bien entourée par sa famille, sa sœur Rosa, sa maman Rachele, son mari, elle luttait chaque jour un peu plus. La dernière fois que je l’ai vue, elle se permettait même un peu d’humour et d’ironie à son égard. Et puis un soir, tard, on nous appelle. Maria est morte. Ce vendredi 10 septembre, elle a finit de souffrir. On se rend chez elle, il y a déjà plein de monde. Père Jean-Marie propose de prier autour d’elle, Rosa répond : « Et comment ! Et comment on peut prier !! ». On prie les vêpres et ensuite un chapelet. Les gens pleurent. Des messages d’espérance surgissent de l’assemblée. Plus que jamais, on est comme la Vierge au pied de la Croix. La maman de Maria est anéantie, elle qui avait déjà perdu une fille des suites d’une longue maladie, elle en perd à présent une deuxième. Elle demande à Dieu de lui donner la force maintenant. On reste en silence avec sa famille, ses amis, on regarde les photos de Maria un peu partout dans la pièce. Comme elle était belle. Je ne suis pas sûre de la reconnaître, moi qui l’ai seulement connue malade. Je voulais tous les prendre dans mes bras, leur dire combien je les aime, et surtout Rosa… cet exemple de présence humble, gratuite et discrète. Père Jean-Marie disait à sa maman qui espérait un miracle jusqu’au bout : « Maintenant le plus grand miracle qui puisse arriver c’est qu’elle puisse s’en aller en paix ». Et je crois que c’est ce qui s’est passé. Elle a pu dire au revoir à ses enfants, son mari, sa maman, sa sœur, et comme nous a dit Rosa le soir même de sa mort : « Avec tout ce qu’elle a souffert, je suis sûr d’une chose c’est que Dieu l’a accueillie avec les bras grands ouverts ». J’ai entendu que le plus souvent ce sont les pauvres qui nous consolent, et la foi et l’espérance de cette famille m’ont consolée.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Mathilde G. Volontaire au Point-Cœur de Naples

Premiers regards sur Afragola

 Mathilde découvre son nouveau quartier d’Afragola où est le Point-Cœur Don Bosco. Entrons avec elle dans les ruelles colorées et chez ses nouveaux amis où elle découvre le prix d’un simple sourire.

Mathilde G.

Mathilde et Lucie du Point-Cœur don Bosco ©JM.Porté

 

Me voici arrivée à Afragola depuis bientôt deux semaines. Je ne suis pas très loin de la France et pourtant, le dépaysement est total ! Depuis que je suis là, le soleil est de la partie et je profite de la vie afragolaise dans toute sa splendeur ! Notre quartier me plaît énormément. Chaque matin, nous assistons à un véritable spectacle : les voitures qui klaxonnent pour signifier qu’elles sont là, celles avec un microphone pour la publicité, les femmes napolitaines qui font leur ménage tous les matins avec la musique à fond, les passants, les enfants qui crient dans la rue… Il y a de l’ambiance en tout cas ! Il m’est difficile de tout vous raconter car il s’est passé déjà tellement de choses ! Je vais donc avec cette première lettre, essayer de vous plonger dans ma nouvelle vie à Afragola. Notre communauté est internationale. Elle est composée de Vicky, laïque consacrée Argentine à Afragola depuis environ quatre ans, Pavel et Maria, deux Roumains, et Lucia qui est Française. J’ai été très touchée par le bel accueil que m’a fait ma communauté. Ils sont tous très attentionnés. Et c’est beau de voir comment chacun, avec sa personnalité, ajoute sa pierre à l’édifice ! Une journée type se déroule ainsi : 8h : Les laudes en communauté, dans notre petite chapelle, suivi d’un moment de lecture personnelle. 8h50 : Petit-­déjeuner en communauté. Ensuite, le reste de la matinée est assez libre, dans le sens où chacun fait ce qu’il y a à faire. Nous nous relayons pendant ce temps pour l’adoration, et les autres s’occupent soit du ménage, du linge, des personnes qui viennent sonner pour prendre le café, pour parler… C’est aussi le moment où je peux travailler mon italien ! Essentiel en ce début de mission ! 13h30 : Déjeuner en communauté, suivi de la sieste à laquelle ne dérogent pas les Napolitains. Nous allons ensuite visiter nos voisins, ceux qui, nous semble-­t-‐il, en ont le plus besoin. Aussi, depuis deux semaines, je ne suis quasiment pas retournée voir deux fois les mêmes personnes ! C’est assez incroyable ! Nous visitons des personnes âgées, isolées, en difficulté, ou qui ont tout simplement besoin de présence, d’amitié. Nous terminons la journée avec la messe à la paroisse. Nous avons beaucoup de chance, elle est tout à côté et est tenue par des prêtres de Points-Cœur. Nous essayons ensuite de faire une ou deux visites, et retournons chez nous pour les vêpres, le repas, et finir la soirée en communauté. C’est une journée type qui ne l’est jamais vraiment ! Il faut conjuguer avec les nombreuses invitations à déjeuner, à dîner, à prier le chapelet, les sorties improvisées, quelques apostolats particuliers (comme la visite chaque semaine de l’hôpital psychiatrique de Cardito, des après-midis avec les Sœurs de Mère Teresa…).  J’ai découvert au travers de nos visites, les petites ruelles afragolaises, les balcons avec le linge toujours étendu aux fenêtres, les maisons très colorées. Lors de ces visites, j’apprends pour l’instant l’humilité et la patience, parce que pour l’instant je ne comprends pas toujours ce qui se dit, ce qui se passe, surtout quand ils parlent en napolitain ! Mais les Afragolais sont très accueillants, attentionnés, généreux. Ils n’hésitent pas à nous cuisiner des repas de fête quand nous sommes invités ! Même si je suis parfois un peu larguée, je vois combien ils sont heureux, d’avoir quelqu’un qui les écoute, qui vient les visiter, prendre le café. Je me rends compte à quel point un simple sourire a beaucoup de prix !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Mathilde G. Volontaire en mission en Italie

