Nanay Vicky avec sa casquette rose et son beau sourire

Rencontre dans les rues de Manille

Du Point-Cœur de Manille, voici des nouvelles de Ségolène qui nous présente Nanay Vicky vivant dans la rue, pleine de courage et d’espérance.

Pendant cette période de Noël, j’ai pu visiter Nanay Vicky. Elle est une très vieille dame, aveugle, vivant dans la rue. Cependant, elle s’est construit une sorte de « logement » en carton et tout ce qu’elle a pu trouver d’autre. Vu de l’extérieur, on se demande où est-­‐ce qu’elle a la place de dormir, voire même de s’asseoir, tant le lieu est étroit. Chaque fois que nous lui rendons visite, elle est en train de cuisiner, juste devant chez elle. Elle vit seule depuis qu’elle a perdu, à peu près au même moment, presque tous les membres de sa famille et sa maison. Elle travaille dur à ramasser tout ce qui peut se vendre dans les poubelles, comme des pièces de ventilateurs, des canettes…, pour gagner un peu d’argent qui lui permet de vivre chaque jour. Mais sa générosité dépasse sa fragilité de très loin : dès qu’elle a quelque chose, elle va aller le partager avec ses voisins de rue, une famille avec de nombreux enfants tous petits, vivant également dans la rue. Une accumulation de faits qui en auraient découragés plus d’un ! Plusieurs fois, je me suis dit qu’à sa place, sous cet ouragan de misère, je me serais juste assise là, à attendre que la fin arrive. Et bien, elle, elle continue de vivre, chaque jour, avec son visage creusée par la dénutrition et ridée par l’âge et la fatigue, avec ses chiens qu’elle continue à nourrir dès qu’elle peut (fidèles amis puisqu’ils l’accompagnent jusqu’à la communion, à la messe !!), sa solitude…. Elle garde son sourire, elle garde sa générosité, son accueil. Elle n’est pas comme nombre de nos amis, qui nous accueillent avec une grande joie visible de l’extérieur, des rires et des blagues. Sa joie se manifeste différemment, elle a une sérénité profonde, une joie de l’intérieur mais qui a parfois du mal à percer les souffrances de sa vie quotidienne. Quand nous lui rendons visite pour Noël, elle me dit qu’elle va à la messe de Simbang Gabi, tous les jours, à 3h du matin, toute seule. Ce qui, entre nous, paraît déjà de l’ordre du miracle quand on la voit marcher sur deux mètres avec nous et quand on sait le nombre d’accidents qu’elle a eu à cause de sa vue. Elle dit qu’elle finit chaque messe en pleurant, épuisée par le poids de sa solitude et de sa fragilité, mais qu’elle sait qu’elle va tenir, qu’elle va avoir la force de rentrer chez elle et de continuer à vivre parce que Jésus est là, dans son cœur, qu’Il l’aime et qu’Il lui donne sa force et la protège. Quelle foi !! C’était incroyable de voir à quel point elle n’a tellement plus rien, que plus rien ne peut la séparer de Dieu, plus rien ne peut lui cacher le visage de Jésus qui souffre puisqu’elle souffre avec lui. C’était vraiment touchant de voir sa force dans sa fragilité et ses victoires de vie dans ses souffrances. Elle ne se plaint pas, elle ne nous raconte pas sa vie pour qu’on se lamente, mais elle a besoin de déverser ce qui lui pèse sur le cœur. Elle ne demande pas notre pitié, elle nous raconte sa vie, comme elle est. Elle est pleine d’espérance au quotidien.

 

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Ségolène M. Volontaire au Point-Cœur de Manille