Se sculpter un cœur de chair…

Anita et Marcos

Après un an et demi à la Fazenda, Lucie est toujours surprise de la compassion qu’ont les personnes les plus simples.

Ainsi, Anita, cette femme atteinte de schizophrénie, qui habite avec moi, me demande régulièrement si elle peut m’aider. Il y a aussi Roseane qui a un retard psychologique. Elle est parfois très agitée. Dans un éclair de lucidité, il est arrivé qu’elle me demande si je suis fatiguée. Lorsque je réponds par l’affirmatif, cela a pour effet de la calmer. J’ai aussi l’occasion d’accompagner Diego, un homme de trente ans, qui est handicapé. Il a été accueilli à la Fazenda à l’âge de douze ans. Il est assis sur un fauteuil roulant, il ne parle pas, il est dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne. Auparavant, il vivait dans un orphelinat. Lorsqu’il est arrivé, il criait beaucoup, il s’automutilait. Pour l’apaiser, le seul moyen était de le prendre dans ses bras. Il s’est peu à peu ouvert, épanoui. Diego aime avoir un chapelet dans les mains pour « jouer avec », cela l’apaise. Je suis aussi surprise de son étonnante fécondité. Ainsi, Ligia, une amie qui a vécu avec Diego à la Fazenda, l’accueille parfois à son domicile, dans le quartier du Point-Cœur . Une fois, lorsque je suis arrivée avec Diego, en voiture, devant la porte de Ligia, une voisine l’a interpellée : « Il est arrivé, le garçon ? » Ligia m’explique que Diego reçoit de nombreuses visites. Les habitants du quartier se sont pris d’affection pour lui. Certains jours, je prends soin de Diego, tout en ayant Maicon et Marcos avec moi. Ce sont ces deux enfants, âgés de cinq ans et deux ans. Ces deux « ter-­ribles ! » sont capables de rester tranquilles, lorsqu’ils savent que je dois m’occuper de Diego. J’aime beaucoup voir les « abraços », autrement dit les embrassades qu’ils donnent à Diego. Les premiers mots de Marcos furent « papa », « maman », « non » et « Didi », le surnom de Diego. Quant à ce dernier, qui est parfois si absent, il semble être attentif à la présence des enfants. Diego assis sur le fauteuil roulant Anita aussi s’inquiète toujours pour Diego : « Qui reste avec lui cet après-­midi ? » Lorsque je dois m’absenter, je demande à Anita si elle peut rester avec Diego. Aussitôt, elle s’empresse de laisser ce qu’elle faisait pour aller s’asseoir à côté de lui. Ce que je constate aussi, après un an et demi à la Fazenda, c’est que nous n’avons pas un taux de réussite, humainement parlant, très élevé ! Nos enfants ne sont pas brillants à l’école, les situations familiales sont toujours compliquées… Ce que je peux affirmer, par exemple, avec Maicon et Marcos, c’est qu’après avoir passé quelques jours en dehors de la Fazenda, ils reviennent plus endurcis, plus agressifs. Il me semble que le fait de vivre à la Fazenda leur donne un cœur plus doux. Cela est certainement dû à la Présence du Saint Sacrement, à la tendresse de Marie, à la présence de Diego, d’Anita…
Grandir à la Fazenda est le moyen pour se sculpter un cœur de chair, un cœur plus sensible à la souffrance du prochain, un cœur où peut naître la compassion.

 

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Lucie D. En mission à la Fazenda au Bresil

Eduquer avec tendresse et exigence

Vénération de la Croix à l’Enfant Jésus crucifié de la Fazenda do Natal

Marcos et Maicon, qui sont accueillis à la Fazenda do Natal avec leur papa, se retrouvent subitement sans maman. Lucie s’occupe d’eux et plonge dans leur souffrance, leur solitude, découvre l’exigence de les éduquer avec justesse.