Fioretti de Naples, le Pape, Marianna, Gaetano

Marianna avec sa maman ont eu la joie de rencontrer notre Pape François, Gaetano fête son anniversaire… Des visages présentés par Lucie, du Point-Cœur de Naples.

SS le Pape et Marianna

SS le Pape et Marianna

 

Le jour de l’anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge à Lourdes, l’hôpital où Marianna suit sa radiothérapie, a proposé aux parents et aux enfants du service d’aller assister à l’audience générale du Pape. Rosella, sa maman, avait déjà écrit au Pape dans le passé pour lui demander de bénir Marianna. Sa demande était restée sans réponse. Elle nous explique qu’elle attendait que le Pape donne une bénédiction générale après l’audience. Cependant, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il est descendu et s’est dirigé directement vers sa fille. Il a pris le temps de bénir les enfants un par un. Dans sa spontanéité napolitaine, Rosella l’a embrassé oubliant toutes les règles de convenance ! Le Pape lui a demandé de prier pour lui. Rosella nous explique que le Pape s’est dirigé vers Marianna en premier car elle était l’enfant la plus triste. Cette petite fille a refusé d’embrasser le Pape. Elle l’a finalement fait après qu’il lui ait offert un chapelet ! Rosella est restée frappée par la simplicité du Pape. Toute la famille est demeurée dans la joie durant plusieurs jours après cet évènement.

Parmi les beaux moments de ces derniers jours, il y a la joie de Gaetano. C’est un ami de l’hôpital psychiatrique que nous visitons chaque semaine. Il nous avait informés de son désir d’avoir un gâteau le jour de son anniversaire. En arrivant, nous nous sommes aperçus que les infirmiers avaient oublié cet évènement. Nous avions fait un gâteau. Ce fut un moment atypique puisque nous étions huit personnes enfermées dans sa chambre. Nos cinq amis ont mangé ce gâteau en quelques minutes. À la question : « Quel est ton gâteau préféré ? ». Gaetano a répondu : « Celui-­ci, celui-ci ! ». Plusieurs fois, il a répété : « Merci, merci ! ». Francesco, l’un des hommes qui partage la chambre de Gaetano, marche mais ne parle pas. Au contraire, Gaetano parle mais ne marche pas. Il existe une vraie amitié entre ces deux personnes. La tendresse de Francesco envers Gaetano m’a frappée. Ainsi, après avoir mangé ce gâteau, il vient retirer les miettes qui sont tombées sur son pull et l’embrasse.

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Lucie D. Volontaire en mission en Italie

Du Point-Cœur de Naples à celui d’Athènes !

Marie-Pia, volontaire en mission à Naples, vient de quitter le Point-Cœur de Naples pour participer à la fondation du Point-Cœur d’Athènes en Grèce. 

Marie-Pia, Naples, octobre 2013

Marie-Pia, Naples, octobre 2013

Chers par­rains,

L’Acropole a rem­placé le Vésuve de même que les bruyants et extra­va­gants Napolitains ont cédé la place aux Grecs plus dis­crets et méfiants. Mon cher toit, duquel je me plai­sais à rédi­ger des let­tres et à contem­pler le ciel a dis­paru et c’est de notre timide et nais­sante cha­pelle que je prends le temps de vous écrire ces quel­ques lignes.

