Paolo et Carla… Les mystères de la beauté du cœur

Accueil des enfants au Point-Cœur de Simões Filho

Arrivée au Point-Cœur de Simões Filho au Brésil, Angélique vit ses premières rencontres avec intensité, « le cœur dilaté d’une joie toute simple ».

Ce qui m’impressionne est le contraste qu’il y a entre les conditions de vie misérables de nos Amis et leur beauté ! Beaucoup portent dans leur regard quelque chose qui m’est mystérieux et qu’ils vont m’apprendre à connaître au long de ces mois. Le regard des enfants en particulier, eux qui sont pourtant tellement blessés souvent dès leur plus tendre âge, va droit au cœur.

Chaque semaine, nous allons à l’orphelinat de Simões Filho, dirigé par une femme extraordinaire, âgée aujourd’hui et véritable grand-mère des orphelins, qui a donné pour eux toute sa fortune et se démène jour après jour pour leur offrir un foyer. J’y ai rencontré Paolo. C’est un grand garçon maigre d’une dizaine d’années, qui souffre d’un retard mental, mais surtout d’une soif d’amour insatiable. Le voyant seul, à l’écart, je lui ai souri. Il s’est laissé apprivoiser doucement et, soudain, m’a fixée d’une façon qui m’a tellement transpercée. Il exprimait une soif désespérée. J’ai soutenu ce regard plusieurs secondes, incapable de l’abandonner des yeux. Et soudain, il m’a déposé un baiser sur la joue, avant de poser sa tête sur mon cœur comme un tout petit enfant… J’étais bouleversée. Combien d’enfants ont ce regard, trop grave pour leur âge, combien d’enfants crient silencieusement !

Une autre rencontre qui m’a beaucoup marquée a eu lieu lors de ma première visite à l’hôpital, avec Karolina. Carla y était hospitalisée, attendant depuis deux jours d’être opérée dans un autre hôpital plus équipé, après avoir reçu une balle d’un locataire refusant de payer son loyer. Quand nous l’avons vue, elle avait le visage marqué par l’angoisse. Son mari est parti, elle est mère de six enfants dont la dernière a à peine six mois, et ceux-ci sont seuls durant son absence. Elle ne sait même pas quand elle va être opérée, ni combien de temps va durer l’hospitalisation. Peu à peu, elle s’ouvre à nous, exprime son angoisse, le visage sillonné de larmes, et en même temps si belle, si courageuse dans sa douleur de mère ! Je ne comprenais pas bien ce qui se disait, je priais donc intérieurement. Avec une immense tendresse, Karolina lui a nettoyé sa main encore maculée de sang. Le silence s’est fait. Un peu en retrait, soutenant le bras blessé de Carla, j’étais émerveillée par la scène, véritable instant béni au cœur d’un drame. Quand nous nous sommes quittées, une petite flamme d’espoir dansait dans les yeux de Carla, et dans mon coeur battait cette phrase de l’Évangile vécue sous mes yeux : « J’étais malade et vous m’avez visité […] En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Nous nous sommes séparées toutes les trois, le cœur dilaté d’une joie toute simple.

 

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Angélique duC. En mission au Brésil

Avec Victoria, une histoire de confiance qui grandit

Victoria, 10 ans et assoiffée d’amour ! Fidèle du Point-Cœur de Simões Filho

A 10 ans, cette jeune voisine du Point-Cœur de Simoes Filho au Brésil, a du mal à s’intégrer à cause de son handicape, mais l’amitié peut naitre grâce à la confiance.

