« Ça me nettoie toutes les saletés que j’ai en moi ! »

Alice, en mission au Point-Cœur d’Afragola à Naples, raconte comment l’amitié avec le Point-Cœur permet aux enfants du quartier de grandir et à leurs mamans de s’appuyer dessus pour élever leurs enfants.

Renato et Carlo« Quand Padre Raphaël me donne le pain de Jésus (parce que dans le pain, il y a le cœur de Jésus tu sais ?), pulisce tutte le immondizie che ho dentro di me! » (Ça me nettoie toutes les saletés que j’ai en moi), nous dit Francesco-Pio, d’un air à la fois théâtral et très sérieux.

Nous avons dessiné des illustrations pour les mystères du rosaire chez nous et, lorsque nos enfants viennent à l’heure du chapelet, ils essayent de deviner, au début de chaque dizaine, quelle scène de la vie de Jésus est représentée. Et leurs interprétations sont parfois très comiques ! C’est beau de les voir venir d’eux-mêmes, simplement pour égrainer les Ave Maria avec nous… On n’a rien à faire pour rendre la chose attrayante, c’est le Christ qui attire à Lui, à travers le pauvre instrument de notre amitié…

Un regard qui fait grandir : c’était ma conclusion quand je parlais de notre présence auprès de nos scugnizzi (enfants terribles), lors de témoignages que j’ai eu l’occasion de faire ce mois-ci. Nous avons présenté notre mission et les amis de notre quartier aux classes de deux écoles. C’était une riche expérience, assez rare pendant la mission, mais que je serais heureuse de renouveler après, en France ! Un regard qui fait grandir donc, qui aide ces graines de terribles à fare il bravo. Nous devons souvent les corriger, leur poser des limites, exiger qu’ils demandent pardon… Ça aussi, ça fait partie de notre amour, notre intérêt pour eux. Et il y a de beaux moments de grâce ! Il y a ceux qui sont le fruit de plusieurs années d’amitié, comme avec Luigi, qui vit une période pas facile, mais qui me laisse le raisonner (sur l’usage des écrans que sa mère ne limite en rien) parce que, derrière cela, il y a cette amitié profonde et fidèle. Et, il y a d’autres moments, guidés par la main de l’Esprit Saint… Par exemple, en allant pour la première fois visiter ce Francesco-Pio du soutien scolaire : il était tellement honoré qu’on monte dans son tout petit appartement, de nous présenter sa maman… qu’il est passé d’un silence intimidé à un tas de questions sur nous et sur Jérusalem, où il rêve aller (il m’a aussi demandé si mes chaussures datent de l’époque de Jésus !) A l’école, il avait pris du retard et ne savait pas encore lire, il y a quelques mois. Ensemble on s’est dit que, cet été, il viendrait lire notre bible illustrée…

Dans les quartiers et bidonvilles où sont les Points-Coeur dans le monde, les enfants sont souvent les victimes innocentes des réalités les plus dures. Dans le cas de Francesco-Pio (et tant d’autres !), il s’agit surtout de leur donner une attention qu’ils n’ont pas forcément à la maison. On sent vite parfois, derrière un aspect très provocateur, une soif de tendresse, et aussi beaucoup la recherche d’un repère en terme d’éducation (rien que dans la manière de s’habiller, l’usage du téléphone). C’est beau aussi notre relation avec les mamans, qui constatent les fruits de notre rapport de grand frère ou grandes sœurs avec leurs enfants, surtout la maman de Marco qui nous le redit à chaque fois. Parfois même, ça arrive que l’une ou l’autre nous demande conseil. En ce moment, c’est surtout la maman de Gennaro qui, à douze ans, fait déjà du décrochage scolaire… Je trouve ça incroyable, la confiance de ces mamans, sans une once d’assistanat, dans la gratuité de notre amitié avec leurs fils.

 

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Alice A. Volontaire en mission à Naples

De visite en visite, les cœurs s’ouvrent petit à petit

Au cœur de la vie du quartier, de la vie de nos amis, de la vie du Point-Cœur de Naples… joies et consolations que découvrent Alice.

C’est le cœur de l’hiver à Afragola, le sommet du Vésuve est enneigé, et avec ce froid les rues sont bien calmes… un vrai temps de samedi saint ! Mais entre la prière, les visites, et la vie communautaire… cela non plus, cela ne nous arrête pas.
Notre communauté grandit avec l’arrivée d’Alberto (espagnol) et Michael (polonais) en mars. Et bientôt partira Evelina… difficile après deux ans ! Mais la présence de Point-Cœur auprès d’un peuple dépasse l’expérience seulement personnelle : certains sèment, d’autres récoltent, et tous les jours nous cultivons les liens de confiance et d’amitié !

