« A n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas »

Antonine dans le quartier, lors de ses aurevoirs

Antonine revient juste de dix-huit mois de mission à Chengalpett en Inde, une mission simple, plongée dans une réalité toute différente, une école et une intense action de grâces.

Fini le spectacle de la rue avec sa circulation rocambolesque, son concert de klaxons, ses odeurs d’épices et de fleurs de jasmin, ses vaches, ses véhicules surchargés et la démarche princière de ces femmes indiennes en saris colorés… Je me revois assise à l’aéroport attendant fébrilement le décollage pour l’Inde. Dix-­huit mois me paraissaient alors bien longs. Je n’étais pas rassurée à l’idée de quitter la France pour ce pays de plus d’un milliard d’habitants, dont je ne connaissais absolument rien. J’étais loin d’imaginer que la culture, le mode de vie et les mentalités différaient aussi radicalement de la civilisation occidentale. J’ai découvert une réalité bien différente de la nôtre, un pays où les gens sont particulièrement chaleureux, accueillants et profondément croyants. En vivant dans un quartier marqué par des souffrances matérielles et morales (pauvreté, alcoolisme, maltraitance), j’ai aussi pris conscience de la dureté de leur vie quotidienne, de la logique des castes, du fatalisme social et du combat des femmes victimes d’injustice. Avec Points-­Cœur, j’ai été pour nos amis du quartier une présence de compassion dans les moments de joie comme dans les épreuves. Je n’ai pas cherché à les changer car Points-­Cœur ne prétend pas vouloir changer le monde mais simplement réconforter les hommes, les femmes et les enfants qui souffrent. Au contraire, j’ai appris à « me laisser guider par les événements, les imprévus, à ne pas être dans l’attente et à accepter que nos projets soient contrariés ». Difficile pour moi de retranscrire ce que j’ai vécu pendant dix-­huit mois. Mais à n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas. Je rends grâce pour toutes les amitiés que j’ai reçues et que je garderai précieusement dans mon cœur. Cette belle mission à l’école des plus pauvres et des plus souffrants sera j’espère un fondement pour toute ma vie.

 

 

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Antonine L. Volontaire en Inde

En Inde, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié !

Indian traffic !!

Depuis peu au Point-Coeur de Chengalpett, Guillemette décrit cette expérience haute en couleurs, saveurs, rencontres et nouveautés…