Victoria a dix ans, elle est la huitième de neuf enfants. Son père est décédé alors qu’elle était encore dans le ventre de sa mère qui a souffert d’un traumatisme. Victoria est née avec une sorte d’autisme, un trouble du comportement. Elle est d’une grande agitation. Elle ne peut pas suivre les cours normaux, il lui faut une école adaptée (pour les enfants TDAH) qui n’existe pas dans notre ville. Par conséquent, elle traîne souvent dans la rue et arrive parfois à n’importe quelle heure chez nous… Au début de ma mission, je ne voyais en elle qu’une tornade, ne comprenant rien à sa façon de parler, (elle mange ses mots, quelques-uns seulement sont compréhensibles) n’en faisant qu’à sa tête, n’écoutant personne, d’une grande sensibilité lorsqu’on la reprenait. Pendant les permanences, elle était incontrôlable, insultant les autres enfants qui la rejetaient ayant peur : il y avait peu de moyen de communiquer avec elle. Ses sœurs l’on rangée dans la case « cas spécial » et ne s’en soucient plus vraiment, pensant que son sort est incurable et qu’il n’y a rien à en tirer. Elle souffre donc d’un manque d’amour et de tendresse. C’est à ce moment-­là que je me suis dit qu’il y avait des choses à faire avec elle. Petit à petit, je lui ai prêté plus d’attention, j’ai cherché non pas à la changer comme les autres enfants mais à l’accompagner, à m’intéresser à ses créations, dessins etc. À travers cela, j’ai réussi à créer une relation basée sur la confiance, l’écoute, l’acceptation de cette différence, sans jugement. Elle m’a accepté tel que j’étais et m’a aussi aidé à m’accepter moi-­même. Depuis ce temps, elle passe quasiment tous les jours chez nous, plus d’une fois j’ai eu l’occasion de ne m’occuper que d’elle pendant les permanences, elle est réellement intelligente mais cette intelligence demande une certaine structure, car Victoria est un peu éparpillée. Elle adore dessiner des corações, une façon à elle de montrer qu’elle a un grand cœur. Elle a beaucoup d’attention, c’est juste que la façon dont elle le fait est parfois hors du commun. Lorsque nous préparons le déjeuner, elle nous aide à sa manière mais elle est de plus en plus concentrée, attentive. Lorsqu’elle vient, elle se sent aimée, appréciée, par conséquent les enfants et sa famille nous imitent pour l’accepter tel qu’elle est. Pour moi, elle a grandi en maturité en quelques mois, c’est incroyable ce changement avec un peu d’amour. J’apprécie fortement le moment du chapelet lorsqu’elle y participe avec nous, c’est elle qui choisit qui va faire la dizaine. Lorsque c’est son tour, nous ne comprenons que deux mots : Maria et Jésus. Les deux plus importants. Un moment qui m’a beaucoup ému fut lorsque je fus seul dans la maison. Je m’apprêtais à faire mon heure d’adoration quand Victoria est arrivée pour jouer et dessiner. Je lui ai dit que ce n’était pas le moment et que j’allais prier avec Jésus, je lui ai proposé de venir m’accompagner en pensant qu’elle allait refuser mon offre. À ma grande surprise, elle a accepté et je lui ai donné quelques livres pour l’occuper. Ce fut incroyable. Notre Victoria « tornade » était calme, tranquille, chantait de temps à autre. Ce fut une expérience d’une grâce immense qui m’a beaucoup touché. Victoria est revenue par deux fois depuis : me voyant à genoux la dernière fois, elle m’a proposé un siège-­prière, quelle merveilleuse attention !!

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Arnaud dSP Volontaire au Point-Cœur de Simoes Filho

L’Evangile fait chair

Arnaud est en mission au Point-Cœur de la Coroa à Salvador da Bahia au Brésil. A la rencontre des amis du quartier, il fait une expérience très concrète de l’Evangile. 

Domingo et la communauté du Point-Cœur

Sur le chemin, nous avons retrouvé un de nos amis de la rue, Domingo, la tête ensanglantée, des blessures aux genoux, sans chemise… Un homme semblait l’avoir battu, nous n’avons pas vraiment compris l’histoire et comment il en était arrivé là, car il était sous l’emprise de l’alcool ainsi que ses autres amis. Mais ce n’était pas l’essentiel, le plus urgent était de le soigner ! Après un long débat avec Domingo, ce dernier s’est enfin décidé à venir avec nous pour être soigné. Lui n’aspirait qu’à trouver un t-shirt pour être décent devant nous et pouvoir entrer dans notre maison. Après lui avoir administré les premiers soins,

J’ai demandé à Lucie de l’emmener à l’hôpital car sa blessure à la tète était profonde. Une fois chaussé et vêtu, le voilà avec une de ses amies qui voulait l’accompagner à l’hôpital. Après avoir cherché différentes voitures pour aider Lucie, nous nous sommes résolus à prendre le bus. Au même moment, une voiture remonte la pente : nous lui demandons de nous aider. Le chauffeur fait demi-tour pour nous ! En regardant de plus près son pare-brise, j’ai pu lire l’inscription suivante : « Deus e fiél » (Dieu est fidèle), quelle belle phrase !!! De retour chez nous, Domingo revient avec Lucie pour déjeuner et goûter le fejao que nous avons préparé entre temps avec plusieurs personnes seules ce jour-là que nous avions invitées !! Quelle belle ambiance. Durant tout ce moment, je me suis rappelé́ ces phrases de Mt. 25, 35-40 : « Car j ́ai eu faim et vous m ́avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ces paroles n’ont jamais été́ aussi vivantes, concrètes et d’une telle force pour moi. Et elles le seront jusqu’à la fin de mes jours.

