Rodoflo, de la violence à le tendresse…

Rodolfo et Sixtine

Fidèle du Point-Cœur de Buenos Aires, Rodolfo se laisse apprivoiser doucement, Sixtine nous le confie.

Rodolfo a dix ans. C’est un petit garçon à la peau mate et aux yeux noisettes avec un regard très intense. Rodolfo n’a pas sa langue dans la poche mais son petit cheveu sur la langue argentin me fait craquer ! Le premier aspect de la personnalité de Rodolfo que j’ai découvert fut son extrême violence et la haine qu’il peut éprouver pour son petit frère de huit ans. Nous étions au mois de février, durant le camp d’été, et Rodolfo a couru après son frère, un couteau à la main. La haine et la violence si fortes qui se lisaient sur son visage et dans ses yeux m’ont totalement paralysée si bien que je suis restée figée sur place sans réussir à intervenir de peur que le coup de couteau ne m’atteigne moi (même si ce n’était qu’un petit couteau de table usé par le temps qui, de ce fait, n’aurait pas pu me faire grand chose ! ) Cela faisait moins d’un mois que j’étais arrivée en Argentine et la violence de cet enfant de dix ans m’a laissée sans voix. Moi qui me plaignais du comportement de certains de mes petits patients à Bondy ou à Choisy le Roi… je n’avais encore rien vu ! En rentrant du camp, j’avais presque peur de ce petit bonhomme et pensais que je n’allais jamais réussir à créer de liens avec lui ni même l’aimer. Je me trompais sur toute la ligne. En effet, de retour au Point-­Cœur, Rodolfo venait régulièrement nous faire un coucou à la fenêtre, il était toujours là pour nous aider à cuisiner. Un soir, alors que nous étions en train de répéter les chants pour la messe, la voix rauque de Rodolfo et d’autres enfants se fait entendre, chantant en cœur avec nous le chant à Marie que nous avions appris durant le camp. Nous découvrions alors les premiers fruits du camp. Petit à petit, j’ai découvert un autre aspect de la personnalité de ce petit brun ténébreux : sa recherche d’amour et de tendresse qui s’explique notamment par sa situation familiale complexe. Rodolfo est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Cependant il n’a pas le même père que les trois autres. Conséquence de cela, le compagnon de sa maman ne le veut pas chez lui et Rodolfo est confié à sa grand-­mère. Beaucoup de secrets ou de non-­dits persistent. Il appelle « papa » l’homme qui le rejette et a deux mamans, sa mère et sa grand-­mère. Sa maman étant l’aînée d’une famille nombreuse, il vit donc au milieu de ses oncles et tantes comme le dernier de la fratrie tout en étant à une rue de la maison familiale sans réellement comprendre sa mise à l’écart. Rodolfo est perdu. Il a besoin de l’amour d’une mère et voir son petit frère recevoir toute l’attention et l’amour maternels le blessent. Pour combler cela, ce sont de gros câlins auxquels nous avons le droit quand il rentre dans la maison et nous salue. Récemment, il a été hospitalisé et nous sommes allés lui rendre visite. Quand nous avons franchi la porte, le visage de Rodolfo s’est illuminé et il s’est jeté dans nos bras comme un enfant se jette dans les bras de sa ma-­‐ man ou de son papa. Au sortir de l’hôpital, il est venu directement au Point-­Cœur. Rodolfo veut parfois jouer au gros dur mais laisse rapidement tomber son masque, comprenant qu’avec nous il peut être lui-­même, un enfant, qui a besoin d’attention, d’amour et de tendresse.

 

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sixtine deB En Mission à Buenos Aires