Un tourbillon de vie dans la rue de la joie !

Notre rue sous l’eau, c’est aussi un jeu !

Joseph est arrivé début août au Point-Cœur de Dakar et découvre ces petits amis grouillants de vie, et de joie !

Le Point-­Cœur ici est un tourbillon de vie. Dans le quartier où nous vivons, j’ai renoncé à compter les enfants. On l’appelle d’ailleurs le Point-­Cœur de la joie… et comme ça se comprend ! Rien que notre petite rue contient je dirais de près de cinquante enfants de moins de quinze ans. Et ces enfants, trop à l’étroit dans ces appartements d’une ou deux pièces où ils logent avec leur famille, ont choisi la rue pour terrain de jeu. C’est un terrain de vie même, pour faire la lessive, la cuisine, faire ataya (le thé), etc. Ma fenêtre donnant sur la rue, j’ai eu de nombreuses fois l’envie d’enregistrer quelques minutes de l’invincible énergie de Kiki, Sokhna, Bintou, Younous, Ahmed, Kumpa, Mario, Djimmy, Mathias, Alexis, Maurice, Lamine, Marta, Berta, Nancy, Hélène, Marie-­‐ Christine, les Maryama, les Omar, les Thérèse, les Rose, Mbaya, Charly, les Alphonse, Tony, Jekka, Bala, Alpha, et tous les autres. Tous ces enfants qui jouent jusqu’à 23h ou minuit à toutes sortes de jeux inventés ou inspirés… qui les font courir, chanter, danser, sauter, pousser des pneus, lancer des cailloux… En réalité, ils ne sont presque calmes que quand il fait vraiment trop chaud, ou quand ils jouent aux billes. Mais ça, c’est le luxe, la classe. C’est leur billard à eux, les petits ! Je me souviens de cette fois où à 21h, Alphonse moyen (j’en connais déjà au moins trois) et Lamine commençaient à se disputer devant le pas de notre porte, pour une histoire obscure de morceau de plastique faisant office de ballon. Il a fallu les séparer et prendre le plus excité à part, mais soudain inspiré, j’ai tracé un cercle par terre pour lui expliquer un nouveau jeu, et la rue s’est transformée en arène pour combat de coqs. Devant l’engouement suscité par le jeu, je rentre et reviens aussitôt avec une corde pour bien marquer le cercle. Et les duels s’enchaînent, avec les acclamations des enfants attroupés autour, de temps en temps interrompus par le passage d’un scooter ou d’une voiture, et reprenant de plus belle, les uns s’écharpant pour jouer avant les autres. « Moi ! moi ! moi ! Je veux jouer aussi ! » L’improvisation devient quasiment championnat ! Le rôle d’arbitre est surhumain… A peine le temps de dire ouf, et il est déjà 22h30. Bref, Paris a sa rue de la Paix, Dakar a sa rue de la Joie.

D’après certains, je n’ai pas tellement choisi la saison « la plus facile » pour arriver. De fin juillet à fin octobre, c’est « l’hivernage » à Dakar. Je n’ai pas encore saisi le lien avec l’hiver, donc comprenez plutôt : saison où il y a de bonnes grosses pluies assez fréquentes, avec de grosses chaleurs quasi quotidiennes. La saison des moustiques, et où la poussière vous colle à la peau. C’est aussi pendant l’hivernage que les pluies provoquent parfois des inondations ! Le quartier se transforme en une Venise à l’eau douteuse, le temps que s’écoule on ne sait où ce trop plein des égouts. C’est alors un grand moment d’entraide avec nos voisins, manière de vivre cela dans la bonne humeur. Lors des six inondations que nous avons eues au mois d’août, ce fut profondément touchant de voir même de petits bras porter des seaux aussi lourds qu’eux. Comme Tony se précipitant dès que l’on s’aperçut du reflux des égouts par les canalisations de la maison. « Quelle mec ce mec ! » aurait dit une de mes amies… bravoure et don de soi chez cet enfant, remplissant, portant, vidant, revenant, sans faire de pause… déjà tellement grand ! Un enfant qui dès le début m’avais surpris par la dureté de son regard, celui des enfants qui ont grandi trop vite, alors qu’ils sont encore à l’âge de jouer. Mais parfois, un sourire, et il vous prend la main pour marcher quelques mètre avec vous dans la rue, vous disant sans parole qu’il vous a adopté, que vous êtes un peu de la famille.

 

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Joseph deL. Volontaire au Point-Cœur de Dakar