Angel et Souria, des anges sur mon chemin

C’est de France que Maguelonne (dite Maguy) écrit ces dernières lignes, nous présentant des visages importants de sa mission en Inde.

Maguy, Angel, Souria et leur grand-mère

Je pense que je tirerai encore pendant longtemps les fruits de cette mission. En attendant, j’aimerai vous partager ce que je retiens après deux mois de retour. Je crois que j’ai découvert la paix en Inde. La paix de mon cœur. C’est difficile de vous dire quoi, comment, pourquoi, avec quoi, avec qui ? Mais je peux vous dire que je suis en paix, en confiance et sereine. J’ai découvert cette Paix pendant quatorze mois avec beaucoup d’anges sur mon chemin.

L’évidence pour moi est de commencer par vous raconter ma dernière rencontre avec Angel et Souria ! C’est deux enfants où tout a commencé dans la rue, sous le regard bienveillant de leur grand-­mère. Jamais je n’aurai pu imaginer une amitié aussi pure et vraie avec deux enfants tamoul de six et huit ans. Je n’ai toujours pas compris pourquoi eux spécialement, mais ils sont là dans mon cœur. Le jour est arrivé où je suis allée les voir pour la dernière fois avec Maga. Tout s’est passé comme d’habitude. Angel nous a vu arriver et est rentrée en courant chez elle prévenir son frère et sa grand-­mère. Souria nous a sauté au cou, Angel a sauté sur le lit pour se mettre à notre taille et me sauter dans les bras, leur grand-mère a envoyé Souria acheter du lait pour nous préparer un café. Il est revenu avec un gâteau pour chacune, sentant que c’était ma dernière visite. Il nous les a offert avec son plus beau sourire, heureux de vous faire un cadeau. Angel en a profité pour sortir ses devoirs et nous demander nos crayons de couleur. J’ai profité aussi de ce moment simple de famille, assise sur le lit avec Angel qui crayonnait à côté de moi et cherchait mon admiration. Lorsque je leur ai dit que je partais la semaine d’après, ils n’ont pas changé leur attitude, ils sont tous restés comme ils sont, beaux et naturels. Je pense qu’ils étaient prêts depuis le début. Angel qui avait eu plus de mal au début à se laisser découvrir et aimer par les akka qui passent dans la rue, a su me dire au revoir de la plus belle manière. En prenant une dernière photo de famille pour immortaliser nos nombreuses rencontres, elle a eu le geste tendre de nous réunir tous les quatre par ses petits bras en nous faisant tous rire. Ils nous ont tous les trois raccompagnées en haut de leur rue. Souria a veillé jusqu’au bout à nous protéger des chiens (même s’ils étaient déjà partis). Pour la première fois, je l’ai entendu parler anglais et il a choisi un magnifique be carrreful akka avec un roulage de R comme on les aime. Il a choisi ces simples mots pour me remercier, je les ai reçu avec beaucoup de gratitude, d’amusement et d’émerveillement. C’est avec paix et confiance que je les confie à Maria, Maga, Andie et Anna (nos deux nouvelles volontaires). Ces deux crapules pleines de vie vont me manquer.

 

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Maguelonne G. En mission en Inde

Ritif et Michal

Des rencontres toujours inattendues, voici que Marguerite du Point-Cœur de Chengalpet, nous présente ces deux garçons que la Providence leur a fait rencontrer.