A la Fazenda, la croix qui se trouve dans l’église est celle qui représente l’Enfant-Jésus crucifié. Il symbolise tous les innocents, en particulier, les enfants qui souffrent. Lors de la vénération de la croix, le vendredi saint, de nombreux visages me reviennent en mémoire. Il y a, bien-sûr, celui de Marcos et Maicon, âgés de presque deux ans et cinq ans. Comment pourrais-je les oublier ? En effet, j’ai passé la plus grande partie de mon temps, lors du Triduum pascal, à prendre soin d’eux. Leur famille a été accueillie, il y a déjà plusieurs mois à la Fazenda. Après plusieurs semaines, leur mère, Jo, a décidé de les quitter. Elle a le même âge que moi, vingt-neuf ans. Ce qui me frappait le plus, au cours de nos conversations, est le fait qu’elle avait un passé déjà si lourd à porter : un mélange de violence, d’alcool, de drogue… Elle est arrivée à la Fazenda avec le désir de donner une nouvelle chance à la famille qu’elle forme avec Pequeno, le surnom du père de ses enfants. Elle s’était aussi inscrite à des cours du soir pour devenir, dans quelques années, aide-soignante. Malgré son apparence si forte, il semble que ses vieux démons l’ont rattrapée. Pequeno a décidé de rester vivre à la Fazenda. Avec son calme habituel, il tente d’éduquer ses enfants. Récemment, il a enfin trouvé un emploi dans une fazenda voisine. Évidemment, Marcos et Maicon souffrent de l’absence de leur maman. Jo allaitait encore le plus jeune lorsqu’elle est partie. Ce qui me frappe le plus est le fait qu’ils pleurent très rarement ; si Marcos tombe, il se relève aussitôt et recommence à courir. Durant la semaine sainte, Pequeno travaillait de nuit. J’ai donc pu remarquer que la seule cause des pleurs de Marcos est liée au manque de présence. Ainsi, Marcos refuse de s’endormir seul. Lors de la veillée pascale, il était impossible de le laisser dormir sur la couverture, il restait littéralement accroché à mes bras. La nuit suivante, à chaque fois qu’il commençait à pleurer, le fait de le toucher, l’apaisait et lui permettait de se rendormir. Maicon, son frère, semble s’endurcir durant ces dernières semaines. Il a parfois un air si grave, si sérieux. Il est toujours très attentif à son frère. C’est un enfant qui est perturbé, qui peut être agressif, en retard à l’école. Cependant, il continue à me surprendre. Ainsi, il est beau de le voir chanter des alléluias durant les offices qui sont toujours un peu agités. Un matin, au moment du lever, il me dit : « Allez Lucie, on prie ! » Ce matin-là, il prendra sa douche en chantant : « Marie, si belle, Jésus t’aime… » ; en portugais, ça fait des rimes ! Un peu plus tard, dans la journée, alors que je lui montre la statue de Marie dans l’église, en lui expliquant qu’elle est toujours avec lui, il me demande : « Et si je vais à la plage, elle est là aussi ? » Il y a aussi ce jour, où il nous explique que si nous rencontrons des loups à la Fazenda, nous devons parler à Jésus. Accompagner Marcos et Maicon me demande toujours de trouver un juste équilibre entre la tendresse et l’exigence. Il n’est pas évident de leur donner toute la tendresse dont ils ont besoin et en même temps de les corriger, de les éduquer.

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Lucie D. Volontaire à la Fazenda do Natal au Brésil

Deux nouvelles familles à la Fazenda

A la Fazenda do Natal au Brésil, deux nouvelles familles arrivent avec leur lot de souffrance et de douleur que Sr Bénédicte, Servante de la Présence de Dieu, et la communauté portent avec eux au quotidien.

