Les femmes du quartier du Point-Cœur de Chengalpet

Ramia et son fils Jewesh

Chiara est en Inde depuis quelques mois et elle découvre toujours plus la beauté des femmes de sa rue et de son quartier !

Au fil des mois, je me sens de plus en plus appartenir au quartier, faire partie du voisinage, compter dans le groupe de femmes de notre rue. Chacune d’entre elles continue de m’introduire dans leur culture, de m’expliquer les rituels quotidiens. Je sens de plus en plus que la relation change : je suis là parmi elles. De fait, nous sommes invitées à toutes les célébrations des femmes du quartier : fête pour l’arrivée de la puberté de la jeune fille, fiançailles, mariage, baby shower pour les neuf mois de grossesse. Etre une femme en Inde, c’est vraiment faire partie d’un cercle, d’une confrérie. Toutes doivent (ou devraient) revêtir le sari, porter des boucles d’oreilles, bracelets de bras et de pieds, collier, bijoux de nez, dessiner un point de couleur sur le front, s’attacher les cheveux pour sortir. C’est magnifique et aussi très exigeant. Ce sont des femmes fortes, ces femmes indiennes, des femmes qui se lèvent à quatre heures du matin pour stocker l’eau qui arrive une fois par semaine ou alors aller la chercher à la pompe et porter des bidons de vingt litres sur la hanche. Dès cinq heures, elles nettoient devant leur porte, tracent des kolams puis cuisinent pour la famille. Ensuite, il faut faire la vaisselle, laver les vêtements à la main, nettoyer la maison. Bien que je sois loin d’être totalement une jeune femme indienne, quand il m’arrive, le soir, de discuter (en tamoul !) avec les voisines sur le pas de la porte, alors que nous sommes toutes habillées en nighty (sorte de chemise de nuit qui sert de tenue pour la maison), je me sens l’une d’entre elles.

Je voudrais vous parler d’une autre amie du quartier, Ramia, une amie de longue date du Point-­Cœur. Bien qu’elle ait un an de plus que moi, Ramia m’appelle « auntie » (tante), comme les autres volontaires avant moi. Je trouve ça assez cocasse. Il y a deux ans, alors qu’elle était très malade et que sa famille avait perdu espoir, les volontaires l’ont accompagnée à l’hôpital pour qu’elle puisse être soignée. Aujourd’hui, elle va beaucoup mieux, elle s’est mariée l’année dernière et a un petit garçon de neuf mois prénommé Jewesh. Quand on va les visiter on arrive, de temps en temps, à l’heure de la toilette du petit. C’est un moment très beau. Elle le lave avec de l’eau qu’elle tape sur son corps, puis le couvre de talc et le maquille. Elle dessine des points noirs sur son visage, un sur le front, un sur la joue et un sur le menton pour éviter que son fils ne soit trop mignon et chasser les esprits mauvais qui voudraient s’en emparer. Malheureusement ce petit bonhomme a un problème d’audition et doit subir une opération pour qu’il puisse entendre correctement. La date de l’opération ayant été fixée le mois dernier, nous avons accompagné Ramia à l’hôpital de Chennai, à deux heures de route, avec son mari et son fils. Il fallut faire la queue longtemps pour les admissions dans les grands bâtiments. Pas franchement indispensables dans cette aventure, nous les soutenons en tenant les sacs et en faisant la conversation. A l’heure du déjeuner, nous descendons tous dans la cour de l’hôpital et Ramia me laisse son bébé pour le nourrir avec des petits bouts de gâteau et disparaît dix minutes pour aller manger. Quelle confiance de laisser une petite blanche de vingt-­deux ans, qu’on a vu trois fois dans sa vie, avec son bébé. J’aurais pu partir avec lui, mal le nourrir, le laisser tomber par terre… Pas de problème, elle revient ensuite comme si de rien n’était. Finalement, le petit ne sera pas opéré ce jour-­‐là et nous replions bagages pour rentrer à Chengalpet. Dans le compartiment pour femmes du train du retour, Ramia se recroqueville et pose sa tête sur mes genoux pour dormir. Le moment n’aura duré que quelques minutes avant que Jewesh ne se remette à pleurer. Pourtant, il m’aura beaucoup touchée. Cette femme devenue maman qui, un instant, redevient petite fille et s’endort sur mes jambes en toute confiance, moi qui, il y a encore quelques mois, était une inconnue. Son amitié m’est donnée si vite et si simplement.

 

 

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Chiara F. En mission en Inde