Une joie et un honneur de passer dans ce service !

Pierre et le Point-Cœur du Salvador vont visiter les enfants du service oncologique de l’hôpital Bloom. Auprès de Carlos, Stephanie, Douglas… s’émerveiller de chaque éclat de rire.

Pierre au Point-Cœur du San Salvador

Comme vous le savez déjà, visiter le service d’oncologie est un de nos apostolats. Lors de nos visites, notre objectif est de changer l’atmosphère qui y règne. C’est un cadre aseptisé, parfois triste et effrayant. Nous tentons de le transformer en cour de récréation, pour que tous oublient la vie quotidienne de l’hôpital. Nous utilisons le rire et le jeu pour que les enfants s’évadent, mais aussi, pour créer la communion entre les personnes présentes. Comme dans chaque hôpital, à chaque fois, au début, on est perdu ; il faut donc prendre possession du lieu et apprivoiser les bruits, les odeurs et les vues.

Ici, la solitude est palpable. Les chambres sont des espaces séparés. Peu de choses rompent la routine. La télévision marche tout le temps. La douleur chronique est un traumatisme. En effet, chaque personne qui entre dans une chambre peut être porteuse de beaucoup de souffrances et venir pour un examen. Il y a, aussi, à prendre en compte la charge émotionnelle des parents inquiets. Semaines après semaines, notre préparation et notre équipement évoluent. Ainsi, on trouve, maintenant, dans ma besace : ballons de baudruche, jeu d’échecs, tour qui dégringole, feutres, crayons, papier, savon à bulles. On devient aussi, expert en jeux en tout genre : les devinettes, tennis-­ballon, bataille de coussin, le chaud-­froid, jeux vidéo, jeux de société, les avions de papiers, embêter les médecins.Notre premier rituel est d’aller à la chapelle. Ensuite, nous faisons un tour du service. C’est l’occasion de se montrer et de jeter un coup d’œil sur la situation du jour. Puis, vient le moment de la rencontre avec les enfants.

Carlos était un de ceux‐là. Je l’ai visité jusqu’à la fin. Il était âgé de quinze ans. Je l’ai vu durant trois mois. C’était, pour lui, difficile la vie à l’hôpital ! À son âge, on veut découvrir le monde, on ne veut pas rester enfermé. J’ai, aussi, beaucoup parlé avec sa mère, un exemple de force et de dignité. Lors de ma dernière visite, je lui ai offert une figurine de chat : il adorait les chats. Ce jour-­là, sa fin approchait et il dormait. J’ai laissé le jouet près de lui. Je ne sais s’il l’a vu. J’ai seulement parlé avec sa mère. Elle m’a expliqué le diagnostic, on a parlé de Carlos, de la vie, de la mort. On s’est serré dans les bras. Je leur ai dit « adieu ». Carlos est mort quelques jours plus tard.
Permettez-­moi, aussi, de vous parlez de Stéphanie. C’était une enfant de douze ans. Vers l’âge de dix ans, les médecins lui ont diagnostiqué une tumeur au cerveau. Il y a eu une rémission, mais, deux ans plus tard, une rechute. La première fois que je l’ai vue, elle était déjà mal, mais elle bougeait encore et nous comprenait. Je me rappellerais toujours d’une caresse qu’elle a adressée à Vincent, mon camarade de visite. La semaine suivante, après de graves convulsions, elle ne bougeait plus. Vinrent ensuite trois semaines d’agonie, trois semaines pour connaître sa mère pleine d’amour et d’attention pour sa fille mourante.
J’aimerais aussi vous parlez de Douglas. Il a douze ans. Je l’ai visité lors de mes premiers mois, environ six ou sept fois. Et il était rentré chez lui. Malheureusement, depuis maintenant deux mois, il est revenu « au Bloom ». Il mène une lutte terrible contre la maladie. Il a toujours été un enfant réservé. Et, maintenant qu’il a perdu la vue, c’est encore plus dur pour lui de s’ouvrir aux autres. Quand je le visite, je lui prends la main, je lui parle mais, très vite, il me rejette. Pourtant, chaque semaine, je vais le voir un peu. Il ne faut rien forcer, il lui faut du temps. Parfois, il nous faut oublier les jeux et être simplement là.

Visiter l’hôpital Bloom, c’est passer du chaud au froid, des rires au silence. Malgré tout, c’est une joie et un honneur de passer par ce service. Souvent, quand nous partons, on peut entendre les enfants rire et les gens parler et vivre à nouveau. Les premiers départs sont les plus durs. Ils frappent au cœur. Que représentons-­nous pour ces enfants ? Devant la rechute d’un « gamin », comment gérer sa peine ? Où trouver les mots face à un adolescent devenu aveugle ? Que dire à une mère qui a perdu son fils ? Pour continuer, il nous faut nous émerveiller de chaque éclat de rire. Il faut garder à l’esprit la chance que nous avons d’assister à ces moments d’amour entre parents et enfants ; la chance de voir les gestes tendres des médecins ; la chance de créer des amitiés.

 

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Pierre L. Volontaire au Point-Coeur du San Salvador