Diego et Anita à la Fazenda do Natal

Deux nouvelles familles sont arrivées depuis ces derniers mois. La joie des petits fait celle des plus grands ! Anita sourit à nouveau. Elle me disait qu’une communauté sans enfant est une communauté triste. Elle revit ! La sortie de la messe a repris des allures de jeux mélangés aux discussions des adultes. Les maisons sont visitées par des petites mains qui demandent un jeu, un verre d’eau, un goûter, un bisou ou qui cherchent à faire une bêtise ! La fazenda refleurit également au sens propre du terme. Arivaldo (dit Pequeno=petit), un des papas, connait et aime les fleurs et la culture et s’y est attelé depuis son arrivée. Dans son sillage, chacun s’essaie à la plantation de roses, de mais, de manioc et autres légumes ! Après une amitié de quatre ans avec Jo et Pequeno dont on visite le village, ceux-ci ont décidé de venir vivre avec nous, de partager cette expérience de vie communautaire, de prière, de service et d’apostolat. Jo avait envie de laisser une dernière chance à leur couple qui était en train de se détruire. Les fruits ont été beaux pendant quelques semaines  : ils se sont retrouvés et les avoir avec nous était un vrai plaisir et d’une vraie simplicité. Pequeno, en bon bahianais, d’une tranquillité sans pair et heureux comme un poisson dans l’eau, nous saluait chaque matin de sa maison – alors qu’on prenait  le petit déjeuner et qu’il allait arroser ses plantes – d’un bonjour enthousiaste. Il était devenu un rayon de soleil. Jo aidait à la cuisine chaque matin en chantant et en louant le Seigneur à tue-tête. Avec sa franchise, son honnêteté, sa soif, sa joie dans le travail, elle nous en donnait une leçon ! Elle allait à l’école quelques après-midi par semaine, ce qu’elle n’arrivait plus à faire lorsqu’elle était chez elle. Hier, Jo est partie. Nos amis sont bien fragiles et inconstants. Et sans le Christ est-il possible de traverser la tempête ? Pequeno reste pour l’instant avec les deux petits Maikom et Marcos. Notre mission est maintenant de les accompagner dans cette épreuve. Entourer d’amour les petits qui recevront peu l’amour de leur maman ou qui pensent qu’ils ne sont pas aimés par elle!

Juliana et Augusto sont arrivés depuis six mois maintenant avec leur bébé Nathan qui a un an aujourd’hui. Ils sont arrivés à la fazenda « forçés » par le destin dans une situation de souffrance (ils étaient presque dans la rue). À leur arrivée, la fazenda était comme un souffle, une respiration, un repos dans le cœur du Christ. La blessure est grande, ouverte. La sensibilité, la fatigue, l’angoisse reprennent le dessus certains jours. Je vous demande de prier pour eux. Les deux tentent de travailler pour se refaire une vie après : cuisine, ventes, travail proposé par quelques amis. Ils tentent également de se refaire une santé. Nous espérons qu’ils puissent découvrir les bénédictions de la croix, l’amour dans la souffrance, la gratuité, la dépendance de Dieu. Tant de valeurs chrétiennes essentielles dans notre chemin vers le Père. Nous prions beaucoup, tentons de les accompagner dans leur lutte par notre amitié, notre aide, telle une main qui se tend sur le chemin.

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Sr Bénédicte Servante de la Présence de Dieu, en mission au Brésil

Un regard nouveau à la Fazenda

Hortense et François-Xavier, un jeune couple de bretons, vient d’arriver à la Fazenda do Natal. Ils découvrent le rythme de vie dans ce village Points-Cœur, et les premiers visages de ceux qui leur sont confiés… 

François-Xavier à la Fazenda

François-Xavier à la Fazenda

A la Fazenda, on ne s’embête jamais ! Les matinées sont consacrées à l’entretien de la Fazenda, à la cuisine, au ménage. J’ai (François-Xavier) déjà été investi de plusieurs tâches de bricolage pour les semaines à venir. Les déjeuners se prennent tous ensemble. Puis, l’après-midi, nous partons en apostolats (visites) dans les villages alentours : Menino Jesus, Passagem dos Texeiras, Simoes Filho, Canta Gallo, Candeias.

Ce début de mission est pour nous l’occasion de faire connaissance avec les amis de Points-Cœur. Ilona nous présente Dona Matilde, femme de 104 ans qui vit dans une favela et est assez isolée. Lucie nous présente Io et ses cinq enfants qui vivent dans une seule pièce dans des conditions très précaires. A chaque visite, nous sommes frappés par la pauvreté dans laquelle les gens se trouvent… Les gens ne vivent de rien, mais pourtant ils nous accueillent toujours dignement. Nous rentrons petit à petit dans le charisme de compassion de l’œuvre Points‐Cœur. Nous apprenons à être tout simplement présents (de toute façon, nous n’avons pas encore le niveau pour rentrer dans de grandes discussions en portugais !), nous apprenons à les aimer.

