Pénétrer dans le monde des gitans…

Depuis quinze ans, les volontaires du Jardin de la Miséricorde accompagnent les gitans d’un petit village voisin. Pourtant il faut du temps pour pénétrer dans leur monde, pour entrer dans leur communauté, pour approfondir l’amitié… Père Pierre-Marie raconte :

Depuis presque quinze années, des membres du Jardin se rendent une fois par semaine dans un petit « village », un peu à l’extérieur de Tirukalukundram, petite ville à neuf kilomètres d’ici. Ce petit hameau d’une quarantaine de maisons est fait de maisons en ciment et briques et de quelques huttes réparties sur deux rues parallèles. C’est là que vivent nos amis narikuraver, une petite communauté de gitans indiens. Ce sont les Pères Salésiens qui ont construit ces maisons, la petite école et la grande citerne à eau pour eux, alors qu’ils avaient été rejetés du village où ils vivaient.

Lorsque nous arrivons, le vendredi après-midi pour leur rendre visite, il y a toujours de l’animation dans la rue principale du village. Récemment, des groupes d’hommes jouaient aux billes ! Mais attention, pas comme dans la cour de récréation : ils jouent par équipe de cinq avec de grosses billes et ça ressemble plus à une pétanque. Mais, surtout, ils jouent pour de l’argent, ce qui rend la chose plus excitante ! Devant les maisons, quelques femmes s’occupent de leurs enfants rentrés de l’école, des groupes de femmes et jeunes filles font des colliers avec des perles en plastique de différentes couleurs et formes, qu’elles iront vendre sur des marchés improvisés à l’occasion de fêtes de village ou à Mamallapuram, auprès des touristes. On voit aussi des hommes bricoler leur grand fusil qu’ils utilisent pour aller chasser (une activité très enracinée chez eux). Ils confectionnent eux-mêmes la poudre et les balles, ce qui cause régulièrement des accidents graves. Un peu plus loin, une jeune femme cuisine une sauce dont la couleur rougeâtre dit la quantité d’épices qui doit s’y trouver ! A côté du feu de bois se trouvent deux oiseaux (des aigrettes, je crois) rapportés par un des chasseurs… Nos amis préfèrent la viande aux légumes et mangent toutes sortes d’animaux !

Nous avions le projet d’emmener un groupe de jeunes gitans pour quelques jours de sortie. Le projet prenait forme… Mais, récemment, plusieurs du groupe se sont mariés ! L’un d’eux, Maghesh, que nous connaissons très bien ne nous a avertis que la veille au soir ! Il nous a expliqué qu’il n’était rentré au village que trois ou quatre jours avant et avait été très occupé. Je n’ai pu m’y rendre, mais le Père Olivier a pu y aller, ce qui a beaucoup touché nos amis. Ce n’est que depuis peu de temps qu’ils nous invitent pour des mariages qui ne sont célébrés qu’au sein de la communauté.

Ceci dit, notre ami Maghesh (à gauche sur la photo) nous a raconté, à notre plus grande surprise, qu’il avait trouvé sa femme par Internet ! Elle est pourtant gitane, elle aussi, mais elle est originaire de l’Etat voisin, l’Andhra Pradesh. Ils se sont rencontrés par intermédiaire de WhatsApp ou Facebook ! Les grands jeunes comme Maghesh aiment bien discuter avec nous. Ils voient que nous nous intéressons à leur vie, à leurs coutumes, alors ils sont toujours contents de nous parler de leur culture, des évènements de leur communauté.

Lors de ma dernière visite, Maghesh et Suresh (un jeune de dix-huit ans) me demandaient de leur apprendre un peu d’anglais à chacune de mes visites. Ils regrettent d’avoir quitté l’école trop tôt et de ne pas savoir lire ou écrire, ou trop peu. C’est, pour nous, un peu un privilège de pouvoir pénétrer peu à peu dans leur monde, leur vie, d’ordinaire si close. Espérons que ces liens enracinés dans une amitié ancienne continuent à s’approfondir.

 

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

P. Pierre-Marie T. Prêtre en mission en Inde