Une présence qui apaise

A Bangkok, les volontaires se donnent auprès des amis du quartier, jeunes ou vieux, elles sont un point d’apaisement. Marianne nous confie particulièrement l’âme de Lung Phii chaa et la soif d’attention de Bun.

Une des dernières visites à Lung Phii chaa, Bangkok

Lung Phii chaa est l’un de nos amis qui avait pris beaucoup de place dans nos vies. Nos visites ont commencé si simplement : il était toujours sur une chaise roulante sur la place publique près du petit marché et nous disions bonjour, sourions, faisions le waj. Puis petit à petit, nous avons commencé à discuter quelques mots. Et puis, Thien et Monika se sont prises d’affection pour lui, voyant sa misère humaine, comme poussées à y retourner. Il était si seul. Puis il est tombé malade, nous avons été ensemble au centre de santé, puis chez lui. Il y a quelques semaines, les médecins ont déclaré qu’il n’y avait plus rien à faire pour l’aider. Depuis, nous voyons le déclin de jour en jour, sa faiblesse, sa dépendance. Et aussi son angoisse très forte devant la mort. Il appelle en permanence. Cela me bouleverse, ce cri permanent pour une présence : la plupart du temps, il appelle sa compagne mais parfois il appelle « la Mère ». Signe convenu entre nous, il signifie qu’il veut tenir le chapelet dans ses mains, et appelle la Mère de tout homme à son secours. Souvent, nous La prions jusqu’à ce qu’il s’endorme (sinon il ne dort pas). Il s’endort avec le chapelet dans la main, qu’il serre si fort qu’on ne peut l’enlever. Au jour où je finis cette lettre, nous venons d’apprendre son décès hier.

Bun à gauche, devant le Point-Cœur d Bangkok

Bun est l’un de nos petits voisins, l’un de ceux qui aiment appeler nos noms. Parfois, je me demande si juste le fait de nous appeler ne fait pas toute leur joie ! Bun a trois ans et depuis qu’il est tout petit, on peut voir qu’il a un fort caractère et n’aime pas beaucoup que l’on ne soit pas de son avis. Sa courte vie n’est pas bien facile. Sa maman n’en voulait pas et l’a laissé à une autre mère. Il reçoit pas mal de coups, c’est la méthode normale d’éducation ici. Quelque chose a vraiment grandi avec lui. Lui qui était si dur, impossible de le laisser jouer avec un autre enfant, nous avons choisi de lui donner plus d’attention et plus d’amour, pensant que son agressivité appelait à plus de tendresse. C’est une grande merveille de voir qu’il est devenu si tendre. Notre principal apostolat avec lui est de le laisser être sur nos genoux, il est alors d’un calme olympien et tous les enfants du monde peuvent bien s’agiter autour, notre petit Bun joue, nous parle, tout paisible. Il se met spontanément à nous aider, même quand on ne lui demande pas.

 Facebooktwitterpinterestlinkedin

Marianne P. En mission en Thaïlande