« Vous voulez être mes amis jusqu’à la mort ? »

Virgen de la Caridad

Ce cri du cœur d’une nouvelle amie du Point-Cœur de Cuba a bouleversé Héloïse qui nous raconte cette rencontre inattendue.

Mardi après-­midi, par un grand soleil, nous nous rendons chez Elio et Caridad. Il y a quelques jours, Elio a été opéré de la cataracte, ce qui l’oblige à rester chez lui et à se reposer. Chose inhabituelle pour lui qui, à quatre-­vingt-­un ans, continue de travailler presque tous les jours. A la recherche d’un peu d’ombre sur le chemin, nous empruntons une autre rue. Nous marchons, sans prêter grande attention, quand une femme nous interpelle d’une voix forte en disant : « Que Dieu les bénisse ! » Nous nous retournons vers elle, la regardons, lui sourions, puis, au moment de reprendre notre chemin, cette femme d’une cinquantaine d’années, nous interpelle de nouveau et nous demande comment nous nous appelons. Elle est appuyée à la porte de sa maison, debout en chemise de nuit, peu soignée. Nous nous rapprochons et répondons : Tomas et Eloisa. Elle les répète d’une voix forte, et demande : « Tomas et Eloisa, vous voulez être mes amis jusqu’à la mort ?» La question me surprend, mais la réponse est pour moi comme une évidence : « Oui ». Elle s’appelle Miriam. Elle parle vite et, en quelques minutes, nous raconte qu’elle a des troubles mentaux, qu’elle a perdu tous ses amis, qu’il ne lui reste que le Christ. D’ailleurs, elle priait la Vierge Marie de lui envoyer des amis, quand elle nous a aperçus dans la rue, passant devant sa maison. C’est pour cela qu’elle nous a interpelés. Nous échangeons un peu avec elle. Puis, elle nous demande de passer la visiter le lendemain matin. Comme ça, sans même nous connaître, elle nous invite chez elle. Pour elle, c’est évident. Le rendez-­vous est donc pris. Avant de nous quitter, elle demande plusieurs fois si nous allons venir. Chaque fois nous le lui promettons. Elle ne nous connaît pas, n’a jamais entendu parler de nous et, pourtant, elle semble mieux que personne comprendre notre présence ici : elle veut simplement nouer une amitié. Quand nous retournons chez elle, c’est sa maman Blanca qui vient nous ouvrir. Elle nous dit que sa fille lui a déjà parlé de nous. Avant de nous laisser passer, elle nous dit simplement que sa famille n’a besoin de rien d’autre que d’être aimée. Elle nous invite ensuite à rentrer et appelle sa fille. En nous voyant, Miriam, toujours vêtue de sa chemise de nuit, veut changer ses chaussures pour nous accueillir plus convenablement. Nous rencontrons à ce moment son père et son frère. Puis, au retour de Miriam, celle-­ci nous demande de prier avec elle pour qu’elle se tranquillise. Elle prend ma main et plonge son regard dans le mien. Il est intense et transperçant. Elle me demande si je vais m’occuper d’elle le jour où ses parents meurent, si je vais lui fermer les yeux le jour de sa propre mort, si je vais être présente à ses côtés toujours. Je lui réponds simplement que cela dépend de la volonté de Dieu, mais que j’ai ce désir de l’accompagner. A moitié satisfaite par ma réponse, elle se tourne vers le Père Thomas pour lui demander si elle va bientôt mourir et pourquoi elle souffre de tous ces troubles. Miriam est là devant nous, avec ses questions si profondes et existentielles qui s’enchaînent, dans cet environnement empreint de folie. Ce qui la préoccupe est d’être aimée et entourée, c’est ce qu’elle cherche en nous. Au moment de partir, elle nous demande de ne pas l’oublier, de revenir la voir, d’être ses amis jusqu’à la mort. Je la remercie de nous avoir appelés dans la rue, car je suis heureuse de la connaître. A cela, elle répond qu’elle remercie Dieu de nous avoir mis sur son chemin, puis elle me serre dans ses bras et m’arrache quelques larmes qui jusqu’ici étaient restées contenues… Deux semaines plus tard, nous reprenons le chemin de la maison de Miriam avec Alexandra. Avant, j’ai appelé Miriam pour lui demander si je peux venir la visiter pour lui présenter une nouvelle amie. Elle aime cette idée de rencontrer d’autres amies, car elle me dit que sa souffrance est supportable en notre présence. A notre arrivée sa maman me répète qu’elle n’attend rien de nous, sinon donner un peu d’amour à sa fille et l’aider à prendre soin d’elle. La visite est intense, car chaque membre de la famille souhaite être écouté, et partager avec nous un peu de sa vie. De tous, se sent le désir immense d’être regardés, et tous ont un regard qui vous saisit. Miriam, avec ses questions, son regard, sa soif d’amitié, m’a complètement chamboulée. Son cri du cœur, sa confiance instantanée, m’ont enseigné que les personnes les plus simples sont celles qui manifestent le plus facilement le désir d’aimer et d’être aimées et vous invite à la même spontanéité. Miriam est très attachée à la Virgen de la Caridad (Sainte Patronne de Cuba), elle m’a répété plusieurs fois que notre rencontre est le fruit de ses prières et que, maintenant, elle va lui rendre grâce… J’aurais eu la tentation d’y voir le hasard de la vie, mais Miriam m’ouvre les yeux sur les signes que nous envoie Dieu dans notre vie.

 

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Héloïse duR En mission à Cuba