Souvent les enfants ou des voisins passent le matin ou à n’importe quelle heure pour demander un verre d’eau ou un thé. La plupart du temps, c’est un prétexte pour rester un peu avec nous, discuter ou simplement les écouter. Ces phrases de Saint Matthieu n’ont jamais raisonné aussi fort dans mon cœur. « Um copo de agúa por favor ? » (Un verre d’eau s’il vous plait ?), parole concrète, action concrète qui sort tout droit de l ́évangile. Nous sommes là pour aider les gens du quartier, et part eux c’est Jésus que nous servons. Quelle joie de mettre en pratique les paroles du Christ.

 

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Arnaud de SP volontaire au Brésil

Lucimare marche, écrit, apprend…

Lucimare au Point-Coeur

Lucimare au Point-Cœur

Claudia reçoit Lucimare au Point-Coeur de Simões Filho au Brésil. Malgré son handicape, Lucimare a soif d’apprendre.

Lucimare habite une maison après la nôtre, elle vit chez sa grand-­mère avec son grand frère. Elle est pratiquement née en même temps que la fondation de notre maison : elle a vingt-­deux ans. Elle est atteinte d’un handicap moteur qui l’empêche de bien marcher, et elle ne peut utiliser sa main gauche. Elle vient tous les matins pour nous demander si la maison va ouvrir cette après-­midi. Elle m’a appris la patience et la fidélité à la prière, car elle vient tous les jours prier le chapelet. Comme tous les après-­midis, durant la permanence des enfants, elle demande une feuille pour dessiner, et, ce jour-­là, elle souhaite que j’écrive pour elle un mot à une des tia d’ici — Tante, c’est comme ça qu’on nous appelle —, et lui fait un dessin. Ce jour‐là, je me suis dit : comme elle sait écrire son prénom, je vais voir si elle sait écrire d’autres mots. Et là, avec beaucoup d’émotion, je me rends compte qu’elle sait écrire, du moins copier. Ici, les enfants sont rentrés à l’école depuis début février, et c’est vrai que nous avons un peu moins d’enfants durant la permanence. Je me disais que Lucimare a besoin elle aussi d’apprendre de nouvelles choses, d’évoluer selon ses capacités. Une chose très importante et très belle que je ne vous ai pas racontée : Lucimare a appris à marcher dans notre maison, elle avait déjà cinq ans et elle rampait car personne de sa famille ne lui avait appris à se lever. Ce sont les volontaires qui lui ont appris à marcher. Ici, j’ai appris à demander tous les jours au Seigneur de nous guider, et de nous montrer de quoi nos amis ont besoin aujourd’hui. Pour le moment, nous sommes allées prendre des renseignements dans une école qui accueille les enfants en difficulté. Prochaine étape : faire une visite de l’école avec Lucimare.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Claudia B. Volontaire au Point-Cœur de Simões Filho au Brésil

Dona Nininha, le don total aux autres

 

Dans cette dernière lettre du Point-Cœur du Brésil, Hortense rend grâce et présente un visage particulier de son quartier, Dona Nininha qui du haut de ses quatre-vingt-huit ans pense avant tout aux autres !

Dona Nininha

Dona Nininha

 

