« Je te blesse parce que je suis brisé »

Une rencontre inattendue dans les montagnes autour du Point-Cœur de la Ensenada : Marie, volontaire, nous présente cette famille avec qui l’amitié est promesse….

Cuisine avec les enfants au Point-Cœur de la Ensenada

J’ai, dernièrement, rencontré beaucoup de nouvelles familles qui vivent sur les hauteurs de la Ensenada. Une zone beaucoup plus pauvre, et où la souffrance se fait d’autant plus ressentir. J’étais un jour avec Marion et July, et on s’était arrêté pour discuter un moment d’une famille qui vivait là. A ce moment, une vieille dame qui était assise devant sa maison nous fit signe de nous approcher. Nous allons donc la saluer et commençons à discuter avec elle. Elle nous explique qu’elle s’appelle Orfelinda et qu’elle vit ici avec sa fille et son petit-­fils, depuis environ deux ans. Elle criait et ne parlait pas distinctement, c’était très difficile de la comprendre. Mais la détresse dans laquelle elle était plongée sautait aux yeux. Elle pouvait à peine marcher, donc impossible pour elle de quitter sa maison. Par bribes, nous comprenons que sa famille la maltraite, ne lui apporte pas toujours à manger, qu’elle vit dans une profonde solitude. Elle se met à pleurer, on essaie de la calmer, bien que totalement démunies devant la situation. Grâce à l’humour de July, elle finit par s’apaiser et sourire. Ce sourire a redonné tout son sens à notre visite et, plus généralement, à la mission de Points-Cœur. Quelques temps plus tard, je suis retournée à sa maison avec Alexa, une nouvelle volontaire américaine. À notre arrivée, une femme inconnue nous claque immédiatement la porte au nez. Je comprends qu’il s’agit de sa fille. Nous restons perplexes quelques instant, puis commençons à nous en aller. À ce moment, un vieil homme ouvre la porte et nous demande ce que l’on veut. On lui explique qu’on aimerait discuter un moment avec Orfelinda. Il nous laisse alors nous approcher de la porte et on commence à discuter avec lui. Il s’agissait du mari d’Orfelinda. À ce moment revient sa fille, le visage fermé, sans nous prêter la moindre attention. J’essaie de l’aborder en lui demandant comment elle s’appelle. Elle commence à nous insulter et à dire qu’elle ne veut pas nous voir chez elle, encore moins discuter avec nous. Nous lui demandons calmement des explications et commençons ainsi à engager la conversation. Elle se détend, petit à petit, et finit par accepter de nous dire son prénom : Sule. On comprend rapidement la grande souffrance dans laquelle est plongée cette famille, n’ayant pas tous les jours de quoi manger, la maison misérable, les grands-­parents, tous les deux, en mauvaise santé et demandant beaucoup de soins. Sule est une femme bien, bien abîmée, si blessée qu’elle rejette quiconque tente de s’approcher d’elle. Elle m’a rappelé cette phrase si juste de Gustave Thibon : « Je te blesse mais c’est parce que je suis brisé. Il n’y a rien de plus tranchant que le fragment d’une urne cassée ». Et pourtant, ce jour-­là, Sule nous a témoigné une grande soif d’être regardée dans sa misère, écoutée, conseillée. Elle ne s’arrêtait plus de parler, nous livrant toutes les épreuves qu’elle avait à traverser…. Alors, peut-être qu’on est au début d’une grande amitié avec Sule.

 

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Marie D. En mission au Pérou