Ce mystère que nous ne connaîtrons qu’à la fin

Benjamin est au Point-Cœur de Guayaquil. Auprès de Sébastien avec qui l’amitié a été de courte durée, le mystère de la souffrance a pris chair, et l’expérience de foi devient concrète.

Petits amis du Point-Cœur de Guayaquil

Une amie de la paroisse nous informe que le fils d’une de ses amies est gravement malade. Nous lui proposons donc de l’accompagner à l’hôpital des enfants pour rencontrer ce petit garçon de cinq ans. Arrivés sur place, nous entrons dans le secteur des enfants atteints de cancers, c’est quelque chose de vraiment fort de voir de si petits êtres souffrants, sans cheveux, passant la plupart de leur enfance dans un lit d’hôpital. Nous entrons dans la chambre du petit Sébastien, il était endormi, seul. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés, le regardant dormir, silencieusement, jusqu’à ce qu’entre sa mère. Sa mère a vingt-­cinq ans, elle a trois autres petits enfants qui logent chez leur grand-­‐mère, parce que Jessenia, la mère de Sébastien, passe chaque instant auprès de son fils, veillant, espérant, souffrant avec lui jour et nuit. Elle est si forte cette mère, elle donne tout pour son fils, son temps, le peu de moyens qu’elle a. Sébastien se réveille, nous faisons sa connaissance, sous lui offrons une petite voiture, il était content. Je lui ai proposé de lui en dessiner une, il a accepté et l’a gardée précieusement. Quelque temps plus tard, nous revenons le visiter, mais nous n’avons pas pu le voir parce qu’il était en pleine chimio. Alors, nous avons fait le tour des chambres, faisant connaissance avec tous ces petits enfants malades. Je n’ai jamais vu autant de joie et de beauté dans leurs sourires. Ces enfants sont un grand exemple et une grande leçon, car ils ne se plaignent pas. Tout ce qu’ils attendent, c’est quelqu’un avec qui jouer, un ami. Quelques jours plus tard, notre amie de la paroisse nous informe que Sébastien a perdu la vue… Elle était désemparée parce que, quand elle avait voulu le visiter, il avait pris peur, ne l’avait pas reconnue, seule Jessenia pouvait le tranquilliser. Sans la vue, tout l’effrayait. Alors, nous sommes retournés le voir mais, cette fois, ils n’acceptaient qu’un visiteur. Je suis donc monté seul, me demandant : « Va t-­il me reconnaître ? » J’entre, m’assois à côté de lui : « Sébastien ! C’est moi, Benjamin, tu te rappelles ? Je t’ai dessiné une voiture ». Il m’a répondu que oui ! J’ai été touché qu’il se rappelle de moi. Je n’ai pas trop su quoi lui dire, pour lui donner un peu d’espoir… C’est désarmant un enfant si jeune qui perd la vue. Nous avons beaucoup parlé avec Jessenia, elle était évidemment bouleversée, mais ce qui m’impressionnait, c’était la foi qu’elle avait. Elle disait que cette épreuve l’avait fait beaucoup grandir et qu’elle savait que tout était entre les mains de Dieu, qu’il vive ou qu’il meurt, Lui sait pourquoi. Quelques jours plus tard, Sébastien meurt… Je me suis beaucoup demandé pourquoi ? Pourquoi Dieu a t-­il permis cela ? Un enfant si petit ne mérite t-­il pas de vivre ? C’est un mystère que nous ne connaîtrons qu’à la fin. Maintenant, je crois que l’âme de cet enfant est au paradis et qu’il ne souffre plus. Je vous en prie, priez pour sa mère, ses frères et sœurs si jeunes, pour toute sa famille. Ils en ont extrêmement besoin. Voilà, mes chers amis, ma chère famille. Ces expériences ouvrent mon cœur, chaque jour un peu plus, pour aimer, avoir confiance et m’abandonner.

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Benjamin D. En mission en Equateur

Elena

Benjamin est en mission depuis déjà un an au Point-Cœur d’Equateur. Il nous présente Elena, l’une de ces amis, qui « changent un peu plus chaque jour, sa vie. »

Elena c’est une petite fille de dix ans, qui vit derrière notre maison. C’est elle qui vient le plus ici, elle toque chaque matin à la porte, appelle, un par un, chaque membre de la communauté et, arrivant à la porte, la saluant, elle répond : « Dame agua !! » (Donne-moi de l’eau). Je crois que, depuis que je suis ici, elle ne m’a pas encore dit bonjour. Je lui donne de l’eau, elle m’en demande encore et chaque jour, c’est comme ça ! La conversation n’est jamais très longue, elle ne parle pas beaucoup. Elle est timide et très blagueuse. La plupart du temps, elle me jette l’eau dessus.