Michal

En avril dernier, alors que la communauté sortait de la messe, deux petits garçons, qui jouaient dans la rue, aperçurent « ces étrangères » et nous suivirent jusqu’à la maison. Ils revinrent tous les jours pendant quelques semaines, dès 7h du matin, trop heureux de pouvoir jouer au kapla et aux cartes, avant de s’absenter pendant de longs mois. Ce n’est qu’il y a quelques jours qu’ils sont revenus et que j’ai fait leur connaissance ! Deux amis inséparables et deux petits monstres courant dans tous les sens et envoyant quelques vulgarités aux autres enfants présents, ce qui provoque quelques bagarres. Ritif, le plus grand en âge (dix ans) et en taille, est le chef. Michal en a neuf. Ses petites jambes maigres ne l’empêchent pas de suivre son ami partout où il va ! Un soir, alors que nous les avions vu la veille dans la rue, très excités, fuyant un homme qui les menaçait de leur jeter une pierre, les parents nous appellent inquiets. Les enfants ne sont toujours pas retournés chez eux pour la nuit et ils nous tiennent presque responsables de cette disparition. Ce n’est que le lendemain, à midi, qu’ils les retrouvent. Ils ont passé la nuit dans une gare, seuls, sans avoir mangé. Deux jours plus tard, les parents de Michal, que nous ne connaissions pas, sont venus nous rendre visite. Ils étaient là pour découvrir où leur fils venait passer du temps après l’école, nous remercier et nous inviter chez eux. Michal était là, tout fier de nous présenter ses parents. Cette famille est hors du commun. Il y a dix ans, ce couple a fait un mariage d’amour, ce qui est encore peu accepté en Inde. Ils ont maintenant vingt-­huit ans et ont quatre enfants : quatre garçons tout aussi beaux les uns que les autres. Michal revient régulièrement à la maison avec un nouveau visage sur lequel se dessine, non pas un sourire moqueur, mais un sourire d’une profonde joie ! L’autre jour, il nous a conduit jusqu’à chez lui. Il me proposa de prendre mon sac. De plus, il prit le parapluie, l’ouvrit, leva très haut la main pour le mettre au-­dessus de ma tête et ainsi me protéger du soleil… Ils sont craquants, ces enfants. Malheureusement, nous n’avons pas revu Ritif depuis. Je le confie tout spécialement à votre prière. A dix ans, il est déjà impliqué dans tous les malheurs de la rue, alcool, drogue et ne va plus à l’école depuis deux mois. Gardons espérance car Dieu envoie de belles grâces, même au plus profond du gouffre, mais ne lâchons pas la prière !

 

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Marguerite F. Volontaire en mission en Inde

« Pars heureuse ! »

La mission se termine, et elle est même terminée… Chiara revient sur ce moment important des au-revoir de son Point-Cœur en Inde à travers des rencontres.

Je vous écris du train qui me ramène à Marseille. L’environnement a bien changé depuis mon retour en Europe. Le TGV n’a pas grand-­chose à voir avec le train que je prenais parfois pour me rendre à Chennai. Le wagon est silencieux, j’ai un fauteuil bien délimité qui peut même s’étendre pour une petite sieste, les fenêtres sont fermées, les gens sont calmes. Pas de wagon réservé aux femmes, pas de voisines sur ma banquette pour discuter, pas de bébé à calmer, de vendeurs qui passent proposer aux voyageurs des friandises, du thé, des bijoux, des fleurs et des légumes. Comme en Inde, je regarde le paysage qui défile. Je pourrais dire que le calme me pousse à l’admiration des terres au-­delà de la fenêtre, pourtant, en Inde j’ai appris à assimiler le bruit comme partie intégrante de la vie : me réveiller le matin avec la musique du temple voisin, entendre les vendeurs ambulants crier le nom de leurs marchandises pendant l’adoration, un temps de prière silencieux le matin. Certes les klaxons étaient parfois pénibles pour une française habituée aux villes peu peuplées et aux grands espaces calmes, mais j’ai appris à ne pas lutter contre le bruit mais à l’inclure dans mon environnement, et si c’est parfois trop dur de l’accueillir, de le laisser couler. C’est ainsi que j’ai appris à prier avec le vendeur de poissons, les voisines qui se disputent, le bébé qui pleure et que, de retour à Marseille, je pourrai prier avec le cri des goélands et les sirènes de pompier.

Chiara avec Selima akka

Je me revois un mois plus tôt dans la rue du Point-­Cœur, au moment de dire au revoir aux femmes qui ont été mes voisines et mes guides pendant plus de dix mois. Mes yeux se mouillent aux dernières paroles échangées. Sandra akka me regarde alors en disant : « Il ne faut pas pleurer », puis en lançant le poing en l’air comme un cri de guerre : « Pars heureuse ! » Tel un combattant, elles me lancent sur le champ de bataille de la vie. Suis-­je seulement prête ? Elles aussi savent que je n’étais là que pour un temps. C’est difficile pour elles, il faut toujours recommencer, accueillir des nouvelles et accepter de s’attacher à elles tout en sachant qu’elles partiront un jour. Les amis me l’ont beaucoup dit : « Tu arrives, tu ne parles pas la langue, et une fois que tu parles tamoul, que l’on te connaît bien tu repars ! » « Une nouvelle volontaire arrive bientôt ! », leur dis-­je pour leur remonter le moral. « Ça ne sera pas pareil. » C’est vrai, ça ne sera pas pareil. Car chaque volontaire est différent et chaque amitié est différente. Pour ma part, j’étais à l’aise dès le début avec les femmes, mais la mission m’a aidée à me mettre à la hauteur des enfants avec qui cela était plus compliqué au début. La mission m’a appris à compter sur les autres, à partager mes joies et mes difficultés en communauté ou avec les amis. Elle m’a aussi appris à lâcher les règles trop rigides, à accepter que les parties de mikado se transforment en concours du plus grand nombre de bâtons en bois dans les cheveux ou en concert de percussion sur la boîte du Memory. J’ai appris que, en fin de compte, la grande finalité de tout c’est l’amour, la manière de me mettre à l’écoute de celui qui est en face de moi.

