La Providence n’est pas un vain mot

Après un an au Pérou, dans le petit village de Guayabo, Sœur Alexandra a rejoint la Maison Notre-Dame-du-Monde-Entier à Vieux-Moulin. De retour en France, elle fait mémoire d’une amie qui lui fut donnée par la Providence. 

Sr Alexandra et Senora Antonia

Ma rencontre avec Señora Antonia est un de ces hasards qui rappellent combien Dieu est à l’œuvre dans nos vies, que sa Providence n’est pas un vain mot. Je rendais visite à une volontaire qui était à l’hôpital après une opération. La laissant se reposer un moment, je m’approche de l’autre lit de la chambre, où était allongée une petite grand-mère. Son visage s’éclaire en me voyant, mais on peut lire sur ses traits sa souffrance. Elle parle difficilement. Ne sachant que dire, je prends mon chapelet et lui propose de prier ensemble. Elle me serre les mains et me remercie chaleureusement : je suis dépassée, une fois de plus, par la force de cette simple prière du chapelet ! Avant de la quitter, je lui demande d’où elle vient. Sa réponse, « Picapiedra », sonne familièrement à mes oreilles : c’est le village voisin de Guayabo, que nous allons souvent visiter. Et effectivement, elle connaît bien nos sœurs, et me cite le nom de plusieurs ! Je n’en reviens pas : dans cette chambre d’un des nombreux hôpitaux de Lima, je suis tombée sur une voisine qui nous connaît depuis plusieurs années !

Quand je pars, le médecin me confie que son état est incertain, elle a besoin d’une importante transfusion et il n’est pas facile de trouver des donneurs. Peu après, elle est changée d’hôpital, nous n’avons plus de moyen de la joindre. J’ai un peu l’impression de la perdre juste après l’avoir trouvée, mais que puis-je faire, sinon la garder dans ma prière, et remettre cela au Seigneur ?

Un mois plus tard, je suis en visite à Picapiedra avec sœur Gabriel, et nous tentons une nouvelle fois d’aller frapper à la porte close de Señora Antonia. Quelle surprise de la voir nous ouvrir, et debout ! Je ne sais pas qui était plus heureuse, d’elle ou de nous. Nous étions la veille de Noël : ce fut un de mes plus beaux cadeaux !

Nous retournons régulièrement la voir. Je suis très touchée de son accueil si affectueux et de sa force d’âme que je découvre au fil de ses confidences : elle nous parle de son cher époux maintenant décédé, de son petit-fils de six ans gravement malade, de sa vie de travail. Orpheline de père, habitant la sierra (les montagnes du Pérou), elle est envoyée, jeune fille, travailler aux champs près de Lima : « Ma mère m’avais appris à tout faire à la maison, mais je ne connaissais rien à la terre. Le premier jour, le responsable me dit : “Ce n’est pas pour toi, je te prends une semaine, c’est tout”. J’ai pleuré et j’ai prié : “Seigneur, aide-moi !”. J’ai décidé de prendre ce travail comme un jeu, j’ai commencé ma ligne de plantation et j’ai terminé la première. Et non, ce n’était pas mal fait ! Je suis restée pour aider les autres à finir. A la fin de la semaine, on m’a dit : “Tu restes autant que tu veux”! Puis j’ai eu la chance de rencontrer mon mari, d’avoir mes enfants, de monter une ferme avec des chèvres, des cochons et des poulets – les gens venaient de Lima pour me les acheter. J’ai aimé travailler dans les champs, revenir avec le sac de tomates ou de canne-à-sucre sur le dos, portant parfois mon enfant devant. Je rends grâce au Seigneur pour cette vie. » Quelle force en ce petit bout de femme ! Comment ne pas admirer cette vie rude et courageuse, sa confiance en Dieu ? C’est une chose qui m’a marquée chez beaucoup de nos amis péruviens : leur coeur simple et persévérant, qui ne se plaint pas devant le travail et ses difficultés, mais sait rendre grâce pour ce qu’il reçoit.

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Sr Alexandra Servante de la Présence de Dieu