Je me suis beaucoup demandé ce qu’elle attendait de moi, c’était difficile d’entrer en contact avec elle. Pourtant, j’ai compris qu’elle ne demandait pas seulement de l’eau, elle demandait chaque fois un peu de mon temps. Tant de fois j’étais si occupé pour bien des choses, elle toquait et je venais lui dire que je n’avais pas le temps. Elle restait de longs moments à m’appeler, à crier, à me demander encore plus d’eau, je perdais encore plus de temps. Puis, un jour, tout aussi occupé, je me suis assis avec elle seulement quelques petites minutes, conversant, m’intéressant à elle, puis je lui ai expliqué que je devais y aller et elle a compris et s’en est allée contente.

Catherine de Hueck dit que la chose plus précieuse qui nous est donnée, c’est notre temps. Ça m’a servi de leçon. Alors, chaque jour, j’essaie d’entrer dans sa coquille, une très grande coquille, mais qui cache quelque chose de très beau ! Elle souffre beaucoup, elle est très souvent renfermée sur elle-même… C’est compréhensible… Elle passe la plupart de son temps dans la rue, la situation dans sa famille est très dure. Elle a la charge de son neveu d’un an et, parfois, de sa nièce encore plus petite. C’est une chose que j’ai eu beaucoup de mal à accepter, puis j’ai compris que je ne pourrai pas changer sa réalité. Ce que je peux en revanche c’est lui apprendre à se respecter elle-même et les autres, lui rappeler qu’elle est digne. Quand elle souffre et qu’elle se renferme, trouver tous les moyens possibles pour lui changer les idées, la faire sourire. Quand elle s’énerve, trouver la patience, la compassion pour lui parler avec amour. J’ai tant de fois échoué, alors je lui prie de me pardonner. Quand elle pleure, m’assoir à côté d’elle, l’écouter, la réconforter, pleurer avec elle. Quand elle sourit, alors toute ma mission, ma vie prend sens parce que, dans ses yeux, il y a de la souffrance, de l’espoir, de l’amour. Je la confie de tout mon cœur, elle et sa famille, à vos pensées, ils en ont extrêmement besoin.

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Benjamin D. Volontaire en mission en Equateur

La violence des enfants

Benjamin est au Point-Cœur d’Equateur et les enfants ne sont pas toujours des anges. Quelle réponse à cette violence qui peut les habiter ? Celle de la fermeté, mais surtout de l’amour ferme !

Yeikos, ce petit ami d’Equateur !

Un jour on invite une amie à cuisiner avec nous, elle a dix-­sept ans. Elle était un peu mal à l’aise au début : normal, c’était la deuxième fois qu’on la voyait. Enfin bon, on discute, on rigole encore plus, arrivés dans notre maison ! Cette maison Point-­Cœur, ils la connaissent bien, ils se sentent libres ici, en paix. Ils ne nous connaissent pas, nous, mais ce dont nous faisons partie ! C’est très beau de voir à quel point ils se sentent en confiance, beau de pouvoir être acceptés et aimés si rapidement, d’entrer dans des amitiés déjà fondées ! Je me rends compte que je fais partie de quelque chose de bien plus grand. Cette fille-­là nous l’a fait découvrir bien plus concrètement. Durant le repas, on rigolait sur le fait que les enfants sont terribles parfois. Jusqu’à ce qu’elle dise : « C’est vrai, depuis qu’on est petit, on vient au Point-­Cœur avec ma sœur, on venait ici parce qu’on savait qu’on pouvait trouver quelqu’un qui nous aime ! C’est vrai, parfois, on voulait s’amuser, on chahutait pas mal… c’était juste un jeu pour nous, pour attirer l’attention. C’est dur de vivre dans le quartier, de rentrer chez soi et d’entendre crier sa mère : « T’étais où ?? File dans ta chambre !! », ou de la voir pleurer par votre faute. Ça fait vachement mal ! Les enfants qui viennent ici, ils me font vraiment de la peine, les parents ne s’occupent pas d’eux… Faites-­leur des câlins, à ces enfants, donnez-­leur de l’affection, ils en ont tant besoin ! » Personne n’a répondu… Je me suis senti bête d’avoir rigolé de ces enfants et, en même temps, tellement chanceux ! Parce qu’on a eu la chance de voir le fruit de notre mission et à quel point elle est importante ! Elle nous a donné envie de donner trois fois plus à ces enfants qui sont si nombreux à venir chez nous ! Ces enfants… C’est si triste de voir comme ils sont souvent délaissés… Je vois parfois un enfant d’un an qui marche tout seul dans la rue, personne n’a l’œil sur lui pour voir s’il ne lui arrive rien. Quel dégât est causé sur un enfant que personne n’éduque, dont personne ne s’occupe de voir s’ils sont bien habillés, propres, à qui personne ne dit qu’ils sont aimés… Je les aime, ces enfants ! Ils sont beaux ! Ils ont une vie dure, mais ils ont une telle joie !