Voilà vingt-quatre heures que, pour la pre­mière fois, j’ai posé le pied sur le sol grec et c’est à Athènes même que je vais passer le reste de ma mis­sion. À vos airs inter­lo­qués, je devine faci­le­ment la ques­tion que vous vous posez : “Mais que fait-elle à Athènes ? “Il est vrai que j’ai quel­que peu omis de vous expli­quer le pour­quoi du com­ment de cet événement ! Dans ma der­nière lettre, je parle de “6 novem­bre”, de “fon­da­tion”, de“Grèce”…. Et ensuite ? Non je ne me suis pas impro­vi­sée des vacan­ces, fati­guée par le mois de mis­sion passé à Afragola ; non je n’ai pas renoncé à la mis­sion sur­prise par son exi­gence que je décou­vre tous les jours un peu plus. Voilà la réponse que vous atten­dez : dix jours avant de m’envo­ler pour l’Italie, il m’a été pro­posé de partir en Grèce pour fonder un Point-Coeur début novem­bre. J’ai accepté, cons­ciente de la chance que j’avais de vivre un pre­mier mois de mis­sion à Afragola : elle serait un trem­plin pour celle de Grèce.

Il serait bien osé de ma part de vous faire un état des lieux de notre Point-Cœur à Athènes, ouvert seu­le­ment depuis quel­ques jours ; replon­gez-vous donc dans l’ambiance napo­li­taine que je vous avais décrite dans ma pre­mière lettre, voici quel­ques visa­ges d’amies qui m’ont mar­quée et tou­chée comme Chiara, Luisa ou Maruzella. Pourquoi celles-ci en par­ti­cu­lier ? J’ai vu, en ces femmes, l’illus­tra­tion de la grande décou­verte que j’ai faite ce pre­mier mois de mis­sion : la souf­france ne se voit pas ! Je le sais, vous le savez, nous le savons tous. Seulement, en faire l’expé­rience à tra­vers des per­son­nes permet de tel­le­ment mieux assi­mi­ler l’idée ! Pour mieux com­pren­dre mon propos, vous devez savoir que mes pre­miè­res semai­nes de mis­sion n’ont pas été très faci­les à vivre. Peut-être m’étais-je incons­ciem­ment ima­giné deve­nir une autre Mère Teresa accueillant à bras ouverts les enfants des rues délais­sés ? Imaginez-vous le dur retour à la réa­lité auquel j’ai été confron­tée en décou­vrant Afragola, ville euro­péenne si pauvre soit-elle. Des enfants dégue­nillés il n’y en avait pas, au contraire ils étaient en Nike ! Où était la pau­vreté ? Que fai­sais-je à Afragola ? Il a fallu de la patience et sur­tout beau­coup de temps pour que mes yeux voient la pau­vreté du peuple napo­li­tain, non pas la pau­vreté telle que je la pro­je­tais mais telle qu’elle était. Je l’ai un peu mieux com­prise grâce à Chiara, Luisa et Maruzella.

Un soir après la messe, une reli­gieuse nous pré­senta Chiara, une jeune femme de trente-cinq ans sans tra­vail et vivant dans sa voi­ture. Celle-ci avait quitté son mari qui vivait avec une autre fille et ses deux enfants. D’un commun accord, la com­mu­nauté décida de l’héber­ger et de l’accom­pa­gner dans ses dif­fé­ren­tes démar­ches pour trou­ver un tra­vail. En la ren­contrant pour la pre­mière fois, quelle ne fut pas ma sur­prise de la voir arri­ver par­fai­te­ment habillée, coif­fée et maquillée ! Première inter­ro­ga­tion : com­ment cette femme pour­rait-elle être dans le besoin ? Les appa­ren­ces sont bien trom­peu­ses… Chiara, c’est l’his­toire d’une grande amitié avec Points-Cœur et d’un beau chemin de conver­sion. Impossible de ne pas voir dis­tinc­te­ment la main de Dieu agir à tra­vers elle. Trois semai­nes après son arri­vée au Point-Cœur, elle avait trouvé deux lieux où tra­vailler et un loge­ment grâce à la paroisse ! Mais le plus incroya­ble, c’est que Chiara fai­sait partie inté­grante de notre com­mu­nauté : des laudes jusqu’à la messe du soir en pas­sant par la nuit d’ado­ra­tion et le ménage qu’elle fai­sait à la per­fec­tion en bonne napo­li­taine, elle était avec nous. “Je n’ai jamais vu ça, vous êtes tous fous dans cette com­mu­nauté mais vous m’avez redonné le sou­rire, la joie de vivre et j’ai retrouvé la foi grâce à vous.” Le Seigneur est bon ! Si Chiara a pu redé­cou­vrir la foi grâce à Points-Cœur, j’étais impres­sion­née par cette ren­contre qui bous­cu­lait l’idée que je me fai­sais de la pau­vreté et qui me don­nait un bel exem­ple de cou­rage et de déter­mi­na­tion. En effet, pres­que tous les matins, Chiara par­tait du Point-Cœur avant 6h00, ren­trait chez elle où elle fai­sait le ménage pen­dant deux heures, levait ses enfants et les accom­pa­gnait à l’école.

[…]

Priez pour notre fon­da­tion ! Que l’Esprit-Saint nous donne l’audace qu’il faut pour annon­cer le Christ (en grec…) et aller à la ren­contre de ceux qui en ont le plus besoin.

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Marie-Pia de F. Volontaire française en mission en Italie puis en Grèce