L’Inde est un pays qui nous prend aux tripes, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié : cette nourriture épicée qu’on mange avec les doigts, ces saris colorés que portent les femmes, les klaxons et vendeurs à la sauvette qu’on croise partout dans la rue. Je me souviens de ce jour où mes sœurs de communauté sont venues me chercher à l’aéroport. Nous négocions en tamoul la course pour 1300 roupies (environ vingt euros pour 1h de route) et nous voilà embarquées : il est 5h de l’après-­midi, heure de pointe, et nous nous embarquons à soixante kilomètres à l’heure, sur cette route endiablée. Motos, rickshaw, bus, voitures et camions se dépassent et s’emboîtent sans foi ni loi. Une seule règle prône : klaxonner plus fort que ses voisins pour se frayer un chemin ! Nous dépassons une moto avec le papa et ses deux enfants à califourchon, derrière la maman, assise en amazone tenant son dernier enfant par le bras. Ici, l’essentiel c’est de se déplacer, plus on est nombreux mieux on se porte! Malgré tout, dans ce « capharnaüm », les Indiens sont sereins. Oui, les Indiens ont foi en la vie. C’est sûrement parce qu’ils ont une foi évidente en l’existence de Dieu, qu’ils soient hindous, chrétiens ou musulmans. Ils acceptent aussi leur sort, leur pauvreté ou leur vie monotone comme ils sont, avec une grande humilité. Sans doute du fait de l’hindouisme bien ancré : si on vit bien sa vie, on a des chances de se réincarner dans une meilleure condition. Dans l’avion, mon voisin (jeune étudiant de New Dehli) me disait : « Just relax and trust in life ». C’est leur lâcher prise, allant parfois jusqu’au laisser-­aller (qui peut nous surprendre car nous avons tendance à vouloir agir pour changer les choses !) Mon autre voisin dans l’avion, un gourou dans la tradition hindou, voyageant avec pour seul bagage un sac en toile et une couverture, me disait : « Tu verras, c’est le “syndrome indien”. Soit on aime, soit on n’aime pas. Mais, quoiqu’il en soit, on en revient transformé… » Ce qui est étonnant dans cette culture c’est que chacun a un rôle bien défini. C’est le fait des castes qui définit le métier que l’on exerce… Ainsi, nous sommes allées acheter mes nouveaux vêtements, des tchulidads (tuniques colorées portées par les femmes indiennes). J’ai cette chance de m’habiller à l’indienne ! Ça nous est d’ailleurs très important : ainsi nous nous immergeons pleinement dans la culture et partageons la vie de nos amis. A l’entrée du magasin, un homme a pour rôle de mettre en consigne nos sacs. A chaque étale, plusieurs vendeurs viennent nous conseiller et on ne peut descendre sans qu’un accompagnateur indien ne vienne récupérer nos emplettes pour les descendre à l’étage inférieur. Une fois les tissus achetés, direction le tailleur qui va coudre mes nouveaux vêtements. Notre amie couturière est incroyable par sa joie de vivre, même si je ne comprends pas la langue, son sourire et son regard pétillant communiquent bien plus. Dans sa boutique de deux mètres carrés elle reçoit les clients, coud, garde ses enfants après l’école… Malgré la simplicité de sa vie, elle se réjouit de ce qu’elle a ! Je vous partage ma joie d’avoir maintenant mes tchulidads prêtes, elles sont magnifiques ! Notre amie a ce sens du détail, les mesures sont prises à la perfection !

Les « sisters » du Point-Coeur de Chengalpett

 

 

 

 

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Guillemette B. Volontaire en mission au Point-Coeur de Chengalpett

« Observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne »

Mohana, voisine du Point-Cœur de Chengalpett

Antonine est depuis plus d’un an au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. La présence des volontaires auprès des mamans, des enfants, des amis de divers coins du quartier, quelque soit la caste, redonne une dignité due à chacun.

Dans notre quartier, personne ne passe inaperçu et la moindre modification aux habitudes suscite une curiosité instantanée. Notre voisine Mohana connaît notre emploi du temps par cœur ! S’asseoir quelques minutes avec elle, tous les jours, fait maintenant partie de notre quotidien. Au premier abord, Mohana est une femme intimidante : aînée d’une famille de huit filles, elle possède un vrai tempérament de leader, ne baissant jamais les bras, prenant les problèmes comme ils viennent et ne se tracassant pas, outre mesure, pour le lendemain. Mais elle est aussi pleine d’humour et particulièrement attachante. Très croyante, elle est un exemple, parmi tant d’autres femmes indiennes, qui gardent une force de caractère indestructible en dépit de souffrances parfois accablantes. Son mari est mort il y a quelques années d’une crise cardiaque. Elle a dû retourner avec ses deux enfants chez ses parents, puisqu’en Inde une femme ne peut pas vivre seule après la mort de son époux. J’ai appris à connaître son histoire avec le temps car Mohana ne s’apitoie jamais sur son sort. Au contraire, elle semble accepter de vivre bien chaque jour et assume avec toutes les possibilités humaines, la situation dans laquelle les circonstances de la vie l’ont placée, si difficile que soit cette situation.
En Inde, les villes et surtout les villages sont structurés selon les castes. Ainsi, chaque groupe réside à un endroit précis, les familles de castes dominantes se trouvant généralement au centre de la ville ou du village, près des temples majeurs et les castes inférieures en périphérie. A la sortie de Chengalpet, près de la décharge, à part quelques maisons riches en pierre dure, les maisons sont sans eau courante, au sol en terre battue et aux toits en feuilles de bananes. Ici, malgré la pauvreté et l’alcoolisme qui touchent de nombreuses familles, la vie bat son plein et la rue est le royaume des enfants. Leur insouciance, leur joie d’exister, leurs sourires magiques, leurs regards lumineux colorent de beauté cet endroit. Ceux qui vivent là, sont joyeux et souriants, non pas que la vie y soit facile, loin de là, mais parce qu’ils savent bien que s’ils perdent cette joie, ils sombrent dans le désespoir. Nos visites s’y sont intensifiées, tant les enfants sont demandeurs de notre présence. Mes amis ici me rappellent que l’essentiel de ma mission est de redonner à chacun la dignité qui lui est due, en demeurant auprès d’eux, en les aimant toujours plus et en étant une présence de compassion dans chaque épreuve sans laquelle le goût et la volonté de vivre se désagrègent.