Astrid en visite dans le quartier d’Afragola, Naples

Je m’étonne toujours avec quelle justesse les Afragolais perçoivent le sens de notre mission. Nos visites sont toutes simples : nous arrivons toujours à l’improviste, et au nom de Punto Cuore, la porte s’ouvre. La mamma nous reçoit tranquillement, comme sa propre famille, souvent dans un tout petit appartement. Nous nous asseyons autour de la table, qui est comme le centre de la maison. Le temps que le caffè de la machinetta monte, nous racontons nos nouvelles, nous rions de petits riens. Puis la mamma vient s’asseoir avec nous, et d’une voix plus basse nous confie souvent ses préoccupations… La semaine dernière, P. nous a demandé de passer chez elle. Son gendre a de lourds problèmes qui pèsent sur toute la famille, et elle avait besoin d’en parler, d’en pleurer. C’est toujours incroyable, ces dames qui ont vécu tant de choses, de se laisser consoler par deux jeunettes et étrangères comme nous… quelle preuve d’humilité !
Il y a V. aussi, qui nous ouvre son cœur petit à petit. Blessée dans son passé, elle a peur des relations humaines, n’ose pas sortir de chez elle hors de son travail. Nous sommes sûrement les seules à qui elle se confie… Quelle responsabilité de se savoir, pour certains, les seuls signes de consolation !
Nous allons comme ça, deux par deux. Nous veillons à être particulièrement présents lorsqu’un ami traverse une épreuve, mais la plupart du temps nous sommes tout simplement présents dans la vie quotidienne. Quand il y a des enfants, l’une de nous joue avec eux ou aide aux devoirs. Nous nous intéressons à leur famille, leurs histoires… à eux ! Nous fêtons les anniversaires et les onomastico (fête du saint), comme une manière de dire : tu es unique, et tu comptes pour nous. C’est une chose très importante surtout pour notre amie E. C’est une femme très simple, qui vit avec son père. Son anniversaire, son onomastico et la corrida (le concours de chant de la paroisse, dont elle a gagné cette année la coupe) sont les trois moments dans l’année qu’elle attend, dont elle parle sans cesse et se souvient. Les joies minuscules remplissent les cœurs simples.

 

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Alice A. Volontaire au Point-Cœur de Naples

« Tu peux m’aider ? »

Elodie est au Point-Cœur d’Afragola à Naples, rencontres avec des enfants qui prennent confiance en eux par l’attention qu’elle leur porte…

Rosa en plein apprentissage

Tous les après-­midi, à la paroisse, Maurizio (un consacré de Points-­Cœur) et Angelarita (une jeune de la paroisse) s’occupent du dopo scuola (l’aide aux devoirs). Ces deux derniers et d’autres volontaires accueillent, chaque après-­midi, une quinzaine d’enfants du quartier et aussi des Salicelle (l’ancien quartier où se trouvait le Point-­Cœur). Le dopo scuola est bien plus qu’une simple aide pour les enfants, c’est un lieu où les enfants apprennent les bonnes manières, les bons comportements à avoir, qu’ils n’apprennent pas chez eux. Étant enseignante, je me sentais appelée à aider les enfants à grandir, que se soit au niveau scolaire ou social. Je me rends donc tous les jeudis après-­midi à la paroisse, où je m’occupe de deux ou trois élèves de quatrième et cinquième année de l’école primaire. Tous les jeudis j’ai sous ma responsabilité Rosa, une petite fille de huit ans (quatrième année de primaire) mais qui, en fait, a le niveau d’une enfant de première année. Ce n’est pas toujours évident de travailler avec elle, son temps de concentration est minime et elle se laisse souvent distraire par les autres enfants autour d’elle. Toutefois, de jour en jour, je me sens de plus en plus responsable d’elle. Je veux l’aider à assimiler ce qu’elle n’a toujours pas acquis à l’école. Pour cela, je travaille avec les jeux de Montessori que nous avons à notre disponibilité. Rosa aime beaucoup ces jeux. Mais la condition pour jouer est de finir tous ses devoirs correctement. C’est une bonne motivation. Il y a aussi Toto qui a attiré mon attention dès le premier jour de dopo scuola. Au début, Toto refusait catégoriquement de faire ses devoirs avec moi. Dans sa façon de parler et de se comporter, il faisait le fier, le fort qui n’a pas besoin d’aide. Je me suis dis que ce n’était pas grave, qu’un jour il accepterait peut-­être. Un mois plus tard, j’étais assise à une table avec Rosa, il s’est approché et m’a demandé tout gentiment : « Tu peux m’aider ? » Mon cœur s’est rempli de joie, je ne pouvais pas croire ce qui se passait. A la fin de l’heure, c’était le moment pour moi de m’en aller. Je saluais tout le monde de la main, quand Toto s’est mis debout, a couru vers moi et a sauté dans mes bras. Ces enfants ne demandent qu’à être aimés et aidés. Ils nous surprennent toujours au moment où nous nous y attendons le moins.

