Suyapa, mendiante d’amour

Ruelle du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa

A Tegucigalpa, Solène retrouve Suyapa, cette mendiante au cœur assoiffé qui rayonne du Royaume.

De bon matin, alors que nous sortons de la messe, nous apercevons de loin Suyapa. Nous faisant un signe de la main, elle semble également nous reconnaître. Elle mendiait en effet à ce même feu rouge, trois mois plus tôt. Nous l’avions alors saluée brièvement… Naine de nature, Suyapa est une jolie femme de soixante-­cinq ans, à qui l’on pourrait aisément en donner vingt de moins, sans doute par sa voix enfantine et son visage tout lisse qui paraît échapper à la marque du temps. Elle m’a fait tomber à genoux, par sa petite taille mais aussi par sa grandeur d’âme. Elle est pour moi un témoignage vivant : « Vous savez, moi, je n’ai pas de maison, je n’ai pas à manger mais j’ai toujours dormi quelque part et j’ai toujours mangé quelque chose. Je n’ai jamais manqué de rien car je vis de la Providence divine. Le Seigneur me comble de tout. Quel Père pourrait délaisser son enfant bien-­‐ aimé ? » Avec beaucoup d’humilité, elle poursuit : « Il faut apprendre à mendier, mendier, mendier. Il faut savoir mendier. » Elle nous enseigne alors : « Le Seigneur nous envoie des épreuves pour affirmer notre foi. J’ai parfois de telles douleurs dans les jambes que je ne sens plus la force de me lever. Je demande alors à Dieu Sa force et Il me lève. » Quelle belle invitation à reconnaître sa pauvreté et à mendier la grâce de Jésus pour nous relever ! Peu après, elle nous raconte : « Un jour, alors que j’étais en train de mendier, un monsieur m’a violemment craché au visage : « Dégage ! », ce à quoi je lui ai répondu : « Que le Seigneur vous bénisse ! »» Combien son attitude est incarnation de l’Évangile. La même semaine, je médite cette parole de la Bible : « Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Répondez au contraire par une bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction. » 1 Pierre 3, 8-­‐9 Elle poursuit alors : « Quelques jours plus tard, cet homme m’a demandé pardon et m’a remerciée de lui avoir répondu avec bonté. Je lui ai dit : « Comment pourrai-­je vous répondre autrement ? Vous êtes le fils de Marie, nous avons la même Mère. Nous sommes frères. »» Suyapa est pour moi un ange que Dieu a mis sur mon chemin, afin de ne pas m’égarer, afin de m’aider à vivre la mission avec tout ce que je suis, mais aussi avec tout ce que je ne suis pas, avec ce que le Seigneur me propose de devenir par Sa grâce. C’était touchant, un moment un monsieur s’est arrêté au feu vert pour nous lancer par la fenêtre : « C’est superbe ce que vous faites ! », avant de démarrer rapidement, sans bien même nous laisser le temps de réagir. La gratuité, quelle belle chaîne de charité ! C’est fou comme l’amour est contagieux, quand on sait le recevoir. Ça me fait penser à Mère Teresa qui nous met face à nos responsabilités face au sort de l’humanité : « La paix commence par un sourire ». Simple mais puissant ! Suyapa nous confie plus tard : « J’ai en moi cette cicatrice de ne pas me sentir aimé. Et vous m’avez offert ce qu’il y a de plus précieux, votre amour dont j’ai tellement besoin, cet amour que je n’ai jamais reçu de mes parents. Ce n’est pas l’argent que je recherche, je recherche de la tendresse, quelqu’un qui m’aime. Vous êtes les anges que Dieu m’a envoyés pour m’aimer aujourd’hui. » Et alors que nous la serrons très fort dans nos bras, elle se met à prier ouvertement en pleurant à chaudes larmes : « Merci Seigneur de m’avoir envoyé ces trois petits anges. Ils m’ont vue de loin, m’ont saluée de la main, ont continué leur chemin et quelques secondes plus tard ont fait demi-­tour pour venir m’embrasser. Merci de les avoir amenés à moi, Seigneur. » Au moment de nous quitter, elle s’exclame : « Quand est-­ce que l’on va se revoir ? Comme je voudrais que vous m’emmeniez à la messe ! Comme je voudrais vous adopter tous les trois ! Je vous en prie, priez-­pour moi. Votre amour et votre prière seront mes plus beaux trésors. » Suyapa me rappelle le charisme de notre mission. Nous ne sommes pas là pour faire, mais d’abord pour être. Nous sommes là pour aimer, c’est la plus grande soif de l’humanité : être aimé. Et c’est amusant, car deux semaines plus tard, en allant me reposer à nouveau chez Alessandra, je souhaitais de tout cœur la revoir. Avec Estefanía, nous avions tout prévu : mettre le réveil plus tôt pour aller la chercher au feu, l’emmener avec nous à la messe comme elle en rêvait, et partager dans la rue un petit-­déjeuner « improvisé ». Finalement, rien de tout cela. Car au feu, pas de Suyapa ! Et à l’horizon, seulement le flux ininterrompu de voitures. C’est vrai que j’étais déçue. Mais en même temps je rendais grâce : « Merci Seigneur car tu me fais comprendre que cette amitié est Tienne. Elle ne m’appartient pas. Elle m’est donnée, je ne peux la posséder. Je la remets entre tes mains. Que ce soit, non ma volonté, mais bien Ta volonté Seigneur. Ça, c’est la liberté ! »

