« Observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne »

Mohana, voisine du Point-Cœur de Chengalpett

Antonine est depuis plus d’un an au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. La présence des volontaires auprès des mamans, des enfants, des amis de divers coins du quartier, quelque soit la caste, redonne une dignité due à chacun.

Dans notre quartier, personne ne passe inaperçu et la moindre modification aux habitudes suscite une curiosité instantanée. Notre voisine Mohana connaît notre emploi du temps par cœur ! S’asseoir quelques minutes avec elle, tous les jours, fait maintenant partie de notre quotidien. Au premier abord, Mohana est une femme intimidante : aînée d’une famille de huit filles, elle possède un vrai tempérament de leader, ne baissant jamais les bras, prenant les problèmes comme ils viennent et ne se tracassant pas, outre mesure, pour le lendemain. Mais elle est aussi pleine d’humour et particulièrement attachante. Très croyante, elle est un exemple, parmi tant d’autres femmes indiennes, qui gardent une force de caractère indestructible en dépit de souffrances parfois accablantes. Son mari est mort il y a quelques années d’une crise cardiaque. Elle a dû retourner avec ses deux enfants chez ses parents, puisqu’en Inde une femme ne peut pas vivre seule après la mort de son époux. J’ai appris à connaître son histoire avec le temps car Mohana ne s’apitoie jamais sur son sort. Au contraire, elle semble accepter de vivre bien chaque jour et assume avec toutes les possibilités humaines, la situation dans laquelle les circonstances de la vie l’ont placée, si difficile que soit cette situation.
En Inde, les villes et surtout les villages sont structurés selon les castes. Ainsi, chaque groupe réside à un endroit précis, les familles de castes dominantes se trouvant généralement au centre de la ville ou du village, près des temples majeurs et les castes inférieures en périphérie. A la sortie de Chengalpet, près de la décharge, à part quelques maisons riches en pierre dure, les maisons sont sans eau courante, au sol en terre battue et aux toits en feuilles de bananes. Ici, malgré la pauvreté et l’alcoolisme qui touchent de nombreuses familles, la vie bat son plein et la rue est le royaume des enfants. Leur insouciance, leur joie d’exister, leurs sourires magiques, leurs regards lumineux colorent de beauté cet endroit. Ceux qui vivent là, sont joyeux et souriants, non pas que la vie y soit facile, loin de là, mais parce qu’ils savent bien que s’ils perdent cette joie, ils sombrent dans le désespoir. Nos visites s’y sont intensifiées, tant les enfants sont demandeurs de notre présence. Mes amis ici me rappellent que l’essentiel de ma mission est de redonner à chacun la dignité qui lui est due, en demeurant auprès d’eux, en les aimant toujours plus et en étant une présence de compassion dans chaque épreuve sans laquelle le goût et la volonté de vivre se désagrègent.

Ritishka du quartier du Point-Cœur de Chengalpett

Bien que les Tamouls adorent les jeunes enfants et que ces derniers jouissent d’une grande liberté jusqu’à un certain âge, ils apprennent, très jeunes, à se débrouiller seuls, en particulier dans les familles pauvres, où souvent les deux parents doivent s’absenter pour travailler. Les filles apprennent à devenir des futures mères de famille dès leur plus jeune âge, imitant leur mère pour ce qui est des travaux ménagers, aller chercher l’eau, dessiner le kolam, cuisiner, etc… Sur cette photo, il y a Ritishka, deux ans, notre voisine, qui prépare les seaux que sa tante va devoir remplir dès que le camion arrivera ! Il y a aussi Ammu qui, à treize ans, sait déjà porter six litres d’eau sur sa hanche ! C’est elle qui est chargée de porter l’eau à la maison. Son papa est décédé il y a quatre ans, aussi, sa maman doit-­elle s’absenter toute la journée pour travailler. Il y a aussi Tamizhrasi et Vittoria (deux amies habitant près de la décharge) qui aiment nous apprendre à cuisiner des plats tamouls. Après l’école et en attendant le retour de leurs parents, tous ces enfants aiment passer du temps au Point-­Cœur pour jouer, dessiner, cuisiner, prier. Nous nous efforçons de toujours leur donner de notre temps, leur offrir une oreille attentive et surtout une présence et l’amour dont certains manquent. Voilà maintenant plus d’un an que je suis plongée au plein cœur d’une réalité qui m’était jusque-­là inconnue.

Si, au début de ma mission, j’ai adopté la culture et les conditions de vie locales par nécessité, aujourd’hui observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne. L’Inde ne s’aborde pas facilement mais j’ai appris avec le temps à apprécier les coutumes locales et à ne pas juger les attitudes indiennes en fonction de l’éducation que j’ai reçue. Bien au contraire, je prends plaisir à vivre avec eux et comme eux, à être au milieu de tous ces enfants de toutes ces familles, une présence humble et discrète qui se donne à chaque instant.

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Antonine L. Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett, Inde