Se sculpter un cœur de chair…

Anita et Marcos

Après un an et demi à la Fazenda, Lucie est toujours surprise de la compassion qu’ont les personnes les plus simples.

Ainsi, Anita, cette femme atteinte de schizophrénie, qui habite avec moi, me demande régulièrement si elle peut m’aider. Il y a aussi Roseane qui a un retard psychologique. Elle est parfois très agitée. Dans un éclair de lucidité, il est arrivé qu’elle me demande si je suis fatiguée. Lorsque je réponds par l’affirmatif, cela a pour effet de la calmer. J’ai aussi l’occasion d’accompagner Diego, un homme de trente ans, qui est handicapé. Il a été accueilli à la Fazenda à l’âge de douze ans. Il est assis sur un fauteuil roulant, il ne parle pas, il est dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne. Auparavant, il vivait dans un orphelinat. Lorsqu’il est arrivé, il criait beaucoup, il s’automutilait. Pour l’apaiser, le seul moyen était de le prendre dans ses bras. Il s’est peu à peu ouvert, épanoui. Diego aime avoir un chapelet dans les mains pour « jouer avec », cela l’apaise. Je suis aussi surprise de son étonnante fécondité. Ainsi, Ligia, une amie qui a vécu avec Diego à la Fazenda, l’accueille parfois à son domicile, dans le quartier du Point-Cœur . Une fois, lorsque je suis arrivée avec Diego, en voiture, devant la porte de Ligia, une voisine l’a interpellée : « Il est arrivé, le garçon ? » Ligia m’explique que Diego reçoit de nombreuses visites. Les habitants du quartier se sont pris d’affection pour lui. Certains jours, je prends soin de Diego, tout en ayant Maicon et Marcos avec moi. Ce sont ces deux enfants, âgés de cinq ans et deux ans. Ces deux « ter-­ribles ! » sont capables de rester tranquilles, lorsqu’ils savent que je dois m’occuper de Diego. J’aime beaucoup voir les « abraços », autrement dit les embrassades qu’ils donnent à Diego. Les premiers mots de Marcos furent « papa », « maman », « non » et « Didi », le surnom de Diego. Quant à ce dernier, qui est parfois si absent, il semble être attentif à la présence des enfants. Diego assis sur le fauteuil roulant Anita aussi s’inquiète toujours pour Diego : « Qui reste avec lui cet après-­midi ? » Lorsque je dois m’absenter, je demande à Anita si elle peut rester avec Diego. Aussitôt, elle s’empresse de laisser ce qu’elle faisait pour aller s’asseoir à côté de lui. Ce que je constate aussi, après un an et demi à la Fazenda, c’est que nous n’avons pas un taux de réussite, humainement parlant, très élevé ! Nos enfants ne sont pas brillants à l’école, les situations familiales sont toujours compliquées… Ce que je peux affirmer, par exemple, avec Maicon et Marcos, c’est qu’après avoir passé quelques jours en dehors de la Fazenda, ils reviennent plus endurcis, plus agressifs. Il me semble que le fait de vivre à la Fazenda leur donne un cœur plus doux. Cela est certainement dû à la Présence du Saint Sacrement, à la tendresse de Marie, à la présence de Diego, d’Anita…
Grandir à la Fazenda est le moyen pour se sculpter un cœur de chair, un cœur plus sensible à la souffrance du prochain, un cœur où peut naître la compassion.

 

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Lucie D. En mission à la Fazenda au Bresil