 

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Solène deF. En mission au Honduras

Aurélien et les enfants du quartier du Point-Coeur de Tégucigalpa

Etre en vie est une action de grâce !

Arrivé depuis quelques jours au Honduras, Aurélien nous raconte ce qui l’édifie, le surprend et lui apprend à remettre Dieu au centre de tout grâce aux rencontres qu’il fait avec le Point-Coeur.

Je suis édifié, jour après jour, par la foi et l’amour qui habitent chaque personne, chaque rencontre. Malgré les épreuves et les souffrances, leur confiance en Dieu refait surface et, souvent, le simple fait d’être en vie leur suffit pour dire « gracias a Dios ». Je sens, aussi, un profond attachement à la Vierge : Jamais une messe ne se termine sans un « Dios te salve ». Il est fréquent de voir des chapelets, soit autour du cou ou dans les voitures, et, la patronne du Honduras, la Vierge de Suyapa, est visible dans la plupart des maisons. J’apprends ainsi à mettre un visage maternel sur notre maman du Ciel. S’il est parfois difficile de mettre Dieu au centre de mon quotidien français, ici, les signes nous rappelant sa présence, grouillent de toute part (paroles d’évangile sur les murs de la ville et dans la prison que l’on visite, des médailles miraculeuses portées ostensiblement…) Qu’est-ce que c’est bon de voir et de sentir cela à chaque instant !

Je voudrais, maintenant, vous faire part d’une rencontre qui m’a bouleversé. Un lundi matin, alors que nous priions le chapelet, au retour de la messe, avec Solène et Estefania, une dame nous salua de loin avec un grand sourire. Après l’avoir saluée en retour, nous avons fait demi-tour pour partager un moment avec elle. Elle se trouvait seule, à un carrefour, et nous a confié ses soucis de santé et de famille, avant de commencer à rendre grâce pour l’instant présent et à prier pour nous !! Les larmes perlaient sur son visage, non pas des larmes de tristesse mais bien de gratitude et de joie, alors que nous l’entourions par des gestes affectueux. Notre écoute et notre chaleureuse présence était ce dont elle avait besoin, à ce moment, mais quelle foi habitait cette femme de soixante-et-un ans, qui en paraissait vingt de moins, tant sa foi resplendissait sur son visage.

Enfin, quel bonheur de vivre des messes si joyeuses et si profondes. Elles me donnent, selon moi, un avant goût de ce qui nous attend au Ciel et je me nourris énormément de tout cela ! Je découvre, peu à peu, que la simplicité (des conditions de vie mais surtout du cœur) me rapproche de l’autre et donc de Dieu. Malgré les moments où je suis fatigué, où la langue m’empêche de bien comprendre et de partager autant que je le voudrais, où je me sens impuissant face à la peine endurée par certains de nos amis, il n’y a pas à s’en faire, car le Seigneur est bien présent à travers nos amis, à travers mes sœurs de communauté et, bien-sûr, dans le Saint Sacrement, que nous avons la chance de contempler chaque jour ! Je me sens, d’ailleurs, d’autant plus proche de Jésus, que ma chambre donne directement sur notre chapelle !

