La vie de compassion, c’est dur !

Madre Yajaide et toute la communauté, le matin de mon anniversaire devant la grille du cloître des Carmélites de Barrios Altos

Après quelques mois de mission au Pérou, François nous décrit cette vie de compassion au quotidien, avec ces difficultés mais aussi ses consolations… Une chaîne de compassion !

Comment pourrai-je vous écrire sans vous parler de la vie de compassion dans notre barrio, le cœur de notre mission. Et seulement après ces trois mois de présence, je peux vous le dire en toute honnêteté, la vie de compassion, c’est dur. Parfois je me dis qu’il aurait été tellement plus simple d’aller construire un orphelinat. C’est si gratifiant, si motivant de voir s’édifier notre projet, de pouvoir contempler les fruits de notre travail jour après jour. Dans notre mission avec Points-­Cœur, il s’agit de mettre l’autre au centre de sa vie, de se donner entièrement pour chacun, quelque soit la dureté de sa vie, des évènements qu’il nous partage et dans la totale incertitude où cela va nous mener. On peut parfois observer l’évolution du comportement de certains enfants, qui font trois pas en avant mais malheureusement dix en arrière la semaine suivante. Se réjouir de la confiance et de la joie de vivre de certaines mères malgré leur situation de vie difficile et le jour suivant s’attrister de voir leur désespoir devant la maladie de leur enfant. Nous sommes là, et notre cœur bat au rythme de celui de chacun : adulte comme enfant, mères, pères ou grands-­parents. Puis, à certains moments, tout s’arrête. Lorsque nous prenons conscience que l’instant que nous sommes en train de vivre est fabuleux. Je ne parle pas du genre de moment où nous réussissons à couper parfaitement un concombre, mais plutôt lorsque par exemple devant nous, nous pouvons voir avec émerveillement la joie de tous ces enfants, laissant les tracas de leur vie parfois si durs à porter pour faire une partie de foot et s’amuser tous ensemble. Ou bien lorsque nous pouvons admirer l’enthousiasme de Jésus, après avoir posé l’ultime pièce d’un puzzle qui durait depuis le début de la semaine. Un jeune de trente ans qui vit avec le syndrome de Down et sa courageuse maman la señora Yolanda. Ou encore lorsque nous pouvons écouter Tatou sur son lit d’hôpital, nous racontant avec entrain la douceur de ses petits déjeuners à l’hôpital national des enfants, le jour suivant son opération de purification du sang et d’extraction d’un caillot qui s’était logé tranquillement dans son unique rein fonctionnant mal depuis déjà tant d’années. La vie de compassion que nous avons choisie, aussi belle soit-­elle, n’est pas de tout repos, et c’est peu dire ! Il faut reconnaître qu’il nous arrive parfois d’être très fatigués, autant physiquement que moralement. Mais heureusement, la Providence a placé un certain nombre de bons Samaritains qui s’occupent si bien de nous, nous apaisent, nous chouchoutent et nous permettent parfois de recharger les batteries de notre cœur et de notre corps. Je pense à la Madre Yajaida, une Carmélite cloîtrée qui malgré la grille qui nous sépare m’organisa une cérémonie d’anniversaire incroyable. Je pense aussi à la famille Tang, qui nous accueille de tout leur cœur et comme des rois dans leur palace pendant notre jour de repos hebdomadaire. Et enfin à mon oncle Charles, qui organise pour moi des sorties de toutes les couleurs et me régale de ses pancakes chaque matin que nous pouvons passer ensemble. Tant d’attentions qui nous font tellement de bien ! J’ai baptisé ce phénomène, la chaîne de la compassion.

 

 

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