Yeikos, cet enfant qui me faisait des doigts d’honneur, cet enfant, c’est l’exemple d’un enfant délaissé… On ne peut pas non plus laisser ces enfants faire ce qu’ils veulent, nous insulter, nous lancer des pierres à la figure, il faut bien leur montrer les limites si personne ne leur apprend… J’ai essayé de parler avec lui. Evidemment, il s’est mis à se boucher les oreilles, à crier, m’insulter, se débattant quand je l’ai sorti de la maison… « Tu reviendras quand tu auras dit pardon !! » Il revient un peu plus tard avec l’œil rouge demandant qu’on le soigne… Je le laisse entrer un peu énervé contre lui, nettoie son œil. « C’est bon ça va mieux ? — Oui ! Donne-­moi de l’eau ! — Il manque quelque chose non ? » (J’attendais un s’il te plaît !) Et là, il me saute dans les bras et me fait un énorme câlin… Quelques semaines après, il passe devant moi en disant : « T’es maudit ! T’es maudit ! T’es maudit ! » Plus tard, je vais lui parler pour lui dire : « Pourquoi tu m’as dit ça ? Ce n’est pas beau… — Je vais aller en enfer… — Pourquoi tu dis ça ? — Parce que je ne suis pas sage, je me comporte comme quelqu’un de mal élevé… Personne ne m’aime… — Si, moi je t’aime ! — Non tu ne m’aimes pas… seulement ma maman… J’aurais voulu vivre avec vous… — C’est pas possible… C’est chez toi que tu dois vivre, mais notre maison sera toujours là, tu n’auras qu’à frapper à la porte et on sera là ! Parce qu’on t’aime ! — Moi aussi je vous aime… » Il a six ans. Cette phrase, « J’aurais voulu vivre avec vous », m’a démuni. Parce qu’il voit que la compassion et l’amour vivent en nous. J’espère qu’il comprendra que tout cela est purement l’œuvre de Dieu ! Que l’on est juste instrument de sa grâce. Priez fort pour tous ces enfants…

 

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Benjamin D En mission en Equateur

Danny et Clara

Mara et Clara en train de cuisiner – Guayaquil

Dans le quartier du Point-Cœur de Guayaquil, la rencontre avec Danny et sa fille Clara qui veut sortir de la drogue et de la rue, est une provocation de foi.