 

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Aurélien M. En mission à Tégucigalpa

Allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

Dans l’avion de retour du Point-Cœur du Honduras, Bérengère nous partage ses premières pensées, l’essentiel de sa mission, la leçon d’amitié…

Bérengère et la famille de Maria Justina Honduras

Me voici dans l’avion de retour. Alors que dans moins de dix heures maintenant, je vais à nouveau fouler le sol français, après une mission à plus de 8 500 kilomètres de là. Il est venu, pour moi, le temps de faire le bilan de cette extraordinaire expérience humaine. Mais ô combien cette tâche m’est difficile ! Comment résumer de manière fidèle ce que j’ai vécu ici d’un point de vue spirituel, humain et culturel ? Une chose est sûre, c’est que j’ai beaucoup reçu ! Si vous saviez à quel point ! Bien plus que je n’ai pu donner. Cette mission m’a évidemment transformée, car elle m’a permise de réaliser ce que j’avais au fond de mon cœur depuis des années, d’accomplir ce à quoi j’aspirais. J’ai tant appris ! A commencer par le don de soi, quelque soit les circonstances, la patience, l’écoute, la disponibilité à tout moment, la simplicité de vie, l’humilité, la vie en communauté. J’ai beaucoup appris sur les autres, sur moi, sur mes richesses et mes limites. J’ai appris à aimer, à aimer en vérité, de manière totalement gratuite, les personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles font. J’ai appris à regarder le bien en chacune d’elles. Cela a changé mon regard sur la vie et sur ma vision du monde qui était sans doute erronée auparavant.

Oui, qu’est-­ce que je l’ai aimé mon quartier, avec ses inconvénients, mais surtout avec ses richesses, et sa plus grande richesse, ce sont ceux qui y vivent.  Que c’est difficile de quitter ceux que l’on aime ! Certes, je laisse donc ici beaucoup d’amis, mais je ne les perds pas. Ces amitiés ne m’appartiennent pas, c’est avant tout une amitié avec Points-­Cœur et c’est cela qui est beau… Les missionnaires ont beau partir un jour ou l’autre, les amitiés restent et se transmettent aux nouveaux missionnaires. Combien de fois, dans la rue, des amis du Point-­Cœur sont venus nous saluer alors que nous ne les connaissions pas encore, mais qu’ils connaissaient untel ou untel il y a quelques années ! Il n’est donc pas rare d’écouter nos amis du quartier nous parler des missionnaires d’il y a cinq, dix, quinze ou encore dix-­huit ans au début de Points-­Cœur au Honduras. Ainsi, Klaudia, Estefania, Solène et Agata vont continuer à faire grandir ces amitiés et les transmettront, à leur tour, lorsqu’elles partiront.

Mes trois dernières semaines, je les ai passées à visiter, du matin au soir, nos amis pour leur dire « au-­revoir » et les inviter à ma despedida. Que c’était difficile pour moi, mais beau à la fois ! A chaque visite, ils étaient si émus, me serraient fort dans leurs bras et ne cessaient de me remercier. Je ne comprenais pas pourquoi, car je ne leur ai offert que ma présence et mon amitié, mais peut-­être est-­ce cela même qu’ils recherchaient ? Je n’ai peut‐être pas toujours été à la hauteur, mais ce que j’ai fait, je l’ai fait du mieux que je pouvais et de tout mon cœur.

Nos amis du quartier n’ont pas grand-­chose d’un point de vue matériel. Leurs biens personnels et leurs souvenirs tiennent pour l’essentiel dans une valise, mais ils vous donnent de tout leur cœur tout ce qu’ils ont, à commencer par leur trésor le plus précieux, l’Amour.
Oui, ils vivent pauvrement, mais ne se plaignent jamais et sont heureux comme ils sont et avec ce qu’ils ont. Alors que je m’apprête à retrouver ma famille, mes amis et ma vie professionnelle. Je pense à tous les anciens missionnaires qui, avant moi, ont eu le privilège de cette expérience de tout quitter pour aller vers ceux qui en ont besoin, mais je pense aussi à tous ceux qui se posent la question de partir en mission et qui hésitent encore. Si je pouvais vous donner un conseil, allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

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Bérengère L. Volontaire au Point-­Cœur du Honduras

Qu’il est grand de se faire petit !

Solène et Don Julia – Honduras

Auprès de Don Julio du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa, Solène découvre la beauté de la dépendance…