Cette mission est pour nous l’occasion d’avoir un regard nouveau ! Nous comptons sur vos prières pour nous aider à rentrer dans ce beau programme que nous propose Points‐Cœur. Tous les lundis après-midis, nous faisons une visite un peu spéciale : nous allons à l’orphelinat de Simoes Filho. Nous découvrons au milieu de la ville, un bâtiment sale : il n’y a pas de jeux pour les enfants, la télé est allumée toute la journée et ils ont des chips au goûter ! Nous rencontrons des enfants qui ne demandent qu’à être aimés : Paulo, demande encore et encore des câlins, il ne nous lâche pas… Nous sentons chez ces enfants un profond manque d’affection que nos visites hebdomadaires ne pourront pas combler. Ils sont ravis de jouer avec les jeux que nous apportons : Uno, domino, nous créons peu a peu avec eux une amitié.

Enfin, le mardi, nous passons la journée dans le Points‐Cœur de la Coroa, quartier très pauvre de Simoes Filho. C’est pour nous l’occasion de faire connaissance avec Weverton (treize ans) et Ana Carolina (dix ans) que nous allons bientôt accueillir dans notre maison à la Fazenda. Fini la vie à deux, on passe déjà à quatre ! Ces deux enfants passent beaucoup de temps dans la rue, vont à l’école au gré de leurs désirs. Leur maman est soulagée que nous puissions les prendre. Le premier contact est un peu compliqué. Il va falloir les apprivoiser très doucement. Notre mission n’est pas tant de les éduquer, mais de s’en faire des amis, qu’ils aient confiance en nous, et nous en eux. Nous appréhendons un peu leur arrivée. Mais si d’autres volontaires l’ont fait, alors pourquoi pas nous ?!

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Hortense et François-Xavier L. Volontaires en mission à la Fazenda do Natal

Anita, une présence fidèle à la Fazenda do Natal

Anita et Bernardo

Anita et Bernardo

La présence incontournable d’Anita qui vit depuis plus de vingt ans à la Fazenda do Natal au Brésil. Une rencontre inoubliable, une attention aux autres, une compassion à fleur de peau.

