Junior Disney et Sangry

Héloïse est en mission à Cuba depuis cinq mois. Jouer avec les enfants n’est pas toujours un « jeu d’enfant », elle nous raconte la violence que certains d’entre eux portent en eux.

Un de nos apostolats est de se rendre, un après-midi par semaine, dans un quartier proche du nôtre, pour jouer avec les enfants. Sur le chemin, en nous voyant, ils laissent leurs occupations et nous suivent. Ils nous prennent la main, nous sautent dans les bras, et s’animent à l’idée de jouer avec nous. Plus nous approchons du terrain où nous nous installons, plus le groupe s’agrandit. Une fois arrivés, il y a ceux qui veulent jouer au foot, ceux qui jouent aux cartes, ceux qui écoutent une histoire, ceux qui veulent qu’on les attrape… Bref, s’ils nous ont suivies jusqu’ici, c’est à notre tour de suivre leurs envies ! Parfois, nous proposons aussi à quelques amis de nous accompagner car, pour les enfants, plus il y a d’adultes, plus il y a d’attention pour chacun d’eux.

Sangry

Ce jour-là, nous avons proposé à Junior de venir avec nous. C’est un jeune qui travaille comme gardien d’une maison de retraite que nous allons visiter régulièrement. Nous l’avons rencontré depuis peu et, c’est justement pour avoir l’occasion de le connaître un peu mieux, que nous l’invitons. Quand nous arrivons là-bas, chacun se met à jouer avec quelques enfants. De mon côté, je m’occupe d’un petit gars de cinq ans, tremendo, Sangry, que j’affectionne particulièrement. Quelque chose, en lui, m’interpelle, peut-être sa douceur qui, en un rien de temps, se transforme en une violence impressionnante. S’il est quasi toujours au bord d’exploser, au fil des semaines, une belle relation se tisse entre nous deux et il accepte un peu plus  que je m’oppose à lui. Ce petit bonhomme, donc, il suffit de peu pour qu’il devienne agressif et, déjà, les règles de la rue sont imprimées en lui…

Disney, un autre enfant, nous connaît bien et apprécie de passer du temps avec nous. Mais, parfois, lorsqu’il vient, son seul but est de mettre le bazar. Aujourd’hui, Disney s’en prend, entre autre, à Sangry et ce dernier, inévitablement, réagit. En un rien de temps, les deux se courent l’un après l’autre, en se lançant des cailloux et des bouts de verre. Impossible de les arrêter. D’autres enfants entrent dans le conflit. Cette fois, ce ne sont plus des cailloux, mais des pierres qu’ils veulent se lancer. La règle, ils la connaissent : s’ils commencent à être violents, nous partons. Nous ramassons donc les jeux en essayant de les arrêter. Disney, furieux que je lui retire notre ballon de foot des mains, commence à me lancer des cailloux. Junior le prend alors par les épaules et s’en va avec lui pour qu’il se calme. Comme nous commençons à partir, certains enfants se calment et nous demandent de rester, Sangry dit qu’il veut continuer de jouer, les autres s’en vont. Quelques minutes plus tard, Junior revient avec Disney. Ce dernier ne veut pas s’excuser, mais il dit au revoir à chacune de nous. Nous commençons à marcher et écoutons des enfants dire à Disney : « Pourquoi t’as fais ça ? Maintenant ils partent. »

Sur le chemin, Junior nous fait part de la discussion qu’il a eu avec ce jeune. Il nous dit qu’il lui a parlé de Cubain à Cubain, d’homme à homme. Junior a posé trois questions à ce jeune : « Tu sais d’où elles viennent ? De très loin… Tu sais pourquoi elles viennent ? Pour jouer avec toi, qui vis ici, pas pour faire du tourisme… Et tu sais ce que ne doit jamais faire un homme ? S’en prendre à une femme. » Disney l’a écouté sans dire un mot et finit par dire : « D’accord, mais ce n’est pas ma faute. »Il ne peut pas demander pardon, car le faire c’est reconnaître sa faute, reconnaître sa faute, c’est perdre. Et, ici, perdre est un signe de faiblesse, chose qui ne doit pas transparaître… Mais, ce qui n’est pas perdu, c’est l’échange qu’on eu Junior et Disney, car le premier a posé ses yeux sur le second avec calme, attention et amour.

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Héloïse du R. Volontaire en mission à Cuba