Ritishka du quartier du Point-Cœur de Chengalpett

Bien que les Tamouls adorent les jeunes enfants et que ces derniers jouissent d’une grande liberté jusqu’à un certain âge, ils apprennent, très jeunes, à se débrouiller seuls, en particulier dans les familles pauvres, où souvent les deux parents doivent s’absenter pour travailler. Les filles apprennent à devenir des futures mères de famille dès leur plus jeune âge, imitant leur mère pour ce qui est des travaux ménagers, aller chercher l’eau, dessiner le kolam, cuisiner, etc… Sur cette photo, il y a Ritishka, deux ans, notre voisine, qui prépare les seaux que sa tante va devoir remplir dès que le camion arrivera ! Il y a aussi Ammu qui, à treize ans, sait déjà porter six litres d’eau sur sa hanche ! C’est elle qui est chargée de porter l’eau à la maison. Son papa est décédé il y a quatre ans, aussi, sa maman doit-­elle s’absenter toute la journée pour travailler. Il y a aussi Tamizhrasi et Vittoria (deux amies habitant près de la décharge) qui aiment nous apprendre à cuisiner des plats tamouls. Après l’école et en attendant le retour de leurs parents, tous ces enfants aiment passer du temps au Point-­Cœur pour jouer, dessiner, cuisiner, prier. Nous nous efforçons de toujours leur donner de notre temps, leur offrir une oreille attentive et surtout une présence et l’amour dont certains manquent. Voilà maintenant plus d’un an que je suis plongée au plein cœur d’une réalité qui m’était jusque-­là inconnue.

Si, au début de ma mission, j’ai adopté la culture et les conditions de vie locales par nécessité, aujourd’hui observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne. L’Inde ne s’aborde pas facilement mais j’ai appris avec le temps à apprécier les coutumes locales et à ne pas juger les attitudes indiennes en fonction de l’éducation que j’ai reçue. Bien au contraire, je prends plaisir à vivre avec eux et comme eux, à être au milieu de tous ces enfants de toutes ces familles, une présence humble et discrète qui se donne à chaque instant.

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Antonine L. Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett, Inde

L’hospitalité, réponse à la solitude

Antonine est au Point-Cœur de Chengalpett en Inde, auprès des ces amies, elle découvre et vit une hospitalité du cœur qui répond à beaucoup de maux.

