Nos enfants eux ne changent pas.

 

Dans un pays troublé, le Point-Cœur de Valparaiso au Chili continue de visiter et de recevoir leurs amis, particulièrement les enfants que Marie, volontaire française, nous confie.

Des jeunes de l’équipe de foot avec Marie, dont Wilson

Leurs sourires sont toujours les mêmes. Leur joie débordante est toujours présente. Leur besoin d’être aimés est toujours le même et on pourrait croire que la vie du Chili n’a pas changé. Comme si toute cette situation ne pouvait pas les toucher, ne pouvait pas ternir l’insouciance de leur enfance. Et pourtant, leurs vies sont bien difficiles car la plupart de nos enfants vivent dans des familles où la drogue est comme un doliprane. Certains vivent dans des familles avec des parents défoncés à la marihuana toute la journée, dealent et j’en passe. Certains ont perdu en un sens, depuis déjà bien longtemps, l’enfance à laquelle ils avaient droit. Mais quand ils viennent au Punto (raccourci pour dire Punto Corazon qui signifie Points-­Cœur), ils redeviennent enfants. Nous essayons de leur donner ce qu’ils n’ont parfois pas chez eux : un cadre, de l’amour, des amis pour s’occuper d’eux et les écouter. Dimanche dernier, nous sommes allés voir avec Hiêù et Rosario un match de foot de nos enfants. (Le foot ici est une religion, ce sont tous des genres de MBappé). Notre surprise fût de voir toute une équipe composée de nos enfants, alors que nous pensions venir en soutenir seulement trois ou quatre. C’était si beau de voir la fierté dans leur yeux en nous voyant. La fierté que leurs tio et tia (c’est comme ça que les amis et les enfants du quartier nous appellent, « oncle » et « tante ») soient venus pour les voir jouer leur match de foot un dimanche après-­midi. Parmi ces enfants, se trouvait le Wilson que je voudrais vous présenter. Petit garçon de neuf ans, Wilson a déjà un caractère bien trempé. Il est terrible. Il vit dans une famille de quatre garçons et est le petit dernier. Il a cette façon de vous regarder qui me fait littéralement craquer et qui me rend incapable de lui dire non. Il est de ce genre d’enfant nonchalant et qui donne l’impression que rien ne l’atteint mais dont la sensibilité est présente et refait surface quand il vous dit bonjour en vous sautant dans les bras. C’est le genre de petit bonhomme sur un terrain de foot qui est capable de regarder ailleurs pendant cinq minutes les mains sur les hanches jusqu’à ce qu’on lui hurle de taper dans la balle. Incapable de tenir en place et de se concentrer sur une chose. Toujours en train de courir, chanter, crier, et rire. Il est difficile d’avoir de l’autorité avec lui, en tous cas pour ma part. C’est ce qui est beau dans une communauté : quand l’un de nous n’y arrive pas avec un enfant, les autres sont là pour compléter, soutenir. C’est pareil avec nos amis plus âgés. Les amitiés ne nous appartiennent pas, les gens sont amis avec Points-­Cœur et pas juste avec ce volontaire ou celle-là. Et heureusement parce que sinon le départ des volontaires serait encore plus déchirant qu’il ne l’est déjà pour nos amis. Même si bien sûr il y a des sentiments particuliers que l’on ne peut nier. Pour en revenir à Wilson, il est de ce genre d’enfant insouciant et en même temps très mature. Je peux vous assurer que quand j’entends sa petite voix crier « allooooo » au portail pour qu’on lui ouvre, mon sang ne fait qu’un tour et je cours pour l’embrasser. Il est cet enfant qui me remplit le cœur de joie quand je le vois et que je suis triste de quitter quand la permanence se termine.

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Marie A. En mission au Chili