Don Julio est le « grand-­père » du quartier, la toute première personne que j’ai visitée. Combien j’étais surprise qu’il m’accueille comme sa propre petite-­fille, avec des gestes d’une si grande tendresse. Don Julio a une plaie ouverte à la cheville, qui l’empêche de bien marcher. Chaque mercredi, le curé de la paroisse vient célébrer la messe au Point-­Cœur. Et, venir à la messe chez nous, c’est la plus grande joie de Don Julio, d’autant plus qu’il ne peut se déplacer jusqu’à l’église, qui est bien trop difficile d’accès pour lui, étant située en hauteur. Un jour, nous allions donc chercher notre ami pour l’aider à marcher, en lui donnant le bras. Vous l’auriez vu, si fou de joie et de fierté, de dire à tous les passants dans la rue : « Je vais à la messe au Point-­Cœur !! » C’était la grande sortie ! Le trajet de deux minutes a bien duré un quart d’heure… Une des personnes, sur le chemin, lui a tendu un billet. Ce n’est que lors de la quête que j´ai pu comprendre ce beau geste de générosité. Quelle belle solidarité ! Au moment de l’élévation de l’hostie, Don Julio a tenu à se mettre à genoux pour se faire tout petit devant Jésus-­Eucharistie, alors que cette position lui était inconfortable et même insoutenable. De chaque côté, nous nous sommes empressées de le soutenir fermement, en lui donnant le bras afin qu’il puisse tenir en équilibre. Cela avait tant de sens pour moi, à ce moment précis, de me préparer à recevoir Jésus, en si profonde communion avec mon frère en Christ, Don Julio. Au fond, je réalise que c’est un peu ça notre mission ici. Amener les personnes qui souffrent le plus à Celui qui nous aime le plus, en partageant une amitié simple et profonde, en offrant toute notre présence d´amour. L’attitude de Don Julio était si belle, se mettre à genoux pour mieux contempler la grandeur de Jésus à travers notre propre petitesse, dans tout ce que nous avons de plus pauvre et de plus fragile. Qu’il est grand de se faire petit ! Et qu’il est humble de s’abaisser ainsi, tout en sachant ne pas avoir la force de se relever par la suite. Quelle humilité alors d’accepter l’aide d’une main pour se mettre debout, en se reconnaissant dépendant, en épousant la plénitude de ses fragilités, en se servant de celles-­‐ci pour se rapprocher de notre voisin avec confiance et abandon. Mourir à soi…, pour renaître avec les autres ! La dépendance, la dépendance… C’est quelque chose dont j’apprends à découvrir la beauté. Combien je me suis sentie dépendante en arrivant ici, sans pouvoir parler espagnol et immergée dans ce nouveau monde qui m’était donné, sans rien pouvoir maîtriser… Tout était à accueillir… Grâce à vous, mes chers parrains, je réalise combien, lorsque que l’on se fait mendiante, lorsque que l’on se fait dépendante, Dieu nous donne la grâce d’aimer d’un amour qui nous dépasse, d’un amour bien plus grand, de Son amour…

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Solène de F. Volontaire au Point-Cœur du Honduras

Modesto a perdu sa maman…

Et tout le quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa se joint à lui pour  veiller et enterrer sa maman, nous raconte Bérengère.

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Le Point-Cœur du Honduras, dont Bérengère !

Modesto a perdu sa maman, Doña Toya, il y a peu de temps, le 10 décembre. Modesto, nous ne le connaissons pas depuis très longtemps. Nous le croisions régulièrement lorsque nous allions jeter nos poubelles, car celui-­ci récupérait tout le plastique de la beine-­à-­ordures pour le revendre, c’est comme cela qu’il gagnait sa vie. Notre amitié est née de cette manière, en le saluant tous les jours. Sa maman, les anciens missionnaires la connaissaient davantage. Un jour, je ne me rappelle plus de quelle manière très exactement, Modesto est venu nous trouver pour nous dire que sa maman, âgée, était hospitalisée. Alors nous l’avons accompagné à l’hôpital pour lui rendre une visite. Modesto, qui n’a pas un sou et qui vit très pauvrement, avait tenu à payer le bus pour tout le monde, aller‐retour : il était si fier de pouvoir le faire et, compte-­tenu de sa situation, son geste était si beau et portait à réfléchir. Doña Toya est finalement rentrée chez elle car les médecins ne pouvaient plus rien faire pour elle. Alors nous sommes allées prier le chapelet à son chevet, elle ouvrait les yeux de temps en temps mais ne s’alimentait déjà plus depuis une semaine et perdait conscience petit à petit. Quelques jours après, elle rejoignait le Père. Ici, les habitants du quartier ont pour habitude de veiller les corps, chez eux, nuits et jours, jusqu’au jour de l’enterrement. Alors nous avons accompagné Modesto dans cet instant difficile. Sa maison était remplie d’amis, de voisins, d’inconnus. Tous étaient là pour le soutenir et pour prier pour sa maman. Modesto, quelques jours avant la mort de sa maman, était très inquiet car il ne savait pas comment il allait faire pour payer l’enterrement, mais aussi pour offrir de quoi boire et manger à tous ceux qui allaient venir veiller le corps de sa maman. Quand nous sommes arrivées chez lui, à 23 heures du soir, pour veiller le corps, il y avait de quoi se sustenter de tous les côtés… Les habitants de la colonie n’étaient pas venus les mains vides. Béto avait même fait du porte-­à-porte pour récolter de l’argent, alors qu’il ne connaissait pas plus que cela Doña Toya et Modesto. Dans ces moments-­là, ils sont tous solidaires et je n’avais pas l’habitude de vivre les choses de cette manière-­ci. Le jour de l’enterrement, un bus (comme à chaque enterrement) avait été mis à disposition pour que tous les habitants de la colonie puissent venir au cimetière. C’est ainsi que nous avons accompagné Modesto, pelle en main, pour aller enterrer sa maman. Lorsqu’il mit le cercueil en terre et qu’il eut fini de remettre la terre, son visage était apaisé et il regarda longtemps le ciel en souriant…