Les filles du Point-Cœur de Chengalpett avec Ponomma

Nous poursuivons nos visites hebdomadaires à la léproserie dans les deux parties réservées aux femmes : d’un côté, le block, où les lépreuses habitent de petites maisons enfouies dans la nature et, de l’autre, le ward, une grande salle où sont alignés une trentaine de lits en fer pour les femmes ayant besoin d’un traitement. Chaque semaine, mon affection grandit pour ces femmes qui nous ouvrent leur cœur et donnent leur amitié. Elles sont toutes très touchantes, chacune à sa façon, leur caractère étant différent. Elles veillent les unes sur les autres, attentives à ce que nous puissions passer du temps avec chacune d’entre elles. Je vous avais parlé, dans une lettre précédente de Sucilamma, toujours aussi énergique et bavarde. Il y aussi Ponamma, beaucoup plus calme et sereine, mais infiniment seule. Ne pouvant plus se déplacer, elle passe ses journées entières assise ou allongée sur le seuil de sa maison, sans se plaindre. Sa famille habite trop loin pour venir la voir. Chaque visite que nous lui rendons la rend heureuse, nous dit-­elle. Malgré sa solitude, son regard dégage une paix bouleversante. Il y aussi Alemele et Shanti, deux voisines et amies prenant soin l’une de l’autre. Ici, la solitude est leur plus grande pauvreté, aussi, notre présence n’est pas optionnelle.

Sarala et Antonine

Voici Sarala qui vient au Point-­Cœur tous les matins, après avoir déposé ses deux filles de quatre et sept ans, Magalaxmi et Sarana, à l’école. Son mari étant alcoolique, c’est elle qui doit subvenir aux besoins de la famille, en échange de quelques travaux rémunérateurs. Son visage est marqué par la souffrance. Elle a trente-­deux ans, mais en paraît cinquante. Ses visites sont simples : nous bavardons autour d’un café, elle est toujours curieuse de savoir comment nous vivons dans nos pays. Moi, qui me plains toujours que mon tamoul soit très limité, avec elle, je me surprends à pouvoir parler de tout. L’heure tourne à chaque fois trop vite. Sarala essaie toujours de repousser le moment où elle doit aller travailler. Je crois sincèrement que notre présence quotidienne et notre affection pour elle l’aident à garder espoir, à apaiser sa solitude, à se battre jusqu’au bout et à vivre joyeusement, surtout lorsqu’elle est entourée de ses filles. Il est toujours difficile pour moi de décrire ce que je vis ici. Notre quotidien est fait de petites choses. Ma vie à Points-­Cœur, depuis onze mois maintenant, c’est avant tout être proche de celle des autres, accueillir chaque jour les enfants, être attentive à chacun d’entre eux, visiter et recevoir nos amis pour écouter leurs inquiétudes, leurs peines, leurs souffrances. C’est aussi partager leurs joies, autrement dit, avoir une vraie hospitalité du cœur. Difficile d’avoir une hospitalité simple et vraie quand nous nous trouvons dans un pays où l’hospitalité fait partie intégrante de la culture depuis des siècles et, qui plus est, au milieu des plus pauvres qui, eux, savent nous accueillir avec le cœur, sans prétention.

 

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Antonine L. Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett

Contrastes, couleurs, odeurs, rencontres des premiers jours en Inde !

Cléa vient d’arriver au Point-Cœur d’Inde, premières impressions et premières rencontres, colorées !!

clea-inde

Cléa et les enfants, après la danse !