En Inde, j’ai découvert une culture où l’on ne fait rien à moitié, où il faut plonger entièrement dans la vie, circuler entre les motos, manger avec les doigts, parler fort, où les cinq sens sont continuellement sollicités. J’ai découvert des modèles de vie spirituelle à l’instar de Rosemary akka et Selima akka, qui ont fait de leur vie une prière perpétuelle. Deux femmes, l’une catholique et l’autre musulmane, avec des vies difficiles, marquées par la solitude ou la maladie et qui offrent toutes leurs souffrances à Dieu. Entre deux douleurs, Selima akka, le corps meurtri par une décharge électrique alors qu’elle était adolescente, et qui a subi une vingtaine d’opérations, murmure souvent : « God is great. » (Dieu est grand) Dans chaque maison les amis me font leurs dernières recommandations : « Tu étudies bien, tu travailles bien, tes parents doivent te trouver un bon mari, après tu as de beaux enfants et tu reviens nous voir ! — Kandippa ! » (C’est promis !)

 

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Chiara F. En mission en Inde

Dîner d’adieu chez Abdul et Selima

Après seize mois de mission au Point-Cœur de Chengalpett en Inde, Guillemette rend visite aux amis pour leur dire au revoir, certains l’invite à dîner en action de grâce pour sa mission. La visite d’au-revoir chez Abdul et Selima fut particulièrement marquante pour la générosité de ses hôtes. 

Ce jour-là, Selima va au plus mal, elle souffre beaucoup de ses hernies, et est allongé sur son lit la bouche tordue de souffrance. Nous restons à ses côtés sans trop savoir quoi dire, essayant de lui changer les idées, avec Maria. Je n’ose lui dire que je rentre bientôt dans mon pays… Abdul prend les devants : « Tu pars la semaine prochaine non ? Alors, c’est d’accord, on vous invite à dîner ! » J’aimerais refuser catégoriquement. Ces amis ont eux-mêmes à peine de quoi manger. Régulièrement, on venait leur apporter de la nourriture pour les dépanner. Cette fois-ci, c’est eux qui nous invitent ! Et pas question de refuser ! C’est pour eux un devoir sacré et un grand honneur…

Guillemette entourée d’Abdul et Selima

Le lundi suivant, nous arrivons en retard. On se fait gronder, ils nous attendaient de pied ferme ! Etait-ce bien sérieux cette invitation ? En Inde, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre… Eh bien OUI ! Tout est prêt !

Sambar, appalams, poisson frit, riz et mangue. C’est un festin de pauvre. Il y a même en quantité ! Chacune de nous se fait resservir. Deux pleines assiettes, on est gâté ! On se laisse embarquer par la joie simple d’Abdul, son rire d’enfant. Tous les soucis et douleurs de Selima se sont aussi envolés, elle nous donne avec enthousiasme les détails du menu. Oui, nos amis ont décidément un très grand cœur !

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Guillemette B. Volontaire en mission en Inde

Quand les cœurs se libèrent

Dans le quartier de Chengalpett

Guillemette est dans son dernier mois de mission à Chengalpett en Inde, elle nous présente des amis, Angeli et les enfants de la colline… cœurs assoiffées, plein de vie et de souffrances…

