Maria, l’amour-persévérance

Au Salvador, ce sont souvent les femmes qui par leur persévérance et le sacrifice de leur vie font vivre leur famille. Maria, une amie du Point-Cœur et des sœurs du Salvador, est de celles-ci. 

« Il nous reste peut-être quelque arbre, sur le versant, que tous les jours nous puissions revoir ; il nous reste le chemin d’hier et la fidélité d’une habitude, enfant gâtée qui se plut chez nous, y demeura et ne partit plus. »
(Rainer Maria Rilke)

En lisant ces lignes de la première élégie de Rilke, j’ai pensé à notre amie Maria, cette jeune femme d’une trentaine d’années, qui vit dans le quartier du Point-Cœur. Elle est pour moi un véritable témoin vivant de cette persévérance. Elle a grandi dans le quartier, reconnu comme « difficile » par les autorités, vivant au milieu des gangs et survivant au-delà des tourmentes et des angoisses.

Elle vit avec sa mère et son neveu, Pedro, qui a onze ans et qu’elle élève comme son propre fils. Elle a réussi avec beaucoup de persévérance à étudier et travaille actuellement dans une association espagnole comme éducatrice spécialisée en prévention dans des quartiers plus en difficultés. Elle est aussi la responsable de notre fraternité Maximilien Kolbe qui réunit plusieurs familles et amis désireux de vivre le charisme de compassion au sein de leur réalité professionnelle et familiale. Elle est d’un caractère enthousiaste et joyeux.

Il y a quelques mois, elle nous faisait part de sa préoccupation pour Pedro, son neveu. Au sein du collège il souffrait de calomnies et de moqueries et ses notes avaient baissé. De plus, lorsqu’il rentrait chez lui le soir, la grand-mère seule et malade, le recevait et perdait patience. Elle le mettait alors dehors, livré à lui-même au milieu des gangs. Après avoir échangé avec Maria, nous avons pu évoquer l’idée de le changer de structure scolaire afin qu’il soit dans un climat d’études plus serein et qu’il puisse avoir des temps d’études incorporés qui permettraient à sa tante de le récupérer le soir à la sortie de son travail.

Après avoir trouvé une structure adéquate, nous avons sollicité une de nos amies pour la prise en charge d’une partie de la scolarité. C’est une aide précieuse pour Maria qui doit assumer ces nouveaux frais qui grèveront son budget (80 dollars par mois). C’est elle en effet qui subvient aux besoins de la famille et payent les factures et charges courantes. (Pour vous donner une meilleure idée, au El Salvador, le salaire minimum est de 300 dollars pour un niveau de vie équivalent à une vie européenne). Plusieurs fois je l’ai vu se priver de manger pour pouvoir nourrir sa mère et son neveu. Avec beaucoup de dignité et de courage, chaque jour, elle trouve la force de persévérer, grâce à sa foi et son amour pour sa famille. Des femmes comme Maria, il y en a beaucoup au El Salvador. Elles sont vraiment des témoins vivants de ce jour après jour, de ce don au quotidien, dans la discrétion et le travail, le sacrifice et la dignité enracinés dans une foi profonde.

Au fil des années en terre salvadorienne, je redécouvre le sens du mot « persévérer », il devient mien chaque jour un peu plus au contact de Maria et de tant d’autres. Si la définition du dictionnaire : « Persister, demeurer ferme et constant » exprime parfaitement ce que cela signifie, je crois pouvoir dire que, quotidiennement je vois des exemples très concrets à l’image de Maria de cette persévérance qui m’édifient.

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sr Anne Servante de la présence de Dieu