Me voici en Inde depuis trois semaines, après un vol de 13 heures 45, où je n’ai pas réussi à trouver le sommeil, coincée sur mon siège entre deux Indiens bien endormis. J’ai posé mes pieds dans l’état du Tamil Nadu, à Chennai, par une chaleur de 36 degrés. Premier panorama : des ouistitis partout, des vaches allongées au milieu de la route, des pousses-pousses motorisés en abondance, et des bus pleins à craquer. Le pays tamoul est un état indien où les traditions sont bien ancrées. C’est pour cette raison que j’ai été accueillie selon la coutume indienne : chants, collier de jasmin, bindi sur le front et repas de fête.
La ville où j’habite, Chengalpattu, se trouve à une heure environ en train de Chennai. C’est une chouette ville, délimitée par les montagnes, avec de jolies maisons colorées. Sur le seuil des portes des maisons, on aperçoit des kolam, des dessins géométriques dessinés sur le sol en signe d’accueil. J’apprécie ma nouvelle maison où, avec mes deux sœurs de communauté, Jennifer et Maria, l’on vit à l’indienne : des nattes en guise de matelas, des coussins en guise de sièges, un tapis en guise de table, des gamelles et des épices dans la cuisine. Difficile de décrire ce que je vis ici. Chaque jour, je rencontre de nouvelles personnes ; chaque jour, je découvre un peu plus la culture indienne. Chaque jour est unique.
Lors de mon troisième jour en Inde, je me promenais avec Maria, ma sœur de communauté polonaise, dans les rues de Chengalpattu, lorsque nous avons rencontré un groupe d’enfants, de trois à douze ans. Très vite, ils sont venus vers nous pour nous poser des questions. Maria, qui est en Inde depuis bientôt deux ans, me traduisait : « Quel est ton nom ? Ton âge ? D’où viens-tu ? Aimes-tu l’Inde ? » Voyant que je ne connaissais pas grand-chose à leur langue, ils ont essayé de m’apprendre quelques mots en tamoul, mais ils ont vite trouvé une idée bien plus amusante : m’apprendre la danse indienne ! Sous un soleil de plomb, j’ai donc (essayé) d’apprendre les gestes qu’ils me montraient. Au début, à chacun de mes mouvements, ils éclataient de rire, attirant l’attention des voisins, qui arrêtaient leurs activités pour nous regarder danser. Une bonne heure s’est écoulée à étudier la danse indienne sous le soleil et, lorsque nous avons arrêté de danser, une fillette d’environ dix ans a enlevé son bindi (le petit point rouge sur le front, qui n’est bien souvent en fait qu’un simple autocollant !), pour le coller sur le mien : « Now, you’re an Indian ! » m’a-t-elle dit. Je dois l’avouer, j’étais ravie de ce geste. Nous n’avons pas pu refuser, avec Maria, lorsqu’ils nous ont demandé de jouer encore avec eux, alors que nous devions rentrer chez nous pour préparer le dîner. Une bonne heure s’est donc encore écoulée, à jouer dehors à divers jeux indiens, puis, voyant qu’il se faisait tard et que nous devions vraiment partir, deux petites filles nous ont préparé un thé pour nous retenir encore… Malignes !

Contraste. C’est le mot qui me vient pour terminer cette lettre.
L’odeur des égouts est mêlée à celle du jasmin, dans les cheveux des femmes.
Les rires des enfants dans les rues font concurrence au bruit des klaxons des pousses-‐pousses.
La rue, envahie d’ordures et de déchets, retrouve chaque matin une seconde jeunesse, grâce aux nombreux kolam dessinés sur le seuil des maisons.
Ne dit-­on pas que « la beauté sauvera le monde » (Dostoïevski) ?

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Cléa G. Volontaire au Point-Cœur de Chengalpet

Fioretti d’une despedida indienne

Après huit ans de mission en Inde, Agnès quitte ce pays si cher à son cœur pour une nouvelle mission en Amérique latine. Elle a recueilli quelques mots de ses amis indiens :

Despedida d'Agnès au Jardin de la Miséricorde, Inde, 2016

Fête de départ d’Agnès au Jardin de la Miséricorde

Cela aura fait un peu plus de huit ans que je serai restée en Inde (en comptant ma première expérience en tant que volontaire). « Restée » n’es
t pas vraiment le bon terme… On ne reste pas en Inde, on vit en Inde. Une vie qui dépasse tout ce que je pouvais imaginer. L’Inde est un pays déconcertant, qui m’a permis de repousser toujours plus loin mes limites, de me découvrir telle que je suis réellement ! C’est un pays qui ne peut pas nous laisser indifférents. Incredible India ! Oui ! Vraiment, c’est un masala de tous les extrêmes : je peux passer de l’emportement à l’émerveillement en moins d’une minute ! La vocation qui m’a été offerte me donne la joie de rencontrer le Christ à travers le visage des enfants, des mamans, des grands-mères et des grands-pères de Chengalpet. Pour cette dernière lettre indienne, je voudrais vous partager quelques instants uniques qui m’ont été donnés de vivre.
Voici quelques mots de nos amis :

Reka, la première de nos amies. Je l’ai connue lorsqu’elle avait treize ans… Maintenant, elle a un petit garçon de cinq ans ! Elle me demande, comme presque tous nos amis : « Est‐ce que tu m’oublieras ? » Bien sûr que je ne peux pas oublier tous ces visages ! Et elle, d’ajouter : « À partir du jour où vous avez emménagé dans cette maison, c’est une love story qui a commencé. » Oui, et on ne peut pas oublier une histoire d’amour !

