« Ne m’abandonnez pas, je n’ai que vous… »

La mission du Point-Cœur à Athènes est très habitée par les migrants, personnes perdues, seules et en grande souffrance… Florence est une de ces personnes que la Providence a mise sur notre route.

Agnès au Point-Cœur de Grèce

Il y a deux semaines, lors de la messe dominicale, Agnès a rencontré Florence, jeune femme du Congo arrivée récemment à Athènes. C’est Florence qui s’est dirigée directement vers elle, lui demandant si elle parlait français. Il est beau d’entendre Agnès nous confier combien elle s’est sentie être un simple instrument dans les mains de Dieu à cet instant-­là. Tout a été donné, comme si cela était voulu, désiré depuis longtemps dans le cœur d’un Autre. Agnès l’accompagne auprès de notre bon curé, qui lui offre de quoi se nourrir et des vêtements. Le lendemain, elle vient au Point-­Cœur et nous confie son histoire. Une partie de sa famille a été assassinée sous ses yeux, lors de la messe de Noël l’an dernier. Elle a dû confier ses filles à sa mère et a fui le pays pour sauver sa vie. Nous ne savons pas quels drames elle a pu subir lors de son voyage et de son temps en Turquie. Elle semble s’être retrouvée un temps en prison, après une tentative avortée pour rejoindre la Grèce. Puis, c’est la grande traversée, elle sera repêchée par la police et débarquée sur l’île de Lesbos. Florence est très malade et doit venir à Athènes pour se soigner. A son arrivée, elle se met en quête d’une église catholique, mais tous de lui répondre : « Ici, il n’y a que des orthodoxes ! » Trois semaines plus tard, Florence est décidée à se rendre à l’église pour prier Son Seigneur. Elle s’en remet à la Divine Providence, et déambule dans les rues d’Athènes. Elle croise alors un homme à qui elle demande une nouvelle fois l’adresse d’une église catholique. Il l’accompagne jusqu’à Sainte-­Thérèse, notre paroisse, c’est là que nous la rencontrons. Quelques jours plus tard, nous nous rendons chez Florence. Elle habite dans une chambre d’un appartement mis à la disposition d’une famille camerounaise. Elle a le nécessaire pour vivre, pas encore pour se nourrir. Mais ce qu’il lui manque le plus, c’est une activité, une présence. Car elle passe ses journées à tourner en rond, à penser et repenser à sa vie, à sa famille perdue, à ses filles dont elle n’a pas de nouvelles, aux drames qu’elle a vécus, à sa solitude. Nous nous asseyons sur son lit, elle n’a que cela à nous offrir et en souffre. Florence nous prend alors chacune la main, puis elle se met à pleurer en nous disant : « Tu sais, je ne vous ai pas tout dit de mes souffrances. Ça me fait encore trop mal d’en parler. Mais, s’il vous plaît, ne m’abandonnez pas. » A chaque rencontre, ce sont ses mots de conclusion : « Ne m’abandonnez pas, je n’ai que vous. »

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Anaïs G. En mission à Athènes