Au sein de la maison qui est confiée à Sainte Thérèse-de­‐l’Enfant­‐Jésus vit aussi la personne qui réside à la Fazenda depuis le plus longtemps, c’est-à‐dire depuis vingt ans. Elle s’appelle Anita. Elle a cinquante-deux ans. Elle est croate. Cette femme a la particularité d’être atteinte de schizophrénie. Elle a souvent des visions, entend des voix… Elle parle souvent d’ennemis… C’est une femme qui a de beaux yeux bleus. Elle a un vrai amour pour la Sainte la « Sainte de son pays » comme elle dit, « la Reine de la paix ». Elle ne lâche jamais son chapelet. Avant que sa maladie ne se déclare, Anita était une artiste qui a eu l’occasion de voyager. C’est une femme très sensible, qui souffre beaucoup du fait de sa maladie. Par exemple, elle croit qu’elle peut transmettre sa maladie aux enfants. Elle s’alimente seule, n’accepte de prendre que certains aliments. C’est une femme discrète, qui a une petite voix. Elle est aussi très fidèle. Elle ouvre les portes de l’église chaque matin et les ferme chaque soir. Elle sonne les cloches à heures régulières. Elle prépare chaque jour l’autel pour la messe. C’est aussi une fidèle du ménage de l’église, chaque vendredi matin. Elle passe beaucoup de temps à la balayer dans la semaine. Elle met régulièrement un bouquet de fleurs devant le tableau représentant Sainte Thérèse. Nous rencontrons régulièrement Anita durant la journée. Elle vient souvent nous demander s’il reste du café dans notre maison. Ainsi, chaque matin, à 6 heures, après avoir sonné les cloches de l’église pour la première fois de la journée, elle fait une halte à la maison Saint-­Gabriel et balaie notre terrasse, en attendant que le premier café préparé par Père Christian soit prêt. Anita s’assoit toujours en retrait du groupe, sur un petit banc qu’on utilise pour faire l’adoration. C’est aussi une femme très profonde, qui explique qu’elle s’alimente ainsi pour jeûner, pour faire pénitence. Du fait de sa maladie, tout est excessif. Elle a une vraie vie de prière, chaque jour, elle prend son tour pour adorer une heure, elle participe à la messe, à la prière du chapelet. Il est toujours surprenant d’entendre, au milieu de ses descriptions de visions, une remarque vraie et profonde. Ainsi, un dimanche matin, alors que nous prenions un café ensemble, au détour d’une conversation banale, elle s’arrête pour me dire : « Elle doit vraiment être là aujourd’hui, “ma Sainte” cachée. On ne la voit pas, parce que le ciel est tout bleu ». Ou, un autre jour, elle m’avoue que, déjà dans le ventre de sa mère, elle souffrait. Anita aime beaucoup les enfants. Elle est la marraine de Bernardo, un enfant de cinq ans, qui était accueilli à la Fazenda l’année dernière, avec sa famille. Il a reçu le sacrement du baptême, ainsi que sa famille, durant son séjour à la Fazenda. Aujourd’hui, malheureusement, il vit dans un orphelinat. Il était le seul à pouvoir entrer dans la chambre d’Anita. Chaque dimanche après-midi, nous allons lui rendre visite. C’est toujours difficile pour Anita d’accepter de sortir. Elle ne manque cependant jamais de prendre de ses nouvelles, et de donner un paquet de gâteaux aux volontaires pour Bernardo. Un jour, Anita m’explique qu’elle l’aime beaucoup, qu’elle prie beaucoup pour lui, parce que : « Lui, il est tellement pauvre en amour ». Anita aime aussi souvent répéter cette phrase : « Paix et amour ». Elle peut la dire à chaque personne qu’elle rencontre dans la rue. Il est ainsi très facile de faire de nouvelles rencontres en sa compagnie. Cette personne a un point faible : les gâteaux ! C’est l’un des seuls moments où elle accepte de manger en notre présence. Il est aussi très beau de voir Marcus, un adolescent de quinze ans qui fait le pain pour le village, penser à donner un pain à Anita. Celle-­ci, après en avoir mangé la moitié toute seule, alors qu’il est encore chaud, le met dans son sac et l’emporte dans sa chambre. Anita est aussi très attentive à Diego. Elle ne passera jamais à côté de lui sans lui adresser une parole, sans avoir un geste pour lui. Une fois, elle me dit : « Tu te rends compte, il a tellement de souffrances en lui, il ne peut rien faire tout seul ».

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Lucie D. Volontaire à la Fazenda do Natal

Les mots de Dona Beatriz…

Louis a recueilli les mots de Dona Beatriz qui vit très seule depuis la mort de son mari. Elle habite dans un village voisin de celui de la Fazenda do Natal.

Dona Beatriz

Dona Beatriz

Au cours d’un de mes derniers passages, elle a fait mémoire de façon émouvante de ces années d’histoire de visites…

« Un jour, nous étions en train de restaurer le mur de la maison pour faire une chambre, et sont arrivés Luiz, et Gael et Julieta, et ils se sont mis à travailler sur le mur, à arranger la porte. Ils ont pris les briques pleines de charbon, et on a tant ri. Ils sont si amusants. Il n’y avait pas d’outils, ils ont été en demander aux voisins. Vous voyez comme Dieu est bon ! Sans que je demande, ils ont réparé ma porte, c’est Dieu qui passe à travers les personnes ! Il y a tant de moments où je suis seule… Cela fait quatre ans que je vous connais, et vous êtes plus que ma famille. Mes enfants ne s’occupent pas tant de moi. Je suis malade, et vous venez par ici m’apporter de la joie et du plaisir. Quand mon mari était malade, vous veniez ici prier pour lui et il vous adorait. À chaque fois que vous repartiez, il disait : « Où ils sont partis ? » Et quand vous ne veniez pas, c’était une tristesse pour lui, et pour moi aussi. Tout était sombre dans ma vie, mais quand vous veniez par ici, , alors tout cela s’arrêtait. Pour moi, c’était très bon, ma santé s’est améliorée. Le père Arnaud venait confesser mon mari alors qu’il était gravement malade. Après, il ne pouvait plus parler ni manger normalement, mais il l’a confessé. Alors il est mort dans la main de Dieu. Le jour où il est mort, Yassine, il ressemblait à un petit ange. On n’aurait pas dit que c’était lui. Il a tellement changé… »

