Je t’aime – Moi non plus !

Bertille commence ses aurevoirs, période de quelques semaines avant le départ de son Point-Cœur de Lima, moments de rencontres importants, et Fatima lui rappelle le précieux de l’amitié donnée.

Fatima et Bertille

Fátima, Douze ans, adolescente, râleuse, championne de la mauvaise foi et des piques perfides. Tout à fait mon style ! Néanmoins, mon instinct de survie ayant décidément bien peu de poids dans mes décisions, je m’y suis énormément attachée dès le début. Elle m’a très vite fait confiance et réclamé chaque jour ses dix minutes de câlin syndicales. Nous avions une relation privilégiée et, rapidement, j’ai eu droit au titre très honorifique de « grande sœur ». Rapidement, ses blessures l’ont rattrapée et j’ai vu à quel point il est difficile d’aimer quelqu’un qui est terrorisé par l’amour. Elle ne peut pas croire qu’on puisse l’aimer vraiment, donc elle pousse l’autre dans ses retranchements pour arriver jusqu’au rejet et prouver qu’elle a raison. Par conséquent, la vie avec elle ressemble à une telenovela mexicaine, toujours entre disputes et réconciliations. Parfois, elle est capable de rester toute un après-­midi, juste derrière moi, pendant que je joue avec les enfants, pour dire à qui veut l’entendre que je suis moche et qu’elle me hait. Je suis tenace et j’ai décidé que j’étais là pour Dieu et que ça ne serait certainement pas son cinéma qui me ferait changer d’attitude (à têtue, têtue et demie en fait, c’est un basique bras de fer). Donc je reste stable et indifférente aux piques, au silence quand je m’adresse à elle, etc. Mais j’ai parfois l’impression d’être masochiste. Une petite victoire m’a montré que j’avais raison : chaque fois qu’elle se comporte mal, elle m’écrit une lettre pour me de-­‐ mander pardon et me dire qu’elle m’aime. Une fois elle m’a dit : « Je t’aime aussi parce que, même quand je me comporte vraiment très mal avec toi, tu restes gentille avec moi. » J’ai maintenant 2,3 kg de lettres mais je continue parce que les bons moments sont aussi très précieux. L’année avançant, j’ai fait l’expérience de la deuxième grande faille de Fátima : elle est persuadée que chaque personne qu’elle aime va l’abandonner. Sa mère, embourbée dans la drogue, l’a un jour abandonnée avec son petit frère dans un parc. Ils avaient trois et cinq ans et elle s’en souvient. Maintenant ils vivent chez leur tante, Sonia, face au Punto. La famille en est très proche et elle s’est particulièrement attachée à certains volontaires, qui, finissant leur mission, sont partis. Elle vit ces départs comme des abandons personnels et quand elle a pris conscience qu’un jour aussi je devrais partir, j’ai eu droit à quasiment trois semaines de guerre ininterrompue. Il ne m’est pas non plus facile de trouver une réponse convaincante car, même en lui montrant qu’il y a toujours des nouveaux volontaires qui l’aiment comme moi, comment expliquer que l’amitié ne m’appartient pas parce que je suis venue donner Dieu et pas seulement mon affection à un enfant qui répond : « Oui, mais c’est à toi que je me suis attachée » ? Cela m’a fait comprendre combien est importante et délicate une despedida (Période des aurevoirs).

 

 

 

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Bertille D. Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos