La joie plus forte que la souffrance du handicap

Ségolène et Michèle qui joue de la Bandouria – Manille

Sortie à la piscine avec les enfants du centre orthopédique que le Point-Cœur de Manille visite régulièrement. Joie, amitié, jeux et chants au cœur du handicap…

Le minibus plein de fauteuils roulants qui file à travers les kilomètres d’autoroute philippine, pour nous emmener dans ce centre aquatique, va me permettre de passer une journée sous le soleil de cette belle réflexion qu’il m’est donné de méditer. Animées par ces dix-­huit jeunes et moins jeunes que nous rencontrons juste les deux heures qui nous séparent de notre destination, passent en un éclair. Au son de la musique et des chants, des blagues, des taquineries et des rires, cette famille riche en énergie ne laisse pas une minute de répit aux heureux missionnaires points-­cœuriens, qui ont encore un peu de mal à émerger après ce réveil bien matinal. Qu’ils sont beaux, rayonnants, chacun avec sa malformation qui le rend encore plus unique ! Kim, la plus jeune, ses os en freezbee et ses yeux pétillants de joie, Edson, son frère, dont le sourire ne tarit jamais, Jenalyne, ses jambes de vingt centimètres toutes recroquevillées, mais prête, maquillée toute en rose, sa couleur préférée pour aller à la piscine. Jick avec son pied mal fichu et son sourire édenté vient en aide à tous les autres. Michèle, avec son dos bossu et son visage si heureux, rieur, Crystal, Angel, Nardo… Pendant que le minibus s’éloigne des grands boulevards de Manille, j’aime à contempler Jenalyne, les yeux rêveurs et les cheveux au vent qui regarde défiler le paysage, tout en veillant sur Michèle qui dort à ses côtés. J’entends à côté de moi Christelle, qui s’impatiente, Kuya Oliver, le plus âgé, et Darwin qui font l’animation avec leurs blagues (j’ai eu le droit à un quiz culture, je peux vous dire que je ne dirai plus jamais que je viens de Cebu (ville des Philippines). A peine arrivés, nous voilà en tenue de bain pour plonger dans cette piscine dont nous ne sortirons que la nuit tombée. Michèle, qui ressemble à un requin avec sa grosse bosse sur le dos et dont les yeux pétillent de mille et une étoiles, a besoin d’une main pour faire des tours de piscine. Je la rattrape en bas du toboggan, riant, avant qu’elle n’y reparte pour un tour. Kim veut apprendre à nager puis à flotter. Nardo et Edson veulent explorer le parc et tous ses toboggans et piscines. Angel, Christelle, Crystal, Jenalyne préfèrent le son du karaoké dont je reste à une distance raisonnable pour éviter que ne vienne mon tour (et qu’elles ne finissent le gâteau à force de m’obliger à manger !) Et c’est alors, qu’au détour d’une petite pause-­déjeuner, les instruments s’accordent sous la main de maître de Jenalyne. Voix, triangle, guitare et bandurria, chacun (ou presque) y met du sien, avec ses talents. Malgré moustiques et frelons, je pourrais rester des heures à les écouter, à les regarder. Leur musique est magnifique, pleine de vie. Celui qui n’a pas de bras chante, celui qui n’a que trois doigts joue du triangle et celui qui n’a pas de jambe joue de la guitare. Chacun y met du sien, avec ses capacités et ses limites, à l’image de notre grand orchestre de la vie. Qu’ils sont beaux ! Pleins de joie, pleins d’énergie ! Dans chacun de leur rire résonne cette vie qu’ils vivent à deux mille pour cent. Ils sont vraiment comme une famille où chacun prend soin de l’autre, le plus grand du plus petit, celui qui a des jambes de celui qui n’a que ses bras. Je confie à vos prières ses cœurs d’enfants qui vivent, au jour le jour, de leur souffrance et de leur joie et qui ont su accepter ce handicap pour devenir de vrais enfants de Dieu.

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Ségolène M. Volontaire au Point-Cœur de Manille