Un après-­midi, les enfants étaient partis plus tôt et je prends le temps de balayer devant notre porte. Tout à coup, je suis interrompue par un spectacle inattendu !! Une jeune femme, tenue par les mains et par les pieds est emmenée je ne sais où et elle se démène à corps et à cris… Je suis toute seule à la maison et je ne sais pas trop si je dois m’en mêler ou pas. Je demande à une personne qui accompagne et que je connais : « Avez-­‐vous besoin d’aide ? » Je me disais que, certainement, elle allait me répondre que non, étant donné qu’ils sont déjà assez nombreux. Mais elle me répond « oui » sans hésiter. Surprise, je le reçois vraiment comme un appel du Saint Esprit et je me joins à ce cortège un peu spécial. Sur le chemin, je suis présentée au papa de la jeune fille, qui m’explique qu’il veut récupérer sa fille qui se drogue. Cela fait plusieurs jours et plusieurs nuits qu’il la cherche et il veut la ramener chez elle, pour la faire revenir à la raison. Je ne sais pas trop où cette histoire me mène, mais je suis la petite troupe jusqu’à chez eux, à quelques centaines de mètres de chez nous. Le papa, Danny, essaie de m’expliquer un peu la situation, sa vie de veuf avec son unique fille qui se drogue, son impuissance face à cela, sa tristesse. De son côté, Carla continue de hurler qu’elle veut rester dans la rue et ne veut vivre avec son père. Les insultes continuent à fuser et la confusion monte. Je demande à rester un moment seule avec Carla, que j’essaie de calmer. Après les insultes, coups de pieds et de poings, elle finit par se réfugier dans mes bras et devient tel un petit bébé qui pleure son besoin de tendresse. Je crois que j’aurais pu rester des heures sans qu’elle ne bouge. Mon cœur est prêt à exploser, de toute cette souffrance ! Elle me demande d’aller dormir chez nous, ou de rester dormir avec elle. Lui, me supplie de l’aider à trouver une solution. Je ne promets pas de solution mais, après avoir ramené un peu le calme, je promets de revenir le lendemain et de chercher un lieu pour qu’elle se désintoxique en dehors de chez elle. Le lendemain, puis le surlendemain, nous allons les voir. Carla, peu à peu s’apaise. Il est beau de la voir reprendre le goût de vivre quand nous lui proposons de cuisiner avec nous : le poulet frit préparé par nos deux cuisinières est partagé par tous avec une grande joie. Mais la question reste : Carla veut bien tenter de sortir de la drogue, mais ne veut pas rester chez elle. Finalement, après avoir cherché de notre côté, c’est Danny lui-­même qui me parle d’un lieu dont il a entendu parler mais dont il ne sait pas grand-­chose. Je lui propose qu’on aille avec lui voir ce lieu. Je suis particulièrement touchée par l’attitude de Danny, si humble et plein de confiance envers nous. Dès le premier jour, il s’avoue totalement imparfait, comme père, confesse ses défauts et ses erreurs. Et, plusieurs fois en quelques jours, il nous demande humblement ce que nous en pensons avant de prendre une décision pour sa fille. Ce jour-­là, alors que nous allons voir cet internat de réhabilitation, il est rassuré que nous soyons avec lui, afin de pouvoir juger avec lui, si c’est un bon lieu ou pas. Carla aussi est avec nous. Après quelques détours dans un quartier de banlieue que nous ne connaissons pas, nous arrivons enfin sur place et y rencontrons quelques personnes. Le lieu semble correct, propre et bien tenu même si, à vrai dire, ce genre de lieux ne donne jamais envie. C’est un genre de mini-­prison, ou l’on s’enferme volontairement, avec un régime strict, l’impossibilité de voir sa famille pendant plusieurs mois, avec tout de même l’espérance de sortir désintoxiqué et avec un plus grand désir de vivre ! Carla semble ravie d’avoir la proposition concrète d’un lieu qui ne soit pas sa maison et elle semble toute prête à entrer le jour-­même ! Danny, lui, n’a pas du tout prévu de laisser sa fille et est pris de court ! Mais ce qui lui fait le plus peur, c’est de ne pouvoir s’acquitter de la mensualité, finalement rabaissée à cent-­cinquante dollars. Il travaille dans la construction, au jour le jour, et ne sait jamais s’il aura du travail le lendemain ! De plus, il avait, à un moment, quelques économies, mais a décidé d’arrêter de travailler environ un mois pour veiller sur sa fille, afin qu’elle n’aille vivre dans la rue, jusqu’à ce que les économies arrivèrent à leur fin. Aujourd’hui, il a, en tout et pour tout, trente dollars. Il est prêt à les donner, mais comment trouvera-­t-­il le reste ? D’un autre côté, nous savons tous que Carla accepte aujourd’hui de rentrer dans ce lieu, mais personne ne peut dire si demain ou après-­demain elle acceptera, ou si entre temps, elle s’échappera, répondant à l’appel de la rue et de la drogue ! Nous invitons Danny à faire un pas dans la foi, et lui assurons de nos prières. J’admire, à ce moment, la décision qu’il prend de sauter à l’eau, par amour pour sa fille. Il s’engage à travailler autant qu’il le pourra pour payer cette somme considérable pour lui, sachant que le travail n’est jamais sûr, surtout en ces temps de crise économique que nous traversons. Appuyé sur notre foi, il confie en Dieu et par amour, dit au revoir à sa fille, la larme à l’œil. Dans le bus, il a le cœur gros, laissant ce qu’il a de plus cher au monde dans les mains d’autres. Son amour ne pourra plus se manifester par des mots ou des gestes, mais par son travail afin que sa fille puisse rester le temps nécessaire dans ce lieu. Justement, nous avons besoin d’un travail de maçonnerie et l’embauchons pour quelques jours. Cela ne fait pas même la moitié de ce dont il a besoin, mais cela aide un peu et l’encourage pour la suite. Et après à peine deux jours, il vient nous dire, en sautant de joie : « Ça y est !!! » Deux autres petits travaux lui ont été confiés et il sait qu’il va pouvoir payer le premier mois à temps. Un sourire illumine son visage. Il vient d’avoir la preuve qu’il n’est pas seul dans cette aventure ! La Providence se manifeste : le Seigneur est avec lui et nous aussi !! Aujourd’hui, Carla est retournée chez elle, après plusieurs mois de réhabilitation, mais continue de lutter avec l’appel de la rue. Je vous demande de prier pour elle.

 

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Laetitia P. En mission enEquateur

Mon cœur a bien changé

Après déjà un an de mission au Point-Cœur de Guayaquil, Eléonore constate combien son cœur a changé, combien ses voisins sont de véritables maîtres… 

Eléonore

Un an jour pour jour que j’ai quitté notre belle France. Incroyable, j’ai l’impression d’avoir pris l’avion hier. Ce matin, David m’a demandé comment je me sentais. « Normal ! » lui ai-je répondu. Et pourtant, je ne suis pas la même que celle qui est partie il y a un an. Physiquement, je n’ai pas changé rassurez-vous ou peut-être quelques kilos en plus… mais mon cœur lui a bien changé, il est plus sûr, plus ouvert, plus aimant. Je suis consciente qu’il me reste beaucoup de chemin à faire mais je suis prête !