Le sourire de Renato !

Renato habite juste en bas de chez nous. Ses deux frères et lui viennent quasiment tous les après-­‐midi chez nous, pour jouer, et ils restent même parfois pour prier le chapelet avec nous. Le 28 septembre dernier, Renato a fêté ses sept ans. Deux jours avant, il n’arrêtait pas de nous répéter que c’était bientôt son anniversaire et nous demandait avec sa belle petite tête d’ange : « Tu m’offrira un cadeau ? » Sa famille étant l’une des familles les plus pauvres que nous connaissons, nous avons décidé en communauté de lui préparer un gâteau et de lui offrir un petit cadeau. En voyant son gâteau et son cadeau arriver, un sourire s’est dessiné sur son visage. En ouvrant son cadeau, il a découvert un magnifique camion de pompier qu’il n’a pas lâché de tout l’après-­midi. Personne ne pouvait y toucher. Il n’arrêtait pas de dire : « È il mio » (c’est le mien). Renato est un enfant qui sourit la plupart du temps mais le sourire qu’il avait ce jour-­là sur le visage est un sourire que je ne pourrai jamais oublier.

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Elodie dA. Volontaire au Point-Cœur d'Afragola

Hôpital Cardito, où la présence répond à la souffrance

Le Points-Cœur d'Afragola, P.Rapahël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

Le Points-Cœur d’Afragola, P.Raphaël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

A Naples, Elodie a commencé sa mission, venant tout droit de l’Ile Maurice. Elle nous présente Loredana et Eugenia qui vivent à l’hôpital psychiatrique de Cardito que le Point-Cœur visite toutes les semaines.

Chaque mercredi, Mathilde et moi allons faire des visites dans l’hôpital psychiatrique de Cardito, une petite ville à côté d’Afragola. Je ne vais pas vous cacher, qu’aller dans cet hôpital n’est certainement pas la chose la plus facile de ma mission. Et pourtant, c’est la visite que j’attends le plus, chaque semaine. La première fois que j’y suis allée, j’en suis ressortie toute bouleversée. Les patients sont enfermés entre quatre murs, il n’y a rien de prévu pour occuper leur journée. La salle de repos est grande, mais il n’y a que quelques chaises et une table. Toutes les chambres se ressemblent, aucune personnalisation. Les conditions sanitaires ne sont pas tellement au rendez-­‐vous, deux chiens errent dans les couloirs, les patients fument à l’intérieur même du bâtiment et les mégots sont jetés à même le sol. Cet apostolat nous montre vraiment le vrai but de notre mission, notre simple présence est nécessaire pour chaque patient. En effet, lors de la semaine sainte, nous n’avons pu y aller, et, la semaine suivante, nos amis nous disaient : « Pourquoi vous n’êtes pas venues la semaine dernière ? Je vous attendais. » Nous sommes souvent la seule visite que ces patients reçoivent. Nous y avons plusieurs amis : Carmella, Aldo, Eugenia, Gaetano, Loredana, Patricia, Maria et tant d’autres. Mais aujourd’hui je voudrais vous présenter deux d’entre eux. La première, c’est Loredana ; elle doit avoir une quarantaine d’années, toujours vêtue d’un pantalon large et de chaussures trop grandes pour elle, mais dans lesquelles elle se sent à l’aise. Elle ne parle pas bien, on ne comprend pas toujours ce qu’elle dit, mais notre simple présence auprès d’elle lui fait tellement de bien. Elle est toujours la première à nous accueillir, avec un grand sourire. Lors de ma première visite, c’est elle qui m’a accueillie. Elle ma prise par la main et m’a emmenée près de « sa » chaise. Elle est toujours assise sur cette chaise, en face de la porte qui donne sur le bureau des infirmiers. Lorsque je m’éloignais un peu d’elle, elle me ramenait toujours près d’elle. Je me souviens encore de la tendresse dans ses yeux, lorsqu’elle a plongé son regard dans le mien, et m’a dit : « Mamma », puis a baissé la tête et s’est mise à rire. Chaque fois que nous la voyons, il y a un jeu que nous faisons avec elle, pour la distraire un peu. C’est un jeu tout simple mais qu’elle aime beaucoup : deviner les couleurs des vêtements, des chaussures, des choses qui l’entourent.
Et puis, il y a Eugenia, une vieille ukrainienne. Le 28 mars, nous allions à sa rencontre pour la première fois. Elle était là, assise dans un fauteuil roulant, au milieu de sa chambre. Lorsque nous entrons dans la chambre, elle nous regarde, et, un sourire se dessine sur son visage. A travers ses yeux bleus, on voit bien la souffrance dans laquelle elle vit. Toute sa famille est en Ukraine, ses enfants ne prennent plus de ses nouvelles, sa maison a brûlé il n’y a pas si longtemps ; elle est seule en Italie, dans cet hôpital. Depuis notre première visite, elle nous attend, chaque semaine, avec son plus beau sourire.