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Louis dA. Membre permanent de Points-Cœur, en mission au Brésil

Un après-midi constructive avec Dona Beatriz

Gaël est en mission à la Fazenda do Natal avec son épouse Julieta. Lors d’une visite dans un village voisin, un mur se monte, une porte se fixe… Ces coups de main sur le pouce portent à la confiance, la confidence et l’amitié grandit.

Dona Beatriz, Mariane et Julieta

Dona Beatriz, Mariane et Julieta

Jeudi dernier, à Menino Jesus, nous sommes allés rendre visite à Dona Beatriz.  Son amitié avec Points-Cœur a commencé  quand son mari était malade. Il est resté alité  pendant deux ans avant de mourir. Dona Beatriz l’a accompagné fidèlement chaque  jour, jusqu’au bout. Bel exemple d’amour,  pour le meilleur et pour le pire ! Nous  sommes toujours bien accueillis dans cette  maison. Ce jour-là Dona Beatriz était accompagnée de deux femmes (sa fille Mariane et  une amie, Maria), venues construire un mur de briques pour boucher un trou sous la fenêtre de la chambre. Des maçons en jupe ! Amusés, nous contemplons la scène avec admiration. Nos apprentis maçons se débrouillent plutôt bien et font le travail avec beaucoup de féminité. Julieta sélectionnait et passait les briques, Maria les taillait à la truelle et Mariane construisait. Elles réussissent l’exploit de ne pas se tâcher les vêtements avec le ciment frais. « Zut ! Je me suis cassée un ongle ! » dit l’une d’elle. Nous pensons repartir pour les laisser travailler mais nous sommes retenus par une remarque de Dona Beatriz : « Avant votre arrivée, nous étions tristes. Avec vous, la joie est entrée dans cette maison ! — Ça veut dire que si nous repartons, vous allez être encore tristes ? » demande Gaël. Nous  rions mais n’avons plus le cœur à les laisser. « Il  reste encore du travail » dit Dona Beatriz. « Demain, nous changeons la porte de la cuisine. » Louis et Gaël se regardent et interrogent : « Pourquoi ne pas le faire tout de suite ?!? Vous avez des tournevis ? — Non… » Louis part chercher des tournevis chez Nede et nous voilà au travail. Evidement, les trous des anciens gonds ne correspondent pas aux nouveaux.  Il faut percer les montants de la porte avant de pouvoir visser les gonds. Faute de perceuse, nous galérons avec un clou et une pierre en guise de marteau. Attention de ne pas planter le clou trop profond : nous n’avons  pas de pince pour l’arracher s’il reste coincé ! A tâtons, nous parvenons à installer la porte. Nous la rabotons à la machette pour qu’elle ne coince pas. Il n’y aura plus qu’à installer un loquet et couper des bouts de bois qui empêchent l’ouverture complète… En travaillant, nous écoutons Dona Beatriz nous mètres mais elle n’a pas d’argent pour ça et l’avocat qui suit le dossier ne semble pas faire avancer  les choses dans le bon sens… L’installation de la porte nous aura pris toute l’après-midi. Nous admirons le mur terminé et nous nous félicitons mutuellement avant de conclure par une prière. La  joie est dans tous les cœurs et nous repartons sous les « revenez bientôt ! » affectueux de Dona Beatriz !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Gaël S. Volontaire en mission à la Fazenda do Natal, Brésil

Au Brésil, le temps d’apprivoisement avec Diego et Daniel

Julieta et Gaël sont mariés et leur mission de couple à la Fazenda do Natal commence par la « vie de famille » avec Diego et Daniel qui leur sont confiés. Comme le Petit Prince, ils s’apprivoisent… Diego est handicapé de naissance et Daniel vit depuis tout petit à la Fazenda.