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Bérengère L. Volontaire au Point-Cœur de Tegucugalpa

Un anniversaire en prison

Le Point-Cœur du Honduras est très lié à une famille dont le père est en prison. Son anniversaire est l’occasion de rencontrer d’autre détenus jusqu’à s’en faire de nouveaux amis. 

La communauté du Point-Cœur du Honduras et leurs amis, prêts pour aller à la prison

La communauté du Point-Cœur du Honduras et leurs amis, prêts pour aller à la prison

Je voudrais vous présenter une grande famille amie du Point-Cœur, chez qui nous allons régulièrement nous reposer les lundis, et qui habite tout près de chez nous. Doña Alma et Don Efrain sont mariés et ont quatre enfants : deux vivent en Espagne et deux vivent encore chez eux, Rigo et Regina. Don Efrain est en prison depuis plus d’un an et demi maintenant, alors qu’il est innocent. Il était avocat et il est accusé d’avoir vendu illégalement des terrains qui ne lui appartenaient pas, sa signature s’étant retrouvée sur des documents. L’affaire est particulièrement complexe, de grosses sommes d’argent devant être en jeu, et, la justice ici n’étant évidemment pas la justice française, il n’a toujours pas été jugé. Fin octobre, nous sommes tous allés lui rendre visite à la prison avec sa famille, à l’occasion de son anniversaire. L’atmosphère qui y règne pour franchir les cordons de sécurité est très particulière et est bien différente de celle pour entrer dans la prison des femmes. Nous sommes beaucoup plus contrôlés, même si nous arrivons à passer plus rapidement avec une autorisation spéciale « membres d’église ». Dans cette prison, il y a plusieurs quartiers, dont un réservé à la mara (tout en ne mélangeant évidemment pas les gangs). Celui où se trouve Don Efrain est réservé aux détenus n’ayant pas encore été jugés et il est assez calme.

Et contrairement à ce que vous pourriez penser de prime abord, ce fut une journée familiale remplie d’émotion et de joie. C’était la première fois que je rencontrais Don Efrain, et il m’a accueillie comme un membre de sa famille à part entière, avec tant de simplicité et de générosité, attentif à chacun d’entre nous continuellement. Il était si heureux qu’il a passé son déjeuner debout, à s’assurer que chacun avait ce qu’il lui fallait et ne manquait de rien ! Son regard débordait de joie, et son sourire, si radieux ! Je l’admire beaucoup. Ce premier anniversaire, certes passé en prison, mais rempli de joie et d’émotion, je ne suis évidemment pas prête de l’oublier non plus.

Ce même jour, j’ai également fait la connaissance de deux autres compagnons d’infortune de Don Efrain, dont je ne pourrai également oublier le visage. Le premier, José, est en prison depuis un peu plus d’un an et demi aussi. Il était ingénieur et chef d’entreprise, et on l’accuse d’avoir détourné l’argent de son entreprise, en privilégiant certains de ses salariés. En réalité, il leur a simplement versé deux salaires en un mois, n’ayant pas pu les payer le mois précédent… Difficile de croire que l’on peut se retrouver en prison simplement pour avoir voulu régulariser la situation. Ici, la justice étant elle aussi corrompue, c’est un peu tout ou rien… Lui aussi nous a accueillis comme ses amis, s’intéressant réellement à chacun d’entre nous et à ce que nous faisions. Lui non plus ne s’est lamenté sur sa situation à aucun moment. Il nous a tous offert un bracelet dizainier en corde, fait de ses mains, et j’ai été si touchée de son attention et admirative de sa Foi en dépit des circonstances, qu’il ne quitte désormais plus mon poignet. Chaque jour, en le regardant, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces prisonniers innocents et de prier pour leur rapide libération.