Angeli, notre « petite sœur »
Dernièrement, nous avons reçu Angeli pour trois jours à la maison. Cette amie qui vit au Jardin est si jeune (elle n’a que seize ans) et, à la fois, elle est déjà si mûre, si généreuse, si souriante ! Et pourtant, combien la vie l’a éprouvée… Elle, qui ne peut plus rentrer chez elle, car ses parents veulent la marier de force à un homme âgé pour éponger leurs dettes. Nous l’aimons beaucoup ! Elle est incroyable ! Nous avons passé ce temps ensemble comme si elle était notre petite soeur. Elle était enthousiaste de tout… La première dans la cuisine pour éplucher les tomates et évider la coconut. Elle est venue visiter nos amis dans le quartier comme si elle les avait toujours connus, se préoccupant de leurs difficultés. Et, avec joie, elle priait à nos côtés Dieu « qui prend soin d’elle ». Le plus beau était cette visite au Leprosery Hospital, où elle a rencontré une autre Angeli. C’est une jeune fille de dix-­‐huit ans qui a la lèpre. Après avoir quitté cette fille qui a presque son âge, souffrant de la lèpre, notre Angeli est pensive, le visage préoccupé, elle me dit : « C’est injuste. Pourquoi Dieu permet-­il cela ? » — « Peut-­être Dieu la veut-­il plus prêt de lui, parce qu’il l’aime plus particulièrement ? », lui aurait dit Mère Térésa.

Akkapasangel, nos amis du quartier en haut de la colline
Nous aimons aller visiter cette ribambelle d’enfants pleins de vie, un peu sauvages ! Ils sont livrés à eux-mêmes la journée car leurs parents travaillent et nous sautent dessus à notre venue pour jouer. Nous avons appris la triste nouvelle, le mois dernier, tout juste en rentrant de Varanasi, que ces trois enfants pétillants, Greeta, Naresh et Prakesh, venaient de perdre leur père qui s’était suicidé. L’ambiance alors est pesante, le chagrin nous prend au cœur. Quand nous apprenons la nouvelle, nous sommes sans voix, le cœur lourd. Les enfants nous invitent à partager le repas pour l’occasion. Notre présence les touche. Nous sommes discrètes, en retrait. Le lendemain, ils nous invitent à nouveau, la vie a repris. Nous jouons toute la matinée avec les enfants excités, ils ont tant d’énergie à décharger (toutes ces questions, pleurs, douleurs, angoisses…) La maman nous implore de les inviter au Jardin. Une semaine plus tard, nous les invitons au Jardin. Quelle énergie ! Quelle joie ils ont ! Ce bain d’air frais, de verdure, d’espaces… Leurs cœurs se libèrent, ils courent, jouent, dansent librement. Brother Dominic, grand oncle du Jardin, y vivant depuis quinze ans, après avoir perdu sa jambe gauche, a concocté du poulet en sauce. Il y a plus que de mesure ! Les enfants se régalent et se resservent. Ils se sentent aimés, c’est l’essentiel ! « A quand la prochaine fois ? » « On retourne bientôt à Nemeli ? » « Nemeli me manque déjà ! » Bref, la vie est belle et riche ! Nos cœurs sont remplis d’heureux évènements ici…

 

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Guillemette B. En mission en Inde

Les femmes du quartier du Point-Cœur de Chengalpet

Ramia et son fils Jewesh

Chiara est en Inde depuis quelques mois et elle découvre toujours plus la beauté des femmes de sa rue et de son quartier !

Au fil des mois, je me sens de plus en plus appartenir au quartier, faire partie du voisinage, compter dans le groupe de femmes de notre rue. Chacune d’entre elles continue de m’introduire dans leur culture, de m’expliquer les rituels quotidiens. Je sens de plus en plus que la relation change : je suis là parmi elles. De fait, nous sommes invitées à toutes les célébrations des femmes du quartier : fête pour l’arrivée de la puberté de la jeune fille, fiançailles, mariage, baby shower pour les neuf mois de grossesse. Etre une femme en Inde, c’est vraiment faire partie d’un cercle, d’une confrérie. Toutes doivent (ou devraient) revêtir le sari, porter des boucles d’oreilles, bracelets de bras et de pieds, collier, bijoux de nez, dessiner un point de couleur sur le front, s’attacher les cheveux pour sortir. C’est magnifique et aussi très exigeant. Ce sont des femmes fortes, ces femmes indiennes, des femmes qui se lèvent à quatre heures du matin pour stocker l’eau qui arrive une fois par semaine ou alors aller la chercher à la pompe et porter des bidons de vingt litres sur la hanche. Dès cinq heures, elles nettoient devant leur porte, tracent des kolams puis cuisinent pour la famille. Ensuite, il faut faire la vaisselle, laver les vêtements à la main, nettoyer la maison. Bien que je sois loin d’être totalement une jeune femme indienne, quand il m’arrive, le soir, de discuter (en tamoul !) avec les voisines sur le pas de la porte, alors que nous sommes toutes habillées en nighty (sorte de chemise de nuit qui sert de tenue pour la maison), je me sens l’une d’entre elles.

