La force de ces mamans

A Athènes, les amis sont de nationalités très variées et leurs histoires sont pleines de souffrances. Agnès pose un regard sur ces mamans-courage dont la force et l’humilité ne peuvent que bouleverser.

Victorine, Anais et Davidou, Papou, Roki et Patricia

Il y a quelques jours, nous parlions de l’humilité avec Anaïs et la question est venue de ce qui m’aidait à rester humble quand l’orgueil prend le dessus. J’ai alors tout de suite pensé à toutes les mères si braves, si fortes que nous connaissons et qui gardent à tout instant cette présence silencieuse et pourtant indispensable.

J’ai pensé à Marie, la maman de Pierina, à Flora, la maman de Klaudia mais aussi à Maury, la maman de Maria-­Theresa. Maury est une femme qui a immigré du Sri Lanka et qui vit avec son mari Kumar, quand ce dernier ne travaille pas dans une île grecque, et leur fille unique Maria-­Theresa. Je me suis très rapidement prise d’affection pour cette famille d’abord grâce à Maria-­Theresa qui est une jeune adolescente (treize ans) très intelligente, mature d’une certaine façon et surtout bien unique dans sa manière de voir le monde et d’être elle-­même. Mais à longueur des visites, j’ai pu découvrir cette personne très discrète mais finalement omniprésente qu’est Maury. Il est beau de voir qu’avec tous nos amis, une porte s’ouvre à un moment donné. Pour certains, cela se fait tout de suite, dans une confiance et une acceptation complète de l’amitié. Mais pour d’autres, cette intimité s’offre comme le plus précieux des cadeaux et se dévoile comme une fleur fragile mais éternelle. Ainsi en a-­t-­il été avec Maury lorsqu’elle m’a ouvert la porte de sa famille. Pendant longtemps, elle ne m’a parlé que de sa fille et de son mari, me demandant régulièrement d’aider Maria-­Theresa avec son français ou avec quelque problème de mathématique. Puis, un jour, elle m’a raconté son parcours, son pays, ses rêves oubliés et les sacrifices qu’elle ne veut pas voir son enfant faire. Elle se livrait avec une pudeur et un réalisme qui m’a touchée. Elle ne cherchait ni à se rabaisser, ni à se mettre en avant, seulement à se raconter. Voici l’humilité dont j’aimerais m’inspirer tout au long de ma vie : celle de cette femme qui a tout donné pour son époux et son enfant et qui reste dans l’ombre pour offrir quelque chose qui la dépasse au monde et à Dieu : sa fille qui grandit.

Une autre mère qui m’inspire toute l’humilité du mode est Victorine. Elle vient du Cameroun où elle a grandit et où elle s’est mariée plutôt jeune. Malheureusement, son mari est allé travailler dans une ambassade d’Europe et elle est restée vivre chez sa belle-­famille. Le temps passant, il trouvait toujours plus d’excuses pour qu’elle ne le rejoigne pas. Elle a pourtant fini par y parvenir et a découvert après quelque temps que son mari s’était remarié là-­bas. Malgré la peine de la trahison (tous les membres de sa belle-­famille chez qui elle vivait étaient au courant de cette histoire) elle a pris la décision de s’effacer de sa vie sans scandale pour ne pas faire vivre à cette autre femme sa propre douleur. Mais, entre temps, elle a découvert qu’elle était enceinte de cet homme et elle ne pouvait alors pas rentrer affronter ses proches dans cette situation de déshonneur. Elle a décidé d’émigrer et est arrivée en Turquie illégalement à un stade déjà avancé de sa grossesse après avoir tout perdu. Seule et sans repères, avec sa seule foi en Dieu pour l’accompagner dans cette épreuve, elle a donné naissance à un petit garçon né avec un problème cardiaque et une trisomie 21. C’est avec les larmes aux yeux qu’on l’écoute décrire la joie, l’amour, l’espoir et la force infinie que lui offre son premier contact avec son fils. Ce petit être minuscule et malade allait être son plus grand soutien, l’homme qui ne la trahirait jamais. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle rencontre un peu plus tard un homme qui l’accepte, elle ainsi que son fils handicapé. Ensemble, ils auront une petite fille très énergique et en excel-­‐ lente santé. Ils ont vécu quelque temps en petite famille heureuse malgré les tourments. Mais Victorine n’a jamais réussi à pleinement s’intégrer dans ce nouveau pays. On lui parlait alors de la Grèce et de voyages clandestins dont elle pourrait profiter. L’ayant déjà fait une fois et y ayant survécu tout en étant enceinte, elle choisit de tenter à nouveau l’aventure. Mais son compagnon ayant un travail en Turquie a décidé de la laisser partir seule avec les enfants. Il lui a payé le trajet ainsi qu’à un inconnu qui s’occuperait d’un des enfants pendant la traversée. Voici notre super maman dans un bateau pneumatique en route pour la Grèce et un futur meilleur pour ses enfants avec un faux-­‐espoir que son compagnon la rejoindra. Apres avoir survécu à la traversée, être passée par des camps de réfugiés, elle vit désormais dans une maison avec une autre maman célibataire grâce à une association prenant en charge les réfugiés. Ses enfants, David et Patricia, ont quatre et six ans et sont plein d’énergie et de joie. Cependant, l’école publique n’accepte plus David car il nécessite une surveillance constante et une école spécialisée coûte beaucoup trop cher. Elle a travaillé quelques mois en tant que femme de ménage pour trois euros de l’heure mais les horaires étaient prolongés chaque jour sans que les heures supplémentaires ne lui soient payées et le tout ne suffisait largement pas à ses besoins. Sa situation nous semble sans espoir mais elle garde une confiance en Dieu et une foi qui nous impressionne beaucoup mais après tout, il est vrai que le Seigneur l’a accompagnée jusqu’à maintenant et elle a ses deux merveilleux enfants auprès d’elle.

 

 

 

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Agnès B. En mission à Athènes