Le second, Jorge, est brésilien. Il est en prison depuis plus de quatre ans et attend toujours son extradition pour le Brésil. Ici, il n’a pas de famille, il se sent bien seul et a perdu tout espoir en l’avenir. Il était pilote d’avion de tourisme et a été forcé par la mara, pour rester en vie, à transporter de la drogue entre la Colombie et le Honduras. Malheureusement, il a été arrêté et attend toujours son jugement. Son visage s’est illuminé lorsque Don Efrain l’a invité à venir avec nous et lui a offert une part de son gâteau. Et ce n’est pas le seul qu’il a invité à partager ce moment de fête avec nous. Chacun à leur tour, ses compagnons de galère lui ont dit qu’ils priaient pour que cet anniversaire soit son dernier en prison, et qu’il était comme un père pour eux… Un moment bien émouvant pour chacun d’entre nous.

Trois semaines après, nous sommes retournés passer le dimanche à la prison. Et c’est avec autant de plaisir et de joie que j’y ai retrouvé Don Efrain, José et Jorge. Nous avons repris nos discussions là où nous les avions laissées, trois semaines plus tôt.

Au moment où je vous écris, la situation a évolué pour José. Sa dernière audience du 18 novembre lui a été favorable : il est désormais innocenté et va pouvoir sortir de prison ! Je ne vous décris pas la joie de sa famille et la nôtre ! Toutefois, les démarches pour sa libération effective peuvent prendre du temps et nous espérons tous qu’il sera rentré chez lui pour passer Noël en famille…

Quant à Don Efrain, nous avons l’habitude d’accompagner Doña Alma aux différentes audiences. Elle nous appelle « ses petits anges ». Son mari a de grandes chances de sortir, en attendant que son procès ne commence en mars 2017, mais la justice est si corrompue que tous les moyens sont bons pour retarder sa sortie… J’ai pu le constater de mes propres yeux lorsque j’ai accompagné Doña Alma à la dernière audience. Elle n’a cessé de m’attraper le bras durant toute l’audience…

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Bérengère L. Volontaire en mission au Honduras

Auprès d’Estefanie et de Doña Vicente, découvrir l’art de se donner

En parlant de ces amis du Point-Cœur de Tegucigalpa, Marie-Capucine nous présente un art de vivre qu’elle découvre auprès d’eux.

Marcello, Marie-Capucine, Nina, Maria Jesus,,Nicolas, Francisca, notre communauté.

Marcello, Marie-Capucine, Nina, Maria Jesus,,Nicolas, Francisca, notre communauté.

Ces derniers temps, j’ai fait la connaissance d’Estefanie, un vrai petit soleil de six ans qui porte la joie partout où elle est. Elle va m’a dit que depuis plusieurs années déjà Point-­Cœur n’était pas venu chez elle. Nous sommes donc allés la visiter. La communauté réunie enfin pour la confirmation de Francisca. C’est une famille vraiment très pauvre qui habite une petite chambre sans fenêtre. Estefanie vit avec sa mère, sa grand-­mère et ses deux petites soeurs, Nenita (deux ans) et Fernanda (huit mois). Un grand lit occupe presque tout l’espace, c’est là que dort toute la famille. A l’extérieur, le strict minimum. Un robinet sans évier, les toilettes (communes avec les voisins) et une cuisinière à bois où cuit sans cesse la farine que la grand-­‐mère va moudre au moulin du quartier pour en faire des tortillas (sorte de petites galettes). Seul revenu de la famille : moins de huit euros par jour. Juste après avoir (re)fait notre connaissance, Estefanie est tombée bien malade : si j’ai bien compris c’était une bronchiolite aiguë. Bien sûr les deux petites soeurs l’ont attrapée en moins d’une semaine. Nous les avons donc visitées tous les jours durant une semaine. La maman a eu très peur pour ses filles mais heureusement les trois vont beaucoup mieux. Maintenant nous sommes très proches de cette famille. Leurs besoins matériels sont très grands mais c’est beau de voir qu’ils ont encore plus besoin de notre présence dans les mo-­‐ ments les plus durs. Tous les jours de cette semaine difficile, lorsque nous poussions la porte de cette toute petite chambre, les yeux fatigués de cette maman nous espéraient comme une bouffée d’air frais. Nous n’avons rien fait de spécial, seulement pendant une heure nous partagions son angoisse, nous chantions pour les petites en les berçant, quoi de plus simple ? Cette histoire résume bien l’esprit de notre mission.