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Elodie dA. Volontaire au Point-Cœur d'Afragola

Camp hivernal à Procida

Elisabeth et les enfants au camp à Procida

Du 2 au 4 janvier, Elisabeth, du Point-Cœur d’Afragola, s’est rendue sur l’île de Procida avec sept enfants du quartier : une aventure de générosité, Procida et Afragola réunis !

Marika, douze ans, Rudy, douze ans, Santo, onze ans, Carmela et Pasquale, dix et neuf ans, Giani et Patti, douze et dix ans ! Nous avons été accueillis par le Point-­Cœur de Procida : Giuliano, Laetitia, Mercedes et Arnaud. Nous sommes arrivés dans l’après-­midi, le lundi, et sommes repartis le mercredi matin. Ce fut court mais très intense. Le lundi, nous sommes allés nous promener et jouer aux alentours du Point-­Cœur. Malgré le froid, le ciel était bleu et on s’est tous émerveillés, l’île est magnifique ! Se mettre à l’école des enfants, écouter leurs cris, leurs envies, apprendre à devenir une vraie grande sœur… Rire, courir, jouer avec eux. Partager les grandes joies et les petits bobos. Être attentif à tous et à chacun en même temps. Toute la journée du mardi, nous sommes allés jouer à l’Oratoire, grand jardin avec un local et un grand terrain de foot, où les enfants peuvent courir, crier, jouer en toute sécurité. Le Point-­Cœur de Procida avait invité huit enfants procidanais à venir jouer avec les enfants Grand jeu avec les enfants procidanais et afragolais. Quelle beauté de voir que des enfants qui viennent de milieux si différents peuvent jouer et rire ensemble, simplement. La générosité des habitants de Procida pour les enfants d’Afragola est sans limite. C’est impressionnant d’être témoin de cela. On aimerait avoir la même générosité, la même envie de se donner pour l’autre. Tous les repas, du petit déjeuner au dîner, ont été cuisinés par quelques amies de Points-­Cœur. Nous avons été invités à dîner chez des amis le mardi soir, nous huit et les volontaires du Point-Cœur de Procida. Je vous laisse imaginer la tablée, et surtout les sept monstres affamés à nourrir ! Le capitaine du bateau, qui relie Procida à la terre ferme, a offert le trajet aller-­‐retour pour chaque enfant… Ce camp a été aussi l’occasion de connaître chacun un peu plus, et d’être témoin de quelques petits miracles. Par exemple, Pasquale, neuf ans, petit frère de Carmela, est réputé pour être un vrai terrible, à l’école, à la maison, au soutien scolaire. Ses parents m’ont même dit : « Tu es sûre de vouloir le prendre avec vous ? C’est la première fois qu’il dormira loin de la maison. » Comme je sais que Pasquale a cruellement besoin de sortir de chez lui, j’ai pris le risque. Résultat : ce fut l’enfant le plus tranquille et attentif du camp ! Observer aussi la bienveillance entre eux, et la reconnaissance dans leurs yeux, parfois. Quelle aventure, quel trésor !

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Elisabeth A. Volontaire au Point-Cœur d'Afrgola

« Plus les semaines passent, plus je me sens napolitaine »

afragola-communaute

Agnieska, Sixtine, Elisabeth, Anna, Mathilde

Elisabeth poursuit sa mission au Point-Cœur d’Afragola en Italie et s’émerveille chaque jour de ses rencontres…