S’il vous arrive, un jour, de vous balader dans ce charmant quartier de la Coroa da lagoa, vous ne manquerez pas de croiser, ou de remarquer, une  petite  dame  maigrelette  qui  porte  un  bob  à  fleurs sur  la  tête,  et marche avec sa canne d’un bon pas, mais s’arrête à tous les coins de rue pour saluer l’un ou l’autre, prendre des nouvelles de toute sa famille, et donner  un  mot  de  réconfort.  Vous  l’avez  surement  deviné,  il  s’agit  de Dona Nininha ! Quatre-vingt-huit ans,  debout  sur  ses  jambes  douloureuses,  notre  grande  dame  ne  s’arrête  jamais.  Dans  sa  maison  à  trois chambres, entourée  d’un  jardin  où  poussent  des  dizaines  d’arbres  aux mille vertus, elle s’occupe de sa sœur malade et de sa fille de quarante- sept ans handicapée, neuvième d’une fratrie de onze enfants. Le sourire accroché  aux  oreilles,  elle  monte  et  descend  les  rues  vallonnées  de  la Coroa,  visitant  l’un,  amenant  l’autre  à  l’hôpital,  accueillant  le  fils  de  sa voisine dans le besoin… Elle souffre depuis quelques mois de douleurs terribles dans les jambes, mais sa  foi et  sa  bonté  sont  plus  fortes, et elle  continue  de  porter le  Christ  partout  où elle va. En  sortant d’une visite chez elle avec mon  frère  Joseph, venu me voir début  février et qui ne comprenait pas la moitié de ce qu’elle disait, celui-ci me dit : « Cette femme a Dieu dans sa maison ! ». Toutes les nuits, elle se réveille à 3h du matin pour prier le chapelet à Nossa Senhora Aparecida, la patronne du Brésil. Lorsque  nous  lui  conseillons de  rester  un  peu  tranquille  chez  elle, pour  se  reposer  et  ménager  ses pauvres jambes, elle répond : « Je peux encore marcher et ce qui me fait vivre, c’est d’aller voir les gens, alors je continue ! » A chaque fois que je croisais Dona Nininha, une joie immense m’habitait. Elle est l’exemple incarné du don total de soi aux autres qui est le fruit d’une union intime avec le Christ.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Hortense A. Volontaire en mission au Brésil

Ireni et José, ou l’attention à l’autre

Ireni, amie depuis de longues années du Point-Cœur de la Coroa au Brésil, est maintenant sous le regard bienveillant du Senhor José. Hortense découvre son attention pour elle, un souci d’amour.

Joseph, Hortense, Senhor José et Ireni

Joseph, Hortense, Senhor José et Ireni

Depuis le début de la mission, j’entends parler d’elle, mais je n’ai pu la rencontrer qu’il y a quelques mois car elle n’habitait plus dans notre quartier. Ireni fait partie de l’histoire de notre maison depuis sa fondation. À l’âge de vingt-quatre ans, elle a eu un accident de vélo, est tombée dans un égout qui court en bas de notre rue, et est tombée dans le coma. Depuis ce jour, elle n’a plus toute sa tête. Ireni a eu huit enfants, mais n’a élevé que sa fille aînée qui a aujourd’hui quatorze ans. Tous les autres ont été adoptés par des parents ou amis. Elle habite aujourd’hui avec un homme, José qui s’occupe d’elle. Jusqu’à il y a un mois, ils habitaient à Salvador. Nous ne les voyions donc que très peu, mais depuis, ils sont rentrés à la Coroa pour se réinstaller dans la maison qu’Ireni avait laissée à sa fille Vitoria. Tous les jours depuis leur arrivée, Ireni vient nous saluer, nous demande un café, un déjeuner, un thé, mais surtout, de l’attention ! Lorsqu’elle arrive, elle salue chacun d’un « abraço » très affectueux, et parfois un peu étouffant… L’autre jour avec Sœur Marie, notre visiteuse, nous étions chez sa voisine dont le jardin communique avec celui de la maison d’Ireni. La voilà qui arrive et nous passe à travers le grillage un morceau de melon et du jus de goyave. Un geste si simple, si beau ! Ce n’est pas toujours facile de garder patience lorsqu’elle vient chez nous avec sa tasse vide et son désir de parler, mais plus je la connais, plus je me rends compte qu’elle est comme un puits d’amour. Elle a un tellement grand besoin d’aimer et d’être aimée qu’il en devient parfois étouffant. Mais toute sa vie est tournée autour de ce besoin. Ce n’est pas du café qu’elle demande, c’est un sourire, c’est un cœur qui aime. Elle me provoque dans ma patience, mais aussi dans mon regard sur l’autre. Car cet amour qu’elle a à donner est une leçon de patience et de persévérance. Chaque fois, lorsque j’entends sa manière unique de toquer à la porte, je soupire. Mais n’est-ce pas pour cela que je suis venue ici, aimer jusqu’au bout, me donner toute entière ? Elle me permet de ne pas entrer dans le confort des amitiés faciles, de rester consciente de ce que signifie réellement aimer. Le Christ n’est-il pas venu pour les plus faibles et les plus démunis ? Lors d’une visite chez elle avec Virginia et Joseph mon frère, nous avions apporté un appareil photo, et nous lui proposons de la prendre en photo avec Senhor José. Toute heureuse, elle s’assoit à côté de lui et le sert dans ses bras. Il se défend : « Il y a du monde, pas comme ça Ireni ! », d’une voix peu convaincue qui montre la tendresse qu’il lui porte derrière son air rude. Très régulièrement, Ireni disparaît, et il passe chez nous tout inquiet à sa recherche. Il répète : « Elle est malade, personne ne s’occupe d’elle, personne ne lui prête attention. S’il lui arrive quelque chose, personne ne s’en rendra compte ! », et continue, fidèle, faisant ce que personne ne veut faire, par amour, car il est aimé d’elle.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Hortense A. Volontaire en mission au Brésil