Tous les jours, nous visitons les amis du quartier, sauf le jeudi jour de notre apostolat extérieur. Nous nous divisons en deux groupes, un groupe va visiter la prison des femmes et l’autre l’Hospice San Felipe. J’aime beaucoup visiter cet hospice. C’est une sorte de maison de retraite plus ou moins médicalisée pour les personnes âgées qui n’ont pas de famille, il y a aussi quelques personnes handicapées. Quand je suis venue pour la première fois, un frère de communauté m’a dit : « Là-bas, tu vas voir ces personnes sont nos petits orphelins. » De fait, la plupart ont un cœur d’enfants et sont abandonnés de tous. Lors d’une visite, une de mes amies m’a dit : « Moi, je n’aime que le jeudi parce que c’est le jour des visites. » Étonnée — sachant que l’hospice est fermé aux visites justement le jeudi et que nous sommes une exception — je lui demande de quelle visite elle parle : « De la seule, de la tienne ! » C’est donc de notre toute petite visite de cinq ou dix minutes qu’elle tire la force de tenir une semaine entière ! Dans ce lieu de souffrance, Doña Vincente m’a attirée l’attention jeudi dernier. Petite grand-mère de presque cent ans qui n’a plus toute sa tête, très faible, très fatiguée. Elle n’a plus rien, ni famille, ni santé, ni mémoire, et pourtant… elle n’est plus que sourire, attention, attention à ses compagnes de chambre, à leurs besoins du moment (chaud, froid, mouchoir…) Jeudi dernier le dîner a été servi en ma présence. Voyant que je n’avais pas d’assiette, elle m’a tendu la sienne en me disant : « Manges ! Tu es jeune, tu as plus besoin de force que moi ! » J’ai dû lui expliquer que ce dîner était le sien et que le mien m’attendait chez moi ! Elle est toute entière à l’instant présent tel qu’il est. Pour moi, c’est une grande école de vie. Arriverais-je un jour à me donner entièrement aux autres à chaque instant sans me lasser ?Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marie-Capucine GV. Volontaire au Point-Cœur du Honduras

La difficulté des adieux

Au Point-Cœur de Tegucigalpa au Honduras, Nina prend part à la douleur des famille séparées. Partir pour gagner sa vie, partir par obligation…

 

Nina dans le quartier du Point-Cœur

Nina dans le quartier du Point-Cœur

Récemment, j’ai vécu douloureusement la difficulté des adieux. Erli, une belle femme de vingt-six ans a deux enfants, Soe (deux ans) et Mickel (quatre ans). Elle-même a grandi sans mère, et sa sœur avait émigré en Espagne il y a longtemps. Lorsque j’ai rencontré Erli en décembre l’année dernière, j’étais émue par son amour pour ses enfants. Elle a vu clairement la priorité de l’amour sur la situation économique. Elle disait que ses enfants n’avaient qu’elle, et qu’elle préférait donc rester avec eux, même au détriment de leur vie très modeste. Sa décision, annoncée en mai de partir en Espagne toute seule, a été une énorme surprise pour moi. Soe restera avec son oncle, et Mickel avec les pasteurs de l’église évangélique. Il m’a été difficile de rester fidèle à cette amitié et à accepter la décision d’Erli. Je pensais qu’elle commettait une grosse erreur. Cependant, après un certain temps de prière et de réflexion, j’ai compris que bien que c’était difficile à comprendre, mon amie était motivée par l’amour pour ses enfants. Pour leur assurer un avenir meilleur, elle a surmonté ses craintes : se séparer de ceux qu’elle aime le plus au monde. Qui suis-­je pour la juger ? En les accompagnant à l’aéroport, je retenais des larmes avec peine. De ce jour, j’entends le cri terrifiant de Michael : « Maman! Je veux ma maman ! » alors qu’Erli disparaît vers la porte d’embarquement. Et puis ce grand vide et désespoir dans les yeux de Michael. Comment consoler un garçon de quatre ans, pour lequel le monde entier est fini ? Comment puis-je le protéger de la souffrance qui est tombée sur lui trop tôt, enlevant de son visage ce sourire charmant et innocent ?
« Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous … »

