Premières impressions et rencontres argentines

Victor et Sixtine avec les enfants devant le Point-Cœur de Buenos Aires

Sixtine est arrivée il y a un mois au Point-Cœur de Buenos Aires, elle découvre des moments de bonheur inattendus et nous confie Flory et José.

Il est vrai que j’ai été très surprise par la dure réalité du quartier, par la misère dans laquelle vivent certaines personnes mais on dépasse vite ce stade une fois qu’on parle avec eux, qu’on partage un maté (boisson traditionnelle chaude ou froide), qu’on apprend à les connaître, à connaître leur histoire, leur famille, etc. Ce qui m’a frappée aussi depuis que je suis ici, ce sont les petits moments de bonheur simples. Par exemple, un soir nous avons eu une coupure d’électricité, cela arrive fréquemment en ce moment malheureusement, ce n’est pas très pratique mais c’est ça aussi la mission ! Nous sommes alors sortis de la maison pour voir si la coupure était générale et finalement nous nous sommes retrouvés à jouer, rire, chanter, danser avec les enfants ! Ou alors quand une ribambelle d’enfants vient nous aider à cuisiner. La cuisine se transforme en véritable cuisine de professionnels avec son chef et ses petits commis. Ou encore quand ils viennent pour réciter une dizaine du chapelet avec nous et s’en vont. Un autre exemple, quand nous les invitons à déjeuner ou dîner pour leurs anniversaires et qu’ils se sentent comme des rois au moins le temps d’un repas. Il n’y a pas un repas qui ne se déroule sans qu’une petite tête n’apparaisse à la fenêtre pour nous dire simplement bonjour ou nous demander ce que nous faisons ou mangeons, apparemment notre nourriture les passionne ! Les enfants réclament sans cesse notre attention et notre amour. Ces moments de partage simples et improvisés sont pour moi la définition même d’un moment de bonheur. Et cela je l’ai appris grâce à leurs sourires. Ce sont eux qui m’apprennent chaque jour à éduquer mon regard pour déceler ces moments de bonheur.

Tous les jeudis après-­midi, nous allons à l’hôpital Muñiz visiter des enfants et des adultes atteints du SIDA, de tuberculose ou de maladies infectieuses. Le lendemain de notre arrivée, nous découvrons pour la première fois cet hôpital. Avec les filles, nous nous rendons dans l’unité pédiatrique. C’est alors qu’avec Magda, nous rencontrons Flory. C’est une jeune fille de treize ans qui souffre de tuberculose intestinale. Nous échangeons avec sa maman qui semble ravie d’avoir un peu de compagnie et parlons un petit peu avec Flory. Cependant, celle-­ci paraît exténuée, timide, et ne parle pas beaucoup. Il est l’heure de partir, nous quittons la mère et la fille et rentrons chez nous. La semaine suivante, je retourne en pédiatrie mais cette fois-­ci avec Sonia. A peine le seuil de la porte franchi, Flory me voit, son visage s’illumine, elle se redresse dans son lit et nous fait signe de venir. J’ai été extrêmement surprise de cet accueil auquel je ne m’attendais pas du tout, compte tenu de notre première entrevue. Nous avons finalement passé toute l’après-­‐midi avec elle à jouer aux cartes, rire et discuter. La timidité de Flory avait totalement disparue, elle était si heureuse de penser à autre chose que sa santé pendant une après-­midi et d’avoir deux personnes, deux amies, avec qui rire et partager un bon moment dans ce lieu obscur et si triste qu’est l’hôpital. Sa maman paraissait heureuse aussi de contempler un sourire jusqu’aux oreilles sur le visage de sa fille et de l’entendre rire ! Je fus très émue et très touchée de les voir ainsi toutes les deux, simplement parce que nous passions un moment avec elles.

José est un vieux monsieur d’environ quatre-­vingt ans. L’année 2017 fut très rude car il a perdu trois de ses frères, sa maman, sa femme et sa fille. La première fois que je l’ai rencontré, j’étais avec Victor. José nous parle d’un rendez-­‐vous médical auquel il doit se rendre quelques jours plus tard. Nous lui proposons alors de l’accompagner. Le jour venu, nous retrouvons le vieil homme et allons tous les trois à l’hôpital. Commence alors une « course » (José marche à l’aide d’un déambulateur) dans les couloirs interminables de l’hôpital à la suite de notre ami. Nous l’avons suivi toute la matinée à ses divers rendez-­‐vous, avons obéit à ses ordres quand l’un de nous devait rester sur place pendant que l’autre l’accompagnait ailleurs, nous nous sommes même perdus avec Victor, mais nous n’avons rien « fait ». C’est vrai ! Et je me suis sentie un peu inutile. Mais ce sentiment s’est vite envolé quand nous sommes revenus chez lui et qu’il nous a remercié les larmes aux yeux, plein de reconnaissance pour ce que nous avions « fait » pour lui. La solitude lui pèse terriblement depuis la mort de son épouse et le fait que nous l’ayons accompagné, qu’il n’ait pas traversé cela seul, l’a beaucoup touché. Il ne nous en demandait pas plus ! Depuis ce jour, j’ai revu plusieurs fois José et nos visites sont pour lui des rayons de soleil.

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sixtine deB. Volontaire en mission en Argentine