Des pépites d’or dans Barrios Altos

Avec le temps, Charlotte voit ce qu’elle ne voyait pas dans ce quartier du Point-Cœur de Lima, les pépites de la vie des amis se découvrent à ses yeux.

Aaron du Point-Cœur de Lima

Plus je connais nos amis, plus je découvre qu’ils sont loin de cette image violente qu’à peu près tout Lima a de Barrios Altos. C’est vrai que la vie est dure pour tous, et que la violence ne manque ni dans les familles, ni entre les réseaux de drogue. Mais, peu à peu, je découvre des pépites.

Stéphanie, la maman d’Alexa et de Facundo, a accouché d’un sixième, Fabiano. Stéphanie ne paraît pas la plus tendre des mères, mais lors d’une visite, je fus ébahie de voir avec quelle douceur et quelle tendresse elle prenait soin de son tout petit. La famille n’a pas l’eau courante, ils vivent à huit (en comptant la grand-­‐mère, señora Souleyma) dans trois petites pièces, le père n’est pas présent, et Fabiano, dont l’arrivée chamboule sûrement tout, est accueilli, chéri, aimé. Moi et mes jugements rapides…
Berta m’impressionne de plus en plus. Sa vue baisse, elle est obligée d’approcher un texte à deux centimètres de ses yeux pour le lire, elle marche, selon ses propres mots, comme une tortue. Les grands-­parents de José Antonio continuent de la menacer de récupérer l’enfant, et surtout l’argent de Claudia (sa mère), mais elle ne baisse pas les bras. Toute courbée qu’elle est, c’est une battante, avec pour arme, entre autre, un humour à se rouler par terre. L’autre jour, je rentre de visites et j’ai la surprise de la voir assise sur une chaise, dans le patio, assoupie au milieu des enfants qui profitent à grands cris des dernières minutes de la permanence. Je la réveille doucement : « Hola Berta, que fais-­‐tu ici ? — Je suis venue jouer ! » Eclatant de rire, elle m’explique que José Antonio voulait absolument venir au Punto, qu’elle était « crevée » et qu’elle ne voulait pas, mais que, devant l’insistance de son neveu, elle avait cédé. Reprenant son sérieux, avec un beau sourire, elle me dit : « Hermana, mes reins me font mal, mes jambes aussi, c’est un grand sacrifice pour moi de l’avoir accompagné. Mais il est heureux, et ça c’est le principal. »
José Antonio, avant, ne parlait qu’à sa maman et à Berta, suite à un traumatisme d’enfance. Il a commencé à parler avec François, un ancien volontaire toujours cher au quartier, le jour où il a joué avec lui.  Maintenant, il nous parle à tous. Pas de grands discours, juste des petits mots, des rires. Il demande tout le temps à Berta de venir chez nous. Parfois, elle lui laisse prendre le téléphone pour nous demander directement si nous sommes occupés. Mais ce n’est pas seulement de nous dont il a besoin. Un mardi, il est venu parce qu’il voulait prier. Il est entré dans la chapelle où Andrzej était en train d’adorer. Je me suis dit qu’il allait sortir au bout de quelques minutes. Non, il est resté comme cela, priant en silence, pendant une heure. Un enfant de huit ans ! C’est en fin de compte ce lieu-­là que nos amis recherchent, tout près de Dieu. Parfois on propose, parfois ils demandent. Tant de visites qui se terminent par une prière, puis un silence profond, une grande paix où il n’y a plus rien à dire, me montrent que c’est Lui dont les plus souffrants ont le plus besoin, c’est la seule vraie consolation, c’est Lui qui transforme les vies.

 

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Charlotte C. Volontaire au Pérou