La présence de l’autre en face de nous !

Agnès est en mission à Athènes et continue de découvrir auprès des enfants, spécialement Biorgi, que l’amitié peut être une histoire mouvementée, mais qu’elle avance toujours….

Biordi, Martin, Thomas et Annabel au camp d’été en Grèce

Cette année, comme j’ai appris ! J’ai appris du bonheur, du courage, de la foi, de l’amour de nos amis mais aussi dans l’humiliation. Cette année, Dieu a démoli ma fierté à grands coups d’amour. Moi qui pensais savoir aimer et qui avais la certitude de savoir donner, je suis tombée de très haut devant l’amour et le don de soi de nos amis. « On donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. » J’ai vu des mères de famille usées par leur quotidien, nous aider dans nos tâches quotidiennes pour alléger le poids de notre mission pourtant bien moins fatigant que leur vie ; d’autres qui ne se nourrissent que de pommes de terre ou de pâtes, nous donner leur meilleur paquet de céréales pour nous offrir leur amour symboliquement ; nos voisins afghans qui ne manquent jamais de nous offrir leur jouet préféré pour nos anniversaires… Et moi qui pensais tout donner simplement en venant ici alors que je suis encore trop pudique pour même juste offrir une chanson à nos visiteurs sous prétexte que je suis timide. Quelle grâce de recevoir cette humiliation ! Mais trêve de parler de moi, parlons de mes maîtres.
Vous souvenez-­vous de Klaudia, ma petite mouche que j’aime tant ? Son frère Biordi est l’un de ces maîtres d’humilité qui me poussent dans mes derniers retranchements et me font découvrir qu’il suffisait simplement d’ouvrir la porte juste derrière moi pour accéder à une paix plus grande. Si Klaudia est une mouche, Biordi est un essaim d’abeilles ! Du haut de ses quinze ans, il court, saute, chante (très faux), crie, retourne notre maison en moins de temps qu’il n’en faut pour dire bazar. Mais ce qui m’agaçait le plus, c’était sa manie d’essayer d’apprendre à jouer du piano qui trône dans notre salon. Cela me rendait folle d’entendre toujours les mêmes mélodies un peu bêtes et très mal jouées à longueur de temps. Si bien que j’appréhendais chacune de ses visites. Un évènement en particulier nous a fâché pour un très long moment. Biordi étant adolescent, a trouvé drôle d’apprendre le mot « merde » en français pour le dire à chaque occasion. Nous n’en avons jamais fait trop grand cas car nous savions que ça lui passerait en grandissant et que plus on y prêterait attention, plus il prendrait plaisir à le dire ostensiblement. Mais durant le camp d’été auquel il participait, je lui ai demandé de m’aider à déplacer des tables et c’est le plus naturellement du monde qu’il m’a répondu « merde ». J’ai alors eu une réaction disproportionnée car il ne connaissait bien entendu pas ce que pouvait signifier exactement ce mot. Cette grosse dispute m’a profondément touchée et m’a montré mes limites. Je pensais venir sauver le monde et me voilà juste en train de blesser un adolescent. Le temps passant, nous nous disions tout juste bonjour en nous croisant et je demandais au Seigneur de m’aider à trouver son pardon. Biordi ayant grandi avec les volontaires du Points-­Cœur (il venait régulièrement passer un week-­end avec les volontaires quand il était plus jeune), son cœur est naturellement empli de compassion. Il était touchant de le voir faire lui aussi des efforts pour nous trouver des passions communes et ainsi nous rapprocher. C’est d’abord la musique qui nous a réunis. J’ai des goûts musicaux éclectiques et il écoute en général des chansons aux textes peut-­être un peu bêtes mais pas vulgaires. Avec un peu de bonne volonté des deux côtés, il m’a fait découvrir ses chanteurs préférés et nous discutions musique avec de plus en plus de passion dans la voix. Il a ensuite découvert que j’ai suivi des cours de judo pendant six ans et il s’est mis en tête de m’apprendre ses propres techniques d’arts martiaux. Je me retrouve ainsi souvent avec quelques hématomes dus à de faux mouvements mais surtout pliée de rire devant ses techniques inventées ridicules. C’est lors d’une de nos séances un peu douteuses de Kung Fu avec des coussins qu’il me demande humble-ment pardon pour cet été. Quelle grâce ! En étais-­je digne ? Vous me direz qu’il m’a pardonné après qu’on se soit tapé dessus mais c’est tout le contraire. Dans les arts martiaux, il faut sans cesse faire attention à ne pas blesser l’autre et le respecter. On ne pouvait plus s’ignorer mais il fallait être pleinement conscient de la présence de l’autre en face de nous. Qui aurait pu imaginer que mes années de judo allaient m’aider à entrer dans le cœur de cet adolescent ? Il m’a même proposé une sortie prochainement. Notre amitié continuera donc de grandir doucement ….

 

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Agnès B. En mission à Athènes