Barathi s’inquiète pour Maria, Dominika et Jennifer : « Qui va s’occuper d’elles ? » Je suis touchée par son attention.

Shiva, lui donne la réponse : « Le Seigneur s’occupe de TOUT ! ». Je le remercie pour tout ce qu’il a pu m’enseigner. « Mais que t’ai‐je enseigné ? » Tellement de choses ! La fidélité dans l’amitié, la vérité dans les relations… 

Babu annan et Jasmine akka : en arrivant chez eux, je demande où est Babu annan car j’ai quelque chose à leur annoncer. Jasmine se précipite au magasin, afin qu’il puisse le fermer et qu’il vienne nous rejoindre ! Après un petit moment, ils me demandent : « Que pouvons nous t’offrir ? » Je leur réponds que le plus grand cadeau est de garder en mémoire leur sourire.

Lattha : elle me dit tout simplement : « Ok ! Tu t’en vas… alors je viens avec toi ! — Mais tu sais, Lattha, là‐bas, on ne parle ni anglais ni tamoul — Pas de problème, je vais apprendre ! »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Agnès Bureau Membre permanent de Points-Cœur

La lumière des yeux de Potomma

Nathalène vient de vivre une mission en Inde, à Chengalpet. Régulièrement les filles de ce Point-Cœur vont visiter leurs amies de la Léproserie, décrite comme un monde à part de solitude et de pauvreté. Potomma est cette vieille femme, qu’elles vont soigner et visiter, jusqu’au bout…  

Potomma

Potomma

 