Mon cœur, encore non cicatrisé après les adieux précédents, devra survivre bientôt une autre séparation. En prison, nous visitons tous les jeudis, les femmes enceintes et les mères ayant des enfants. Les femmes ont le droit de vivre en prison avec leurs enfants de moins de quatre ans. Un jour, nous avons rencontré Benjamin, un garçon aux yeux les plus noirs du monde et doté d’un grand sens de l’humour. Et ainsi de rencontres en rencontres, Benjamin est devenu incroyablement important pour moi. Chaque jeudi en allant à la prison, j’espérais le rencontrer, et j’attendais ce moment avec de la joie dans mon cœur. Juste à y penser, apparaît un sourire sur mon visage. Je sais qu’il m’attendait aussi. Une fois, après les trois semaines pendant lesquelles je ne pouvais pas lui rendre visite, quand il m’a vu, il a crié avec enthousiasme : « Niiiiiina ! Tu m’as manqué ! Je me suis demandé, oh, qu’est-ce qui est arrivé à Nina !? » Puis il m’a donné ses deux voitures préférées. La semaine prochaine, je vais voir mon ami probablement pour la dernière fois. Redonné à la liberté, il va vivre loin de Tegucigalpa, si bien loin de sa mère, qui était pour lui jusque-là la seule personne proche. Comment lui dire au revoir ? Benjamin ne sait pas qu’il est en prison. Sa mère pour le protéger, lui disait qu’ils y habitent juste pour apprendre et travailler. Comment faire confiance qu’en liberté il sera plus en sécurité qu’en prison où il a les soins de sa mère ?
« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs … »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Nina W. Volontaire au Point-Cœur du Honduras

Une journée type au Point-Cœur du Honduras

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Les enfants dans la cours du Point-Cœur avec José, volontaire allemand, Tegucigalpa, 2015

Nina a quitté sa Pologne depuis sept semaines lorsqu’elle envoie les premières nouvelles de sa mission au Point-Cœur de Tegucigalpa. Elle découvre que la réalité vaut mieux que des scénarii improbables ! 

Notre vie ici est d’un côté très organisée par des heures de prières et les repas. D’un autre côté, chaque jour, quelque chose me surprend, bouleverse mon plan et mes idées. Je commence à accepter qu’il soit préférable de vivre la réalité présente plutôt que d’inventer toutes sortes de scénarii qui ne se produiront jamais. Le matin, après avoir ouvert les yeux dans ma petite chambre située juste à côté de la chambre de Jésus (communément appelée « la chapelle »), nous commençons notre journée en chantant : « Seigneur, ouvre mes lèvres ». Du petit déjeuner jusqu’au déjeuner, nous avons nos activités de « Nazareth » : le nettoyage, la lessive, les courses, la cuisine, les cours d’espagnol pour moi. Après le déjeuner, nous prenons un moment de repos souvent interrompu par les hurlements : « Niiiiiina ! Maria Jesús ! ». Ce sont les enfants du quartier qui attendent déjà le chapelet prévu à 14h30, le début de la permanence et le temps de la lecture avec eux dans notre maison. Ceux d’entre nous qui ne restent pas avec les enfants, visitent nos amis de La Colonia. Cet après-midi là, nous sommes allés visiter Doña Consuela qui est malade et pour qui nous avions cuit une soupe : Paoli, dix-huit ans qui élève seule son enfant ; Jackie qui souffre de schizophrénie et passe la journée assise sur le canapé usé installé devant sa maison. Nous sommes allés également rendre une visite à Doña Coloccia dont le fils a été tué il y a deux ans. C’était son anniversaire et elle était seule chez elle. A cette occasion, avec José et les enfants, nous avons réparé ses escaliers démolis. Souvent, il n’y a aucune raison de rendre visite à quelqu’un sinon celle de se réunir et de réjouir de sa présence, pour ÊTRE avec lui. Parfois, mon cœur aimerait faire de grandes choses, voir des miracles, mais en ce moment à mon « école de l’amour », je suis d’abord invitée à observer Celui qui est doux et humble de cœur et à me laisser enseigner par Lui : aller au-delà de moi et par exemple laver la vaisselle quand je suis fatiguée et que je n’en ai aucune envie ; accepter que mes plans tombent à l’eau et donner mon temps aux enfants alors que j’avais prévu d’écrire une lettre ou de lire ; apprendre la patience et montrer l’amour et l’intérêt que je porte à notre voisine que je ne comprends pas et ne veux pas entendre ; grandir en humilité et ne pas pointer du doigt les erreurs que l’autre n’est pas forcément en mesure d’accepter ; voir aussi la vérité sur mes propres faiblesses et chaque soir, mendier à Dieu la force pour demander pardon à mes frères de communauté. Voici la prière que j’ai pris l’habitude de réciter tous les matins : « Aujourd’hui, je veux me donner entièrement et ne rien laisser pour moi-même. »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Nina WM Volontaire polonaise en mission au Honduras