J’ai vraiment appris à aimer ce peuple, avec tout ce qu’il possède de beau et de moins beau, avec ses grandes souffrances, sa foi sans limite, sa ferveur, son enthousiasme simple face à la vie. Chaque jour, je m’émerveille devant nos amis, leurs réactions, leur façon de parler et de s’énerver pour un rien, leur humour un peu lourd parfois mais qui me fait tellement rire. Quelques mots en napolitain m’échappent de temps en temps, mon ventre s’est bien habitué à manger jusqu’à n’en plus pouvoir, je parle plus fort et avec les mains. Le peuple napolitain est devenu petit à petit mon peuple, sans que je ne m’en rende tout à fait compte finalement ! Ce qui est beau aussi, en restant plus d’une année, c’est de réussir à comprendre mieux la culture, les traditions (encore bien présentes ici), la mentalité. À avoir toujours un regard plus fin et plus vrai, plus délicat peut-­être aussi, sur nos amis du quartier, sur les enfants, sur chaque personne qui m’entoure. La grande épreuve de ces derniers temps fut le départ de ma sœur de communauté polonaise, Agnieszka, le 16 septembre dernier. Nous avons vécu une année ensemble et elle est devenue pour moi une vraie sœur. Douleur de voir une véritable amie partir, mais joie aussi car je sais que l’on se reverra. Avant son départ, chaque volontaire fait sa despedida (qui veut dire « départ » en espagnol). Pendant deux, trois semaines, le volontaire salue toutes les personnes qu’il a connues durant sa mission, tous les amis qu’il a visités chaque semaine. Nous avons donc accompagné Agnieszka dans cette despedida et c’était une vraie course contre la montre, pleine d’émotions et de surprises ! Tant de personnes à saluer, à remercier, à serrer une dernière fois ! Ce qui m’a le plus touché, c’est de voir à quel point nos amis sont touchés de notre présence auprès d’eux, de notre simple présence. Le lien qui nous lie à eux est simple et fort. Agnieszka a reçu d’innombrables cadeaux et plus d’une fois, j’ai été émue aux larmes à la fin d’une ultime visite, d’un ultime au revoir. Pour rendre grâce à Dieu pour ces quatorze mois donnés à Dieu et aux autres, on a célébré une belle messe et, après la messe, nous avons organisé une petite fête dans la cour de la paroisse. Chaque ami avait apporté quelque chose à manger, c’était beau de voir chacun se mettre au service, se donner du mal pour qu’Agnieszka ait le droit à une belle fête de départ… Il y avait aussi énormément d’enfants, venus prendre une dernière photo avec elle ! Tellement touchants. Au milieu du mois d’août est arrivée Sixtine, dix-­huit ans, française, dans notre communauté. Elle succède en quelque sorte à Agnieszka ! Cela fait maintenant deux mois qu’elle est là, et tout se passe pour le mieux. Une nouvelle personne dans la communauté, c’est toujours une nouvelle aventure, un nouveau visage, une nouvelle personnalité avec laquelle composer et avancer… Nous sommes donc maintenant quatre filles : Mathilde, Anna, Sixtine et moi.

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Elisabeth A. Volontaire au Point-Cœur de Naples

Cosimo-Pio n’est pas un ange et pourtant…

CosimoPio avec ses freres et Mathilde

Cosimo-Pio (en bas à gauche) avec ses frères, Carlo et Mathilde

Cet petit gars difficile du quartier du Point-Cœur d’Afragola vit un grand jour à la plage…sans mettre un pied dans l’eau !