Je crois que je ne vous ai jamais mentionné un de nos apostolats dans le quartier qui est d’apporter la Sainte Communion aux malades le dimanche. C’est depuis le mois d’août que nous allons chez Señora Angela. Suite à une colostomie, elle a dû subir trois autres opérations car l’intestin s’est perforé à un autre endroit et les tissus ne se soudent pas. Cela fait donc huit mois qu’elle ne peut sortir de son lit puisque qu’ils lui ont installé une sonde. Comme elle le dit elle-même : « C’est une chaîne qui me retient à mon lit ». Elle vit normalement dans un autre quartier de Guayaquil mais elle est venue vivre chez sa fille et a quitté sa maison et son mari resté pour la surveiller. Señora Angela a une foi incroyable ! Je me souviens de la première chose qu’elle nous a dite : que sa plus grande souffrance est de ne pouvoir assister à la messe le dimanche. Et pourtant, Dieu sait qu’elle souffre chaque fois que la sonde se bouche et que le liquide intestinal se déverse dans son ventre, lui causant des brûlures.

Chaque dimanche, lorsque nous entrons dans la maison, son visage s’illumine d’une vraie joie et lorsqu’enfin elle reçoit le Corps du Christ, les larmes lui viennent aux yeux. Moi, j’ai la chance de pouvoir communier tous les jours et le fais parfois plus par habitude… Elle est vraiment un exemple incroyable de vraie dévotion.

 

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Eléonore H. Volontaire en Equateur

Vie communautaire, pourquoi ça ?

Après plusieurs mois de mission en Equateur, Claire-Marie décrit ce miracle de la vie communautaire qui fait vivre de grandes choses.

Equateur-Virgen

La communauté du Point-Cœur d’Equateur

Dans cette lettre, je voudrais vous parler principalement de la vie communautaire qui est un des piliers de la vie à Points-Cœur et dont je ne vous ai encore rien dit. Je vis avec Delcia (Argentine), Karen (Chilienne), Laetitia (Française) et Martin (Polonais). J’ai aussi vécu avec Brittany (Américaine), Carolina (Colombienne) et Philippine (Française). Brittany, notre chère Américaine, est retournée aux Etats-­Unis le 15 avril. Après six mois de vie commune, la séparation a été difficile et les adieux à l’aéroport ont été émouvants. Beaucoup de choses se partagent avec une sœur de communauté, d’autant plus que notre situation d’expatriés nous rapproche, et nous nous soutenons beaucoup les uns les autres dans les difficultés dues à l’éloignement du pays, de la famille et des amis. La vie en communauté n’est pas l’élément le plus facile à vivre de la mission. Il est aisé d’être compatissant, patient et charitable avec un pauvre, malade et solitaire, vivant dans une masure. Il est beaucoup plus difficile de faire preuve de ces qualités avec son frère et sa sœur de communauté dont tous les petits défauts nous picotent à longueur de journée. Le grand effort qu’il y a à faire au départ est donc celui d’occulter ce qui agace pour voir le bon et aimer cette personne inconnue hier et devenue aujourd’hui mon frère ou ma sœur. La vie de communauté est un bon lieu pour apprendre l’humilité, pour apprendre à écouter les conseils des autres. Au cours de ces sept derniers mois, j’ai découvert et appris beaucoup. D’un regard parfois critique, notamment à l’égard des habitudes culturelles des autres, à l’opposé de l’éducation que j’ai reçue (ne serait-­ce qu’à propos de la façon de se tenir à table), je suis passée à un regard plus ouvert et plus compréhensif. La vie communautaire est notamment basée sur le fait que nous sommes tous là pour la même œuvre, la même mission, et que d’une façon ou d’une autre notre départ a été une réponse à un même appel venu d’en-­haut. Ce fait contribue à créer l’harmonie entre nous. Nous prenons conscience que nous ne sommes pas là pour vivre selon notre petite volonté mais pour quelque chose de plus grand et de commun, et cela permet le miracle de la vie commune. Je parle de miracle, parce que dans un contexte « normal », la vie communautaire de quatre filles et un garçon qui ont entre vingt-­deux et trente-­huit ans et sont de quatre nationalités différentes ne se passerait sans doute pas aussi bien ! Ainsi, la vie communautaire est une belle expérience qui vaut la peine d’être vécue, et je suis heureuse d’avoir rencontré ceux avec lesquels j’ai vécu et ceux avec lesquels je vais encore vivre jusqu’au 18 juillet. S’aider dans les coups durs, accompagner l’une chez le médecin, préparer le plat que préfère celle-­là… chaque petit geste du quotidien a du sens, et l’on reçoit beaucoup en servant.Facebooktwitterpinterestlinkedin

Les enfants qui partent vivre « à la rue »

 Chavelo, Papa, Alexis et Chino sont les enfants de Soraya, voisine du Point-Cœur de Guayaquil. Attirés par le rue, ces enfants risquent beaucoup. Claire-Marie nous raconte cette rencontre avec Soraya venue se confier au Point-Cœur.