Julieta et Gaêl avec Diego et Daniel

Julieta et Gaêl avec Diego et Daniel Lors du Carnaval à la Fazenda

 

Daniel et Diego ont pris leurs marques avec nous. Notre portugais un peu plus fluide rend les choses plus faciles. Derrière les carapaces de nos amis, nous découvrons peu à peu les personnes, leur humour, leurs faiblesses, leur soif de relation. Diego nous fait rire le matin quand nous frappons à la porte de sa chambre en lui disant : « Bonjour Didi ! ». S’il est déjà réveillé, il arrête son balancement. Nous lui caressons doucement la tête en lui parlant pour le réveiller. Il fait semblant de dormir encore pour avoir plus de caresses, jusqu’au moment où son sourire vient trahir ses intentions ! Diego progresse. A force de lui demander de nous aider pour l’accompagnement, il participe de façon plus active. Par exemple, il lève les fesses pour faciliter la mise en place de la protection et du pantalon, et il aide aussi pour s’asseoir sur son lit ou sur son fauteuil en poussant sur ses jambes. Daniel est de plus en plus tranquille, même s’il y a toujours quelques bêtises par-­ci, par-là. Il s’est bien rendu compte que ses actes ont des conséquences concrètes, et que nos sentences sont comme à Koh-­Lanta : irrévocables ! Plusieurs fois, Daniel nous a apporté des oisillons (deux à chaque fois) qui avaient été soi-­disant abandonnés par leur mère (plus probablement, en voulant faire tomber les fruits des arbres à coup de pierres, les enfants ont du toucher un nid !). Après avoir réparé une vieille cage pour accueillir les oisillons, ces derniers ont fait l’objet de soins particuliers de la part de Daniel (nourriture, chauffage, etc.). Certains ont survécu et se sont échappés ! D’autres n’ont pas apprécié le traitement et il a fallu consoler le pauvre Daniel avec ses oisillons morts dans ses mains. Pour ses onze ans, nous lui avons offert un livre sur les oiseaux présents dans la région. Il commence à en reconnaître quelques uns et il est fier de nous les montrer.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Julieta et Gaël S. Volontaire en mission au Brésil

Vania choisit un engagement qui fait renaître

 

Depuis quelques mois que Vânia et ses enfants sont à la Fazenda do Natal, sr Marie constate le chemin parcouru et les pas de gratuité et de renaissance de cette femme.

Quelques membres de la famille de Vânia

Quelques membres de la famille de Vânia

 

Mi-décembre, je recevais un coup de fil des  sœurs de Mère Teresa, me demandant si nous pouvions accueillir pour les fêtes une maman et quatre de ses enfants, qui voulait échapper à l’ambiance un peu trop festive de son quartier. Un quartier redoutable, de drogue et d’alcool, de violence et de mort. La petite famille arrive un premier week-end pour connaître, puis revient pendant quinze jours au moment des fêtes, et de là, demande à prolonger et rester un an, pour commencer. Vânia avait perdu son mari deux mois auparavant, tué pour raisons de trafic de drogue ; ce qui pour elle a été comme un libération, car il était extrêmement violent avec elle. Ils vivaient tous entassés dans une toute petite pièce sans fenêtre, et elle, n’en pouvant plus, n’arrivant pas à le mettre dehors, ne se levait plus le matin sans penser à sa bouteille de cachaça. Elle est allée simplement trouver les soeurs en leur disant : « Tout ce que vous pouvez faire pour ma famille, faites-le, car je n’en peux plus ». Les choses sont allées assez vite : le lieu lui a semblé un refuge, le contact est tout de suite bien passé, les enfants se sont immédiatement sentis heureux. Vânia me touche beaucoup car c’est une femme qui a tout perdu, qui n’a plus rien à défendre ; du coup elle est très vraie avec nous. Elle me raconte que même ses enfants finissaient pas avoir honte d’elle ; elle est arrivée dans un état de maigreur effrayant, ses enfants aussi, surtout le petit dernier qui ne pesait rien. Petit à petit ils se remplument. Après des premiers temps tout à la joie d’être « sauvés », sont venus des temps plus difficiles où le manque d’alcool se faisait plus durement sentir, où la routine de la Fazenda – une vie faite de tâches simples et répétitives, pas de boutiques… – paraissait plus pesante, elle commence à rentrer dans une relation plus profonde avec les uns et les autres, à voir émerger quelques visages autour d’elle : Florence, l’une des jeunes femmes volontaires, Paula, volontaire argentine, etc, qui deviennent des points d’appui et des amies. Elle voit que ses enfants apprécient les uns et les autres, et ainsi se tisse tout un tissus de relations qui la maintient dans la vie, dans le présent, dans la gratitude et dans l’accueil du réel. Elle se révèle être une femme énergique qui ne se laisse pas aller à la facilité. Elle commence à reprendre pieds et courage, malgré la tentation toujours présente et parfois plus forte qu’elle, d’aller faire un tour dans son quartier et de tout y oublier. Mais sa participation à la vie de la Fazenda est de plus en plus spontanée ; elle a son tour de cuisine – et s’est révélée une fine cuisinière – et aide pour le ménage des parties d’accueil, mais spontanément propose son aide quand elle le peut, ce qui est un beau signe : elle reconnaît ce lieu comme sien, comme donné, et s’en sent responsable.  L’engagement chez elle est le fruit d’une gratitude, un don en retour d’un premier don reçu, et non le fruit d’un moralisme ou d’une idéologie. Quoi de plus beau que de voir ce début de renaissance ?Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sr Marie Servante de la Présence de Dieu

