Tant de souffrances, mais un sourire et une foi qui en disent long…

Agnès au Point-Cœur d’Athènes

Agnès est au Point-Cœur d’Athènes, elle y a rencontré F. qui ayant fui tant de souffrances… rencontre enfin une présence consolante.

Il me semble important de vous présenter enfin une amie qui m’est très chère. F. vient du Congo, pays dont on ignore parfois les souffrances immenses ces derniers temps. J’ai rencontré F. à la messe du dimanche, comme un don de l’Esprit Saint. Elle a traversé le plus simplement du monde la masse de gens qui soit sortaient, soit rentraient dans l’Eglise entre les deux messes dominicales pour me demander si je parlais français. Elle n’a pas hésité ou demandé aux autres personnes présentes mais s’est laissé guider par le Saint Esprit. Elle m’explique que cela fait trois semaines qu’elle est à Athènes et qu’elle cherche l’Eglise catholique car elle est seule ici et que les catholiques sont désormais sa seule famille dans cette ville inconnue. Elle semble tellement soulagée de trouver enfin quelqu’un pour parler mais la messe va commencer et je la guide vers ma sœur de communauté qui a un magnificat pour l’aider à suivre la liturgie. Au sortir de la célébration, elle nous explique qu’elle est venue en Grèce avec son fils sur l’île de Lesbos mais qu’elle a dû quitter l’île pour se faire soigner et que son fils est toujours là-­bas. Elle nous demande de pouvoir nous parler plus longuement et nous décidons de l’inviter le lendemain à prendre un café chez nous. Comme elle n’a pas mangé depuis deux jours, nous la dirigeons vers notre ami Yorgos qui s’occupe de l’association Caritas dans notre paroisse et lui donne un sac rempli de denrées alimentaires qui l’aideront jusqu’à ce qu’on lui trouve des aides plus solides. Le lendemain, elle arrive donc chez nous avec un sourire à fendre les cœurs de pierre. Il faut dire qu’elle est de ces personnes qui vous réchauffent de leurs sourires et qu’on ne peut qu’aimer tant leur cœur est pur. On s’installe dans notre salon et je lui propose des petits gâteaux et du chocolat. Je ne sais pas depuis combien de temps elle n’a pu manger de sucreries mais son regard sur notre maigre goûter me fend l’âme. Je n’osais pas prendre moi-­même un cookie pour qu’elle en ait le plus possible. Elle commence alors à nous raconter son histoire le plus simplement du monde, comme si nous étions ses amies de toujours ou des prêtres à qui elle se confessait. J’aurais aimé pouvoir penser que j’étais digne de l’avoir accueillie dans notre paroisse et d’avoir recueilli sa vie et sa croix, mais la vérité c’est que Dieu nous offre les plus belles grâces avec une gratuité et parfois une injustice pure et simple. Il n’empêche que cela m’a été offert et que ma foi en a été agrandie à travers la sienne.
Elle commence par nous expliquer la situation au Congo. Elle nous dit que l’ancien président ne voulait pas laisser le pouvoir et que l’Eglise Catholique du Congo a protesté contre cet usurpateur. Malheureusement, le soir de Noël, pour se venger de cette église rebelle, le président a envoyé son armée dans l’église où elle célébrait la naissance du Seigneur avec son mari, son fils et une de ses filles. L’église était pleine pour la messe de minuit et beaucoup de personnes avaient dû rester dehors devant le bâtiment et c’est ainsi qu’elle fut prévenue de l’arrivée des soldats, par les cris des personnes présentes dehors. Elle s’est alors enfuie avec sa famille et s’est réfugiée dans un bâtiment désaffecté non loin mais les soldats les ont retrouvés. Sa fille et son mari ont été tués devant ses yeux et je me passerais de mots sur ce qui lui a été fait à elle à ce moment. Ils l’ont par la suite envoyée en prison avec son fils dans de terribles conditions. Elle a fini par s’en échapper avec l’aide d’un gardien de prison qui venait du même village qu’elle. A partir de ce moment, il lui fallait fuir le Congo au plus vite avec son fils. Elle n’a pas pu prendre le temps de retourner chercher ses deux filles et a pris le premier avion pour la Turquie. Là-­bas, les réfugiés ne peuvent rester qu’à condition de travailler pour vivre, mais sans connaître ni l’anglais, ni le turc, il est difficile de trouver un boulot. Elle y a rencontré un homme qui lui a expliqué que sa meilleure chance était de rejoindre la Grèce pour ensuite aller en France ou en Belgique. En écoutant son histoire, il a décidé de lui payer le billet pour traverser la mer sur un bateau de fortune. Pour rejoindre son embarcation, elle a traversé une « grande forêt effrayante » jusqu’à une plage secrète. Mais la encore, les problèmes s’en mêlent et la police intercepte le convoi avant même qu’ils ne partent de Turquie. F. et son fils se retrouvent une fois de plus en prison. J’imagine que leurs prisons sont pleines de réfugiés car ils les relâchent après seulement une semaine. Par la grâce de Dieu, elle retrouve l’homme qui l’avait aidée et il accepte, par je ne sais quel miracle, de lui payer un nouveau billet (plus de mille euros pour chaque personne). Cette fois, le bateau gonflable réussi à quitter la terre ferme et la voilà partie pour son nouveau pays d’accueil. Quand ils arrivent enfin sur l’île de Lesbos, quarante cinq personnes sont mortes noyées et les autres sont à bout de forces. Le voyage ne s’arrête cependant pas là pour F. et son fils. Ils sont placés dans un camp installé spécialement sur l’île qui accueille des milliers de migrants arrivant par la mer. Tous les nouveaux arrivants sont examinés par des médecins et c’est ainsi qu’on a découvert une maladie à F. Pour se faire soigner, elle devait aller à Athènes mais sans son fils qui est majeur. Son seul espoir dans cette grande ville est de trouver sa famille spirituelle : l’Eglise catholique. Mais la Grèce étant un pays orthodoxe, elle a eu beaucoup de mal à trouver notre petite église ressemblant plutôt à un gros bâtiment. Elle est cependant maintenant entre les mains de Dieu et son fils a quitté l’île il y a trois mois pour s’installer dans une ville très proche d’Athènes. Ils sont venus fêter le 25 Décembre chez nous avec beaucoup de nos amis. Comme le dit le père Alekos : « Regardez-­la ! Elle n’a rien, elle est toute maigre, mais elle a un cœur plus gros que n’importe lequel d’entre nous et elle sourit toujours ! » Oui, j’aime beaucoup prendre exemple sur F. qui, malgré toutes ses souffrances, arrive chaque matin avec un sourire plus gros que son visage et une foi à faire pâlir les saints. Ces derniers jours, elle a pu avoir des nouvelles de ses filles grâce à la communauté des assomptionnistes basée au Congo. Elles vivent avec leur grand-­mère et bien que l’une d’elle vient de se faire opérer de l’appendicite, elles peuvent désormais recevoir l‘aide spirituelle et matérielle de leur congrégation.

 

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Agnès B. En mission à Athènes