Cosimo-­Pio est notre voisin d’en face. Il est le troisième d’une fratrie de cinq garçons. C’est un des enfants les plus difficiles, mais aussi un des plus attachants. Il est venu quelque temps au soutien scolaire à la paroisse, et puis, au vu de son comportement, on ne pouvait plus l’accueillir. Il peut être violent, dans ses gestes, mais aussi, et surtout, dans ses paroles. Cet été, il a commencé à venir chez nous de temps en temps, pour jouer avec ses frères. Un jour, on a décidé de l’emmener avec son frère à la plage, pour passer un peu de temps avec eux, apprendre à les connaître. Ils étaient plus que partants, ça allait être le premier bain de Cosimo ! Le matin, on passe les prendre, on va chez une amie qui devait nous emmener en voiture à la gare, pour prendre le train. Arrivé chez elle, Cosimo commence à angoisser, et veut retourner chez lui. On essaie d’abord de le rassurer : « Tu vas voir comme on va s’amuser à la plage ! », « On te ramène chez toi ce soir avec ton grand‐frère, ne t’en fais pas ! »… Mais rien à faire ! À un moment, pris de panique, il prend son petit-­frère par la main et se met à courir pour rentrer chez lui à pied. Je le rattrape et il s’écroule en pleurs. Il était complètement terrorisé à l’idée de partir une journée loin de sa maman, et surtout qu’on ne le ramène pas chez lui. Il est surpris que je ne me fâche pas, qu’au contraire j’essaie de le comprendre, que je l’aime, et que, devinant bien son mal-­être, je décide de le ramener chez lui. On le dépose donc à sa maison, et on prend un autre de ses frères, plus grand, qui saute de joie à l’idée de faire quelques plongeons. Le soir, après la sortie à la plage, nous voyons débarquer au Point-Cœur Cosimo, comme rassuré que tout se soit bien passé avec ses frères, et surtout avec une grande confiance en nous, un grand respect. Il n’est pas venu, mais l’effet est le même ! Il prie les vêpres avec nous. Sans broncher, essayant de suivre sur le livre. Il prie pour ses cousins. Et après il me dit : « Quand est-­ce que l’on refait cette prière ? Demain ? Je peux venir ? Elle est belle ! ». Et le jour suivant, il vient. Juste pour la prière. S’appliquant en apprenant le signe de la croix, s’accrochant aux prières, aux phrases qu’il connaît, nous imitant nous levant, nous agenouillant, nous prosternant. Incroyable ! Un petit miracle s’est produit ! Cet enfant, capable du pire, est également capable du meilleur ! Celui que l’on appelle « l’enfant terrible » a ouvert son cœur à l’amitié, a trouvé des personnes en qui il pouvait avoir confiance, des amis sur qui il pouvait compter, qui ne réagissent pas comme les autres adultes. Et surtout, il a vu l’important : où nous puisions notre force, ce qui fait notre singularité : la prière. La confiance a jailli, toujours fragile, mais elle est née. Il continue de venir presque tous les jours, avec son voisin Carlo, tout deux ne sont pas pour autant des enfants de choeur, mais ils continuent de venir, et nous permettent ainsi de faire grandir chaque jour l’amitié. On les a emmenés la semaine dernière à la plage et, cette fois-­ci, Cosimo-­Pio ne s’est pas dégonflé ! Je comprends toute l’importance de notre mission, de notre impact auprès des plus petits, et de la puissance de l’amitié avec Cosimo-­Pio.

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Mathilde G. Volontaire au Point-Cœur de Naples

A l’école du plus pauvre…

Elisabeth est depuis un an au Point-Cœur de Naples, un tournant vecu avec la visite de ses parents et la décision de prolonger son temps de mission.

Communauté Afragola

Communauté d’Afragola, Naples

Ces derniers temps ont été bien mouvementés ! D’abord, célébrer Pâques à Afragola fut un cadeau : chaque jour de la Semaine Sainte est pleinement vécu. Ici, on prie avec le Christ à Gethsémani, on l’accompagne dans son agonie comme on accompagnerait un ami, un frère. On vit ces jours d’angoisse et de mort, puis de retour à la vie, de joie, de tout son corps et de toute son âme ! C’est impressionnant et bouleversant. Puis, j’ai reçu la visite de mes parents et de mes frères. Ils sont restés dix jours ! Expérience mémorable que celle de présenter mes proches à mes amis du quartier, à ma communauté, de leur faire découvrir ma vie, nos habitudes, les Napolitains, Naples et ses alentours. J’en garde un magnifique souvenir. J’ai présenté en particulier une de mes grandes amies dont je vous ai déjà parlé, et qui s’appelle Patrizia, à ma mère et à Barthélémy. Ce fut un moment intense. D’abord, l’accueil que nous a fait Patrizia, ensuite, la discussion longue et animée avec elle et sa plus jeune fille. C’était beau de constater que, finalement, ma mère la connaissait déjà à travers mes mots. Le courant est très vite passé entre elles, même si elles ne pouvaient pas se comprendre, je faisais la traduction. Patrizia souffre encore beaucoup, elle n’arrive pas à accepter les changements physiques que le cancer et les chimios ont opéré sur son corps, même si aujourd’hui elle est sur la voie de la guérison… Prise d’un élan de tendresse et de compassion, ma mère lui a pris la main, et elles se sont mises à pleurer toutes les deux. Moment hors du temps, qui m’a fait beaucoup réfléchir sur l’importance de nos lettres aux parrains. Vos prières et pensées sont vraiment précieuses pour nos amis, elles les aident concrètement dans leur vie, et nous, volontaires, nous ne sommes que le lien entre vous et eux. Quelle responsabilité incroyable avons-­nous ! Nous avons aussi accueilli une nouvelle recrue dans la communauté : Anna, dix-­neuf ans, polonaise. Notre communauté est donc maintenant au nombre de sept : Vicky, Agnès, Mathilde, Anna, Cesare, Benoît et moi. Benoît doit repartir à la fin du mois prochain, Agnès en septembre.