Retour d’Edouard du Brésil après deux ans de mission

Après deux ans de mission au Point-Cœur de la Coroa, à Salvador da Bahia au Brésil, Edouard témoigne du dernier mois passé auprès de ses amis brésiliens :

Chers parents, amis, par­rains et mar­rai­nes,

Edouard P., Brésil, 2013

Edouard P., Brésil, 2013

[…]

Tant de gestes d’amour, en un mois, j’avais pres­que honte et l’impres­sion de n’abso­lu­ment pas méri­ter tout cela. Je ne m’étais pas rendu compte que ma simple pré­sence, les sim­ples gestes d’entraide, les sim­ples dis­cus­sions ou les sim­ples sou­ri­res, plai­san­te­ries, poi­gnées de main, ou le simple fait de me rap­pe­ler un nom, des choses si sim­ples et insi­gni­fian­tes, pou­vaient signi­fier tant pour nos amis. J’avais perçu, certes, que les peti­tes choses sont par­fois les plus impor­tan­tes, mais je n’en avais pas mesuré l’ampleur. Dona Maria do Terço, avec qui j’ai une amitié tel­le­ment belle, tou­jours avec beau­coup d’humour, a pré­paré plus d’une dizaine de paquets pour ma mère, tout fait main, des tor­chons, des che­mins de tables, un cha­peau, et j’en passe… Elle me dit : « y’a rien pour toi. C’est tout pour ta mère. Toi, tu ne vaux rien, mais j’aime ta mère parce qu’elle t’as envoyé à moi ». Dona Inès, le jour même de mon départ, a fait griller de la viande et acheté de la bière pour un der­nier apéro, et plus tard, elle a fait sem­blant de s’endor­mir pour ne pas me dire au revoir.

La messe d’envoi, le samedi soir, pré­cé­dant le jour de mon vol, m’a fran­che­ment remué. Certes, cer­tai­nes per­son­nes ne sont pas venues, mais tant d’autres que je n’atten­dais pas sont venues me témoi­gner leur amitié, que j’étais tout rouge, ému et pres­que hon­teux, et la soirée qui s’en est suivie a été très belle aussi avec un petit apé­ri­tif au Point Cœur. Et après le départ des enfants, des plus anciens, ou des pères et mères de famille, j’ai eu la joie de pou­voir par­

ta­ger un der­nier moment avec les plus jeunes, Laecio, mon ami de la CEASA, Emerson, Nininho, Junior, Laü, Gel, Ricardo, Jo, Daniela, et tant de noms que j’aime­rais vous citer… Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand, après avoir fermé la porte, car il n’y avait plus que deux ou trois jeunes, on frappe à la porte. Je vais ouvrir, et à ma grande sur­prise je décou­vre Ronaldo, une des plus gran­des grâces de ma mis­sion, bien que men­ta­le­ment atteint et si absent, il s’est sou­venu de la date que j’avais donnée à sa mère, et il est venu, lui aussi, me dire au revoir. J’étais si ému qu’il me consi­dère comme un ami, si ému… Comme quand j’ai annoncé mon départ à sa mère, une femme si dure, j’ai été stu­pé­fait de la voir se mettre à pleu­rer. Et je me suis dit que Dieu agit vrai­ment en chacun, et qu’il peut ouvrir tous les cœurs.

[…]

Voilà, l’épisode Brésil s’achève pour moi, mais tous res­tent dans mes priè­res, j’espère pou­voir désor­mais vivre du cha­risme de Points-Cœur dans ma vie de tous les jours. J’étais un cher­cheur de Dieu, je le suis tou­jours, même si ma foi a grandi au fil de ces jours de mis­sion, je cher­che­rai Dieu toute ma vie, dans chaque chose, dans chaque per­sonne, car je sais qu’il y est, bien pré­sent et bien vivant. Je remer­cie du fond du cœur chacun d’entre vous, vous tous, de tous les uni­vers et de tous les modes de pen­sées, de m’avoir sou­tenu par vos dons et vos priè­res.

 

 

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Edouard P. Volontaire français en mission au Brésil