Claire-Marie en visite dans le quartier du Point-Cœur

Claire-Marie en visite dans le quartier du Point-Cœur

 

Notre voisine, que nous ne voyions presque jamais, est venue un soir pour nous parler de ses enfants. Soraya est veuve et mère de quatre garçons qui ont entre onze et cinq ans : Chavelo, Papa, Alexis et Chino. Elle vit seule avec eux et n’a que son propre salaire pour les faire vivre (354 dollars, le SMIC équatorien, qu’elle gagne en conditionnant des crevettes pour l’exportation). Du fait qu’elle travaille beaucoup, ses enfants sont seuls lorsqu’ils rentrent de l’école et traînent donc dans les rues du quartier, livrés à eux-mêmes et ayant de mauvaises fréquentations. Ces garçons passent aussi beaucoup de temps chez nous, mais il n’empêche qu’ils sont à l’extérieur la plupart du temps. Soraya nous a donc rendu visite suite à un incident de taille : Papa, neuf ans, est parti avec deux autres garçons de son âge pour aller mendier de 14h à 2h du matin, et ce à l’autre bout de la ville. Elle avait cherché son fils partout et était folle d’inquiétude. Papa est donc rentré dans la nuit, après avoir dépensé les quinze dollars qu’il avait gagnés. Elle nous a avoué l’avoir battu sérieusement. Ce qu’il faut souligner, c’est que dans de nombreux cas ce ne sont pas les parents qui envoient leurs enfants mendier et laver des pare-brises, mais les enfants qui y vont d’eux-mêmes, suivant les grands. Les enfants faisant l’expérience de gagner de l’argent et de le dépenser comme bon leur semble (ils achètent des sucreries pendant un temps puis de la drogue). Le grand danger est que les enfants restent à la rue. Il y a de nombreux cas dans lesquels ils vont à la rue une fois de temps en temps, puis chaque jour, puis ne rentrent plus chez eux le soir. Ainsi, Soraya est très préoccupée et ne pense qu’à garder ses enfants enfermés dans la maison. Elle a donc arrêté de travailler, nous disant : « Du travail, j’en retrouverai. Mais mes garçons, je ne pourrai pas les remplacer… ». Elle nous a demandé de l’aider à trouver un internat pour les deux aînés. L’internement est une solution radicale mais il semblerait que ce soit la seule. Je voudrais vous partager mon admiration pour Soraya qui est prête à tout pour protéger ses enfants et est seule dans cette épreuve. Nous l’avons invitée à prier un jour que nous exposions le Saint Sacrement. Elle est venue, nous avouant que c’était la première fois qu’elle priait. Je confie cette famille à vos prières, ces garçons déjà violents mais si attachants, cette mère qui avoue en pleurant qu’elle les bat car elle ne sait plus se faire respecter par eux…Facebooktwitterpinterestlinkedin

Claire-Marie deC. Volontaire en mission en Equateur

Des petites choses qui donnent la joie

A Guayaquil, Equateur, Claire-Marie découvre auprès de Nadia, la joie des petites choses données et partagées.

ClaireMarie

Claire-Marie en visite dans le quartier du Point-Coeur

 

Quelles sont les dernières nouvelles d’Equateur ? « Tout va bien » est une réponse trop courte, ainsi je vais développer un peu. La vie de volontaire est trépidante : on ne s’arrête jamais. Il y a toujours quelque chose à faire : quelqu’un à écouter, quelqu’un à visiter, un enfant dont il faut soigner un bobo, une ampoule à changer, un coup de balai à passer… Notre vie est pleine de petites choses à faire et l’une des premières leçons de Points-Cœur est de faire chacune de ces choses avec amour. J’ai pu constater qu’être hyperactif de 6h45 à 23h lorsqu’il fait 38 degrés n’est possible que dans une attitude de don. Lorsque l’on s’éloigne de cette disposition, on commence à râler… alors il faut se rappeler qu’on fait tout ça pour les autres, parce qu’on les aime, et avec l’aide du Bon Dieu et le soutien de ses parrains. Et tout de suite on est plus joyeux !

