Marina, la force d’une mère

Dans le quartier de Buenos Aires où est installé le Point-Cœur depuis des années, les mamans sont souvent seules pour élever leurs enfants. Marie nous présente un visage, celui de Marina, une femme qui cherche le Bien pour ses enfants au milieu des tentations du quartier…

Santiago avec les volontaires du Point-Cœur pendant le camp d’été 2018

Ce jour-­là, avec Victor, (volontaire allemand) nous allons visiter les amis du quartier. Moment d’indécision : à qui allons-­nous rendre visite ? Finalement c’est Juan, un enfant de sept ans, qui a pris Victor par la main avec insistance et nous a mené jusqu’à chez lui. Il veut jouer avec lui, sa maman Marina le rappelle à l’ordre : « Tu as tes devoirs à faire ! » Victor se propose de l’aider. C’est ainsi que je rentre pour la première fois dans la maison de Marina. Comme à chaque visite dans le quartier, elle me propose le traditionnel maté et très vite me parle de ses deux fils : Juan, sept ans et Alejandro dix-­huit ans. Elle me parle et de sa difficulté à les éduquer, en particulier Alejandro. « C’est un jeune très difficile. » D’autant plus dans un quartier où la drogue, l’alcool, violences et vols font partie de leur quotidien. Il est facile pour un adolescent de se laisser entraîner par l’effet de groupe qui pousse à faire le dur, le fort, à ne pas se laisser écraser par les autres, sinon « tu es mort ». Surtout dans un contexte où le jeune est abîmé par un milieu familial déjà touché par la violence et l’addiction. Pour Alejandro, comment être suffisamment fort pour dire non, pour refuser de s’échapper un instant de cette réalité : un papa trafiquant de drogue, violent et en prison, un oncle et un cousin tués… Alors, oui, c’est difficile pour Marina, femme de valeur, d’éduquer ses enfants, seule, dans ce quartier, dans cette réalité. Comment transmettre à son fils sa force et ses valeurs « Moi aussi quand j’étais jeune, tous mes amis se droguaient, j’ai toujours refusé ! » Marina a compris qu’elle était, là, la vraie liberté, choisir le Bien. « Hier on s’est encore disputé avec Alejandro. Je lui ai dit : « Pourquoi les jeunes du quartier volent, se mettent dans des trafics de drogue ? Parfois parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se nourrir, pour se vêtir… Mais toi, tu as un toit, on ne roule pas sur l’or mais tu as de quoi manger. Tu as même des vêtements de marque. Mais tu veux toujours plus ! Tu es prêt à perdre tes principes pour de la marque ? » » Elle ajoute : « C’est difficile d’être mère dans ce quartier, il faut lutter, transmettre ses valeurs, sa foi… » Marina n’a pas toujours été comme ça. Il y a une dizaine d’années de cela, son compagnon est tombé, lui aussi, dans la drogue. Après avoir appris que son fils avait une tumeur au cerveau, il a cherché à masquer sa souffrance et son impuissance dans la drogue. Il est devenu très violent. Alejandro était victime indirect des violences de son père sur sa mère. Marina restait enfermée chez elle, son compagnon ne voulait pas qu’elle sorte, qu’elle voit ses amis. Lui, en profitait pour aller voir ailleurs… Elle a perdu confiance en elle, elle a perdu le goût de la vie, mais elle continuait à lutter, pour ses enfants, la peur au ventre. Jusqu’au jour où elle a eu le courage de se séparer de son compagnon, pour elle, pour ses enfants. Deux semaines plus tard, il s’est retrouvé en prison, cela fait maintenant quatre ans. Depuis, Marina s’est prouvée qu’elle était capable de dire « non », elle était capable de protéger ses enfants et de prendre sa vie en main. Aujourd’hui, elle aime sortir avec ses amies de temps en temps, tout en étant très présente auprès de ses fils, son entourage dit qu’elle est transformée. Et c’est vrai, Marina est rayonnante. La vie continue, elle lutte chaque jour pour ses enfants, pour leur transmettre ses valeurs, sa force, sa foi. Je lui demande : « Et comment appréhendes tu le retour de ton ex-compagnon cet hiver ? » Elle me répond : « Je ne suis plus la même qu’avant, aujourd’hui je me sens plus forte et je me sens capable de me protéger et de protéger mes enfants. » Marina m’impressionne : sa force de se battre pour ses enfants, sa force de choisir le Bien et de toujours chercher à le transmettre.

 

 

 

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Marie GC En mission au Point-Cœur de Buenos Aires