Je voudrais vous parler d’une autre amie du quartier, Ramia, une amie de longue date du Point-­Cœur. Bien qu’elle ait un an de plus que moi, Ramia m’appelle « auntie » (tante), comme les autres volontaires avant moi. Je trouve ça assez cocasse. Il y a deux ans, alors qu’elle était très malade et que sa famille avait perdu espoir, les volontaires l’ont accompagnée à l’hôpital pour qu’elle puisse être soignée. Aujourd’hui, elle va beaucoup mieux, elle s’est mariée l’année dernière et a un petit garçon de neuf mois prénommé Jewesh. Quand on va les visiter on arrive, de temps en temps, à l’heure de la toilette du petit. C’est un moment très beau. Elle le lave avec de l’eau qu’elle tape sur son corps, puis le couvre de talc et le maquille. Elle dessine des points noirs sur son visage, un sur le front, un sur la joue et un sur le menton pour éviter que son fils ne soit trop mignon et chasser les esprits mauvais qui voudraient s’en emparer. Malheureusement ce petit bonhomme a un problème d’audition et doit subir une opération pour qu’il puisse entendre correctement. La date de l’opération ayant été fixée le mois dernier, nous avons accompagné Ramia à l’hôpital de Chennai, à deux heures de route, avec son mari et son fils. Il fallut faire la queue longtemps pour les admissions dans les grands bâtiments. Pas franchement indispensables dans cette aventure, nous les soutenons en tenant les sacs et en faisant la conversation. A l’heure du déjeuner, nous descendons tous dans la cour de l’hôpital et Ramia me laisse son bébé pour le nourrir avec des petits bouts de gâteau et disparaît dix minutes pour aller manger. Quelle confiance de laisser une petite blanche de vingt-­deux ans, qu’on a vu trois fois dans sa vie, avec son bébé. J’aurais pu partir avec lui, mal le nourrir, le laisser tomber par terre… Pas de problème, elle revient ensuite comme si de rien n’était. Finalement, le petit ne sera pas opéré ce jour-­‐là et nous replions bagages pour rentrer à Chengalpet. Dans le compartiment pour femmes du train du retour, Ramia se recroqueville et pose sa tête sur mes genoux pour dormir. Le moment n’aura duré que quelques minutes avant que Jewesh ne se remette à pleurer. Pourtant, il m’aura beaucoup touchée. Cette femme devenue maman qui, un instant, redevient petite fille et s’endort sur mes jambes en toute confiance, moi qui, il y a encore quelques mois, était une inconnue. Son amitié m’est donnée si vite et si simplement.

 

 

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Chiara F. En mission en Inde

Apprivoisement par le jeu

Maguelonne vient de rejoindre Guillemette, Chiara et Paola au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. A défaut de pouvoir engager de grandes conversations en Tamoul, elle apprivoise les enfants du quartier à travers les jeux.

Guillemette, Chiara, Maguelonne, Paola et Paulina du Point-Cœur de Chengalpett

C’est avec Yenbitnes que j’ai fait la première expérience de créer un lien avec un enfant sans l’aide de Paola, Guillemette ou Chiara. On est arrivé à quatre dans la maison des parents de Vanu, et Yenbitnes se trouvait là. C’est le fils de la voisine, il a quatre ans. Il était très impressionné et timide de voir arriver autant de monde dans cette maison. Je lui ai posé quelques questions en tamoul, mais face à sa passivité et après avoir remis en question ma prononciation, je lui ai proposé des jeux. Timidement, il s’est approché, pas de trop près quand même. L’avantage avec les petites voitures, c’est qu’on peut jouer en restant loin. C’est d’un bout à l’autre de la pièce que l’on commence à s’échanger des regards, des mots, des gestes, des sourires et des rires ! On est parti en laissant sur son visage un sourire heureux.