Une année s’est presque écoulée et, après de longues interrogations, j’ai finalement pris une décision importante : rester à Afragola six mois de plus ! Six mois de plus, parce que j’ai vite réalisé qu’une année serait bien trop courte pour comprendre, intégrer, approfondir cet incroyable et si particulier charisme de compassion et de consolation. Je pense être appelée à demeurer auprès de nos amis, dans notre communauté, dans le quartier ! Appelée à demeurer pour que cette mission ne soit pas une simple expérience, mais qu’elle ait des répercussions profondes sur ma vie, qu’elle soit une expérience fondatrice. Expérience de vie sur laquelle je puisse m’appuyer pour mes choix futurs, pour la suite de mes études. Parce que, comme je l’ai dit dans une de mes précédentes lettres, ici, je suis à l’école du plus pauvre, à l’école de l’Amour, à l’école de la présence concrète et bienveillante. Six mois de plus, donc, pour aller jusqu’au bout, pour me donner toujours plus, pour approfondir les amitiés qui me sont données. Pour suivre Dieu là où Il me veut ! Je vous laisse les mots d’Etty Hillesum qui me semblent bien mieux parler que les miens :
« Rester fidèle à tout ce que l’on a entrepris dans un moment d’enthousiasme spontané, trop spontané peut‐être.
Rester fidèle, à toute pensée, à tout sentiment qui a commencé à germer.
Rester fidèle, au sens le plus universel du mot, fidèle à soi­‐même, fidèle à Dieu, fidèle à ce que l’on considère comme ses meilleurs moments. Et, là où l’on est, être présent à 100%. Mon “faire” consistera à “être”. »
Et bien sûr, c’est avec vous que ma mission continue !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Elisabeth Volontaire au Point-Cœur d'Afragola

« O’ creatur’ », ces enfants napolitains !

Francesca, Antonella,  Carmela, Pasquale, Fatima et tant d’autres, ces enfants qu’Elisabeth et le Point-Cœur d’Afragola voient tous les jours !

Communauté Afragola

Communauté du Point-Cœur d’Afragola

« O’ creatur’ » : c’est comme cela que les Napolitains appellent leur progéniture. J’aime beaucoup ce mot, et je trouve qu’il illustre bien le statut presque sacré qu’ont les enfants d’ici… Surprotégés par leurs mères dès le berceau, les « créatures » grandissent sous l’œil bienveillant de toute la famille (oncles, tantes, cousins, grands-­parents…) ! Et cela engendre de véritables petites terreurs en culottes courtes. Les enfants sont partout ici, et font partie de notre quotidien. Carmela, Pasquale, Marika, Santo, Luigi, Marco, Antonella, Fatima, Melania, Paola, Patti, Giani… Autant de petites têtes que nous voyons quasiment tous les jours, dans la rue ou chez nous. Ils débordent tous de vie !
Francesca est une de nos amies fidèles. Elle a onze ans et habite dans la cour juste en face de la nôtre. Elle sonne régulièrement à notre porte. J’aime sa spontanéité, la façon dont elle nous court dans les bras, en criant « Amore mio ! » (« Mon amour ! ») à chacune de ses venues, comme si elle ne nous avait pas vu depuis des années. Elle entre à peine dans l’adolescence et elle a déjà de vraies manières d’adulte, de femme ! C’est incroyable comme ici les petites filles paraissent grandes et matures. Lorsqu’elle vient à la maison, Francesca nous aide en tout : passer un coup de balai, mettre la table, faire la cuisine… Parfois, elle vient même prier avec nous. Comme nous, elle s’agenouille devant le Saint Sacrement. C’est très touchant de la voir nous imiter. La dernière fois qu’elle est venue chez nous, c’était dimanche soir dernier. Il était 18h, j’étais seule et elle voulait faire ses devoirs… Selon moi, c’était aussi un bon prétexte pour passer simplement un peu temps chez nous. Nous avons passé deux heures assises côte à côte, à faire des soustractions, des divisions et des multiplications. Moment spécial, privilégié, car il est rare que nous nous retrouvions à deux, en tête à tête. Au fil des semaines, notre amitié grandit, et sa confiance envers nous aussi.
Et puis il y a Marika et Santo, Melania, Paola, Giani et Patti… qui viennent souvent déjeuner et jouer chez nous. Quand ils débarquent, c’est toujours un tourbillon de cris et de rires ! C’est parfois si dur de garder son calme et sa patience devant ces enfants qui nous testent sans arrêt. Tous les dimanches, nous emmenons quelques enfants du quartier à la messe. Antonella, neuf ans, rencontrée par le biais de sa grande sœur, Maria, qui habite en face de chez nous, m’a particulièrement touchée ces derniers temps. Elle a sept frères et sœurs et elle est la petite dernière. Sa maman est malade, elle a fait en peu de temps trois infarctus, qui l’ont beaucoup affaiblie… Antonella vit avec elle et sa grande sœur, Frederica, dans une petite maison pas loin de notre rue. Elle a pris subitement notre rendez­‐vous du dimanche très au sérieux (contrairement à la plupart des enfants que nous tentons d’arracher du lit…), et je sais à présent qu’elle m’attend de pied ferme toutes les semaines. C’est si étonnant de voir un petit bout de jeune fille de neuf ans trop contente d’aller à la messe ! Le plus beau, c’est que c’est elle qui me prend par la main et m’entraîne jusqu’à l’église. Je comprends peu à peu que tous ces enfants qui viennent frapper à notre porte ont avant tout soif de notre regard sur eux, de notre attention, de notre amour. Soif d’avoir de vrais exemples de « grands » qui se penchent sur eux ! Car, à la maison, ils sont trop souvent livrés à eux-mêmes, sans limite, sans règle, coincé par l’amour étouffant de leur maman, de leur famille.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Elisabeth A. Volontaire au Point-Coeur d'Afragola

