Qu’il est bon d’être ici !

Sr Alix en mission à Guayabo au Pérou, nous présente señora Aurelia dont la joie et les sourires surpassent les difficultés du quotidien, la grisaille devient lumière !

Señora Aurelia

Ici, dans les collines toutes de sable et de poussière de Retamal, quartier invasion que nous visitons régulièrement, et où brille le sourire de señora Aurelia ! Cette amie d’un certain âge, toute recroquevillée par une maladie qui doit être de l’arthrite et d’autres complications, nous a été présentée par une de ses voisines, dont le fils faisait le catéchisme l’an dernier avec sœur Gabriel. Après l’avoir visitée chez elle plusieurs fois, nous avons voulu lui offrir une « sortie » jusque chez nous, pour le jour de Noël. Il n’y a que 20 minutes de voiture entre Retamal et Guayabo, mais ce fut toute une aventure ! Tout d’abord, il nous a fallu l’encourager à mettre le beau pull tout neuf que son fils lui avait offert mais qu’elle n’osait pas mettre de peur de l’abîmer. Comme elle était belle et rayonnante avec son nouveau pull ! Son fils nous a aidées pour la porter jusqu’à la voiture, puis pendant le trajet, je me suis assise à côté d’elle pour la tenir, et je la voyais s’émerveiller de tout ce qu’elle apercevait par la fenêtre, transfigurant ainsi pour moi ce paysage devenu si quotidien. Et puis, elle demandait comme une enfant ce que nous allions faire ensemble chez nous, et s’il allait y avoir du Coca Cola ou de l’Inka Cola (boisson gazeuse péruvienne), et nous riions de tout et de rien tellement elle était heureuse de cette aventure. Après un bon déjeuner de fête avec quelques autres amis invités, elle nous a offert un chant de Noël en quechua, sa langue natale. Ce fut bouleversant de la voir installée à même le sol sur un petit tapis, chantant de tout son cœur avec une simplicité qui reflétait pour moi l’humilité, la pauvreté de l’Enfant Jésus dans la crèche, tout à fait désarmé sur son lit de paille. Pour la fête des mères, jour très important ici, nous avons invité à nouveau notre amie Aurelia, sachant que son fils ne pourrait rien faire pour célébrer ce jour-­là. Je ne saurais pas vous dire qui d’elle ou de nous a fait un plus grand cadeau à l’autre : elle était extrêmement heureuse d’être chez nous, et a pleuré d’émotion en ouvrant le petit paquet que nous lui offrions, mais à notre tour, nous avons été comblées par la simplicité de la rencontre avec elle et par la joie partagée. Son humour est tel, et toujours tellement surprenant, qu’elle est capable de tout de suite entrer dans le jeu que nous lui proposons. Par exemple, pendant plusieurs semaines, elle nous demandait de lui trouver et apporter un petit chien noir pour lui tenir compagnie. Evidemment, nous arrivions chez elle les mains vides, mais un jour, je lui dis : oui, il est là ! Et j’ai fait semblant de sortir quelque chose de ma poche, et de verser de mes mains dans les siennes, le fameux petit chien sans savoir trop comment elle réagirait. Eh bien, mieux encore que ne l’aurait fait un enfant, elle a fait semblant de le bercer et de lui parler, en éclatant de rire ensuite avec nous, spectatrices médusées ! Ou encore, nous avons joué un bon moment avec un personnage tout à fait inventé à partir d’une serviette de table et deux petites cuillères. Comme est bonne cette joie si simple qui irradie au milieu de « la grisaille et de la quotidienneté du monde ! »

« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » s’exclame l’apôtre Pierre en voyant la lumière et la gloire de la Transfiguration.
Depuis ce temps-­‐là, le christianisme, l’Église, la foi ne sont qu’une répétition incessante de ces paroles radieuses :
« Il est bon que nous soyons ici ! ».
Paroles qui sont aussi supplication pour accéder à cette lumière éternelle, aspiration à l’illumination et à la transfiguration.
À travers l’obscurité, la grisaille, la quotidienneté du monde, comme des rayons à travers les nuages, resplendit cette lumière.
Notre âme la connaît, notre cœur, par elle, est réconforté, notre vie s’en nourrit constamment et se transfigure dans le secret.
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !»
P. Alexandre Schmemann dans Vous tous qui avez soif

 

 

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Sr Alix En mission au Pérou