Le jeu préféré des enfants c’est le Memory. Pendant ces quatre semaines, j’y ai joué un bon nombre de fois (je stimule ma mémoire pour mieux retenir le tamoul !). Dans une maison du haut de la ville, dix enfants étaient là (les enfants du voisinage), avec eux les règles sont différentes. Le but du jeu est de trouver toutes les paires, pour cela tous les coups sont permis : mettre sa mémoire au service de l’autre en l’aidant à trouver la paire, respecter le tour de chacun pour profiter du jeu, accueillir et intégrer la nouvelle venue qui rentre juste de l’école, partager la joie du suivant qui trouve la paire, ne pas compter les points et commenter les images. J’étais très surprise de voir leur partage naturel, leur facilité à profiter pleinement de cette demi-heure de jeux et leur capacité à créer une unité entre chacun quand l’un part, l’autre arrive, le troisième chante, le quatrième combat les moustiques, le cinquième démarre un autre jeu. L’important est de jouer, de s’amuser et de profiter de ce moment ou de respecter les règles, de faire régner l’ordre et de gagner. Ces enfants ont très bien su me montrer ce qu’ils souhaitaient ! […]

J’ai fait la connaissance d’une famille qui habite après la décharge de Chengalpet. C’est un quartier d’intouchables situé à l’écart de la ville. Avec Paola, j’ai d’abord rencontré Vagesh (dix ans) qui me demandait d’aller jouer chez lui, puis il nous a présenté son petit frère Harish (neuf ans) et sa mère, Parimala, qui attendait devant la maison. Paola, les a rencontrés en même temps que moi. Impatients de jouer et ne tenant plus en place, les garçons me demandaient : « Maggy akka, games games ! »et la valse rapide des jeux a commencé ! J’ai sorti les Mikados, jeu qui demande une certaine dextérité et concentration. Leur but était juste de jouer le plus possible pour profiter de ces jeux qu’ils n’ont pas. Incapables de contenir leur énergie et leur enthousiasme, ils criaient « tricheur » pour arriver plus vite à leur tour, mais ils allaient à toute vitesse donc leur temps de jeu se réduisait à deux secondes… Ils me lançaient chacun leur tour un regard qui voulait dire : « J’espère que tu n’as pas vu les mikados bouger, comme ça je peux continuer à jouer. »Malheureusement pour eux, le frère n’avait pas ses yeux dans les poches ! Memory, Jenga, la même énergie vivante les habitait. C’est le papier et les crayons qui les ont un peu apaisés. Vagesh, Harish et Parimala ont laissé une trace de ce qui se passe dans leur être, une trace de leur passage. Il me tarde de les retrouver, Paola a croisé Vagesh hier qui rentrait de l’école, il a insisté pour qu’on revienne jouer chez lui. C’est dingue, trente minutes de jeux partagés ensemble il y a deux semaines, et il garde ce souvenir bien présent.

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Maguelonne G. Volontaire en mission en Inde

Auprès d’eux, se simplifier…

Guillemette et Chiara au Point-Cœur de Chengalpet

Accueillir les nouvelles volontaires est une mission dans la mission. Guillemette approfondit ainsi sa présence, sa mission auprès des amis du Point-Cœur de Chengalpet.

