L’isolement des hikukkomori et le mystère de Noël

Auprès de ces jeunes qui s’isolent de la société, les hikukkomori, Bernard du Point-Cœur de Sendai, fait l’expérience de la force de la présence, de La Présence, du Mystère de Noël.

Bernard et un de ses amis

Bernard et un de ses amis

Au Japon où je fête cette année mon deuxième Noël, je continue à m’émerveiller des richesses de cette culture et de la qualité des amitiés que nous formons petit à petit. Nos amis nous disent souvent que les Japonais ne sont pas un peuple religieux. J’essaie tant bien que mal de comprendre ce qu’ils veulent dire et les raisons qui les poussent à le dire.

J’aimerais vous partager quelques pistes à l’aide de mes lectures et des échanges avec les uns ou les autres. Le Japonais respecte la religion, la sienne et celle des autres. Il n’estime pas facilement quiconque en dit du mal. Mais dans l’ensemble, il pense que la religion ne peut atteindre que l’approximation. Faute de pouvoir compter sur la vérité absolue, il s’est rabattu sur le concept d’utilité : il se préoccupe moins de la théorie elle-­même que de son influence sur la conduite de sa vie. De là, l’importance primordiale qu’il attache à la morale. Mais cet aspect peut être desséchant et les jeunes japonais d’aujourd’hui recherchent quelque chose d’autre, sans savoir quoi, ni comment l’exprimer. Certains se retirent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire années, sans en sortir. La société japonaise les appellent les hikukkomori. C’est un phénomène qui a pris de l’ampleur, néanmoins, tous les jeunes ne vont pas jusque-­là. Mais leurs questions restent au fond d’eux. Je ne vous ai pas encore parlé de Masaru, un Japonais de trente‐quatre ans avec qui j’ai déjà parlé pendant plusieurs heures de cela. Nous avons parlé de l’amitié, du sens de la vie, du travail, de la famille… Et lui de me dire à la fin de nos conversations : « Nous ne parlons jamais de ces choses là… » Et le silence qui a suivi m’habite encore. Comment peut-­on vivre ainsi ? A l’inverse, avec Norihissa (vingt-­deux ans), nos rencontres étaient plutôt silencieuses. Nous l’avons rejoint pendant près de deux ans dans sa solitude silencieuse dont il ne sortait que rarement. Une façon de se mettre en retrait de cette société qui ne lui donnait pas le sens de la vie. Notre amitié a été pour lui l’occasion de TOUCHER du doigt une possibilité de sens plus grand que celui que lui proposait la société. Et dans le silence, il s’est mis à sortir de sa solitude, à venir nous visiter à son tour. Et enfin, à l’issue d’une messe à laquelle il nous avait accompagné, il a exprimé son désir d’être baptisé. Et depuis, c’est comme s’il sortait d’un chaos intérieur et qu’il commençait à goûter la vie. Miracle qui nous étonne encore aujourd’hui. Le voir rire et sourire, nous proposer sans cesse son aide nous remplit de joie car nous le voyons debout et libre. Il sera baptisé dans trois mois et participera aussi aux Journées mondiales de la jeunesse qui auront lieu en Pologne bientôt. Une façon pour lui de continuer à toucher la réalité qu’il vient de découvrir et sur laquelle il met peu à peu des mots. Les Japonais ont un grand sens du devoir et de la fidélité. Mais cette fidélité s’est exprimée pendant des siècles essentiellement envers une personne concrète et incarnée, l’empereur, le seigneur féodal par exemple ou à une époque plus récente le supérieur hiérarchique. Et cela pouvait aller jusqu’au don de sa propre vie. Quant au Mystère de Dieu, s’il est respecté, il semble caché derrière un voile qui semble impénétrable, un voile dont Confucius lui-­même conseillait de rester à distance. Les systèmes métaphysiques et philosophiques eux-­mêmes n’ont de valeur qu’en tant qu’ils sont à même d’exercer une réelle influence sur leur vie journalière. Les rencontres que nous faisons provoquent souvent une certaine curiosité, une attirance vers notre vie. C’est comme si à travers nous, le Mystère de Dieu que nous essayons tant bien que mal de vivre, devenait quelque chose de concret, possibilité d’expérience et de vérification. N’est-­ce pas finalement le mystère de Noël ? Dieu qui se fait proche au point de pouvoir être vu, touché, qui accompagne notre destin… Mystère bien grand et que j’aimerai tellement pouvoir partager davantage.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Bernard L. Membre permanent de Points-Cœur