Rencontre à l’hôpital de Naples

Mathilde, Agnese et Elisabeth, du Point-Cœur d’Alfragola, sont conduites auprès de Simon et ses parents à l’hôpital de Naples, au cœur de leurs souffrances.

MathildeAfragola

Mathilde, Agnese et des jeunes en sortie à Procida

Simon est un petit Polonais de dix mois, qui était dans la même chambre que Marianna (petite amie du Point-Cœur) lors de sa dernière opération. Rosella, maman de Marianna, a été prise  de compassion pour ce petit garçon avec une tumeur à la tête, et pour ses parents qui ont tout quitté  pour venir soigner leur fils. Ils ne parlent pas un mot d’italien, alors ils se sont parlés en faisant les traductions sur un portable. Rosella a tout de suite pensé à Points-Cœur et à Agnese, ma sœur de communauté polonaise, pour venir les visiter.  Lundi, jour de l’opération, on a donc été, Elisabeth, Agnese et moi, à l’hôpital de Naples. Quelle  étrange expérience ! Un peu avant la rencontre, on commence à prendre peur : « Qu’est-ce qu’on va leur dire ? On ne les connaît pas ! Peut-être ne voudront-ils pas de nous ? » On se lance tout de même,  de toute façon maintenant on est là ! On rencontre finalement le jeune couple devant le bloc opératoire. L’opération a commencé à 9h, il est 15h, et cela peut durer jusqu’à 22h. L’hôpital a mis Viola, une  Polonaise qui fait le ménage à l’hôpital, à leur disposition pendant ce temps d’attente.
Rafa et Asha, les parents de Simon, sont incroyables. À peine arrivés, ils nous proposent un café, nous sourient, font de l’humour. Rien ne semble refléter la gravité du moment, de la situation. Et pourtant, on ne peut que remarquer les cernes énormes d’Asha, qui laissent imaginer les larmes et les insomnies. Chaque fois que la porte du bloc s’ouvre, c’est comme un sursaut pour savoir qui en sort. Et  quelle joie lorsqu’ils rencontrent Agnese et commencent à lui raconter leur histoire. Comme pour faire  le point sur tous les évènements qui se sont succédés ces derniers temps et qui ont bousculé leur vie. Avec Elisabeth, on ne comprend absolument rien, et pendant presque toute notre visite, on reste en  silence à observer la scène, comme des témoins de quelque chose qui nous dépasse. Une certitude  nous habite : on est bien là où on doit être. Ils racontent tout, de la découverte de la maladie, trois mois plus tôt, aux moments difficiles face aux médecins polonais leur disant qu’il n’y a plus rien à faire,  jusqu’à leur venue en Italie, à l’appel d’un chirurgien réputé qui accepte d’opérer leur fils. On voit des  infirmières, d’autres mamans d’enfants malades, s’arrêter pour prendre des nouvelles, donner un  geste d’affection et de soutien à la maman de Simon. Encore une fois, on remarque combien ce peuple  napolitain a un cœur plein de compassion pour les plus souffrants.  On aurait pu rester encore des heures avec eux, tant on avait envie de les porter, d’être présents auprès d’eux. Ce n’est pas évident de retranscrire par les mots ce que l’on a pu vivre ce jour-là. On a partagé avec ce couple quelques heures, un peu de leurs souffrances, de cette interminable attente. Et  surtout, on a été témoins de combien Dieu donne des grâces à ceux qui aiment et s’abandonnent à lui.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Mathilde G. Volontaire au Point-Cœur de Naples