Nadia est une jeune femme dont je pense qu’elle doit avoir une trentaine d’années. Handicapée physique et mentale, elle est alitée. Je ne vous ai pas encore parlé de ce lieu, c’est l’hôpital psychiatrique où nous allons tous les jeudis après‐midi. La première fois que je suis sortie de cet endroit, je me suis demandée si je sortais de l’enfer ou du paradis. Nous visitons des patientes de deux services différents. Le premier est une salle dans laquelle il y a une trentaine de lits et autant de femmes alitées. Elles sont en t-shirt et en couches, maigres comme je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse l’être, et plus ou moins conscientes. Beaucoup d’entre elles sont incapables de parler ou encore aveugles. Quelques mots, un sourire et un verre d’eau suffisent à leur donner un sourire, mais surtout à leur rendre leur dignité. Nadia vit dans cette salle. Cette dernière peut parler de façon relativement audible et j’aime beaucoup converser avec elle. Elle rit lorsqu’en la faisant boire on lui fait couler de l’eau dans le cou et elle se moque de nos erreurs d’espagnol : ces moments sont lumineux ! Hier, ô joie, nous avons pu aller nous promener avec elle. Poussant un fauteuil roulant aux pneus crevés dans lequel Nadia était attachée avec des draps noués autour d’elle, j’ai pu mesurer à quel point des choses très simples peuvent donner beaucoup de joie : voir un arbre, voir un iguane, sentir le vent sur son visage, sentir l’odeur d’une fleur. Toutes ces choses sont absentes de la grande chambre d’hôpital qui sent l’urine et la crasse, et Nadia était rayonnante ! Ces femmes ont besoin que du temps soit pris pour elles car le personnel, trop peu nombreux et peut être trop habitué à la souffrance travaille « à la chaîne ». J’ai vu des choses choquantes et les images restent. Et tout ça, ne donne que plus envie de passer du temps dans cet hôpital. C’est un lieu que l’on a envie de fuir mais qui nous attire aussi car c’est là-bas que la soif de notre présence est la plus criante.Facebooktwitterpinterestlinkedin

Claire-Marie deC Volontaire en mission en Equateur

Premiers pas en Equateur

Claire-Marie est au début de sa mission à Guayaquil en Equateur, elle nous invite à faire avec elle les premiers pas dans le quartier et dans son quotidien :

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Claire-Marie et Philippine avec des amis du Point-Cœur, sortie au parc.

C’est de nuit que j’ai fait mon entrée dans le quartier, après un trajet durant lequel je regardais tout autour de moi et découvrais déjà mille nouveautés. Quelques minutes après mon arrivée à la maison, j’ai eu l’occasion de rencontrer des amis du quartier : un couple passant saluer la communauté. J’ai ainsi très rapidement appris à dire bonjour « à l’équatorienne » : il s’agit de faire une bise tout en donnant une accolade bien chaleureuse. Dans les jours qui ont suivi, chaque instant incluait la découverte de quelqu’un ou de quelque chose : un voisin, la tienda où nous allons faire nos courses, les cafards de six centimètres de long ou encore un fruit inconnu…

La communauté compte de multiples amis dans le quartier et j’ai déjà eu l’occasion de faire la connaissance d’un certain nombre d’entre eux. Chacun s’est montré très accueillant et patient avec mes fautes d’espagnol. Certains d’entre eux ont entrepris de me faire goûter à la cuisine locale. Ainsi, tenant la promesse qu’il m’avait faite, un voisin nous a apporté de la soupe au poisson pour le petit-déjeuner me permettant ainsi d’innover en matière de menu matinal et de goûter un plat de la cuisine locale. De plus, parmi les amis de la communauté il y a un groupe de dames qui ont pris l’engagement de vivre dans l’esprit de compassion de Points-Cœur. Ces femmes de la Fraternité San-Jeronimo-Emiliani m’ont marquée tant par leur accueil maternel et chaleureux que par leur foi et leur confiance en Dieu. Les gens qui vivent ici les plus grandes épreuves sont habités par une fascinante espérance et s’abandonnent totalement entre les mains de Dieu.

Chaque journée commence par la prière des laudes à 7h. Suite à cela, pendant que l’un d’entre nous est chargé de préparer le petit-déjeuner, nous bénéficions d’un temps de lecture spirituelle