Pourquoi ma présence ici en mission ? Ce mois-­ci je suis devenue l’« Akka » de la maison, c’est moi l’ancienne qui transmet à nos deux nouvelles volontaires notre quotidien, nos amitiés, la culture indienne… Me voici transformée en professeur de tamil, apprentie chef en cuisine indienne, organisatrice de la vie quotidienne, hihi ! Car notre vie est possible par le maillage des générations, où les anciennes apprennent aux nouvelles notre raison d’être dans le quartier (Paula Akka, ma grande sœur argentine, a dû nous quitter pour quelques semaines). J’ai de la chance, Chiara est pleine d’enthousiasme et le cœur grand ouvert pour rencontrer et aimer nos amis, Maguelonne n’arrive que dans une semaine*. Un petit coup d’œil dans notre quotidien ? Hier, nous avons cuisiné le matin pour Babu Anna, notre ami seul chez lui. Sa famille et ses filles sont parties vivre dans la famille maternelle. Il a beaucoup de mal à joindre les deux bouts. Puis, débarque Sarala Akka à qui nous offrons les chapatis restants. Cette amie vient nous visiter presque tous les jours pour trouver un refuge, son mari boit et elle n’a pas d’autre choix que de travailler dur comme femme de ménage pour subvenir à ses besoins et éduquer ses deux filles Saranya et Magalakshmi.
L’après-­midi, après la sieste et le chapelet, commencent nos apostolats. Nous allons visiter Abdul et Selima, deux frères et sœurs très touchés par la maladie : Selima a eu plus de dix opérations chirurgicales. Et pourtant, ils accueillent largement le petit frère, le neveu, le voisin et la voisine, seul endroit où ils ont trouvé refuge et amour. Nous visitons aussi Yasmine et sa famille, une famille musulmane qui nous accueille toujours à bras grands ouverts avec un jus ou un café indien (du lait, du café et beaucoup de sucre. Celui offert par nos amis est le meilleur !) Yasmine, du haut de ses douze ans vient de devenir une « grande fille » avec sa puberté. Ils ont donc fait une grande fête avec les robes en velours, coiffes de fleurs jusqu’aux pieds et plusieurs kilos de bryani pour les nombreux invités. On ne peut plus les quitter : « Restez encore cinq minutes avec nous ! » « Vous venez la semaine prochaine ? »
Je crois que Chiara, et bientôt Maguelonne sont affreusement mal tombées avec moi. Car je déteste m’ennuyer et vivre la routine ! L’Aventure scoute ! Attention à ne pas exprimer trop sérieusement ses désirs à Dieu ! Il nous prend au sérieux, et sait comment mettre du piment dans nos vies, hihi ! Ainsi Dieu nous surprend et nous attend dans le quartier.
Dimanche, nous sommes allées visiter nos amis de la décharge, un quartier d’intouchables. C’est incroyable comme de nombreux nouveaux enfants courent à notre rencontre, ils sont avides de jouer aux Mikado ou Jenga, dessiner et colorier nos images de saints. Une nouvelle amie nous reçoit pour la première fois, elle nous raconte qu’un an après son mariage, son mari l’a abandonnée pour une autre femme. Quelle culpabilité pour elle vis-­à-­vis de ses parents qui ont payé la dote onéreuse, et quelle honte pour la société indienne… Désormais, nous la visitons chaque dimanche, c’est comme si c’était évident pour elle, notre amitié ! Elle a le cœur grand ouvert pour nous accueillir et partager du temps ! Comme je le disais à Chiara, notre mission, et surtout nos amis nous donnent de nous simplifier. Ils nous invitent à regarder l’essentiel dans nos vies et nous apprennent à réellement nous occuper les uns des autres. J’ai appris à décortiquer un crabe chez cette amie de la décharge : à notre deuxième visite, elle ne nous a pas laissées partir sans qu’on déguste crabe et poisson mijotés aux épices, piment rouge et feuilles de curry. C’est leur plus belle façon de nous aimer : nous donner ce qu’ils ont de plus précieux, la nourriture qui nous permet de vivre et survivre. Leur générosité me touche beaucoup !

*Maguelonne est maintenant au Point-Cœur !

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Guillemette B. En mission en Inde

« A n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas »

Antonine dans le quartier, lors de ses aurevoirs

Antonine revient juste de dix-huit mois de mission à Chengalpett en Inde, une mission simple, plongée dans une réalité toute différente, une école et une intense action de grâces.

Fini le spectacle de la rue avec sa circulation rocambolesque, son concert de klaxons, ses odeurs d’épices et de fleurs de jasmin, ses vaches, ses véhicules surchargés et la démarche princière de ces femmes indiennes en saris colorés… Je me revois assise à l’aéroport attendant fébrilement le décollage pour l’Inde. Dix-­huit mois me paraissaient alors bien longs. Je n’étais pas rassurée à l’idée de quitter la France pour ce pays de plus d’un milliard d’habitants, dont je ne connaissais absolument rien. J’étais loin d’imaginer que la culture, le mode de vie et les mentalités différaient aussi radicalement de la civilisation occidentale. J’ai découvert une réalité bien différente de la nôtre, un pays où les gens sont particulièrement chaleureux, accueillants et profondément croyants. En vivant dans un quartier marqué par des souffrances matérielles et morales (pauvreté, alcoolisme, maltraitance), j’ai aussi pris conscience de la dureté de leur vie quotidienne, de la logique des castes, du fatalisme social et du combat des femmes victimes d’injustice. Avec Points-­Cœur, j’ai été pour nos amis du quartier une présence de compassion dans les moments de joie comme dans les épreuves. Je n’ai pas cherché à les changer car Points-­Cœur ne prétend pas vouloir changer le monde mais simplement réconforter les hommes, les femmes et les enfants qui souffrent. Au contraire, j’ai appris à « me laisser guider par les événements, les imprévus, à ne pas être dans l’attente et à accepter que nos projets soient contrariés ». Difficile pour moi de retranscrire ce que j’ai vécu pendant dix-­huit mois. Mais à n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas. Je rends grâce pour toutes les amitiés que j’ai reçues et que je garderai précieusement dans mon cœur. Cette belle mission à l’école des plus pauvres et des plus souffrants sera j’espère un fondement pour toute ma vie.