Nous visitons fréquemment la léproserie. C’est un ensemble de bâtiments immenses. Le bloc des femmes que nous visitons est comme un petit village, un petit monde à part, plein de verdure mais entouré d’un grand mur. Les femmes qui s’y trouvent ont chacune une petite maison d’une petite pièce et les repas sont servis trois fois par jour à la cantine. Nos amies vivent là car elles sont rejetées ou délaissées par leur famille ; elles ne sortent que très rarement, voire quasiment jamais. Elles ne sont pas contagieuses car la lèpre n’est pas active. Cependant, ayant perdu toute sensibilité sur tout le corps, elles ne peuvent rien faire car la moindre plaie peut conduire à une infection et une réactivation de la lèpre et, dans ce cas, elles doivent aller en observation à l’hôpital à côté du bloc. S’il est constaté que la lèpre progresse, elle doivent aller se faire opérer (c’est‐à-dire couper la partie infectée) dans un autre bloc. Ce cas extrême n’est pas celui de nos amies qui vont souvent en observation et se font soigner avant de revenir à leur maison, un mois après en général. Notre visite est donc toujours appréciée dans ce petit monde isolé. Potamma était arrivée récemment à la léproserie. Elle était âgée, très maigre et restait assise sur le pas de sa porte. Elle nous demandait toujours de l’argent et comme nous ne pouvions en donner, elle nous demandait de prier. Après la prière, elle nous redemandait de l’argent et après notre refus nous demandait de partir. Et cela à chaque fois. L’amitié ne se développait donc pas et elle n’était pas très aimable avec grand monde. Un jour, Chrisanne et moi, alors que nous partions après la visite, nous avons senti une très mauvaise odeur en passant devant la maison de Potamma. Potamma avait la jambe dans le plâtre et nous avons craint une réinfection de la lèpre. Elle nous demandait de l’emmener sous un arbre à dix mètres en face pour, disait‐elle, aller à Chengalpet. Nous lui expliquions qu’elle devait voir le docteur pour soigner sa jambe mais elle disait qu’elle l’avait déjà vu et nous suppliait de l’emmener sous cet arbre voulant désespérément aller à Chengalpet. Après avoir hésité, nous avons décidé d’aller voir une des personnes chargées de veiller sur les patientes. Celle­‐ci nous répondit de ne pas perdre notre temps, que Potamma ne valait pas qu’on s’occupe d’elle. Un peu choquées, nous sommes allées voir le docteur qui nous renvoya au responsable. Ce dernier nous expliqua qu’il n’y avait pas d’infection mais qu’à cause de sa jambe cassée, Potamma ne pouvait pas bouger. Or personne ne voulait s’occuper d’elle ni la laver. Elle ne mangeait ni ne buvait plus depuis quelques jours. Avec la permission du responsable, nous sommes revenues le lendemain toutes les trois avec savons, désinfectant, lessive, gant de toilettes, etc. Son état était pire qu’on se l’imaginait : couchée sur le pas de sa porte, elle nageait dans ses excréments, des milliers de fourmis rouges venaient manger les plaies à vif. Elle ne sentait rien et ne pouvait plus bouger, affaiblie par le manque de soin mais surtout par le manque de volonté de vivre. Potamma, bien que vivante, était morte. Nous avons lavé et relavé un de ses saris pour la vêtir proprement après l’avoir elle­‐même lavée. Au début, les voisines nous criaient de ne rien faire, qu’elle n’en valait pas la peine, mais peu à peu elles se sont tues. Puis l’une d’entre‐elles nous a prêté un baquet pour faire chauffer l’eau, une autre des allumettes… Mes années de scoutisme m’ont permis de faire un feu dans la courette pour chauffer l’eau. Nous avons ensuite porté Potamma dans la cour arrière de sa maisonnette à l’abri des regards. Elle avait peur. Quand j’ai commencé à la savonner, elle a compris notre geste et a demandé alors qu’on lui lave les cheveux. Ses yeux brillaient. Quand elle fut propre, nous avons nettoyé sa maison au désinfectant. Heureusement, elle n’avait rien qu’une pièce vide. Nous lui avons mis tant bien que mal son sari propre ; le moindre mouvement lui était douloureux. Chrisanne lui a donné à boire pour enlever les fourmis, puis à manger. Elle n’a pris que deux bouchées de riz. Nous l’avons réinstallée ensuite sur le pas de sa porte. Avant de partir, je l’ai prise en photo et le lui ai montré. J’ai vu des étoiles dans ses yeux et y ai lu une dignité et une humanité retrouvées. La semaine suivante, nous lui avons acheté un tuyau pour ses besoins et les infirmières nous ont promis de la laver régulièrement. Notre geste a beaucoup touché toutes les voisines de Potamma ainsi que le personnel de la léproserie. Une semaine après, alors que nous étions au jardin pour notre jour de repos, un coup de téléphone de la léproserie nous a appris le décès de notre amie. Nous y sommes allées avec le Père Olivier qui est indien. Ils ne pouvaient pas l’enterrer sans le consentement de la famille qui restait injoignable. Son corps était resté dans l’état, juste recouvert d’un sari et d’un peu de poudre. Nous avons prié en pleurant. L’après-­midi nous y sommes retournés pour l’enterrement (la famille avait été mise au courant). La procession funéraire se composait de quelques hommes de l’hôpital ; la famille ne s’était pas déplacée. Elle fut enterrée, des détritus qui trainaient là furent jetés sur son corps avant d’être recouvert de terre. Potamma a vécu sans mémoire et sans dignité, rejetée de tous et est morte de même. Mais je bénis le Seigneur de nous avoir permis de lui rendre la lumière de ses yeux et d’avoir pu contempler ses pauvres lèvres former un sourire.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Nathalène Volontaire en mission en Inde