Ensuite, nous consacrons notre matinée à la gestion quotidienne de la maison : ménage, cuisine, lessive à la main. De plus, le Saint-Sacrement est exposé et nous allons adorer tour à tour. L’après-midi commence par le chapelet : la porte est ouverte et les enfants peuvent rentrer s’ils le souhaitent. Certains jours, aucun ne vient et d’autres ils sont dix. Ce qui est certain, c’est que la maison se remplit après le chapelet. Les enfants viennent jouer, dessiner et chercher un peu de cette attention qui leur manque souvent chez eux. Ils réclament d’être câlinés, qu’on les prenne dans nos bras et ils veulent « faire l’avion ». Chacun d’eux a un bon fond, mais il est visible que certains sont accoutumés à la violence et ne mesurent pas l’ampleur de leurs gestes. Ces enfants passent la plupart de leur temps dans la rue, sans surveillance, et règlent leurs comptes à coups de cailloux et d’insultes dès leur plus jeune âge. Quand la permanence est fermée, ils viennent frapper à la porte — ou plus précisément appellent jusqu’à ce que quelqu’un sorte — pour un verre d’eau ou un pansement, pour avoir un moment privilégié avec nous. Pendant qu’un volontaire est de permanence et s’occupe des enfants, les autres vont rendre visite aux amis du quartier. Il s’agit de prendre le temps d’écouter. La plupart des familles sont totalement décomposées et recomposées, et beaucoup de femmes sont seules avec leurs enfants. De plus, de nombreuses personnes âgées ne peuvent pas se déplacer et restent seules toute la journée. Certaines visites revêtent un caractère très particulier. Ainsi, dimanche dernier j’ai accompagné Carolina, afin de porter la communion à une dame âgée ne pouvant se déplacer suite à une opération. Cette visite a été très belle. Les larmes de cette femme se disant indigne en recevant la communion m’ont rappelé à quel point nous devons nous montrer reconnaissant de ce cadeau que Dieu nous fait en nous permettant de communier et de le recevoir quotidiennement.Facebooktwitterpinterestlinkedin

Claire-Marie deC. Volontaire en mission en Equateur

Dernier chapelet avec Señora Nelly

Señora Nelly entourée de Lenore et Katie, volontaires américaines en Equateur

Señora Nelly entourée de Lenore et Katie, volontaires américaines en Equateur

Señora Nelly est une femme du foyer des missionnaires de la Charité que les volontaires du Point-Cœur de Guayaquil, en Equateur, visitent chaque lundi. Philippine a pu l’accompagner dans ses derniers jours. Elle témoigne de cette dernière rencontre, de ce dernier chapelet : 

Señora Nelly est un peu comme moi, elle aime bien râler ! Mais pour autant, je l’aime beaucoup. Je l’ai connue dès ma première visite. Après quelques mois, elle a été très malade et a alors bien changé. Il y a deux semaines, je suis arrivée au Hogar de la Paz, et Señora Carmen, une autre abuela, me dit que Señora Nelly est bien malade. Je me dirige donc dans la chambre où elle dort, et dans cette immensité, je la trouve seule dans le lit du fond, toute petite, si maigre et si malade, souffrant terriblement. Son visage a une fois de plus bien changé ; je suis bouleversée de la voir ainsi, presque méconnaissable. Je lui prends la main, elle ne dit rien. Je commence à lui parler, ce qu’elle me dit reste inaudible. Alors, je lui propose de prier un peu, je me dis une dizaine, c’est bien, comme cela je passe un peu de temps avec elle, mais je peux aussi passer du temps avec les autres.

Donc, nous prions cette dizaine et puis, avant de conclure je me demande pourquoi juste une dizaine ? J’aimerais bien voir les autres abuelas, mais peut‐être que Señora Nelly a besoin de plus aujourd’hui, peut‐être que Dieu me veut au pied du lit d’une mourante au lieu de rire et chanter avec d’autres dans le jardin. Nous avons donc prié tout le chapelet. Elle souffrait tellement que je ne l’entendais pas. Pourtant, elle faisait de beaux efforts pour pouvoir formuler quelques mots. Elle n’a pas pu prier un « Je vous salue Marie » en entier, mais elle a souvent prié « Prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort », le cri de son cœur regardant le cadre de la Vierge Marie au dessus de son lit et versant quelques larmes. On aurait dit une enfant de quatre-vingt-dix ans se jetant dans les bras de sa mère bien‐aimée et qui, malgré la peur et la douleur, a une entière confiance en elle.

Ce jour‐là, j’ai entrevu Señora Carmen et passé plus d’une heure et demie avec Señora Nelly. Ce n’est jamais facile lorsque nous nous posons cinquante questions : « Et si, et si… » mais il faut juste être plus attentif chaque jour à la volonté de Dieu : où est‐ce que Dieu me veut maintenant ? J’ai été si heureuse d’être avec Señora Nelly ce jour‐là, lui tenant la main, heureuse de passer du temps avec elle pour qu’elle ne soit pas seule, elle que tous ont abandonnée. Le lundi suivant, j’ai appris qu’elle était morte trois jours après notre visite. Aussi j’espère qu’elle arrivera bien vite auprès du Père.Facebooktwitterpinterestlinkedin

Philippine M. Volontaire en mission en Equateur