 

 

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Antonine L. Volontaire en Inde

En Inde, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié !

Indian traffic !!

Depuis peu au Point-Coeur de Chengalpett, Guillemette décrit cette expérience haute en couleurs, saveurs, rencontres et nouveautés…

L’Inde est un pays qui nous prend aux tripes, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié : cette nourriture épicée qu’on mange avec les doigts, ces saris colorés que portent les femmes, les klaxons et vendeurs à la sauvette qu’on croise partout dans la rue. Je me souviens de ce jour où mes sœurs de communauté sont venues me chercher à l’aéroport. Nous négocions en tamoul la course pour 1300 roupies (environ vingt euros pour 1h de route) et nous voilà embarquées : il est 5h de l’après-­midi, heure de pointe, et nous nous embarquons à soixante kilomètres à l’heure, sur cette route endiablée. Motos, rickshaw, bus, voitures et camions se dépassent et s’emboîtent sans foi ni loi. Une seule règle prône : klaxonner plus fort que ses voisins pour se frayer un chemin ! Nous dépassons une moto avec le papa et ses deux enfants à califourchon, derrière la maman, assise en amazone tenant son dernier enfant par le bras. Ici, l’essentiel c’est de se déplacer, plus on est nombreux mieux on se porte! Malgré tout, dans ce « capharnaüm », les Indiens sont sereins. Oui, les Indiens ont foi en la vie. C’est sûrement parce qu’ils ont une foi évidente en l’existence de Dieu, qu’ils soient hindous, chrétiens ou musulmans. Ils acceptent aussi leur sort, leur pauvreté ou leur vie monotone comme ils sont, avec une grande humilité. Sans doute du fait de l’hindouisme bien ancré : si on vit bien sa vie, on a des chances de se réincarner dans une meilleure condition. Dans l’avion, mon voisin (jeune étudiant de New Dehli) me disait : « Just relax and trust in life ». C’est leur lâcher prise, allant parfois jusqu’au laisser-­aller (qui peut nous surprendre car nous avons tendance à vouloir agir pour changer les choses !) Mon autre voisin dans l’avion, un gourou dans la tradition hindou, voyageant avec pour seul bagage un sac en toile et une couverture, me disait : « Tu verras, c’est le “syndrome indien”. Soit on aime, soit on n’aime pas. Mais, quoiqu’il en soit, on en revient transformé… » Ce qui est étonnant dans cette culture c’est que chacun a un rôle bien défini. C’est le fait des castes qui définit le métier que l’on exerce… Ainsi, nous sommes allées acheter mes nouveaux vêtements, des tchulidads (tuniques colorées portées par les femmes indiennes). J’ai cette chance de m’habiller à l’indienne ! Ça nous est d’ailleurs très important : ainsi nous nous immergeons pleinement dans la culture et partageons la vie de nos amis. A l’entrée du magasin, un homme a pour rôle de mettre en consigne nos sacs. A chaque étale, plusieurs vendeurs viennent nous conseiller et on ne peut descendre sans qu’un accompagnateur indien ne vienne récupérer nos emplettes pour les descendre à l’étage inférieur. Une fois les tissus achetés, direction le tailleur qui va coudre mes nouveaux vêtements. Notre amie couturière est incroyable par sa joie de vivre, même si je ne comprends pas la langue, son sourire et son regard pétillant communiquent bien plus. Dans sa boutique de deux mètres carrés elle reçoit les clients, coud, garde ses enfants après l’école… Malgré la simplicité de sa vie, elle se réjouit de ce qu’elle a ! Je vous partage ma joie d’avoir maintenant mes tchulidads prêtes, elles sont magnifiques ! Notre amie a ce sens du détail, les mesures sont prises à la perfection !

Les « sisters » du Point-Coeur de Chengalpett

 

 

 

 

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Guillemette B. Volontaire en mission au Point-Coeur de Chengalpett