Perles au quotidien à la Fazenda, Brésil

Depuis la Fazenda do Natal près de Salvador da Bahia, Sr Bénédicte nous parle de ces perles qui rendent le quotidien merveilleux.

Miguel dans les bras de Beatriz

Miguel dans les bras de Beatriz

La sonne cloche à 6h00 du matin, lever. C’est Anita qui sonne la cloche six fois par jour depuis son arrivée à la Fazenda il y a 18 ans ! Rituel qui la structure, suivi d’un autre rituel qui est de venir prendre un petit café à 6h15 chez nous. Lorsque je sors de la maison pour prendre le petit déjeuner dehors, c’est elle qui m’accueille, accompagnée selon les jours d’un sourire émerveillé ou d’une angoisse qui ne la lâche pas. Anita est schizophrène. C’est encore elle qui nous accueille une demie heure plus tard à l’entrée de notre belle église qui surplombe toute la Fazenda lorsque nous allons prier les laudes. Elle est assise sur son petit banc dans la véranda de l’église lisant Ste Thérèse, Mère Teresa ou Anne Franck ou priant le chapelet, elle nous sourit. Instant de grâce. Anita est un exemple pour moi de silence et de présence.

A cette prière du matin, presque toute la communauté est présente. Il y manque les enfants qui partent à l’école au même moment. Lorsque nous entrons dans l’église, nous apercevons nos petits écoliers, sacs au dos, qui courent pour entrer dans le bus scolaire qui vient les chercher. Seuls trois enfants restent le matin à la Fazenda :
Bernardo, trois ans, qui, pendant toute une période, à chaque départ de voiture, quémandait, sac au dos, le droit d’aller lui aussi à l’école.
Miguel, son petit frère, un an et demi, notre petit trisomique, le plus pauvre et le plus aimé de tous. La perle de mes journées.
Daniel, avec qui je passe le plus clair de mon temps plusieurs matinées par semaine. Daniel est difficile, extrêmement blessé. Il souffre de ne pas savoir sa maman présente à ses côtés. Daniel nous pousse chaque jour jusque dans nos limites par ses provocations, désobéissances, manque de respect, etc. Il est rare qu’une matinée se passe bien. Certains jours, il est bien difficile de voir où est la perle en Daniel ou en ma journée passée avec lui… Je la cherche et ne la trouve pas. Où est la lumière ? Je la quémande sans cesse. Et la lumière m’est montrée lorsque, le soir, après une punition, au moment d’aller faire la prière du soir avec lui, il me demande pardon. C’était comme si tous les murs construits autour de nous s’effondraient tout d’un coup et qu’un nouveau départ s’offrait à nous. C’est la baume sur la plaie. C’est la joie du pardon. C’est la relation, l’amitié retrouvée. La lumière sur la croix. N’est-ce pas encore plus grand et plus beau ?Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sr Bénédicte Membre religieuse de Points-Cœur