Le cœur immense des mamans bahianaises

Lucie est en mission à la Fazenda do Natal près de Salvador da Bahia. Auprès des mamans qu’elle rencontre, avec qui elle vit, elle découvre le cœur de ces mamans, un cœur qui accueille et qui se rend disponible.

Paloma, accueillie à la Fazenda, découvre les poupées

J’aime beaucoup regarder les mamans brésiliennes et leur comportement vis-­à-­vis de leurs enfants. Elles ne les lâchent jamais ! Une auxiliaire de puériculture française, en visite ici, me disait que cela explique pourquoi les petits Bahianais grandissent plus vite que nos petits Français. Ils ont toujours un contact physique avec leurs mamans, ils sont stimulés passant de bras en bras. Ils reçoivent beaucoup de tendresse. Personne n’aurait l’idée, ici, de laisser les bébés dans une poussette. Dans les villages aux alentours, il n’y en a pas ou très peu. Les mamans font vraiment tout avec leurs enfants dans les bras.

En vous écrivant au sujet de la maternité, cela me fait penser à Uba. Cette femme a habité à la Fazenda durant onze ans. Elle a eu une fille, Bel, alors qu’elle était âgée de seulement quatorze ans. Elle a donc été accueillie avec sa fille à la Fazenda. Quelques temps plus tard, une amie du village de Passagem lui a demandé si elle accepterait d’accueillir sa fille dans sa maison. En effet, cette femme, consciente de ses limites, voulait confier son enfant à une femme de confiance. Elle venait tout juste de perdre un autre enfant. Uba a accepté et a commencé à prendre soin de Bia. Bia, âgée de quelques mois est arrivée très malade. Tous se souviennent encore des pleurs de Bia ! Uba raconte qu’en regardant Bia dans les yeux, elle a senti qu’elle lui demandait de l’aide, de la sauver. Petit à petit, Bia a gandi avec Uba. Quelques années plus tard est arrivé le moment, pour Uba, de quitter la Fazenda avec sa fille Bel. Uba est restée très ferme et a exigé de pouvoir emmener Bia avec elle. La maman de Bia ne s´y opposant pas, ainsi fût fait. Aujourd’hui, Bia a onze ans et vit toujours avec Uba. Ainsi on emploie une expression qui se traduit par « une maman qui t’éduque ». C’est cela qu’est Uba pour Bia. Aujourd’hui, Uba accueille aussi sa nièce qui est âgée de dix-­huit ans, avec son enfant de huit mois. Cette grossesse était complètement inattendue. Après l’accouchement, Ninha, la maman, avait visiblement des difficultés pour prendre soin de son enfant. Uba explique qu’elle n’avait pas l’instinct maternel. Lors d’une visite, je me souviens que je suis restée surprise devant l’attitude de cette maman qui, je pense, n’acceptait pas du tout son enfant. Elle ne le prenait pas dans ses bras lorsqu’il pleurait. Elle ne semblait pas être heureuse. Elle refusait de l’allaiter. L’enfant pleurait beaucoup. Uba a donc accueilli sa nièce et son enfant au sein de sa propre maison et, petit à petit, Ninha est devenue maman. Je suis allée leur rendre visite la semaine dernière, Ninha s’occupe de son enfant. Celui-­ci a arrêté de pleurer durant des heures entières la nuit. Autre détail, cet enfant s’appelle Emanuel, « Dieu avec nous »… J’aime beaucoup la simplicité d’Uba, qui illustre parfaitement la simplicité de ce peuple bahianais. Il n’y a pas de calcul, pas de plan pour les années à venir. Elle accueille simplement les évènements de la vie. Elle vit le moment présent : aujourd’hui, je peux accueillir Bia, aujourd’hui, je peux accueillir ma nièce. J’aime beaucoup la disponibilité de ce peuple à l’image d’Uba. Elle est toujours ravie de recevoir, d’ouvrir sa porte à l’improviste. J’aime cet accueil chaleureux, presque maternel. Ce peuple religieux utilise aussi toujours cette expression « si Dieu le veut », lorsqu’on essaie d’organiser une rencontre. Ici, c’est impossible d’organiser une sortie, un événement trois mois à l’avance, tellement d’imprévus peuvent survenir ! Ici, on s’organise pour aujourd’hui, pour demain et le futur est laissé à Dieu. Il n’y a pas de « oui » ou de « non », mais « si Dieu le veut ». Tout s’organise à la dernière minute. Je pense que Dieu doit se reposer dans ses cœurs bahianais, qui ne sont jamais complètement fermés mais disponibles à L’accueillir. Il y a ce qui est prévu puis, les événements du jour, la réalité qu’ils ont une grande facilité à accueillir. N’allez pas croire que cette femme roule sur l’or. Elle se lève tous les jours de la semaine à trois heures du matin pour aller tuer des poulets et les vendre au marché. Elle récupère aussi des vêtements d’occasion pour les revendre. Quel bel exemple de sainteté cachée pour ce temps de carême.

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Lucie D. En mission au Brésil