Roberto, la soif d’une amitié

La vie bouleversante de Roberto, devenu proche du Point-Cœur de Buenos Aires. L’accompagner à de nombreux rendez-vous a permis à l’amitié de grandir et à Roberto de « gagner quelque chose de grand ».

Roberto au Point-Cœur de Buenos Aires

Roberto, petit homme de quarante-sept ans, aux petits yeux noirs rieurs est rentré dans la vie du Point-Cœur très soudainement. Voici quelques mots sur sa vie. Il y a deux ans, Roberto avait tout pour être heureux : une maison, une femme, trois enfants, un travail dans le bâtiment qu’il aimait. Du jour au lendemain, tout a basculé : un grave accident de travail, une chute de trois étages. Il tombe alors dans le coma. Il se réveillera trois mois plus tard et il ne lui restera plus rien : sa femme est partie avec un autre homme et ses enfants, sa maison habitée par une autre famille. Au-delà de cela, Roberto n’est plus tout à fait le même, il est gravement atteint par son accident : de lourds troubles de la mémoire et de multiples séquelles physiques provoquant douleurs et l’handicapant au quotidien. Lorsqu’il sort de l’hôpital il se retrouve seul et ne sait pas où aller. Il vivra un temps dans une maison en ruine, puis est mis dehors. Une connaissance lui prêtera temporairement une camionnette pour dormir. Ses problèmes de mémoire l’empêchent d’avoir un vrai suivi médical car il oublie ses rendez-vous et leurs finalités. C’est alors qu’on lui parla de Points-Cœur comme « un groupe de jeunes volontaires de l’Eglise qui pourront l’accompagner aux rendez-vous médicaux ». Sans en savoir davantage, il viendra à notre rencontre, nous acceptons de l’accompagner chez le médecin. Le jour du rendez-vous, Roberto ne viendra pas à notre rencontre. Inquiets, Victor et Gabriel iront le chercher, ils le retrouvent anéanti. Il leur dit : « Cela ne m’intéresse plus d’aller chez le médecin. A quoi cela sert-il de me battre pour ma vie ? Pour qui ? Pourquoi ? Je n’ai plus personne, je suis seul (…) Je n’ai plus envie de vivre (…) L’unique chose dont j’ai besoin c’est un ami. » Roberto a su mettre les mots sur le sens de notre présence ici. Il a mis le doigt sur ce à quoi l’Homme aspire au plus profond de son être. Depuis ce jour, nous avons engagé une amitié avec Roberto. Il vient presque quotidiennement au Point-Cœur, il y vient raconter sa vie, ses souffrances, ses inquiétudes. Au début, il vivait ses souffrances avec un profond désespoir, il s’interrogeait, se révoltait : « Il est où Dieu dans tout ça ? Je lui demande de l’aide mais il ne vient pas ! » L’amitié grandit et la réponse s’impose à lui : « Le Seigneur vous a envoyé pour m’aider. » Claudel aurait ajouté : « Le Christ n’est pas venu expliquer la souffrance mais l’habiter de sa présence. » Cette présence aimante qui passe parfois par une main tendue. De temps en temps, il vient prier avec nous. Un jour, dans le silence de l’adoration, il lira à voix haute un passage de la Bible qui rend gloire au Seigneur. Nous l’accompagnons à ses multiples rendez-vous médicaux et, au-delà de notre aide nécessaire, ces accompagnements sont l’occasion de partages avec lui, des moments privilégiés qui font grandir l’amitié. Le goût de vivre et de se battre est revenu, il trouve des petits boulots, ponctuellement, et a envie d’améliorer sa situation. Alors que nous fêtions ces quarante-sept ans à la maison, Roberto nous fit un long discours ému : « Avant mon accident j’avais des amis « du monde », ils étaient intéressés. C’étaient des amis pour les bons moments. Après mon accident, ils sont tous partis. Mais le Seigneur m’a offert de nouveaux amis : vous, qui êtes présents dans les bons et les mauvais moments. C’est une amitié gratuite qui n’attend rien de moi. J’ai tout perdu, mais j’ai gagné quelque chose de plus grand. »

 

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Marie GC En mission à Buenos Aires