« J’ai franchi le seuil de la porte de Yorgos »

Yorgos et Simon

Comme chaque semaine, les volontaires du Point-Cœur de Grèce vont visiter les personnes qui vivent dans la rue, Yorgos en fait partie. Visite inédite chez un ami !

Chaque lundi (« Il faut des rites », dit le Petit Prince) deux ou trois d’entre nous rendent visite à nos amis qui vivent dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là, je suis heureux de me mettre en route avec Roki et Santhosh pour les retrouver, après plusieurs semaines où j’étais pris par d’autres visites. Au moment d’arriver à son « palace », je suis comblé par le sourire inoubliable de Yorgos, et notre joie évidente de nous retrouver tout simplement. Je vous l’avais présenté dans ma dernière lettre, à l’occasion d’un moment guitare grandiose. D’ailleurs, je ne me prive pas désormais d’emporter quasi systématiquement la guitare qui le réjouit tant ! Mais cette fois-­là, un autre magnifique petit pas d’amitié m’a rendu heureux : après de chaleureuses embrassades de retrouvailles, il me proposait pour la première fois de m’asseoir à côté de lui, sur ce qui lui sert de lit. J’hésitais presque devant l’honneur mais je comprenais, à cet instant, que Yorgos m’ouvrait la porte de chez lui, m’y accueillait comme on accueille son ami, simplement. Alors, moi aussi, simplement, je me suis assis, j’ai franchi le seuil de sa porte.

« Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… » Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry.

Et nous avons encore passé un doux moment, tous les quatre, autour d’un thé glacé et de la guitare qui chante, au milieu du flot des passants dont l’indifférence assomme habituellement notre ami. Mais la musique et l’amitié soulagent, pour un moment, ce fardeau-­là. Rien n’a plus d’importance, puisque l’on est ensemble. Yorgos nous a encore régalé de ses « pauvres souvenirs de guitariste », qui sont en fait plus qu’honorables et m’inspire l’humilité ! On chante, on rigole, on échange ! Ce qui est un pas de plus dans notre amitié, contrastant avec d’habituels monologues passionnés sur les théories d’Einstein, le pillage international du langage grec, ou l’impensable puissance d’une bombe atomique. Non, cette fois il rêvait qu’on lui chante Supergirl. Mince, on ne connaît pas. Pour fêter son anniversaire la semaine d’après (avec un peu de retard… oups), c’était la surprise : un bon gâteau au chocolat d’Agnès, et Supergirl, timide mais sincère. Il était ravi. Cet homme me touche. L’amitié qu’il m’a offerte encore plus. Cette fois, enfin, je peux vous présenter en photo son beau visage, et vous imaginerez sa belle musique …

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Simon S. Volontaire au Point-Cœur d'Athènes